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:: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] ::
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Angel
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MessagePosté le: Dim 6 Jan 2013 - 23:39    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Titre : A feu et a sang

Résumé : 

Un an après le départ de Charley de Vegas, Peter reçoit une lettre surprenante de l'assistance sociale : une femme avec laquelle il aurait eu une liaison courte et douloureuse aurait mis au monde un enfant. Suite a la disparition de sa mère, le gamin est remis à Peter, qui est chargé de s'en occuper. Ce dernier va alors être contacté par Maria, une étrange narratrice qui est bien plus proche de lui qu'ils ne veulent tous deux le croire...

Genre : Horreur/Comédie/Drame

Spoilers : Film Fright Night

Disclaimer : Fright Night est la propriété intellectuelle de son producteur et ne m'appartient pas. 

Note(s) de l'auteur : 
Liste des personnages :
Peter Vincent, environ 40 ans, humain (merci beaucoup), illusionniste à la dérive.
Maria, âge inconnu (entre 20 et 30 ans), humaine, SDF
Nono, 5 ans "et demiiiiiiiiiiiiii", humain, entre en CP à la rentrééééééééeeeeeee
Charley Webster, 18 ans, humain, étudiant
Amy, 18 ans, humaine, étudiante
Jerry Dandridge, environ 400 ans ("on va pas s'amuser à compter les demis héhé" Peter), vampire (décédé, fort heureusement)
Attention, ce qui suit pourrais vous révéler des moments clés de l'intrigue :
Danerys Targgio, humaine, environ 40 ans, mère de Nono et ex-fiancée de Peter (disparue)
Clive Barker, humain, environ 40 ans, décédé d'une overdose.
Arnold Dandridge, vampire, environ 400 ans.
Sergio Mazzerati, vampire, entre 25 et 35 ans.


Chapitre 1 : Brûler d'impatience 

Le sol froid.
Ma première sensation : le sol froid et humide, un peu visqueux. De la terre. Et une odeur. Du sang. Mon sang.
Soudain, la douleur me frappe de plein fouet. J'essaie de bouger mon bras. Impossible.
Des cris derrière moi me remettent les idées en place. Il faut fuir, et vite.
Je parviens à me lever et commence à courir. Chaque parcelle de ma peau est à vif. Chaque goutte de mon précieux sang dégouline à travers les tatouages qui recouvrent mon corps.
Ils arrivent. Je dois fuir. Avant qu'ils ne recommencent.
J'entends leurs cris sauvages et leurs rires gras. Ils sont sûrs de m'avoir, mais je leur laisserait pas cette chance. Le feu nouveau qui coule dans mes veines donne à mes jambes la force de les distancer. Ils s'arrêtent, étonnés et reniflent les arbres. Mais il est trop tard.
Car dès que j'aurais atteint la maison de l'autre côté de la rivière, j'aurais gagné.
Je me retourne. Deux yeux noirs m'observent depuis un fourré. Mon sang se glace. Je suis paralysée par la peur. Il s'approche. Le sourire qui fend son visage n'a rien d'humain. Des canines immenses et pointues débordent au dessus de sa lèvre.
C'est un vampire.



J'ouvre brusquement les yeux.
Le rêve, encore une fois. Je ferme les les yeux. Il est là, toujours aussi réel, toujours aussi tenace. Toujours le même.
Je monte me débarbouiller dans la salle de bains. Il est sûrement trop tôt pour qu'un autre pensionnaire soit déjà levé. J'en profite pour me laver entièrement dans le baquet. Je n'aime pas que les gens voient mes tatouages. Ils font partie de moi. Aussi loin que je me souvienne, ils ont toujours été là.
Je m'habille, et profite de ces minutes inespérées pour m'inspecter dans la glace. Je sursaute. Il y a longtemps que je ne me suis pas observée de si près. Je fais peur à voir. Des cernes violettes creuses mes joues sans mélanine. Mes cheveux blancs me donnent l'air d'une vieille femme. J'enfile un sweat à capuche pour les protéger du soleil. Quelle idée de vivre à Vegas lorsqu'on est albinos ! Aurait-je seulement pu atterir dans un autre endroit ?
Je descends au réfectoire le plus silencieusement possible pour ne réveiller personne. Arrivée en bas de l'escalier, je pousse un soupir : je m'étais trompée, trois personnes sont déjà attablées devant leur ration de petit-déj', un morceau de pain, une pomme et une boisson chaude.
Je me sers et m'assoie avec eux en silence. Ici, le silence signifie la honte. Alors je baisse les yeux comme tout le monde et boit mon café.


* * *


Je m'appelle Maria. Maria qui ? Maria tout court. Je n'ai pas de parents, pas d'amis, pas de lien quelque qu'il soit avec la société. Mon premier souvenir tangible remonte à mes quatorze ans. J'étais seule à l'hôpital, prisonnière d'un lit aux draps aussi blancs que ma peau. Une infirmière s'était approché de moi, et avait changé mes poches de calmants sans voir que j'étais réveillée. Au delà, que du rêve, des flashs et des éclairs.
Je déteste les hôpitaux.
Quand j'ai eu seize ans, le foyer à décidé que je pouvais me débrouiller seule avec deux cents dollars, un sac de fringues et trois élastiques pour cheveux. Depuis, j'ai dû mendier et dépenser les deux cents dollars, et j'ai perdu un des élastiques. Mais je suis toujours vivante. Quel exploit.
Je regarde la pendue au mur de la salle de déjeuner. Il est sept heures dix. Il me reste un quart d'heure pour emballer mes maigres affaires dans mon sac et quitter la pension. Pour revenir ce soir. A moins que je ne trouve du boulot. Ce qui n'a a peu près aucune chance d'arriver. Je fais une boule avec mes habits, la fourre dans ma valise informe, enfile ma capuche, fait un dernier tour pour vérifier que je n'ai rien oublié.
Avant de quitter les lieux, quelque chose m'arrête. Je me retourne. Il m'a semblé... Il m'a semblé voir une ombre sur ma fenêtre. Je soulève le rideau. La lumière du soleil m'aveugle et je referme précipitamment. Encore une hallucination.

Tôt le matin, le métro de Vegas à une odeur de déception, de retour de fête et de transpiration. Je colle mon visage contre la vitre et regarde les affiches défiler. L'une d'elle attire mon attention. La rame est arrêtée, j'ai donc tout le temps de la lire. A moitié déchirée, elle me fait un peu pitié pour le type représenté dessus.

"A feu et à sang"
Le nouveau show flamboyant de l'illusionniste Peter Vincent, le plus grand chasseur de vampires de tous les temps.
Renseignements au 856 1041 1871

Je soupire. "Plus grand chasseur de vampires de tous les temps" ? Allons bon. Les vampires n'existent pas. Et ce ne sont pas les pentacles et stigmates gravés à même ma peau qui vont me prouver le contraire. Ce type n'était qu'un showman à la dérive, et les suçeurs de sang dévoreurs d'âme, c'était démodé. Depuis que les vampires étaient devenus sexy et sensibles, il devait avoir perdu toute sa popularité.
La journée avance et la rame continue son tour. Je laisse aller ma tête contre la vitre et ferme les paupières.

Je me retourne. Deux yeux noirs m'observent depuis un fourré. Mon sang se glace. Je suis paralysée par la peur. Il s'approche. Le sourire qui fend son visage n'a rien d'humain. Des canines immenses et pointues débordent au dessus de sa lèvre.
C'est un vampire.

La rame s'arrête. J'ouvre brusquement les yeux. Encore ce cauchemar... Je soupire. Soudain, mon coeur rate un bond.

Il m'a semblé le voir, derrière un des innombrables bidons qui bordent la voie ferrée vers la banlieue de Vegas. Avec ce même regard pénétrant qui me donne envie de fuir à toutes jambes. Ça n'a duré qu'une seconde, et pourtant je me sens tellement mal à l'aise que je descend de la rame deux arrêts avant le mien. Je ne me rend compte de mon erreur quand les portes sonnent.

-Oh non merde !

Je donne un coup de pied dans la borne de passage des tickets et sort à l'air libre. A cette heure ci, le centre de Vegas est aussi désert que la banlieue. Les gens dorment, où travaillent. Il n'y a que les clochards pour se promener dans les rues comme ça.
Je m'étale sur un banc et prend un quotidien dans une poubelle. J'ai raté mon rendez-vous pour le job de vendeuse chez Spencer, alors je n'ai plus que ça pour tuer le temps. Après une longue et ennuyeuse lecture des actualités, je décide de l'ouvrir à la page des annonces d'emplois. Aucune n'est assez intéressante vu mon niveau de qualifications (rien du tout), à l'exeption d'une, très intriguante :

GARDE D'ENFANTS
Urgent - Père seul cherche nourrice permanente pour enfant de 5 ans et demi. Logement sur place. Salaire à négocier. Disponible pour RDV de 10h à 17h. Renseignements au 856 1041 1871

Je jette un coup d'oeil au reste des annonces, puis y revient. Je suis dubitative quand au Logement sur place et au salaire à négocier. Quand à la garde d'enfants... j'ai déjà gardé le chien de madame Walters quand celle-ci a quitté la pension pour aller vivre chez son fils. Bon, le chien est mort au bout de trois jours (Jimmy mon voisin de chambre avait ouvert la porte, une voiture est passée et un ballon de foot sauvage s'est sauvé dans la rue... ce n'était pas ma faute) mais je pense être qualifiée... En plus ce numéro me dit quelque chose Je décide d’appeler.
Une cabine de téléphone et quelques piécettes plus tard, quelqu'un décroche le combiné à l'autre bout du fil. Je suis surprise : c'est une voix féminine.

-Allô, hôtel particulier Vegas Fire Blood, j'écoute.
-Euh... Bonjour... je m'appelle Maria... je...

Je ne m'attendais pas à tomber sur un secrétariat. De toute évidence, cet homme a un poil d'importance. Quand à l'hôtel particulier... Peut-être que le "logement sur place" n'était pas du chiqué. Je me rattrape.

-J'appelle pour... pour l'annonce. De garde d'enfants.

Un instant de blanc au bout du fil, avant que la fille ne semble se souvenir de quelque chose.

-Ah oui ça ! Je vous transmet sur la ligne de monsieur Vincent.

Le téléphone sonne dans le vide quelques instants avant d'entendre sa voix. Je sursaute. J'ai l'impression de le connaître depuis toujours.

-Allô ? Je balbutie.
-Oui, allô, ici Peter Vincent à l'appareil. Qu'est-ce que vous me voulez ?

Son ton est raide, un peu agressif. Sa voix rauque épuisée par la cigarette et l'alcool est un peu pathétique. Je m'attendais à un jeune homme un peu paumé. J'essaie d'imaginer cette homme là avec un gamin de 5 ans et demi. La paire est assez improbable. Ça me déstabilise.

-Je... oui... je suis Maria... je... j'appelle pour votre annonce pour la garde d'enfants.

De nouveau, un silence dans l'appareil, avant qu'il ne me lance d'une voix à la fois nerveuse et soulagée :

-Venez tout de suite. J'ai besoin de vous.  


Chapitre 2 : Avoir du sang-froid en toutes circonstances.

Citation:
Peter m'ouvre la porte de son appartement. J'avoue que je m'étais attendue à autre chose.

Dès la réception, j'ai senti quelque chose d'étrange. Il n'y avait personne. La fille qui m'avait répondu devait sans doute être en pause. Enfin, j’espérais. J'ai traversé la réception et une salle qui était sans doute destinée à répéter les spectacles au regard des accessoires qui y traînaient.
Le premier être humain qui a daigné me rencontrer était un vieux concierge moisi, gros, qui puait la sueur comme mes chaussures après trois jours à mariner dedans.

-Bonjour... j'ai murmuré d'une voix timide.

Il a toisé dédaigneux mes cheveux blancs, mon sweatshirt et mon sac à dos de clodo, comme si j'étais une pauvre ordure qui n'avais pas trouvé le chemin d'une poubelle.

-Je viens voir Monsieur Vincent...
-Ah.

Une lueur est passée dans son regard bovin, et il m'indiqua vaguement de monter les escaliers à droite de la réception. Ceux-ci étaient couverts de posters de ses anciens spectacles, ainsi que de ceux d'une troupe où j'ai reconnu l'un des visages comme étant le sien.

Je me suis attardée quelques instants sur l'un des posters. Il était en haut du palier, sur le côté, pas dans un endroit ostentatoire mais suffisament proche pour qu'on puisse tout les jours le voir en sortant. Il représentait un vampire horrible, difforme, affublé de crocs en plastique dégoûtants. Il s'apprêtait à dévorer une femme allongée sur une table, mais derrière lui, un homme (que je reconnus comme étant mon hôte, son visage était sur quasiment toutes les affiches) lui enfonçait un pieu dans le dos. L'affiche était kitsch et mal fichue, mais il y avait dans le regard de cet homme une telle force, une telle détermination à vaincre que j'en fus impressionnée. Quant à la femme... elle regardait vers nous, dans le vague, et on sentait tout son amour, toute sa passion consumée dans ses yeux flous qui attendaient l'impossible : que son amant vienne la délivrer.
J'en étais bouleversée.

J'ai frappé à la porte, et c'est à ce moment précis que s'ouvre la porte recouverte elle aussi de décorations.
Il est en robe de chambre.

J'essaye de sourire malgré ma déception. Sans doute l'effet est accentué par ma vision toute récente de cette réclame pour son spectacle où il faisait si jeune, si plein de fougue...
Je ne pouvais pas prévoir qu'il avait vieilli.

-Bonjour, dis-t-il d'une voix cassée. Vous devez être "Maria". Entrez donc.

J'acquiesce d'un coup de tête vigoureux. Il a l'air épuisé. De larges cernes creusent ses orbites, et ses cheveux trop longs, trop fins, mal entretenus, autrefois teints en noir avec des grosses mèches blondes, à présent gris aux racines. Il me serre mollement la main et m'invite à m'asseoir dans le canapé. Je jette un regard autour de moi : c'est un tel fatras d'objets improbables mélangés que je n'ose pas plus regarder, tant les questions qui se bousculent dans ma tête sont nombreuses.

Il me propose un verre. J'accepte un coca-cola de bon coeur. Lui se sert un espèce d'alcool vert. Si tôt dans la journée, je trouve ça limite, mais nous sommes à Vegas, je peux lui pardonner. Il s'installe dans le fauteuil en face du mien et se penche vers moi.

-Alors... vous postulez pour vous occuper du petit ? Moi, pour tout vous dire, j'ai abandonné. Il est impossible à contenir. Oh, mais venez, asseyez-vous donc.

Il est bavard. Je m'assoie, impressionnée par la richesse des lieux.

-Oui. J'ai lu l'annonce dans le journal et j'ai pensé... que ça serait tout a fait dans mes compétences.
-Dans vos compétences ? Super, j'ai recruté une pro, alors ! C'est quoi votre plan ? Le mettre dans une marmite à bouillir pour qu'il dorme ? L'attacher à un arbre jusqu'à ce qu'il arrête de hurler ? C'est Maria comment déjà ?
-Martinez.

Ce nom de famille est aussi faux que le prénom. Mais c'est le plus répandu au Mexique, aussi étais-je crédible quand je le donnais. Il but une nouvelle gorgée de pinard et soupira.

-Vous êtes libre maintenant ? demanda-t-il soudain, comme s'il s'était agi de la chose la plus importante, devant ma capacité à gérer l'enfant (il n'avait pas l'air si terrible, je ne l'avais pas encore entendu pour l'instant) ou mes éventuels antécédents.
-Je... heu... oui, je suis libre maintenant...
-Et ça ne vous dérange pas de... de dormir et de manger ici ? Je veux dire... J'ai besoin de quelqu'un vraiment tout le temps. Le matin, le midi, le soir, la nuit, à Noël, pendant les vacances...
-A vrai dire, l'ensemble de mes effets personnels tiennent dans ce sac. Donc oui, je suis libre maintenant.

Je joue franc-jeu avec lui. Il hausse ses sourcils en accent circonflexe. Une lueur d'amusement passe dans son regard. J'ai brièvement l'impression de revoir le guerrier de l'affiche. Un pauvre sourire s'ouvre sur son visage fatigué.

-Vous voyagez léger, Maria. Ca me plaît.

Il termine sa boisson, et la repose sur la table dans un bruit de boc de bière qui frappe le zinc.

Quinze secondes de silence absolu plus tard, retentit un rugissement enfantin a faire dresser les cheveux de n'importe quelle nurse sur Terre. Sauf moi.
J'ai déjà affronté des vampires.

-Hyaaaaaaaaaaaaaaa !!!!!!! Hyaaaaaaaaaa !!!!!!!!!!!!!!

Une boule d'énergie pure jaillit dans le salon. L'enfant surgit telle une flamme, écumant de rage après un ennemi invisible. Ses cheveux roux foncés ébouriffés dansent devant son visage, et ses bras potelés sont tous entiers crispés sur une seule chose : un pieu en bois lourd et émoussé.

Les yeux de Peter Vincent s'agrandirent soudain. Il se lève d'un d'un bond et courre sur l'enfant. Mais ce dernier est trop rapide et parvient à lui échapper.

-Nono, lâche ça !

Je regarde un instant amusée le pauvre papa courir après son fils avant de me décider à l'aider. Je me poste de l'autre côté de la table du salon, et cueille l'enfant dans sa course. Je parviens à dégager le pieu de sa petite main serrée et le soulève au dessus de ma tête, hors de portée. Nono pleure et trépigne mais je ne me laisse pas démonter. Je jette un regard à Peter, qui ne semble plus savoir où se mettre.

-Nono arrête ! je crie soudain.

Il s'arrête de pleurer, soudain terrorisé. Je lance discrètement le pieu à Peter et pose mes mains sur les épaules du gamin. Je ne vais pas me laisser démonter par un mioche quand même !

-On ne touche pas aux affaires de papa, Nono. C'est compris ? On ne touche pas aux affaires de papa.

Un hoquet l'agite. Il se tait, met son pouce dans sa bouche et va se réfugier auprès de son père, qui me regarde ébahi.

-... Vous commencez aujourd'hui, Maria Martinez.

* * *

Je m'allonge dans le lit de la chambre que me prête mon employeur, encore toute retournée. J'ai du mal à en revenir. Il a suffi de quelques minutes d'autorité pour que ça marche. Et a présent, j'avais un travail, un logement, le couvert, comme ça, tout cuit dans le bec, avec 400 dollars par mois d'argent de poche. Tout ça pour faire quelque chose qui me paraissait évident : m'occuper et mater un garnement de 6 ans.

Peter frappe à la porte. Je remarque qu'il avait fait l'effort de s'habiller, même si ses vêtements simili-goth sont d'un goût douteux. Il semble avoir retrouvé un peu de couleur.
Il s'assoit sans cérémonie sur mon lit à côté de moi et me sourit.

-Il est parti faire sa sieste. Vous voulez manger quelque chose ? Il est presque deux heures de l'après-midi.

Mon ventre émet un gargouillis reconnaissant. A par mon maigre petit-déj tôt ce matin, je n'ai rien avalé. Je le suis dans la cuisine.

Notre déjeuner se compose d'une canette de soda, de deux sandwiches au jambon beurre de cacahuète et d'un fruit. Je dévore le tout de bon coeur. Il en profite pour me montrer les différents équipements dont je pourrais avoir besoin - à part le micro-ondes, tous semblent inutilisés.

-Faites comme chez vous, conclut-il. Après tout, vous êtes chez vous maintenant.

Sa remarque envahit mon coeur d'une étrange chaleur. Je sens peu à peu l'émotion me gagner. J'essaie de détourner la conversation.

-Nono...
-Oui ?
-Qu'est-il arrivé à sa mère ?

La question fait l'effet d'une bombe. Son visage se referme. Je sens qu'il est trop tôt encore pour la poser. Il n'y a que quelques heures que je suis là. Mais j'ai besoin de savoir. Si je dois m'occuper de ce gamin, autant savoir la vérité tout de suite.

-Elle est morte, répond Peter.
-Oh. Je suis désolée.
-Elle s'appelait Danerys. C'était une femme que j'ai rencontré dans un de mes spectacles, à l'époque où je faisais encore partie d'une troupe. Nous sommes tombés amoureux très vite. Je n'étais déjà plus un adolescent à l'époque, et je pensais... que c'était impossible. Nous avons été ensemble longtemps, presque deux ans. Nous parlions même de mariage, et d'avoir un enfant. Mais un jour... j'ai retrouvé Dany dans le lit avec Clive Barker, l'acteur principal de la troupe. Celui qui jouais le vampire...

Je repense à l'affiche dans le couloir, un peu à l'écart. Cette femme... cette femme était la mère de Nono. Ses cheveux roux foncé... C'était clair maintenant.

-Alors Nono...
-Je ne sais pas. J'ignore si c'est mon fils, ou si c'est celui de Clive. J'ai quitté la troupe le soir où je l'ai vue coucher avec lui. J'ai monté mon propre spectacle ici, à Vegas. J'ai rencontré d'autres femmes, j'ai même vécu avec certaines assez longtemps. Mais ce n'était plus pareil. Il y a un moment... où j'ai cru retrouver un peu de la vie de couple. Mais elle a été assassinée, et depuis, je n'ai pas passé plus d'une soirée avec la même femme.
-Et Nono dans tout ça ?
-Il y a quelques mois, l'assistance sociale m'a contacté. Ils avaient trouvé Clive dans leur appartement pourri en banlieue de Vegas. Aucune trace de Dany. Leurs spectacles étaient des flops, et l'ancienne troupe s'était disloquée. Ils ont perdu le reste de leur argent dans la coke, et ont dû finir par faire une overdose. C'est une voisine qui l'a retrouvé. Il errait dans le couloir, a la recherche de quelqu'un pour l'aider. Les services sociaux l'ont aussitôt recueilli, et en fouillant dans la vie de Dany, ils sont remontés jusqu'aux autres membres de la troupe qui leur ont expliqué que j'étais celui qui avait le plus de chances d'être le père.
-Et vous...
-J'ai accepté de le prendre en charge le gamin, évidemment ! Qu'est-ce que je pouvais faire d'autre ?
-Je ne sais pas.
-Pourquoi je vous parles de tout ça d'ailleurs ?
-Je ne sais pas.

Quelle histoire horrible... Il ne me semble pas qu'un mec comme lui, qui quitte sa robe de chambre à deux heures de l'après-midi, boit de l'alcool au petit déjeuner et s'habille comme une rock-star défraîchie, soit du genre à accepter un enfant aussi facilement, surtout après un tel passé. Il doit bien y avoir quelque chose de plus qui l'a fait basculer, mais quoi ? Il ne m'a montré que le haut de l'iceberg, comment pourrais-je le deviner ?

-Et vous ? demande-il soudain.
-Et moi quoi ?
-Vous devez bien avoir vous aussi une histoire à me raconter. Un passé à révéler. Une raison qui vous a conduit à devenir... une vagabonde.
-Je...

Il m'a prise de court. Je n'ai pas envie d'inventer quelque chose, alors qu'il ne fait que me cacher certaines vérités.

-Je suis amnésique.
-Ah.
-J'ai perdu les quatorze premières années de ma vie. Je n'ai aucun souvenir de mon enfance. J'ignore où sont mes parents, ils ne me cherchent pas. L'hôpital du Mexique dans lequel j'ai été soignée m'a simplement nommée Maria, parce que je suis arrivée le 8 septembre, jour de l'Immaculée conception. Et vu que je suis toute blanche... A seize ans, on m'a jetée dehors, et depuis dix ans, je vais sur les routes.
-Vous avez vingt-six ans ?
-Oui. Je sais... j'ai la sensation de ne plus avoir grandi depuis que j'ai perdu mes souvenirs.

En fait, j'ai l'impression d'avoir tout sauf l'âge que j'étais censée avoir. Quand je me regarde dans la glace, je vois mes cheveux blancs, ma peau rosée par le soleil, j'ai la sensation d'être plus vieille qu'une grand-mère. Mais une question me vient soudain à l'esprit :

-Nono, c'est pas un prénom, si ?
-Non. En fait, il s'appelle Nosferatu.
-... Ah.
-Me regardez pas comme ça, c'est pas moi qui ai choisi.

Il éclate de rire. Je me mets à rire à mon tour. Un bruit me fait soudain sursauter.

-Je crois que Nono a fini sa sieste.

Je me lève pour y aller. Peter m'attrape par le bras.

-Vous ne voulez pas attendre demain pour commencer ?
-Je crois que mon travail à déjà commencé, M. Vincent.

Je ne sais pas pourquoi j'ai répondu ça. Il hausse les épaules, comme s'il abandonnait le combat, sort de la chambre et va se resservir de son alcool bizarre. Je le suis du regard. Un frisson parcourt mon échine. Il y a quelque chose... quelque chose d'anormal avec lui. Se découvrir un fils a dû être un sacré choc, mais ce n'est pas suffisant pour qu'il soit dans cet état. Il y avait a mon avis une bonne partie de l'explication dans ce qu'il ne m'avais pas raconté. Enfin bon... il m'offrait un job et un toit, je n'allais pas cracher dessus et tout foutre en l'air en fouinant partout.
Je trouve Nono, les yeux plein de sommeil encore. A ma vue, il a un mouvement de recul, mais je saisis un de ses jouets et l'invite a venir s'amuser avec moi. Après quelques minutes de jeu, nos vieilles rancunes se dissipent et il s'avère être un môme sympa, un peu turbulent, mais gérable si l'on reste ferme. Je me découvre un plaisir inattendu à m'occuper de lui. Je m'attendais, vu la panique du père au téléphone, à une vraie terreur. En vérité, c'était juste un gosse qui avait besoin d'attention. Et Peter ne pouvait pas lui en fournir assez.

Vers sept heures du soir, nous étions en train de faire voler son jouet Superman quand Peter toqua à la porte. Je pris tout d'abord peur : complètement grimé, avec une perruque, une fausse barbe et des tonnes de maquillage noir, il était méconnaissable. Nono fut plus doué que moi.

-Papa !

Il lui sauta dans les jambes. Peter le souleva dans ses bras. Même si le déguisement de Peter rend la scène bizarre, j'ai les larmes aux yeux de voir ce grand magicien bourru serrer contre lui un enfant de six ans enveloppé dans un sweat pêche. Je me sens plus que jamais seule au monde. Il repose Nono à terre.

-J'ai un spectacle à assurer ce soir. Il commence dans une heure, et je suis déjà à la bourre. Je serais de retour vers deux heures du matin. Maria, si vous pouviez faire manger Nono, lui donner son bain et le coucher...
-Parfait, Mr Vincent. Amusez-vous bien.
-Bisous ! s'exclame Nono.
-Oui allez bisous.

Il l'embrasse sur les deux joues et s'enfuit aussitôt.

Une demi-heure après qu'il soit parti, je parviens à trouver de quoi faire dîner Nono et nous prépare des pâtes au ketchup, étrennant par la même occasion la plaque à induction flambante neuve. Il est assez réticent à aller à la douche, mais il se débrouille globalement tout seul, même s'il mets son pyjama à l'envers et me soutiens un quart d'heure que "mais si, c'est le bon sens, le dessin à l'intérieur". Nous végétons devant la télévision jusqu'à neuf heures, horaire à laquelle je décide qu'il est grand temps d'aller dormir pour l'un comme pour l'autre. Il insiste pour que je lui lise une histoire. J'essaie de le faire lire à son tour, mais il ne semble pas savoir. A vrai dire, tout chez lui me donne l'impression qu'il n'est pas développé comme un enfant de six ans devrait l'être.
Je me suprends moi-même à avoir de telles réflexions. Je ne me sentais pas avoir particulièrement la fibre maternelle. Ma vie ne m'a pas donnée l'occasion d'avoir un enfant, et j'ai décidé de faire avec. Non que je n'ai pas eu l'occasion d'en avoir physiquement. Mais la vie que je mène ne m'en donne pas la possibilité. Mais avec Nono, c'est différent... Comment une mère a-t-elle pu abandonner son enfant ainsi ? Je comprends Mr. Vincent : il est dépassé par la situation. Mais Danerys... elle a trahi son fiancé, elle a trahi son amant, et elle a trahi son fils, et elle a disparu. Une sacrée traîtresse, en fin de compte.
J'éteins la veilleuse du lit de Nono. La seule lumière est à présent la petite loupiote ornée d'un sourire qui l'empêche d'avoir peur du noir.

-Bonne nuit Maria, chuchote-t-il.

Sa voix d'enfant me fais fondre.

-Bonne nuit Nono. A demain.

Je laisse la porte entrouverte, et retourne dans ma chambre, juste à côté de la sienne. Moi aussi, je suis exténuée. Tant de choses en seulement vingt-quatre heures ! Je songe un instant à Peter : il est neuf heures et demie, il doit sûrement encore être sur scène. Le pauvre... il avait l'air épuisé, et pourtant, il dois continuer à assurer chaque soir une représentation de qualité.

-Show must go on je soupire.

Je vais faire un tour à la salle de bains, et prends une douche. Ma toilette de chat du matin me paraît dérisoire à côté. L'eau chaude est à volonté, et le savon fait tant de mousse que je pourrais faire une montagne avec.

-Aaaaahhhh, je soupire, tout à mon aise. Ca fait du bien, putain !

Je me sens tellement propre que remettre mes habits me répugne. Je sors en serviette et me fourre toute nue entre les couvertures. Ca fait des siècles que je n'ai pas dormi dans des draps propres et une chambre climatisée. J'ai la sensation d'avoir atterri au paradis. Je n'arrive pas à croire que ça m'est tombé dessus. Je lui demanderais une avance de salaire pour pouvoir m'acheter des habits, du shampooing et une nouvelle brosse à dents. Je n'ai pas l'intention de partir de toute façon, et ce pour rien au monde, et si j'ai l'intention de garder le job, j'ai la ferme intention d'être une "gouvernante" présentable. Il y a un réveil a côté du lit. Je me bagarre quelques minutes avec et le règle pour sept heures demain matin.
Une pensée me traverse l'esprit. Pourquoi moi ? Qu'est-ce qui a fait qu'il m'a engagée moi ? J'ai peut-être eu la chance d'être la première à me présenter qui n'a pas été effrayée par le côté "tanière de gothique sur le retour". A vrai dire, j'ai vu pire dans ma courte vie, je l'ai à peine remarquée... Mais même... un boulot comme ça, ça ne se refuse pas pour une déco style maison des horreurs. Peut-être l'obligation de vivre chez lui peut se révéler lourde. Parce que ce n'est pas d'une baby-sitter dont il a besoin pour son fils...

-... c'est d'une mère, je complète à haute voix. C'est ça qu'il veut : une mère pour Nono. Et pour lui un peu aussi...

Sur cette réflexion, je sombre dans le sommeil.

* * *

Je suis assise sur un tabouret en bois ouvragé, au milieu d'une tente en peaux de bêtes. Les rayons de lune filtrent dans les trous entre les tiges en bois et les cuirs tannés qui servent à isoler l'habitation. Autour de moi, une assemblée d'hommes et de femmes semblent prier. Ils sont tous très grands, et moi très petite. Leurs cheveux sont d'un blanc immaculé.
Je suis nue et frigorifiée. Le vent du Nord s'engouffrent dans les trous de la tente. Je regarde mes mains, mes bras, mes cuisses : ils sont vierges de toute marque, à l'exception - j'ai la sensation de toujours l'avoir su, confusément - de la marque sur mon omoplate gauche, en forme d'étoile à cinq branches, dont le bras du haut est rempli de peinture rouge. J'enfonce mes ongles dans la peau de mes cuisses. Le chant de l'assemblée qui m'entoure s'intensifie. Leur paroles sont dans une langue que j'ai dû savoir, mais que j'ai oubliée depuis. Je remarque au milieu un homme richement vêtu et coiffé, qui porte un livre et chante plus fort que les autres. Il me fait songer à un prêtre, sans que je sache comment.

Un homme se détache de l'assemblée et vient vers moi. Il est plus noirci de peintures que tous les autres. Ses longs cheveux blancs sont attachés en une simple queue de cheval, et il est vêtu simplement. Deux autres sont à sa suite, un homme et une femme, plus jeunes. Le jeune me saisit la tête par derrière. Son regard rouge sang m'hypnotise. La femme attache mes jambes à la chaise et prend mes mains entre les siennes. Elle murmure des paroles de réconfort que je ne comprend pas. La peur monte en moi, je suis paralysée. Les lèvres du vieil homme sont agitées de tremblements, il psalmodie lui aussi des prières mais elles sont différentes de celles du choeur. La femme lui apporte une plaque d'ardoise légèrement creuse, sur le bord de laquelle sont gravés des symboles, et s'agenouille devant lui, les deux mains tendues pour lui tenir le creuset de peinture noire.
Je voudrais hurler, mais je me sens dans une sorte de transe. L'homme sort une aiguille d'un manchon d'os autour de son poignet et la trempe dans la peinture, puis l'approche de mon épaule droite.
L'aiguille perce ma peau. Je pousse un cri mais aucun son ne sort de ma bouche. Tout devient confus, les yeux rouges de celui qui me tient la tête pour pas que je regarde, ma peau recouverte de douleurs multiples, le sang, la peur, les chants magiques. Le bruit devient assourdissant...

Je me réveille en sursaut. Il est presque une heure du matin. Je passe ma main autour de moi. Je parviens à me souvenir d'où je suis. Peu à peu, les événements de la veille me reviennent en mémoire. Je pousse un soupir de soulagement et retourne entre les draps, mais je ne parviens pas à trouver le sommeil. Définitivement réveillée, j'enroule le drap autour de moi comme une robe, sors dans le couloir et descend au salon. Je suis surprise d'y trouver la lumière. Je suppose que j'ai dû oublier d'éteindre en montant et pousse l'interrupteur, avant de m'interrompre. Il y a aussi de la lumière et du bruit dans la chambre de Peter. Il a dû rentrer plus tôt. Mais les bruits m'inquiètent. Je tends l'oreille et sursaute. Il est en train de vomir. Il a sûrement trop bu après le spectacle. Ça ne m'étonne guère mais je suis inquiète pour lui. Je pousse délicatement la porte coulissante et tape trois coups sur le cadre.

-Mr. Vincent ?

Je rentre timidement. La pièce est beaucoup plus large et plus belle que ma chambre ou celle de Nono. Le lit immense m'impressionne un peu. Je pénètre plus profondément jusqu'à la porte de sa salle de bains, légèrement entrouverte. Je pousse sans bruit et glisse mon regard à travers la fente. J'ai la vague sensation de n'avoir rien à faire là.

Il a cessé de gerber. Torse nu, il ouvre l'armoire à pharmacie, sors une boîte de pilules, la dévisse, verse un certains nombre de gélules dans sa main tremblante et les avale. Il pose ses mains sur le rebord de l'évier, essoufflé, et se regarde fixement dans la glace pendant quelques secondes qui me semblent durer une éternité.
Il a peur. De quoi ? Il ouvre un tiroir sous le lavabo et sors deux ustensiles que je ne parviens pas à voir. J'entends le bruit d'un plastique que l'on déchire et d'un liquide aspiré. Il tend son bras devant lui, au-dessus de la vasque, et enfonce l'aiguille d'une seringue dans le creux de son coude.
Je pousse un couinement de surprise. Il se retourne. Ma respiration et mon coeur s'arrêtent pendant que le liquide transparent continue de s'écouler dans ses veines. Il regarde lui aussi, les dents serrées malgré la douleur. Lorsqu'elle est enfin vide, il soupire, la remet dans le plastique afin que personne ne puisse deviner de quoi il s'agit, et la jette à la poubelle. Il se regarde encore quelques secondes dans la glace, épuisé par l'effort fourni, avant d'allumer machinalement sa brosse à dents éléctrique.
Je profite du boucan pour déguerpir. J'ai les plus grandes difficultés à maîtriser mon drap qui descend sur mes jambes et se prend dans mes pieds. A mi-chemin, je décide d'envoyer ma pudeur se faire voir, le saisit sous le bras et sprinte jusqu'à ma chambre.

Même au fond de mon lit, je ne me sens pas tranquille. J'ai la sensation confuse d'avoir vu quelque chose que je n'aurais pas dû voir. Qu'est-ce que c'était que cette seringue ? Une petite voix que ce n'était peut-être rien. Peut-être est-il diabétique. Ca ne colle pas : il mangeait des bonbons au déjeuner. Peut-être que c'était juste un vaccin à se faire soi-même qu'il a oublié de faire. Mais une autre voix me dit que c'est sans doute plus grave. Il cache quelque chose, j'en suis sûre. De la drogue ? Et si s'en était ? Il ne pouvait pas... il n'avait pas le droit de faire ça... les parents de Nono s'étaient tous les deux détruits à cause de cette saloperie. Il ne pouvait pas faire ça à son fils.
Mais alors... peut-être que c'était pour ça qu'il m'avait engagée ? Pour éviter un nouveau désastre ? "Oui, je me drogue, je n'arrive pas à arrêter, mais j'essaie de prendre des mesures pour éviter que mon fils en souffre". Peut-être que c'était cela en fin de compte. Encore une fois, ça me semblait trop bizarre. S'il tenait vraiment à Nono, il essayerait d'arrêter. Peut-être que ce que j'ai vu étais juste une rechute. Oui, c'était ça : une rechute.

Il est deux heures du matin. Je pose ma tête sur l'oreiller et regarde par la fenêtre. J'ai une sensation étrange, comme si on m'épiais. Mais c'est idiot. Il n'y a personne qui voudrait m'épier.

Personne ne veux d'une pauvre SDF albinos.




Chapitre 3 : En mettre sa main au feu.

Cling !

Il est huit heures et demie. Je sors les tartines du grille-pain, les recouvre de beurre et de confiture et les donne pose sur la table de la cuisine pour Nono. J'ai pour ma part déjeuné il y a bien longtemps, et profité de ma solitude pour explorer grâce à l'ordinateur dans le salon du deuxième étage l'étendue des endroits où aller avec le gosse cet après-midi. Vu l'heure à laquelle il est rentré la veille, je ne m'attendais pas à ce que Peter soit debout avant un moment. Je suis donc très surprise de le voir sortir de sa chambre quelques secondes après que le môme ait fini sa première tartine.

-Bonjour Mr. Vincent, vous avez bien dormi ?
-Mmh. Oh, bonjour Maria.

Il bâille. Je crois que le voir en caleçon est encore plus étrange que la robe de chambre. Il ne s'est même pas démaquillé de la veille, et les restes de crayon noir lui font de larges cernes sous les yeux.

-Papa !

Nono lui saute dans les bras, sa tartine encore dans la main, et en profite pour lui recouvrir la joue de confiture. Il l'embrasse distraitement et le repose par terre. Je lui tend une serviette pour qu'il s'essuie. Il prend un toast dans la pile et commence à le recouvrir de confiture, aplanissant le moindre sillon avec son couteau. Une fois parfaitement étalée, il repose sa tartine dans son assiette, l'air peu résolu à détruire son oeuvre en mordant dedans.

-Vous allez bien, Mr. Vincent ?
-Oui... oui ça va. Et vous, ça va ?
-Oui, tout va bien. Cet après-midi, j'ai prévu d'emmener Nono au zoo.
-Super - il a l'air ultra-content - Je vais vous donner de quoi payer les places alors.
-C'est vrai on va au zoo ? Ouaaaaaiiiiiiis !!!!!!

Il saute sur ses pieds, lâche son toast et commence à tourner autour de la table en imitant tous les animaux qu'il connaît - avec une nette préférence pour le lion. J'éclate de rire.

-Et vous, vous avez quelque chose de prévu aujourd'hui ?
-Mmh. Oui, je vais en ville ce matin. Je serais rentré vers deux heures. Mais vous serez sans doute déjà partis à cette heure là, non ?
-Je pense, oui.
-Bien.

Il semble refuser d'en dire plus. J'ai peur soudain que ça ait un rapport avec ce à quoi j'ai assisté hier soir, mais je préfère me taire.

-Je peux vous demander un service ? demande-t-il soudain.
-Oui, tout ce que vous voudrez.
-Vous pourriez aller faire les courses ce matin ?
-Justement j'y songeais.
-Ah, très bien. Je vais vous laisser de l'argent pour ça aussi. Et si vous avez quelques petites choses à vous acheter pour vous, profitez-en hein. Votre sac de voyage d'hier m'a paru bien léger.

Il se lève. Il a à peine avalé le quart de sa tartine. Je le suis du regard. Comment a-t-il pu deviner mon projet ? Et surtout, comment peut-il me faire confiance aussi rapidement ? Je pourrais très bien lui voler son pognon et m'enfuir aussi sec. Ce que je ne ferais pas, bien sûr, ce serait idiot, mais tout de même.

-Si vous pouviez garder les tickets de caisse et les places pour le zoo, pour me les ramener, ce serait cool aussi. Histoire que je puisse faire les comptes.

J'écarquille les yeux de stupeur. Le fait qu'il fasse ses comptes me paraît presque aussi aberrant que de voir Nono se transformer en dinosaure, vu le désordre qu'il régnait dans son appartement.

-Si vous voulez.

* * *

-Regarde Maria ! Un lion !
-C'est une peluche ça Nono. Pas un vrai.
-Oooohhhh... Je peux l'avoir ? S'il te plaîîîît...

Nous sommes au supermarché. Avant de partir, j'ai profité de quelques minutes de répit offertes par de généreux Lego starwars pour établir une liste de courses. Et une liste des choses que je devais m'acheter pour moi. Avant de partir "en ville", Peter m'a demandé si j'avais un portable, et je compte bien pallier à ce manque le plus vite possible.

-Attends une minute, Nono. On finit d'abord de remplir le caddie, ensuite je verrais si je t'achète la peluche de lion.
-Oooohhhh...

Je saisis un paquet de pain de mie et le lance dans le caddie. Le prochain rayon est celui des fringues ; j'en profite pour acheter quelques exemplaires de chaque - un pantalon, trois T-shirts, des sous-vêtements et une paire de tongs à trois dollars qui me semblent particulièrement indiquées pour pallier à la chaleur de l'été. Le tout pour un prix tellement dérisoire au regard de la somme qu'il m'a laissée que j'hésite à en prendre plus. Mais ce n'est pas le moment de gruger sur la note, je n'en suis qu'à mon premier jour.
Je continue à remplir le caddie de tout ce qui à mes yeux me paraît nécessaire pour nourrir un gamin de six ans, un homme de quarante et une nana de vingt-six, quand je parviens au rayon électronique. Je tombe immédiatement sur un modèle de téléphone qui me frappe dans sa simplicité - et son forfait ridiculement bon marché.

-Hem, excusez-moi...

J'alpague le vendeur du Tesco sans plus de cérémonie.

-Celui-là, là... - je lui montre le modèle - on peut faire quoi avec ?
-Hé bien, ma petite, pas grand chose, rigole le gros responsable de rayon joufflu.
-Il téléphone ?
-Oui, comme n'importe quel téléphone, réplique-t-il comme si j'étais une profonde demeurée.
-Il envoie des textos ?
-Hé bien, oui...
-Et il donne l'heure ?
-Mais enfin, ma belle, tous les téléphones font ça ! s'exclame-t-il. Téléphoner, envoyer des SMS, avoir un répertoire, donner l'heure, tout ça, c'est un minimum !
-Et le reste est superflu. Ya moyen d'en avoir un qui ne fait que ça et rien d'autre, et qui soit moins cher ?
-Non. Par contre, celui-ci peut vous servir de bloc-notes. Et il coûte un dollar, plus dix dollars de forfait par mois. Je peux pas vous faire moins cher. Désolé.

Il pouffe de rire. Je décide de ne pas relever.

-Je peux l'avoir tout de suite ?
-Hé bien, oui, si vous me remplissez ce petit formulaire.

Je renifle, prend le stylo au comptoir d'accueil et commence à remplir le formulaire. Au moment de remplir l'adresse, j'écris sans aucun scrupule celle de Peter. On verra bien quand je recevrais la facture.
Il faut que je pense à me créer un compte en banque. Et a renouveler mes papiers d'identité. Les seuls que j'ai sont mexicains, datent d'il y a dix ans et comportent juste la mention "Maria Martinez, née le 08/09/1987 à l'orphelinat de Santa Marina, México". Date de naissance, lieu, nom, tout est faux. Mais il faut le faire renouveler si je veux être payée.

Alors que j'appose ma signature sur le document, je sens comme une odeur étrange. Je regarde le vendeur, suspicieuse, mais ce n'est pas lui. C'est comme une odeur de viande, mais de viande pourrie. Une odeur de sang et de mort.
Je tends son dollar au gros lard, prend mon téléphone et les documents qui vont avec, et reste à l'affut. L'odeur se fait plus forte. Je regarde le vendeur et chuchote :

-Vous ne sentez pas une odeur étrange ?
-Hein ?
-Vous ne sentez pas une odeur étrange ? je répète plus fort. Comme une odeur de viande faisandée, ou de sang.
-Moi ? Non.

Il me jette un regard effrayé et retourne vaquer à ses affaires. Je prends la main de Nono et fait comme si de rien n'était, mais au fond je ne suis pas tranquille. Après avoir mis dans le caddie encore deux trois denrées indispensables, je presse le pas jusqu'à la caisse et me dépêche de sortir. Ce n'est qu'une fois dehors que les derniers relents s'évanouissent. Je pousse un soupir de soulagement.

-Et mon lion ? fait soudain une petite voix en bas.

Et merde.

-On... on t'achèteras une peluche de lion au zoo, hein ?
-Mais moi je voulais celui-là !
-Non, pas celui-là.
-Mais pourquoi ?
-Parce que heu... Parce que celui-là, il mord très fort, et il boit le sang des petits enfants !
-Comme les vampires ?
-Oui, comme les vampires.
-Aaaaaahhhhhh bah nan alors pas celui-là !

Ouf. Je suis un génie. Béni soit celui qui a inventé la légende du vampire.

* * *

L'après-midi au zoo m'a lessivée. Je m'écroule dans le canapé, pendant que le mioche continue de jouer avec sa peluche de lion. Son père apparaît, vêtu d'un vieux jean et d'un T-shirt Black Sabbath. Il a presque l'air normal, si on exclue sa teinture de cheveux étrange.

-Alors, vous vous êtes bien amusés ?
-Moui, je réponds, encore en train de profiter des dix secondes de répit que me laissait Nono.
-C'était cro bien ! s'exclame le môme. On a vu des requins, des girafes, des lions - roooooaaaarrrr - et même des dinosaures !
-Ca m'étonnerait que tu ais vu des dinosaures, réplique son paternel avec un demi-sourire.
-Bin en tout cas, ça y ressemblait drôlement !
-Mais bien sûr.

Il lui ébouriffe tendrement les cheveux. Il s'approche du canapé. Je me relève pour le laisser s'asseoir.

-Ca allait ? demande-t-il. Il n'a pas été trop terrible ?
-Non non, tout c'est bien passé. Il est très mignon mais il réclame beaucoup d'attention.
-Oui, il n'est pas méchant, il est juste turbulent.

Il esquisse un sourire et plonge son regard dans le vague.

-Je suppose que j'ai dû être pareil à son âge... Je ne me souviens plus, et plus personne n'est là pour me le rappeler.
-Pourquoi vous l'avez accepté alors ? Vous n'êtes même pas sûr qu'il est de vous !

Il se retourne vers moi. Une ombre passe dans ses yeux marron chocolat. Je sursaute : je n'avais pas réalisé qu'ils pouvaient être si grands et si violents, moi qui ne les avait vu qu'à demi cachés derrière leurs paupières, ou bien écrasés sous une tonne de maquillage.

-Ses parents sont morts. Sa mère a disparu. Même s'il n'y a que 50% de chances que mon sang coule dans ses veines... Je refuse de voir un enfant abandonné par ma faute. Je veux qu'il ai quelqu'un, même peu, même pas longtemps.

Son regard se perd à nouveau dans le vague. Je sens que j'ai touché un point sensible. Je me lève et fais coulisser un des grands panneaux vitrés qui séparent la galerie du salon. Peter les a installés depuis que Nono est là, afin d'éviter le plus possible qu'il s'y rende. Ca ne l'empêchait pas de commettre quelques bêtises de temps à autre, mais ça évitait les plus graves. L'air de rien, il était un père responsable.
Je me perds dans les galeries. Il semble posséder la plus grande collection d'armes et d'objets pseudo-magiques qu'il puisse être possible d'avoir. Du reste, ça semble être le seul endroit rangé qui lui appartienne. Tout est soigneusement étiqueté, avec son nom et son usage. Une telle maniaquerie me rend perplexe. Malgré ma mauvaise vue, je parviens à déchiffrer la plupart des notes.

-Vous me prenez pour un taré ?

Je me retourne. Il a surgi de nulle part.

-Vous n'avez quasiment que des objets en rapport avec les vampires, je réponds en essayant de conserver un peu de contenance. Vous êtes fan de suçeurs de sang ?
-Pas vraiment, non.
-Alors pourquoi tous vos spectacles sont en rapport avec eux ?

Il ne répond pas et fait semblant d'examiner un pieu en fronçant les sourcils. J'esquisse un sourire.

-Vous avez peur des vampires ?
-Allez vous faire foutre.
-Je ne me moquerais pas.
-Les vampires, ça n'existe pas.

Son ton est sec, violent. Je recule doucement, comme pour m'en aller, avant de me rapprocher brusquement et de chuchoter :

-Je vais vous faire une confidence : moi aussi.
-Quoi ?
-Moi aussi, j'y crois. Je les vois. Ils me poursuivent. Dans mes rêves...

Je me détache de lui et m'en vais sur la pointe des pieds. Je me sens danseuse au milieu des reliques.

-Vous êtes malade, crie-t-il a travers le couloir.
-Et alors ? Vous aussi. Vous collectionnez tous ces trucs, et vous allez me dire que vous n'y croyez pas ?

Il ne répond pas. J'ai sans doute une nouvelle fois touché un point sensible. Soudain, je sens sa main sur mon épaule. Il me tourne vers lui et m’attrape par le bas du col. Ses mains sont faibles mais tremblent de colère.

-Ne me parlez plus jamais de vampires, siffle-t-il. Plus jamais. Compris ?
-Com... Compris, je balbutie.

Il me lâche. Je courre me réfugier chez Nono, où je le trouve ravi de me voir pour jouer un peu aux Lego avant d'aller au bain.

Tous en empilant les pièces, je songe à la conversation dans la galerie. Il y avait quelque chose de pas clair dans son attitude au sujet des vampires. A mon avis, il n'était pas si sceptique à ce sujet qu'on pouvait d'abord croire. J'en mettrais ma main au feu.




Chapitre 4 : Se faire du mauvais sang.

Plusieurs jours s'écoulent sans qu'on ne reparle plus de la conversation de ma première journée. L'été se passe, sans que rien ne vienne troubler la moiteur des après-midi dans le climat désertique de Las Vegas. Peter se repose immédiatement sur moi, pour tout - des courses à l'inscription de Nono à l'école élémentaire.
De mon côté, je commence subrepticement à me ranger. J'acquiers un compte en banque qui me permet de recevoir ma première paye, plutôt généreuse vu mes dépenses. Ma vie a changé. Je ne suis plus obsédée par la trouille de ne trouver nulle part où dormir, ni de crever de faim dans le caniveau. Quoi qu'il arrive, je sais que je ne suis plus seule. J'ai deux personnes que j'aime et qui m'aiment, peut m'importe dans quel sens.
Ma première inquiétude surgit lorsque je surprend une conversation au téléphone de Peter avec Tonio, son metteur en scène.

-...
-Oui, oui, je sais... Ecoute, Tonio...
-...
-Hé bien si le public est lassé des vampires, je ferais autre chose ! Je ne sais pas moi, les sorcières ? Les aliens ? Qu'est-ce qui marche en ce moment ?
-...
-Mais ce n'est pas de ma faute si les gens n'ont plus peur des vampires ! Tout ça c'est de la faute de Twilight et ce que cet Edward Cullen à enfanté ! Qu'il vienne me voir, ce ****, que je lui coupe la ****...
-...
-Ok, ok, je vais voir ce que je peux faire. Ce n'est pas encore la merde complète, hein. La salle est encore bien remplie.
-...
-Ah bon ? Tu comprends ? Comment tu peux comprendre ce qu'il m'arrive ?
-...
-Oui. Désolé de m'emporter.
-...
-Oui, je sais. J'ai une famille à nourrir, malgré tout. Mais j'ai peur... C'est en train de me tuer, cette merde, putain !
-...
-Okay, on va faire ça. Je marche. Demain, 14h ? Je serais tout juste rentré de... oui, voilà. Alors a demain.

Il raccroche. Je retourne à la cuisine sur la pointe des pieds, ou il entre comme une flamme et m'annonce de but en blanc :

-Demain, je vois Tonio à 14h. J'aurais une course à faire le matin, alors la maison sera tranquille. Vous pourrez en profiter pour faire un brin de ménage ?
-Okay. Simple curiosité... heu... Vous allez où demain matin ?

Il hausse les sourcils.

-Je vais acheter des accessoires pour le nouveau spectacle. Il manque quelques petits trucs dont je préfère me charger moi-même.
-Ah. Super.

Il attrape son sac et s'en va sans plus de cérémonie. Une fois sûre qu'il est parti, je me précipite dans sa chambre, entre dans la salle de bains, et ouvre l'un des tiroirs.
Rien.
Je fronce les sourcils. En ouvre un deuxième.
Toujours rien.
Je commence à tous les ouvrir les uns après les autres. Mais encore, rien de suspect. Que des articles de toilette parfaitement innocents. Légèrement sur les dents, je tire le rideau de douche pour voir s'il ne cache pas quelque chose dans sa baignoire. C'est parfaitement débile, mais ça me calme. Je tourne sur moi-même, quand soudain, je la vois. Elle me fait presque un clin d’œil.
La poubelle.
Je suis parfaitement consciente que j'ai l'air d'une malade à fouiller dans ses poubelles. J'en suis tellement consciente que j'éclate de rire. Rire qui devient un fou rire. J'extrais enfin du sac poubelle blanc l'objet tant recherché : une seringue vide, remise à la hâte dans son emballage d'origine.
Je retire l'emballage, et jette un coup d’œil au contenu.
C'est de la morphine.
...
...
PARDON ?

De la morphine ? Moi qui comptait découvrir un accro à l'acide ou à l'héro, j'avoue que je suis sur les fesses. Ca explique le fait qu'il soit régulièrement crevé au point de ne montrer aucune méfiance.
Mais... pourquoi ? Pourquoi à la morphine ? S'il recherchait des sensations, ou à oublier ses problèmes, sniffer la coke me paraissait plus efficace. Enfin. Même s'il s'agissait de morphine, il se droguait, c'était indéniable. Ajouté au fait qu'il était carrément alcoolique - je sors ses poubelles, je prépare ses repas, je vois bien qu'il mange liquide -...
Chez qui est-ce que j'avais atterri ? Il fallait que je tire ça au clair, pour Nono, et puis aussi pour lui. Je n'avais pas le droit de le laisser dans cet état, pas après tout ce qu'il avait fait pour moi.
Attends. Maria.
Depuis quand tu te soucie de ce qu'il arrive aux autres ?
Je pose mes mains sur le bord du lavabo et me regarde dans la glace. J'ai changé. Mais ma peau est toujours aussi pâle, mes cheveux toujours aussi blancs, et mes yeux toujours aussi rouges. Les gens continuent de se retourner sur moi dans la rue, à cause de mes yeux et de ma peau couverte de tatouages. Lui aussi parce qu'il est overlooké, mais c'est différent.
Je resterais toujours la fille bizarre qui n'a pas de maison, ni de famille. J'ai essayé... j'ai essayé de me persuader de quelque chose qui ne sera jamais. Peter et Nono ne sont pas ma famille, je ne suis que leur employée de maison, je dois me taire et faire ce qu'il me demande.
Je remets la seringue dans sa pochette, et la replace délicatement dans le sac. J'essuie mes larmes avec ma manche, et vais faire le ménage.

* * *

Je suis en train de passer la serpillère au premier. Il est presque une heure de l'après midi. Je contemple la baie vitrée du salon tout en frottant distraitement le parquet noir. Mon regard vas de la fenêtre au sol, du sol à la fenêtre, quand soudain, une ombre glisse dans mon champ de vision. Je lève la tête, mais ne vois rien. Perplexe, je retourne à mon ménage, quand soudain, une odeur effleure mes narines.
Une odeur de sang. Comme au supermarché.
Mes sens entrent aussitôt en alerte. Je me mets à fixer la fenêtre de toutes mes forces. Mais il ne se passe toujours rien. Je suis si concentrée que je plisse les yeux. Mais alors que j'allais abandonner, j'ai une vision fugace. Le haut de la tête d'un homme, les cheveux noirs gominés, les yeux sombres, la peau pâle, qui me fixait comme s'il allait me tuer. Cette vision me glace le sang. Je serre ma serpillère de toutes mes forces comme s'il s'agissait d'une arme. Mais le temps que je réalise, il a disparu.
Un bruit de feuilles qui volent détourne mon attention. Je courre ramasser le morceau de papier tombé avant qu'il ne s'imbibe d'eau. Ses bords sont déchirés, et les lettres presque gravées dans le papier tant celui qui a écrit le mot appuyait sur son crayon. Il dit simplement ceci :

Souviens-toi d'eux, Peter Vincent. Tu est le suivant.

En dessous, une photo mal découpée représente un jeune homme encore vert en compagnie d'une petite blonde mignonne comme un coeur. Tous deux sourient bêtement à ce qui semble être soirée étudiante. L'expression de bonheur mutuel qui dégouline de cette photo me donne envie de vomir.
J'ai la sensation que Peter courre un grave danger. J'attrape le téléphone et compose son numéro de portable.

Hello, vous êtes bien sur le répondeur de Peter Vincent, le magicien de tous vos désirs hooooouuuuuuuuu ! Je suis actuellement en train d'égorger des vampires pour vous sauvez de leur morsure impitoooooooyyyable, alors rappelez plus tard, ou laissez un message après le biiiiiipppppp. A plus tard en enfer, hhoooooooouuuuhoooooouuuuuu !

Je raccroche. Que ce répondeur peut m'énerver ! Je décide d'attendre quelques secondes, et le temps de rappeler, je range mon seau et ma serpillière.
Après une dizaine d'appels effrénés, je tombe enfin sur Peter.

-Allô ?

Je le dérange. Mais bon, tant pis.

-Allô Peter, c'est Maria ?
-Hein ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
-Je... tu es où ?
-Mais en bas, là, dans la salle de répétition ! Pourquoi tu m'appelles sur mon portable ?
-Tu peux monter s'il te plaît ? je couine.
-J'arrive.

Il raccroche. Deux secondes plus tard, je l'entends monter les escaliers quatre à quatre.

-Mary qu'est-ce qui se passe ?
-Il y avait un homme, là.

Je lui désigne la fenêtre. Il la regarde, me regarde, fronce les sourcils.

-Ya rien.
-J'ai dit "il y AVAIT". Il a lancé un papier par la fenêtre.

Je lui remet le mot avec le morceau de journal. Il plisse les yeux et regarde la photo.

-Mais c'est Charley !
-Quoi, tu les connaît ?

Je saute sur mes jambes et regarde à nouveau la photo.

-Bien sûr que je les connaît, c'est Charley et Amy ! C'est avec eux que j'ai...

Il s'arrête. Il me semble qu'il allait encore me révéler un de ses secrets.

-Ca ne vous regarde pas, dit-il comme s'il avait lu mes pensées.
-Tant que ça ?

Nous nous affrontons du regard. Je n'y tiens plus.

-Pourquoi vous ne voulez pas m'en parler ?
-Parce que... Parce que j'aurais peur de te perdre.

Il pose sa main sur mon épaule. Je repousse sa main. Je suis en colère, et ce n'est pas en me caressant dans le dos qu'il pouvait espérer obtenir que je me calme.

-Qu'est-ce qu'il se passe, Peter ?
-Comment ça ? De quoi tu parles ?

Je plonge mon regard dans le sien. J'ai envie de pleurer tellement je suis tendue.

-Je suis inquiète, Peter. Tu ne mange presque rien... Tu es souvent stone. Dès fois, tu racontes n'importe quoi !
-Oh mais ça c'est moi, répond-il en rigolant. Je suis juste bête, fais pas attention.
-Je parles pas de ça ! j'explose.
-Quoi alors ?
-Enfin, Peter ! Tu bois trois bouteilles de Midori par jour ! Tu ne mange rien ! Tu tiens à peine debout ! Et j'ai retrouvé une seringue de morphine dans la poubelle !
-Tu fouilles mes poubelles ! Maria !
-Tais-toi ! Je m'en fiche que tu veuilles garder ça pour moi ! Mais moi, je refuse de laisser Nono aux mains d'un... d'un alcoolique et d'un drogué !

Voilà. Le mot est dit. Il me regarde douloureusement ; je vois presque les larmes perler au coin de ses yeux. Je sens que je suis allée trop loin. Sa voix tremble.

-Je... je suis pas un drogué, Maria.
-Menteur !
-JE SUIS PAS UN DROGUE !
-ALORS QUOI ?

Lui aussi à crié. Il prend une grande inspiration.

-Si je ne mange pas... si je prends de la morphine... si j'ai du mal à marcher droit... C'est parce que... parce que...
-Accouche.
-C'est parce que j'ai un cancer.


Chapitre 5 : Le feu de la passion

Citation:
Il continue de me regarder, silencieux. Mais quelle idiote... comment j'ai pu croire de telles choses sur lui ? Tout devient clair maintenant ; Toutes les fois où il n'avalait quasiment rien au dîner... et quand il rentrait et qu'il me disait qu'il était malade à cause de l'alcool qu'il vomissait...

-Et tous les matins où tu partais...
-... J'allais faire de la chimio, oui.
-Et toutes les bouteilles ? Celle dont t'arrache les étiquettes pour pas que je voie que c'est du Midori.
-J'ai essayé mais... j'arrive plus à bien à l'avaler.
-Mais quel idiot tu fais d'essayer de boire !

Les mots m'ont échappé. Je n'aurais tellement pas voulu dire ça... Quelle cruche, bon sang ! Les larmes me viennent. Je les essuie avec ma manche et balbutie :

-C'est... c'est quoi comme... cancer ?

Le mot m'arrache presque les lèvres. J'ai la sensation que mon coeur s'effondre. Je tremble de colère. Non !

-A l'estomac.
-Oh. C'est... c'est pas...
-J'ai moins de 5% de chances de guérir.

Il déglutit. Je lui ouvre mes bras ; il hésite un instant, avant de se coller a moi. Nous nous écroulons dans le canapé, et restons longtemps presque immobiles. J'écoute son souffle difficile se frayer un chemin dans sa poitrine. Mon coeur bat à la chamade, mais je n'ose prononcer le sentiment qui m'habite.
Soudain, il pousse un soupir qui déchire l'air moite de la fièvre qui nous habite :

-Maria de mi alma...

Il caresse mon T-shirt, là juste au-dessus de ma poitrine. Un frisson m'envahit. Je me lève et l'aide à se relever. Je le porte à moitié jusqu'à sa chambre et l'allonge sur son lit. Chaque battement de mon coeur me donne la sensation qu'il se serre dans ma poitrine. Je défais le bouton de mon jean et ouvre sa veste pendant qu'il dégraphe son pantalon. Je me penche et dépose sur ses lèvres un baiser langoureux. Il soulève mon T-shirt et l'envoie valser à l'autre bout de la pièce. A la vue de mes stigmates, il se redresse et veut les toucher. Il en avait lui-même, et toucher chacun les dessins de l'autre était comme une note de reconnaissance. Nous roulons sur le matelas et je tombe sur le côté. Je ferme les yeux. C'est si étrange, et en même temps si juste qu'on en soit arrivés là. Je l'ai déjà fait, mais ça n'avais jamais été aussi juste qu'avec Peter.
Je décide de lâcher prise, et je sens qu'il fait de même. Nous nous abandonnons tous deux à la douceur de ces instants incandescents, parfaits.

* * *

Pourquoi faut-il qu'on découvre qu'on s'aime juste quand nos jours sont comptés ? Ce n'est pas juste ! Pourquoi ? Mon coeur saigne de savoir que notre temps est si limité.
Les yeux grands ouverts, je le regarde dormir. Je n'ose pas passer mes doigts dans ses cheveux, j'ai tellement peur qu'il m'en reste dans les mains... Quand il a les yeux fermés, j'ai l'impression de voir un enfant qui souffre et qui se réfugie contre moi, en boxer sous sous drap.
Je suis en train de rêver quand soudain j'entends une petite voix devant la porte :

-Maria ? Papa ?

Je relève la tête. Il a encore sa peluche dans la main et les yeux tous ensommeillés. Il vient à peine de finir sa sieste. J'ai peur que nous l'ayons réveillé, à force de crier, puis de s'aimer. Peter ouvre une paupière, et redevient en un instant le père maussade que je connais.

-Qu'est-ce que tu fais là, Nono ?
-Je peux venir avec vous ?

Peter pousse un soupir exaspéré. Il se relève à moitié, dégage le drap. Nono lui jette un regard suppliant.

-Bon, bah viens !

Il lui ouvre la couette. Nono vient s'installer entre nous deux, s'allonge sur le dos, tout heureux, met son pouce dans sa bouche et remonte les draps sur lui. Peter ne peut s'empêcher d'avoir un sourire attendri.
Les minutes de câlin s'écoulent trop vite. J'ai la sensation fugace d'avoir... oui d'avoir... une famille. Une famille certes biscornue, mutilée, mal foutue, mais une famille. Trois êtres liés les uns aux autres par des liens indéfectibles d'amour.
Mais trop vite tout s'arrête. Peter se lève.

-Je vais y aller.
-Tu ne veux toujours pas me le dire alors ?
-De quoi ?
-Qui sont ces gens sur la photo. Ce que tu as vécu avec eux. Ce qui se passe.
-Mais parce que j'en sais foutre rien moi-même, bon sang !

Il se retourne. Il est à bout, je le sais, et pourtant une force le tient encore, et le somme d'aller aider ses amis, qui qu'ils soient.

-Tu mens. Encore.
-Bon, Nono, tu peux sortir aller jouer à tes Lego, s'il te plaît ?

L'enfant s'exécute. Il ne fait même pas de caprice pour rester un peu plus longtemps. Dès qu'il est parti, Peter pose ses mains sur mes épaules et chuchote :

-Tu me jure que tu vas pas me prendre pour un dingue ?
-Juré.
-Alors voilà : j'ai aidé Charley - le garçon qui est sur la photo - à vaincre un vampire.
-QUOI ?
-Je te l'avais dit.
-Mais c'est de la folie ! Si vous avez vaincu ce vampire, alors pourquoi est-ce qu'il y a encore des problèmes ?
-Alors tu crois à ces histoires ? s'exclame-t-il.

Est-ce que je le crois ? Mes rêves me reviennent en mémoire. Et les visions que j'ai eu plusieurs fois dans le métro, ou celle à la fenêtre.

-C'est trop gros pour être un mensonge, je réplique. Mais tu penses vraiment que Charley et... Amy sont en danger ?
-J'en sais rien. C'est bizarre... Pas clair... Oh... attends...

Il s'écarte du lit et courre dans la salle de bain. Je l'entends deux secondes plus tard qui vomit et crache dans le lavabo. Je le prends dans mes bras et l'aide à tenir debout en face de l'évier. Il tremble, comme s'il avait de la fièvre, mais son front est gelé.

-Ca va aller, Peter, ça va aller... je murmure. Je te tiens.
-Ca fait quelques jours... que c'est comme ça, articule-t-il. J'ai l'impression... que ça s'est aggravé...
-Chuuuuuut, du calme.

Il arrête bientôt d'avoir des hauts-le-cœur. Je le fais s'asseoir sur le carrelage et lui essuie la bouche avec un mouchoir. Je remplis d'eau le verre à dents et lui fais boire son contenu. Il a presse ses deux mains sur son ventre et serre les jambes contre lui comme s'il avait un diable à l'intérieur de l'estomac. Il pousse quelques gémissements.

-Tu es sûr que tu vas tenir le coup ? je lui demande.
-Oui... oui... t'inquiètes pas...

Il attrape le rebord de la baignoire et parvient grâce à un effort surhumain à se relever. Il me regarde, les yeux à demi-fermés. Il ne tient debout que grâce à l'appui secourable que lui offre le rebord du lavabo.

Le téléphone fixe sonne.

-Oh merde...

La simple perspective de devoir marcher jusqu'à la table de nuit où se trouve le combiné le plus proche semble l'épuiser d'avance. Je fais mine d'aller décrocher. Il tend la main pour m'arrêter.

-Non Maria laisse !

Il clopine jusqu'à la table de nuit et appuie sur le bouton du haut-parleur. A l'autre bout du fil, on entend des halètements, des cris, des chuchotements, un rire de femme qui me glace le sang. J'entends la voix d'un jeune homme qui hurle :

-A l'aide ! Arrêtez, s'il vous plaît !

Je saisis le poignet de Peter et le serre de toutes mes forces. Mes ongles s'enfoncent dans sa peau. En arrière-plan, une jeune fille pousse un cri perçant. Puis plus rien, le silence.
Une voix grave surgit alors des tréfonds de l'enfer.

-Bonjour, Peter.

Il n'y tient plus et décroche le combiné.

-Qui êtes-vous ? Que leur avez vous fait ?
-Moi ? s'étonne la voix. Je suis ton pire cauchemar, Peter Vincent. J'ai porté de nombreux noms, durant mes quatre siècles d'existence. Mais dans ce monde, dans ce pays, j'ai choisi de me nommer... Arnold.
-Arnold ? je m'exclame. C'est pas un nom pour un vampire ça !
-Oh, mais je vois que monsieur est en galante compagnie susurre le suçeur de sang.
-Ta gueule, réplique Peter toute en finesse. Pourquoi vous avez enlevé Charley et Amy ?
-Disons qu'il y a une chose que vous avez fait, vos petits amis et toi, que je n'ai pas vraiment appréciée, et qui mérite vengeance.
-Pardon ? Nous avons tué l'un des vôtres. Vous devriez plutôt être content non ? Ca vous laisse plus de bouffe, réplique Peter, ironique.
-Les liens du sang passent au-dessus de ces considérations-là, tonne l'être au bout du fil. Même vous humains devez savoir ça.
-Les liens du... hein ?
-Je suis Arnold Dandridge. Le frère de Jerry Dandridge, le vampire que vous avez assassiné. révèle le monstre.
-... Vous plaisantez ?

Il éclate d'un rire nerveux, entre les larmes de stress et la franche rigolade. Je suppose qu'il vaut mieux en rire qu'en pleurer.

-... En tout cas... ajoute Peter entre deux hoquets, en tous cas, vous avez le même goût douteux pour ce qui est de choisir votre prénom.
-...
-Bon, trêve de plaisanterie. Qu'est-ce que vous leur voulez, à mes amis et à moi ?
-Vous faire souffrir autant que j'ai souffert de la mort de mon cher frère.

Son ton théâtral était parfaitement ridicule, mais parfaitement sérieux. Je commence à comprendre. Un frisson parcourt mon échine.

-Je veux cependant vous laisser une chance. Je vous propose un marché, Vincent.
-Quel genre de marché ?
-Deux êtres humains, choisis au hasard parmi la population de Vegas. Deux inconnus à me livrer sous vingt-quatre heures. Alors seulement, je consentirais à délivrer Charley et Amy.

C'est quoi ce marché à la con ? Il veut se venger, oui ou non ?

-D'accord, mais où ? demande Peter, qui fait moins cas que moi des bizarreries psychiatriques du buveur de sang.
-Ma compagne vous communiquera l'endroit.
-Votre... compagne ?

Mon esprit eu la brève vision d'une vamp' aux longs cheveux noirs et lisses, à moitié dévêtue, avec des obus à faire passer Pamela Anderson pour plate comme une limande. Je chasse de mon esprit cette image. C'est ridicule. Boire du sang ne fait pas gonfler la poitrine.

-Oui, ma compagne. Oh... elle a elle-même une requête à vous soumettre, siffle le vampire.
-Parce que je la connais ? s'exclame Peter.
-Vous jugerez vous-même. Elle devrait arriver chez vous d'une minute à l'autre.

A cet instant, quelqu'un sonne à l'interphone. Peter raccroche le combiné et passe sa robe de chambre. J'entends Nono qui dévale les escaliers, curieux de voir qui peut bien venir à quatre heures de l'après-midi. Tout excité, Nono ouvre le premier.

-Non !

Une femme se tient sur le perron, en haut de l'escalier. Malgré la chaleur, elle est emmitouflée dans un long manteau et des gants de soie. Un masque vénitien lui recouvre le visage, et elle porte un parapluie noir opaque, sans doute pour se protéger de la lumière sur soleil fatale à sa race. Ses cheveux roux dépassent de sa toque en vair. La vision de cet être emmitouflé tel l'Homme invisible est étrange et effrayante. Mais c'est surtout son odeur qui me choque. Une odeur de viande pourrie, de chair, de sang.
Elle ôte son manteau, son chapeau, ses gants et jette son parapluie sans plus de cérémonie. Même si son visage est pâle comme la mort et que ses crocs dépassent de ses lèvres vermillon, je parviens à la reconnaître. Elle plonge son regard noir perçant dans celui de Peter. Il me semble qu'elle sourit, enfin je ne sais plus. La seule chose dont je me rappelle, c'est de Nono qui crie "Maman !".
Et de moi qui lui saute dessus.

Chapitre 6 : Avoir du sang sur les mains


Je me plante devant elle. Il est trop tard pour la faire sortir, mais je peux du moins l'empêcher d'entrer. Peter s'est réfugié au fond de la pièce, devant la grande baie vitrée occultée par un large rideau. Je souffle :

-Danerys, enfin.

J'écarte Peter et Nono. Cette femme est à moi. Elle les a tous les deux trahis et abandonnés. Quelque soit sa requête, elle n'a rien à leur demander. Elle est devenue un vampire, mon ennemi juré. Je suis prête à la poursuivre jusqu'en enfer, maintenant que je l'ai trouvée.

-Je vois que Peter trouve toujours une idiote à qui murmurer ses vulgarités, réplique-t-elle.

C'est vrai que vivre dans un taudis avec un drogué qui finit par mourir d'une overdose, c'est le summum de la classe. Elle avance d'un pas. Je ne me décale pas d'un millimètre et affecte de la regarder de haut.

-Que voulez-vous ?
-Une simple chose, siffle-t-elle. Qui me revient de droit. Je veux mon fils.

A ces mots, elle étrangle l'air avec ses poings. J'ai l'impression d'avoir affaire à une gamine qui réclame sa poupée. Elle croit que tout lui revient de droit parce qu'elle le désire. Avec ce que m'a raconté Peter, je commence à bien la cerner.

-Vous n'avez aucun droit sur Nono ! Vous l'avez abandonné !
-Qui êtes-vous pour m'en parler ? Je me suis renseignée sur vous : vous êtes la clocharde que Peter à engagé parce qu'il est trop irresponsable pour s'occuper d'un gosse lui-même.

Un jour, Jésus à dit "avant de regarder la paille dans l'oeil du voisin, regarde la poutre qui est dans le tien." C'est ce que l'une des responsables de l'orphelinat, fervente catholique, me répétait toujours. Mais cette femme a vécu toute sa vie dans la facilité. Je crois que la seule utilité de ma religion serait de lui lancer un verre d'eau bénite à la tête.
Malgré tout, son commentaire me déstabilise. Je réponds maladroitement :

-... Il a ses raisons.
-Oh mon dieu ! Peter elle est amoureuse de toi ! persifle Daenerys.

Son sarcasme me fait songer aux parfaites petites pestes de l'école primaire. Je me tourne vers Peter, attendant une réponse sans doute pas très fine, dans le style de son habituel "Vas te faire foutre", mais qui aurait le mérite de fermer son claper à cette mégère. Mais Peter ne répond pas. Danerys se tourne vers moi.

-Tu crois que c'est un héros, Maria, qu'il va te secourir et t'emmener loin sur son cheval blanc ? Qu'il est trop beau trop fort trop génial ? Laisse-moi te dire une chose : c'est un looser. Il n'a rien dans le pantalon. Pas comme Arnie... ajoute-elle d'un ton qui suggère à quel point « Arnie » est bon au lit.

L'image du vampire au nom le plus beauf du monde en train de faire jouir cette prostituée à frange rousse me donne envie de vomir. Je réplique avec mépris :

-Vous l'appelez Arnie ? En fait, je m'en fiche. Peter n'est pas parfait... mais...
-Mais il t'aime ? Ooooohhhh, comme c'est mignon ! Il t'aime, il a besoin de toi, il fera ce qu'il faudra quand il le faudra ? Tu crois vraiment ça petite Maria ?

Je croyais à mes paroles, mais le silence et l'immobilité de Peter font vaciller mes certitudes. Je sens le doute s'immiscer, insidieux. Elle doit le sentir. Le personnage hautain que je joue pour gagner un peu de temps et tenter de lui faire cracher ce qu'elle doit nous dire commence à se fissurer. Je ne connais Peter que depuis deux mois, elle plusieurs années. Mais je reste persuadée qu'il n'a plus d'affection pour elle. J'en suis sûre... si sûre...

Elle s'approche, serpent rampant discrètement jusqu'à sa proie.

-... s'il t'aimait vraiment, petite Maria, chuchote-t-elle dans mon oreille, il aurait déjà tiré le rideau sur ce spectacle.

Je me retourne. En effet, Peter joue depuis son entrée avec un pan de l'étoffe qui occulte la lumière de la baie vitrée. Il pourrait tirer dessus, et en un instant Danerys brûlerait à la lumière du soleil. Mais il n'en fait rien et se contente de rester planté là comme un idiot.

-Qu'est-ce que tu attends ? Peter, ouvre le rideau !

Il me regarde sans rien dire. Il est en proie à un dilemme insoutenable. Au fond de moi j'ai déjà deviné la raison qui le fait hésiter. Mais mon coeur ne veux pas y croire.

-Pourquoi tu ne le fais pas ?

Ma question me brûle les lèvres. Un mauvais cauchemar est en train de se réaliser, et j'y assiste sans pouvoir rien faire d'autre que de continuer à le faire avancer.

-Parce que... sa voix est nouée. Parce que si l'on tue Arnold, celui qui l'a mordue, elle redeviendra humaine à nouveau.

Il avale sa salive. Voilà ce que c'était : un espoir vain d'une fin heureuse. Les liens se font dans mon esprit entre ça et son amour ancien et ils lacèrent mon coeur. J'aurais dû savoir qu'entre eux, il n'y aurait jamais de place pour moi. Jamais. Elle le savait, il le savait. Elle avait joué avec lui, elle savait qu'il ne la tuerait jamais et à présent nous étions pris dans son piège.

-Si vous saviez que Peter ne vous tuerait pas, alors qu'attendez-vous pour nous massacrer et prendre votre môme ?
-J'aime savourer ma victoire. Et Arnold veut tuer Peter lui-même, ajouta-t-elle d'un air cruel.

Cette femme est un monstre. Mais quelque chose cloche. Elle ne tue pas Peter sur les ordres de son amant. Mais qu'en est-il de moi ? Elle meure d'envie de me tuer. Ce serait beaucoup plus simple si Peter allait seul se rendre auprès d'Arnold. Elle veut me faire croire qu'elle était toute puissante, cependant elle me cache une faiblesse que je suis déterminée à découvrir. Forte de cette déduction, je reprends un peu de ma contenance et répond après un long silence :

-Vous mentez. Vous mentez comme vous respirez. Vous aimeriez me tuer, mais quelque chose vous en empêche.

Elle ne respire pas, mais elle a compris l'image dans sa cervelle de moineau. Avec mon aveu, je sens que j'ai ébranlé la manipulatrice en elle. J'ai porté un coup auquel elle ne s'attendait pas. Elle me regarde comme si j'étais un déchet de l'humanité.

-C'est parce que tu me dégoûte, crache-t-elle enfin. Tu pues tellement que je n'ai même pas envie de planter mes crocs dans tes veines.
-Pardon ?

Je suis si surprise que j'oublie ma haine. Je ne m'attendais pas à ça. Y a-t-il quelque chose en moi qui soit si terrible que ça la repousse ? Mademoiselle a le nez un peu trop sensible.

-Ton sang... ne m'attire pas, continue-t-elle Je suis sûre qu'il est empoisonné, quelque poison que ce soit. D'un autre côté, une vagabonde qui traîne dans les pires caniveaux, je n'en suis pas très étonnée.

Elle crache sur le sol et éclate de rire. Son mépris excite tellement ma haine que je me sens rougir. Mais cet aveu me donne soudain une idée.
Dans ma tête, un plan commence doucement à se former. Si seulement j'avais un couteau ou quelque chose... Mais non, je n'ai rien sur moi, il y a cinq minutes j'étais nue dans le lit de Peter... Quelle idiote... Je regarde désespérément mes bras couverts d'inscriptions, désemparée. Quand soudain, j'en vois un qui occupe une place de choix sur le creux de mon bras, une forme de mâchoire très détaillée avec une petite indication :

En cas d'urgence :
1) Mordre
2) Lancer !


J'ai toujours trouvé cette inscription étrange. Mais bon... j'ai l'intuition que la situation est un « cas d'urgence » et je n'ai pas de meilleur plan. Malgré la douleur, je mords de toute mes forces, jusqu'à sentir le goût de sel et de rouille de mon fluide vital. J'ouvre la bouche et lance mon bras. Quelques gouttes giclent sur son beau visage d'opale. Elle recule et s'essuie le front avec dégoût. J'en profite pour prendre le pieu, lui sauter dessus et la jeter à terre. S'ensuit quelques minutes de lutte acharnée. Je réalise à quel point je suis exposée. Elle peut me mordre de partout. Mais ma colère prend le dessus sur la raison.
Ma propre force me surprend. J'ai la sensation qu'un humain ne devrait pas pouvoir se battre avec un vampire comme ça. Elle est sans doute affaiblie. Mais il n'y a pas que ça. Je suis différente. Ma haine contre elle n'a aucune limite. Au dernier moment, je la plaque contre le parquet et pointe le pieu sur son cœur.

-Où sont Charley et Amy ?
-... Tu n'es pas... normale... gémit-elle prise au piège.

Elle tente de se débattre, en vain. Ma rage est telle que je lui postillonne dessus.

-Dis moi et je te laisserais partir.
-A... avec Nono ?
-Vivante ! C'est assez, non !

Un frisson agite sa peau de marbre. Elle chuchote :

-9th Avenue, le 152. Un sous-sol désaffecté. Il vous laisse vingt-quatre heures pour venir avec les deux inconnus à échanger contre vos amis.

Je fronce les sourcils. Quand il en avait parlé au téléphone, j'étais si effrayée que je n'y avais pas songé. Mais à présent, cette histoire me paraît une vaste blague. S'il veut deux humains, il peut très bien les choisir et les emporter. C'est une mascarade destinée à nous amener jusqu'à lui. Charley et Amy sont sans doute déjà morts ou transformés. C'est Peter qu'il veut. Mais alors, pourquoi ne vient-il pas le chercher lui-même ?

Je m'écartes avec méfiance. Elle me regarde et sourit à nouveau. Je sens que j'ai fait une grosse bêtise. Loin de partir, elle s'approche de Nono.

-Alors mon chéri, tu veux que maman te fasse un gros bisou ?

Mon sang ne fait qu'un tour mais Peter est plus rapide. Il tire si fort sur le tissu qui obstrue la fenêtre que la tringle se décroche et tombe sur le sol dans un grand fracas. Une intense lumière baigne instantanément la pièce. J'ai le temps de voir une dernière fois le visage de Danerys, sur lequel plane la surprise, avant qu'elle n'explose dans une gerbe d'étincelles.
Elle n'est plus qu'un tas de cendres au pied de son fils.

* * *

Peter me regarde. Je regarde Peter. Il serre un pan du rideau noir dans sa main. L'étoffe gît à ses pieds comme le cadavre raté d'une mauvaise pièce de théâtre. Il a l'air singulièrement idiot. Il doit le savoir, parce qu'il se sent obligé de dire un truc épique pour rattraper :

-Personne ne touche à mon fils.
-... J'aurais pu mourir... Elle aurait pu tous nous tuer connard !

J'éclate en sanglots et tombe à genoux sur le parquet. La colère, mais surtout une souffrance indicible. Je sens une petite main se poser sur mon épaule.

-Oh, Nono...

Peter s'approche de moi. Je le repousse d'un geste rageur.

-Je suis... je suis désolé, Maria... Je ne sais pas ce qui m'a pris...
-Elle a raison, je hurle. Tu es un lâche ! Tu as préféré risquer ma vie, et la vie de ton fils, pour... une salope !
-Danny c'est pas une salope.

Son visage se ferme. Je sais que ça lui fait mal. Mais tant pis. Il faut frapper fort, sinon ça ne rentrera pas. Il a besoin de voir la vérité en face pour une fois.

-Elle t'as trompé, Peter ! Elle t'as trahi, elle a abandonné Nono, elle a sûrement tué le type avec lequel elle vivait et elle a failli nous tuer tous les deux ! Cette femme était un monstre, Peter, un monstre !
-C'est quoi une salope ?

Oh non. J'ai complètement oublié qu'il était là. Je n'aurais pas dû parler ainsi de Danerys. J'essaie de me rattraper, de sauver ce que je peux encore sauver. C'est trop tard pour Peter mais son fils le mérite.

-Une salope, c'est une femme qui... aime plein de gens.
-Ah.

Un silence de mort envahit la pièce.

-Est-ce que Maman est morte, ou c'est un tour de magie comme celui de Papa avec Griselda ?

Griselda est la femme qui joue les spectacles avec Peter. Il sait qu'elle n'est pas une vraie vampire. Elle lui donne souvent des bonbons. Son raisonnement est si juste, si innocent qu'il achève de me trouer le coeur.
J'ai envie de lui mentir, de lui dire qu'elle ne l'a pas abandonné, qu'elle n'est pas morte. Mais je n'ai pas la force de lui avouer.

-Elle s'est envolée dans le ciel, je réponds les larmes aux yeux.
-Et elle va revenir ?
-Je... peut-être. Mais elle est partie très loin. Elle risque de mettre très longtemps à revenir.
-C'est combien de temps, longtemps ?
-Je ne sais pas.

Je prends l'enfant dans mes bras. Mon sang dégouline sur son sweat multicolore. Il pleure un peu, mais pas comme un enfant qui hurle. Il pleure comme un grand.

-Chut, Nono. Je suis là.
-Maria ?
-Oui ?
-Est-ce que tu veux bien être ma deuxième maman ?

J'entends Peter qui renifle derrière. J'ai juste envie de lui mettre mon poing dans la face. Je ne sais plus quoi dire.

-Si tu veux... si tu veux...
-Je t'aime fort.
-Moi... moi aussi Nono...

Il me serre contre lui avec toute sa force d'amour d'enfant de six ans. Je l'embrasse sur le front pour ne pas qu'il sente les larmes sur mes joues. Il s'enfuit aussitôt, jouer au Lego encore et encore. Pour oublier toute cette douleur qui l'entoure sans doute. Je me tourne vers Peter. Il semble plus épuisé que jamais mais je n'ai pas envie de compatir à son malheur.

-T'as pas intérêt à mourir, je siffle entre mes dents.
-C'est pas vraiment de mon ressort, réplique-t-il.

Il s'assoit dans le canapé et se prend la tête dans les mains. Il avait voulu me faire croire que tout allait bien. Mais j'avais percé la carapace. Il avait la trouille, à un point que j'ai encore du mal à imaginer, mais que j'ai expérimenté il y a quelques minutes. Il est temps d'en tirer les conséquences.

-On va aller dénicher cet Arnold et sauver tes deux potes.
-Tu es folle, soupire-t-il comme s'il s'agissait d'une constatation pure et simple. Complètement.
-J'ai eu Danerys.
-C'était un coup de chance. S'il est comme son frère... On va devoir être l'équivalent d'une armée. Il va nous falloir des pieux, de l'ail, de quoi protéger la maison pendant que nous partons à la chasse, et... qu'est-ce que tu fabriques ?

Je me suis assise pour l'écouter, et suce ma morsure pour arrêter l'hémorragie.

-Je lèche mes blessures.
-Quoi ? Mais attends, je dois avoir un pansement quelque part...
-Pas besoin. Ça marche très bien. C'est normal non ? Comme les chats.
-Pardon ? Tu aveugles une vampire avec ton sang, et tu guéris tes blessures avec la salive. Tu as d'autres bizarreries comme ça ? Un deuxième cœur, quelque chose dans ce goût-là ? Dis-moi... tant qu'on est au chapitre des révélations.
-Je ne crois pas. Je me suis mordue parce que c'était écrit.
-Quoi, tu veux dire... sur ta peau ?

Je lui montre mon bras couvert de symboles. Il l'attrape et l'examine, mais je vois qu'il ne regarde pas du tout la coupure.

-Ces symboles...
-Is ont quelque chose de particulier ?
-Je ne sais pas... peut-être... oulàlà...

Il remonte jusqu'à mon épaule, regarde mon autre bras. Il a l'air à la fois effrayé et excité. Que comprend-il à tout cela ? Que signifie tout cela pour lui ?

-Maria... Maria... Qui es-tu... Qui es-tu Maria ?


Chapitre 7 : Les feux de l'enfer

Je courre. Les arbres défilent autour de moi. Le décor est beaucoup trop familier. Je l'ai déjà vu des milliers de fois... c'est... non...
J'entends la voix d'une femme qui me crie quelque chose. Je me retourne. Une de ces bêtes l'attrape et plante ses crocs dans son cou. Elle pousse un cri de terreur.
J'accélère. Je les sens qui m'entourent et me poursuivent. Mon sang dégouline le long de mes bras. Mais je sais que dès que j'aurais dépassé la rivière je serais sauve.


J'ouvre les yeux et voit deux grands yeux marrons qui me regardent.

-Tu as réussi à te souvenir ? demande Peter.
-T'es obligé de te coller comme ça ?

J'agite la main comme si je chassais une mouche. Je me relève et m'étire.

-Je n'arrive plus à retrouver le moment où on me les a fait. Je n'arrive plus à me souvenir... de ce qu'ils peuvent signifier.
-Raaaahhh !

Il tape du poing sur la table basse jonchée de tous les vieux bouquins qu'il a pu trouver sur la question des suçeurs de sang. Son titre de "docteur en vampires" est bidon, mais son intérêt réel.

-C'est très étrange. J'en ai retrouvé quelques-uns mais ils sont souvent vagues, imprécis... comme des formes très anciennes, archaïques, dérivées... le seul que j'arrive à reconnaître, c'est celui sur ta main.
-Ha, la croix de Jésus renversée ?

Je regarde ma main gauche. Le bras vertical va du majeur à la base de la paume, et le bras transversal le croise au milieu de ma main.

-J'ai été traitée de fille du démon pour cela par certaines soeurs de l'orphelinat. Elles m'obligeaient à la cacher, à l'enrouler dans un morceau de toile.
-C'est un symbole ancien. Il date de bien avant le Christ.
-J'ai toujours trouvé que ça ressemblait à une épée. Un symbole de mort...
-...du combat pour la vie aussi, pour l'humanité...
-... tu crois que cette chose pourrais tuer un vampire ?

Je tends la main, la penche et pointe sa poitrine avec le majeur, et étrangle l'air avec mon poing.

-T'en pense quoi ? Une main comme un pieu qui s'enfonce dans le coeur. Cool, non ?
-C'est impossible. Tu ne peux pas... tu ne peux pas simplement enfoncer tes doigts dans sa chair comme si c'était du beurre de cacahuètes !

Il referme son grimoire, exaspéré, et va le reposer. Je le suis du regard. Il n'est pas d'accord, le moindre bon sens mènerait à ne pas être d'accord, mais j'ai l'intuition que j'ai raison. Dommage que je manque de matière pour tester mon nouvel outil.

-Et si on suppose que ma main gauche est la mort, alors ma main droite ?
-Il y a quoi sur ta main droite ?
-Une spirale.

Il se retourne. Je décèle dans ses yeux une lueur d'espoir.

-La spirale veut dire la vie.
-D'un côté la mort, de l'autre la vie.

J'ai l'impression que mes mains ont changé de masse à l'instant où je dis cela. La gauche me semble lourde, comme si elle portait un couteau, la droite semble avoir envie de voler partout et de distribuer son amour au monde entier.
Une idée me traverse l'esprit. Tout me semble possible aujourd'hui, je me dis que ce serait laisser passer une chance que de ne rien tenter.
Peter est avachi dans le canapé, la veste ouverte. Il a passé un vieux T-shirt d'Alice Cooper. Sans prévenir, je le soulève et pose ma main droite sur l'endroit où il me semble que se trouve l'estomac. Il a le réflexe de rabaisser son polo mais je suis trop rapide pour lui.

-Qu'est-ce que tu f...
-Chut.

J'attends un peu et déplace ma main sur sa peau. J'essaie en vain de toucher avec mon esprit l'endroit où pourrait être la tumeur. Mais je ne sens que les battements erratiques de son coeur. La tension est palpable. Il finit par retirer ma main. Je soupire :

-Ca ne marche pas.

Il ne répond rien. Contrairement à moi, il s'y attendait. Il s'était montré plus acharné que moi à chercher dans ses livres la signification des symboles mais il était plus dubitatif sur la question de leur efficacité. Peut-être s'entêtait-il ainsi parce qu'il savait qu'il allait sans doute bientôt mourir.
Je me lève. J'en ai assez de rester là à attendre que le temps passe. Je veux agir avant qu'il ne soit trop tard. Je plante mon regard dans celui de Peter et demande :

-Tu as des armes valables contre les vampires ?
-Heu... oui.
-Allons les chercher.

Il se lève et me conduit à sa galerie. Je vais chercher ma besace en peau et le rejoint.

-Alors... des flacons d'eau bénite... un pieu béni par Saint-Antoine... Une ceinture protectrice, mais je connais celui qui me l'a vendue, c'est juste de la frimme à mon avis... tiens, je me souvenias plus de ça, c'est un arc avec des flèches au bout desquelles sont fixées un pieu. Un peu archaïque mais très efficace.
-Je peux essayer ?

J'ai déjà mis les fioles et le pieu béni dans ma sacoche. Il me regarde un peu surpris.

-Tu sais tirer à l'arc ?
-Je sais pas. Mais je le sens bien.
-... Okay, vas-y alors.

Il sourit et me tend l'instrument. Il semble en effet très ancien, assez rustique, mais diablement maniable. J'ai déjà vu des gens se servir de ce truc à la télé. Ca ne doit pas être bien sorcier. Je fixe la flèche, bande l'arc et plisse les yeux. Je parviens à distinguer nettement ma cible.

WOOSH !

La flèche file et se plante pile dans mon objectif, en plein milieu de la vieille affiche de spectacle sur laquelle il y a la photo de feu Danerys. Je courre la décrocher avant que Peter ne puisse esquisser le moindre geste. La blessure en lui est encore trop fraîche.

-Je crois que je me débrouille.

Je souris, satisfaite, et jette l'arc et le carquois sur mon dos. Je vais dans l'entrée pour enfiler les espadrilles et passe ma toute nouvelle veste en cuir.

-Bon j'y vais.
-Quoi ?
-J'y vais. Je pars défoncer la tronche de ce vampire mégalo.
-Mais... mais on est loin d'être prêts ! Tu as entendu ce que disais Danerys ? Il veut deux otages à échanger contre Charley et Amy !
-Mais tu es con ou tu le fais exprès, Peter ?

Il fronce les sourcils. Je l'ai vexé. Je laisse passer deux secondes de silence, le temps que le nuage noir qui plane au-dessus de lui se dissipe un peu.

-S'il veut deux autres êtres humains, il n'a qu'a les prendre. C'est un piège. Il veut t'attirer à lui.
-En gros c'est un piège, et on se jette dedans ?
-On a vraiment le choix ?
-Mais pourquoi il ne vient pas me chercher ?
-Il ne peux pas rentrer dans ta maison sans y être invité. Danerys était un coup de poker qui a failli marcher. Maintenant... dans sa tête, tu es le mec qui à réussi à tuer son frère avec trois pieux, une allumette et deux gouttes d'eau bénite, tout en buvant de l'alcool et en te grattant les couilles. Tu es genre... sa némésis.

Peter éclate de rire.

-C'est Charley qui a tout fait. J'ai juste tiré trois pieux et mis mon manteau sur lui quand il a commencé à brûler.
-Oui mais tu es connu. Il a dû comprendre que tu dirigeais l'opération.
-Mouais je suis pas convaincu. S'il avait eu un temps soit peu de neurones, il nous aurait assiégé. Ou aurait joué au livreur de pizzas.
-Sa méthode est plus rapide et à l'avantage qu'on sera sur son... territoire, ou quoi que soit le nom qu'il donne à l'endroit où il vit.
-Oui mais il n'est pas sûr qu'on tombera dans son piège, réplique Peter.
-Et pourtant c'est ce qu'on va faire.

Il ouvre la bouche, la referme. Je l'ai coincé. De dépit, il enfile sa veste en cuir.

-S'il faut y aller, autant se préparer.
-Te-te-te toi tu restes ici. Tu es malade en plus, je réplique en lui retirant son manteau.
-Quoi ? C'est hors de question ! Pourquoi ?

Je lui désigne le haut de la maison. Mon regard est lourd de reproches. Il hausse les sourcils.

-On a qu'à appeler une baby-sitter, réplique-t-il sur ce ton de "réponse à tout" qui m'a toujours exaspérée chez les hommes quand ils proposent une solution sans avoir la moindre idée du problème.
-Oui, pour que ce soit une des sbires d'Arnold qui se ramène. Brilliant franchement !
-Heu... Le laisser tout seul ?
-Un adulte parviendra facilement à le convaincre de le laisser entrer.
-On l'enferme dans le placard ?
-Peter !
-Oh ça va je rigole ! Quoique...
-Quoi ?
-J'aurais bien une idée. Elle est un peu dure, mais c'est la plus sûre que nous ayons. Viens, je vais te montrer.

Il se lève du fauteuil et s'approche du mur en face de sa chambre. Il n'a rien de particulier, simplement couvert de l'élégant revêtement noir qui recouvre l'ensemble de la pièce. La jonction entre deux panneaux de la cloison passe en son milieu, fente béante sur les ténèbres. Il passe son doigt dans la fente, à la recherche de quelque chose. Quand il l'a enfin trouvé, il trifouille quelque instants. Une porte secrète s'ouvre sous mes yeux ébahis. A l'intérieur, toute une pièce cachée s'offre à nous, équipée du confort nécessaire pour survivre en autonomie. Des placards sont remplis de quoi manger et de quoi boire pendant au moins deux mois, un lit occupe une grande partie de la pièce, il y a même des livres, des magazines, et une game-boy.

-Je te présente ma chambre forte.
-Tu... tu as prévu tout ça en cas d'attaque de vampires ?
-Oui. Elle se ferme de l'intérieur, et il faut un code pour ressortir. Nono sait comment elle fonctionne. Je lui ai montré. Enfin... j'étais en train de l'aménager, et il s'est enfermé dedans. Alors j'ai installé des trucs pour lui, au cas où...
-Ooooh c'est trop mignon !

Je ne peux m'empêcher de pouffer de rire à l'idée du pauvre papa en train de perdre patience pendant qu'il expliquait sur quel bouton appuyer pour libérer le sale garnement. Mais revenons à des choses plus sérieuses.

-S'il sait comment y entrer et en sortir, il suffira de lui expliquer ce qu'il a à faire en cas d'urgence. Mais il faut aussi nous protéger.
-Comment ça ?
-Je ne suis pas... sûre... mais je pense que des pentacles peuvent bien fonctionner.
-Des... quoi ?

Je vais chercher un feutre noir. J'en trouve un dans la boîtes de dessin de Nono et dessine un grand pentacle noir encerclé sur sa porte. Il me regarde massacrer son entrée, muet de stupeur.

-Ca les repoussera un peu plus longtemps. Il faut s'en faire sur la peau, aussi. Comme pour moi.

Je lui montre les nombreux pentacles qui se dessinent sur mes bras et dans mon dos. Il hausse les sourcils.

-J'en ai quelques-uns aussi ça suffit nan ?
-Le plus possible sera le mieux.
-Si tu le dis... d'où te vient cette idée ?
-Je ne sais pas, je répond en haussant les épaules. Une réminiscence, sans doute...

Dubitatif, il se dessine quelques étoiles sur les bras. Pour ma part, je maquille Nono, et dessine de grands pentacles sur toutes les portes. L'ouvrage terminé, l'appartement ressemble un peu à une maison de satanistes, mais si ce genre de magie fonctionne, je veux bien changer mon Dieu contre Satan. Pour embêter Peter, je lui dessine une étoile sur la joue. Il essaie de me repousser, mais je parviens jusqu'au bout de mon oeuvre avec succès.

-C'est très mature de faire ça, grogne-t-il.

J'éclate de rire, mais son expression désabusée me fait réaliser quelque chose. Je redeviens sérieuse.

-Tu as changé.
-Quoi ?
-Avoir un enfant, ça t'as changé.
-Comment tu sais ça ?
-Je le sais, c'est tout. Parfois, quand je te vois avec Tonio ou les autres, j'ai l'impression d'un autre Peter. Celui qui a un ego surdimensionné et qui ne pense qu'à son spectacle.
-Il faut bien que je vive. Et puis dans ce métier, il faut se faire respecter. En plus...
-Quoi ?
-Je m'en fous d'eux. Griselda, Tonio, tous, ils jouent dans mon spectacle pour profiter du fait que je sois encore célèbre. Ils ne comptent pas. Pas comme Nono... ou toi.
-Oh...

Sans réfléchir, je lui saute dans les bras. Il titube un peu et me serre contre lui. Je passe mes doigts dans ses cheveux pour le réconforter, et ce qui devait arriver arriva : une grosse poignée me reste dans les mains.

-Oups...
-Oh merde ! s'exclame-t-il.

Il va constater dans la glace les dégâts. Il y a au moins tout le côté gauche qui manque. Je me mets derrière lui et tente de justifier :

-Ca devait arriver un jour ou l'autre...

Il semble sur le point de craquer. J'essaie de trouver les mots pour le réconforter, mais rien ne vient. Tout ce que j'arrive à dire, c'est :

-Au moins ça te donne encore plus l'air d'un punk barré.
-Mouais...

Curieusement, ma réponse le ragaillardit un peu. Il semble prêt à se relever et à partir tête baisser dans la bataille. J'ai soudain une idée. Une idée idiote et futile, mais qui aura le mérite au moins de lui rendre un peu le sourire.

-Attends bouge pas.

Je prends le feutre, me met sur la pointe des pieds et lui dessine une autre étoile au-dessus de l'oreille. Quand j'ai fini, je dépose un baiser sur sa joue.

-Là, tu as vraiment l'air d'un punk. Ou d'un gothique. Je ne me souviens jamais bien de la différence.

J'enroule tout son armada de pieux autour de son torse et l'embrasse sur les lèvres. Je prends ma besace, mon arc et mes flèches pendant qu'il remet sa veste. A contrecoeur, je laisse Nono se mettre dans l'infâme chambre forte. La porte est juste poussée, s'il veut la fermer, il n'a qu'à la tirer. Je ne sais pas lequel de nous l'embrasse le plus, si c'est Peter ou moi.

-Prêt ? je demande à Peter.
-Prêt.
-Très bien. Allons casser du vampire.


Chapitre 8 : Saigner le peuple à blanc


-Alors c'est ici ? grogne Peter.
-J'crois bien.
-Okay... super ! ajoute-t-il ironique.

Il gare sa voiture la plus discrète, une Volvo noire massive, retire ses lunettes de soleil et ouvre la portière. Je sors également, fais le tour du véhicule et vais me poster à ses côtés. Dans le coffre, j'ai pu récupérer une combinaison ignifugée ultra-moulante qui fait ressortir la moindre de mes rondeurs. Peter la fait porter à certaines de ses assistantes lors de numéros risqués. Il en profite pour se rincer l’œil quand elles l'enfilent sans doute. Je crève de chaud, c'est hyper-moche, mais il a insisté.

-T'es sexy là-dedans, me susurre-t-il dans le creux de l'oreille.
-Vas te faire foutre, je réplique en le poussant.

Je jette un coup d’œil à l'immeuble dans lequel nous avons rendez-vous. Quelque chose cloche avec cet endroit.

-C'est bizarre...
-Quoi ?
-Ce bâtiment. Il est tout neuf et carrément vide. En plus, il pue la mort.
-Ha. Glauque.
-Je te sens pas très concerné Peter.
-Oh. Je m'apprête à rencontrer un vampire, j'ai perdu la moitié de mes cheveux, et je vais crever dans trois mois. Si je ne me fais pas bouffer ce soir par un type mégalo aux dents pointues qui porte un nom carrément ridicule. A part ça, je suis chaud comme la braise.
-Désolée.

Je me prépare à entrer par la porte principale et jette un dernier regard alentour. Soudain j'aperçois une vieille connaissance. Je ne résiste pas et la salue :

-Hey Stan !

Le vieux clochard se retourne. C'est bien lui. Toujours ce même vieux avec sa pelisse marron et son sac couleur banane. Il y a quelques années, avant que je découvre le refuge où je passais mes nuits en attendant de rencontrer Peter, je vivais avec lui dans un creux de mur. Je volais la bouffe dans les supermarchés, et il me laissait dormir dans une partie de ses couvertures. La vie nous a fait prendre des chemins différents, mais je l'ai toujours bien aimé.
Il se retourne. Son visage ridé s'éclaire quand il me voit.

-Marinetta !

Il me serre dans ses bras. Il schlingue mais c'est si cool de le voir que je m'en tamponne. Peter reste en retrait. Normal, ce mec est né dans un bain de White Spirit, il a du mal à supporter un type qui ne s'est pas lavé pendant au moins une semaine.

-Qu'est-ce que tu deviens, Marinetta ? Tu m'as l'air plutôt clean à ce que je vois. Tu t'es trouvé un gringo aye !

Il tend la main à Peter, qui la lui serre de mauvaise grâce. Le voir tendre la pince l'air aussi dégoûté que si Stan était un alien baveux est tout simplement hilarant. Je demande soudain :

-Hey Stan dis-moi...
-Yep ?
-T'as vu cet immeuble là-bas ? Il vient d'être construit non ?

Stan bossait dans le bâtiment avant d'être à la rue. Il est toujours en train de chercher un travail partout dans Vegas, et il connaît par cœur les nouvelles constructions. Je lui désigne notre point de rendez-vous. Son expression se rembrunit.

-Ne vas pas là-bas, Marinetta, me met-il en garde.
-Oh, pourquoi ?

Il se penche vers nous et met sa main devant sa bouche, comme pour préserver ses confidences de la foule :

-Il s'y passe des choses bizarres depuis la construction. Impossible d'être engagé, ni même de demander à être engagé. Personne ne circule la journée. Il y a des gens qui sont entrés... ils ne sont jamais ressortis. Et les fondations... je les ai vues se faire. Elles sont incroyablement profondes. La nuit, ça bouge là-dessous, on croirait qu'il font une fête aux Enfers. On ne voit rien, mais le vieux Stan entend tout... il y a des cris, parfois. Des cris horribles, à vous glacer le sang. Les gens d'ici ne font pas attention. Mais moi je pense qu'il s'y passe des choses terribles.

Il est si terrifié qu'il commence à jouer avec son chapelet. Je me tourne vers Peter. On a eu la même pensée au même moment.

-Tu pense que c'est plein de...
-On verra bien. Merci Stan ! A bientôt !

La conversation devenue gênante, je prends rapidement congé de mon vieil ami qui continue à réciter ses prières en marchant. Nous reprenons la direction de l'immeuble quand Peter m'arrête.

-Attends attends. On va pas entrer là-dedans ! C'est bourré de vampires, t'as entendu le vieux ?

Je me retourne vers lui. Il a perdu le peu de contenance qu'il avait quand nous parlions avec Stanley.

-Tu as peur, Peter ?
-Non mais...

Je ne peux pas lui en vouloir s'il a un instant de faiblesse. Mais ses potes comptent sur lui, ou du moins ce qu'il en reste. Je lui prend la main et l'entraîne sur le côté de la bâtisse.

-J'ai songé que ce n'était pas une bonne idée de rentrer par la porte principale. Il faut qu'on trouve une autre entrée.

A droite du building justement, il y a un espace entre le mur et le bâtiment voisin. Il est juste assez large pour passer en file indienne. Je pars devant, toujours suivie par Peter. Nous parvenons sans encombre de l'autre côté, dans une cour encadrée par les murs vertigineux des habitations. Elle a la largeur d'un demi-terrain de basket, comme un terrain vague entre les immeubles. Une vraie déchetterie, foire à n'importe quoi où débouchent également, à en juger l'odeur, les eaux usées du quartier.

-Charmant, fait Peter en fronçant le nez. On fait quoi ?
-Je ne sais pas.

J'avance vers les deux gros tuyaux rouillés au milieu du terrain pendant que Peter souffle un peu, appuyé sur le mur de l'immeuble. Je fais semblant de ne pas l'entendre être malade. Encore. Je sais qu'il ne veux pas que je m'inquiètes. Je n'aime pas ça. Ca ne lui ressemble pas.
Les deux morceaux de canalisations, si grande qu'un homme pourrait y entrer debout, m'intriguent. Ells ne semblent déboucher que sur les ténèbres. A quelques pas de l'ouverture, mon pied bute sur quelque chose de dur. Un éclair traverse mon champ de vision. Je le ramasse et le nettoie vaguement de la boue. C'est un téléphone portable. Il n'a plus l'air de fonctionner mais l'idiot à qui il appartient à collé son numéro dessus. Je prends mon propre portable et le compose d'une main tremblante. J'ai une soudaine intuition. Et si...
Je porte le combiné à mon oreille. Après un nombre interminable de sonneries, j'entends la voix du répondeur.

-Bonjour ! Vous êtes bien sur le portale de Charley Webster, je ne suis...

Je raccroche et pousse un juron. Peter me rejoint aussitôt.

-Qu'est-ce qui ce passe ?
-J'ai son téléphone ! A ton pote, Charley, c'est son téléphone, je m'exclame en lui montrant l'objet. Je l'ai trouvé là et j'ai appelé le numéro, c'est lui !
-Et ?
-Et ça veut dire qu'ils ont dû passer par là ! Viens !

Sans attendre sa réponse, je me précipite dans les tuyère béantes.

* * *

-Putain ça craint vraiment là.

Peter lâche un juron.
Au bout d'un quart d'heure à errer dans le noir, sans oser trop avancer de peur de se perdre définitivement, il commence à en avoir sûrement assez, et moi aussi. Mais aller à la rencontre du vampire sans se faire attraper n'est pas une mince affaire, et plus nous avançons plus je sens que ça va être plus dur que je croyais.

-On y voit rien alors fait gaffe, je chuchote en bandant mon arc.
-Attends j'ai senti une porte, répond-il. J'ouvre ?
-Vas-y.

Je l'entends qui pousse doucement le battant.

La pièce est petite et semble déserte. Les soupiraux sont condamnés et l'air y est étouffant. Une ampoule au plafond suffit à l'éclairage. Le manque de lumière du soleil se fait cruellement ressentir. J'ai une boule au ventre en songeant que la probabilité de la revoir est quasi-nulle. Je serre plus fort la main de Peter. Il se dégage.

-Je suppose qu'on est à l'étage moins un, dit-il. Mais j'ignore si l'on doit descendre ou monter.
-Monter, je réplique, prise d'une soudain intuition.
-Oui, mais comment ?

A cet instant, un cri d'outre-tombe retentit, suivi d'une cavalcade qui se rapproche de nous. Je repère un placard dans lequel je me réfugie avec Peter. J'entends son souffle rauque se réduire. Nous nous cachons juste à temps pour voir à travers l'entrebâillement trois silhouettes qui entrent dans la pièce par la porte opposée à celle par laquelle que nous avons empruntée.
Les trois silhouettes blanchâtres et très amaigries semblent se disputer quelque chose de façon violente. Leurs hurlements terribles retentissent encore un instant, jusqu'à ce que l'un attrape le cache d'un des soupiraux et le déchire, laissant la lumière du soleil frapper ses deux alter-ego en plein cœur. Le troisième referme le trou et saisit dans ses doigts l'objet de la dispute, avant de le mordre goulûment. A présent qu'il est immobile, je parviens mieux à voir ce que c'est.
C'est un cœur. Un cœur humain. D'ailleurs, à bien y regarder, il ne le mange pas vraiment : il se contente d'en extraire la substance rouge vitale dont il est gorgé, jusqu'à la dernière goutte, quitte à lécher le sol.
Je regarde Peter. Il semble prêt à tourner de l’œil. Je lui fait signe que j'y vais. La porte de placard s'ouvre. Le vampire m'admire un instant d'un air idiot. Il n'a pas le temps de réagir que je suis déjà sur lui. L'affrontement est bref. Je le plaque contre le sol. Ses cheveux épars trempent dans le sang qu'il était en train de boire quelques secondes auparavant.
Il renifle. J'ai la sensation qu'il est terrorisé. Affaibli. Dénaturé. Il sait ce que je suis au fond de lui-même. Moi aussi. Il sait que je vais le tuer, que c'est dans ma nature de le tuer. Face à Danerys, je pouvais toujours me cacher, me dire que c'était à cause de mes sentiments pour Peter. Lui, je ne le connais ni d'Eve, ni d'Adam, ni de Satan ni de Dieu, et pourtant je ressent l'envie intime de l'étrangler.
Je n'ai aucune idée des questions à lui poser. Je parviens à hurler :

-Où sont Charley et Amy ?
-... Cha... Charley... Amy... ?
-Oui ! Les deux êtres humains que ton chef a capturé ! Où sont-ils ?
-Chef... Arnold... Arnold Chef hein ?

Non seulement il semble sans force, mais en plus, il est complètement déficient mentalement.

-Ecoute-moi, débil*, si tu ne me dis pas tout de suite ce que tu sais, je t'égorge.

Je l'égorgerais qu'il parle ou pas, mais là n'est pas la question. Il me regarde sans comprendre.

-Chef... chef Arnold... 28e...
-Combien vous êtes ? Combien ?
-Arnold... 28e... 28e... Ahaaa sang... sang humain...

Je me retourne vers Peter. Bien sûr ! Pour eux, il doit puer la bouffe à cent kilomètres ! Je commence à paniquer.

-Bon écoute c'est pas contre toi, mais c'est ta dernière chance. Où sont Charley et Amy ?
-Charley... Amy... humains... humains... sang... SAAAAAANNNNNNNNNNNNNGGGG !!!

Il commence à hurler comme un dément. Prise de panique, je met une seconde à prendre une de mes flèches et à lui planter dans le cœur. Je fais signe à Peter, qui craque une allumette et l'enfonce dans la plaie pendant que l'autre est encore dans les vapes. Il est si nul comme vampire que ça marche.
Nous le regardons brûler en silence. Sans réfléchir, je fais un signe de croix.

-Paix à son âme. C'était un être humain autrefois, je murmure.
-Oui. Bon, il faut qu'on bouge, réplique Peter, plus pragmatique.
-Oui.

Je met le corps du suceur de sang anonyme sur le côté. Nous continuons notre progression et croisons plusieurs pièces vides. Nous faisons attention à faire le moins de bruit possible. Partout, le même spectacle : des pièces remplies d'objets éclectiques, ressemblant à des chambres. Du matériel de récupération, comme chez les sans-abri.

-Tu crois qu'ils vivent ici ? je demande à Peter. Un genre de colonie créée par Arnold...
-Si c'est le cas, ils doivent être sacrément nombreux. Et qui dit nombreux dit bouches à nourrir.
-Pas tout l'immeuble quand même ? Si ?

Il hausse les épaules. J'entends soudain des voix. Elles semblent venir de la pièce au fond du couloir. Je me rapproche.

-... Je joue sept de pique.
-Et moi As de trèfle ! J'ai gagné hihi ! Tu me dois ton tour de sortie de cette nuit !
-Merde !

Des rires éclatent avec les cris de rages du perdant, pendant que la femme qui a gagné chantonne :

-Je-vais-pouvoir-boire-deux-jours-de-suiteuh ! Je-vais-pouvoir-boire-deux-jours-de-suiteuh !
-Ils ont des tours de sortie ? chuchote Peter. Et ils les jouent aux cartes ? C'est étonnant.
-Ça doit être le moyen qu'Arnold à trouvé pour les rationner. Sinon toute la ville crèverait bouffée par eux. Mais ils s'ennuient et donc, ils jouent. Les plus intelligents survivent. Les moins bons aux jeux... deviennent comme celui qu'on a vu tout à l'heure. Réduits à l'état de bovins.
-Mais à ce rythme-là, ils devraient déjà s'entretuer, non ?
-Je suppose qu'ils n'ont pas le droit. Il doit avoir un petit groupe de contrôle qui surveille. C'est comme ça que fonctionne toute dictature après tout.

Nous passons la salle de jeu et nous engageons dans un autre couloir. Il me semble apercevoir les escaliers.

-On vas pouvoir monter. Faut qu'on fasse gaffe à pas trop s'exposer. Tiens, on vas prendre ces escaliers-là... ils m'ont l'air pas mal merdiques, ils doivent pas trop les utiliser.
-Stop. On ne bouge plus.

Une voix a surgi de nulle part derrière moi. Je me retourne. Deux hommes, habillés comme des golden boys de Las Vegas partis faire sauter le casino, tiennent fermement Peter par les bras. Leurs yeux sont couleur encre et leurs crocs pointent sous les lèvres rosâtres. Ils ont l'air bien plus en forme que ceux de tout à l'heure.
Trois autres, habillés pareil, se saisissent de moi. Leur chef, celui qui porte un costard plus classe que ses copains, nous regarde d'un air satisfait. J'essaie de me dégager mais ils sont forts. Bien plus forts que moi. L'odeur de viande pourrie du vampire, déjà difficile, me fait pleurer les yeux. L'un d'eux se lèche les lèvres juste à côté de mon oreille.

-Tu as l'odeur délicate de l'arsenic et des vieilles dentelles, ma jolie.
-N'y touche pas John, fait le chef. C'est du poison.
-Arnold, espèce de sale fils de pute ! gueule Peter.
-Moi ? Je ne suis pas Arnold. Je ne suis que Sergio, son bras droit. Enfin que vous importe ? Vous allez mourir dans cinq minutes.
-C'est toi qui va crever dans cinq minutes, connard ! réplique Peter, décidément plein de verve dans les moments de crise.
-Vomito tu fermes ta gueule, répond Sergio. Tout le monde t'as vu gerber dans la cour pendant que ta meuf regardais pas.
-Vomito ? Viens là que je te vomisses dans la gueule !

Il crache à la figure de Sergio. Malgré ma peur, j'éclate de rire. Sergio nous regarde tout les deux.

-Vous me faites pitié. Vous croyiez vraiment que vous alliez venir à bout de notre forteresse à deux ? Amenez-les à Arnold. Et bâillonnez celui-là, il commence à baver partout.

Aussitôt dit aussitôt fait. Peter continue de s'agiter mais ses trois geôliers le tiennent fermement. Personnellement, je me sens étrangement calme. Je n'ai pas tellement peur pour moi, plus pour Peter.
Les cinq muscles nous font monter dans l'ascenseur. L'un d'eux appuie sur la touche « 28 ». Les paroles du suceur de sang deviennent soudain limpide. Je m'en veux de ne pas les avoir comprises plus tôt, j'en pleure presque de dépit. L'ascenseur émet un « DING ! » sonore.

-Ca y est, nous y sommes.
-Mmmhhhh ! Mmmmhhh ! râle Peter sous son bâillon.

Je le trouve drôle malgré moi. C'est sans doute nerveux. Nous sortons de la cabine. Cet étage est sûrement le sommet de l'immeuble. Il y fait noir comme dans un four. Le silence donne la chair de poule.

-Je vous attendais, fit une voix dans les ténèbres. Bienvenue.


Chapitre 9 : La fièvre de l'action



C'était lui.
Je sentais son odeur, distincte des autres. Une odeur de rouille et de ruine. Il hantait mes rêves, chaque nuit. Cet homme me poursuivait dans mes rêves, toujours le même, tout le temps. Je me souviens... Je me souviens !
J'étais dans la forêt, avec ma famille. Nous les traquions, nous les chassions mais... ils étaient plus forts que les autres. Trop nombreux... trop rapides... nos proies étaient devenus nos prédateurs. Nous avions dû fuir. Je savais qu'il existait des zones... des traits tracés dans la plaine par les miens, afin de Les contenir loin des humains. C'était le but de notre sortie... finir de construire cette barrière de fumée entre eux et nous. Mais ce fut un échec. J'ai fui, je me suis battue, j'ai traversé la frontière. Seule.

Cet homme a tué ma famille.

-AAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!!!

Je lui saute à la gorge. Mes gardes, surpris, me laissent filer entre leurs doigts. Cependant je suis perdue, si perdue... qu'est-ce que je dois faire déjà ? Je m'arme d'un pieu et m'apprête à lui transpercer la poitrine mais il m'arrête. Il tient mon poignet d'une main ferme. Il est le père de tous les autres, celui qui à généré l'ensemble de la colonie.

-Tu crois vraiment faire le poids contre moi ?
-Je...

Il tord doucement mon poignet. Les larmes me viennent aux yeux. Je serre les dents pour ne pas crier. Un léger craquement retentit. Il relâche. J'attrape aussitôt ma main pour vérifier. Il ne l'a pas cassé, juste foulé. Ses deux sbires me ramènent près de Peter. Un sourire méprisant se dessine sur son visage.

-Tu n'es qu'une gamine. Une petite gamine. Tu crois vraiment pouvoir faire le poids contre moi, petite sorcière ?

C'était ça. Sorcière. Il y avait un mot dans ma langue pour désigner mon peuple, mais je l'ai oublié. Je n'ai pas oublié celui que les hommes utilisent pour nous désigner. Les sorciers.

-J'ai étranglé ton père a mains nues, morveuse ! Tu crois que tu vas pouvoir me tuer aussi bêtement ?

Comment peut-il oser parler de mon père ainsi ? Je serre les dents pour ne pas répliquer. Mais je me souviens... je me souviens... je me souviens... Les images reviennent, une par une, de plus en plus... de plus en plus... vite... Faites que ça s'arrête... S'il vous plaît, faites que ma tête explose, et que tout s'arrête...

-Maria !

C'est Peter. Je m'écroule sur le sol. Non ! Non ! Tous les souvenirs reviennent en une tornade d'émotions, de visages... Je vois des enfants, tout un peuple au cheveux blancs, comme moi... Je vois ma mère, et ses yeux bleu océan... Je vois mon père, et son regard de feu... Je vois mes frères, le petit et le grand... Ils meurent, ils meurent tous... Leurs voix sont de plus en plus confuses... J'entends Peter au loin, alors que je suis déjà dans la forêt où ils nous ont attaqués...

-...Qu'est-ce qui lui arrive ? Maria !
-...C'est les souvenirs qui lui reviennent, répond Arnold.

Je n'entends plus rien. Même les images qui me reviennent sont a peine perceptibles maintenant... C'est trop, trop vite... J'entends Sergio demander :

-...Et qu'est-ce qui va se passer quand elle va se souvenir ?
-... J'en sais rien !

Le dernier cri est d'Arnold. Mon cerveau semble exploser à l'intérieur de mon crâne. Je ne peux pas... je n'ai pas pu et je ne pourrais pas supporter ce qui... ce passe... ce qui c'est passé... et ce qui se passera. La dernière lumière avant que ma tête n'explose est pour Peter, qui s'échappe dans la confusion générale.

-Ne t'inquiète pas ! Tout va bien se passer ! crie-t-il d'une voix paniquée.
-... Aide-moi... Aide-moi... arrête-les... Peter...
-Je ne peux pas... Ils sont trop forts... Maria !
-Pete...
-Maria reste avec moi !
-Lâche-là idiot !

Il disparaît. Je ferme les yeux et me laisse aller. Je n'ai plus la volonté de lutter. La dernière chose que je sens est une main glacée et brûlante à la fois qui se saisit de moi pour m'emmener, puis c'est le noir complet.

* * *

Je courre encore. Peu importe le sang, peu importe la boue. A la cabane, à la rivière, une frontière de sel et de feu a été tracée pour nous protéger. Je sais bien qu'elle n'est pas fermée. Ils peuvent toujours s'en sortir et me tuer. Mais je serais loin, si loin...

Je me retourne. Deux yeux noirs m'observent depuis un fourré. Mon sang se glace. Le vampire s'approche et sourit. Je reste un instant horrible à le regarder. Je rassemble ce qu'il me reste de forces, fait volte-face, et continue à courir. Il se lance à ma poursuite. Son pas est souple et assuré alors que je suis à bout de forces et terrifiée.
Encore quelques foulées, et j'aperçois la rivière. Mon sang ne fait qu'un tour. Je pique un sprint. En un bond, je suis de l'autre côté.
Ils s'arrêtent. Je n'en peux plus. Je me tourne vers eux. Ils continuent à me regarder, un long moment. Ils sont plusieurs. Je vois leur chef, je sens qu'il est leur chef, je peux le voir dans ses yeux.
Ils continuent de me sourire. Ils sont plusieurs. Certains ont des... choses dans leurs mains, qu'ils font passer devant... Je plisse les yeux. Ma mauvaise vue m'empêche de les voir... Soudain, je sais ce que c'est.
Quatre têtes.
Quatre visages. Leurs visages. Quatre crânes qu'ils tiennent par les cheveux... Ils sont...

-Noooooon !

Les suceurs de sang me regardent d'un air vide. Seul leur chef sourit. Il tient la tête de mon père dans sa main droite. Je me jure de graver son visage dans mon esprit, chaque détail, chaque morceau. Ses cheveux noirs relevés sur son front qui brillent sous la lune. Son nez aquilin, sa peau couleur albâtre, ses yeux noirs charbon. Et surtout, ce sourire. Le sourire d'un démon.

Je lui jette un dernier regard et entame une longue marche à travers la forêt. Bientôt celle-ci cède la place au désert, comme la nuit cède sa place au jour. Je sens une ville pas loin. J'ai soif, j'ai faim. Le soleil me brûle comme l'enfer. Je me sens mal. Chaque pas devient plus douloureux. Je n'arrive plus à avancer. Ma tête me fait mal. Je ne me rappelle plus de rien. Où suis-je ? Qu'est-ce que je fais là ?
Qui suis-je ?
Je pose ma main sur ma tête et la retire. Il y a du sang qui coule dans mes cheveux, le mien.

-Aaaah... aaaah...

J'ai de plus en plus mal. Je peux voir la ville à encore un kilomètre mais j'ai peur de ne jamais l'atteindre. Je meurs. Je suis en train de mourir, non... non... Qu'est-ce qu'il se passe...
Le soleil... Le soleil... Le démon de soleil...
Il sourit...


* * *

-Mmh... Qu'est-ce que... Oh mon dieu qu'est-ce qui se passe ?
-Aaoooonnhhh Mal... mal...
-Amy t'inquiète pas c'est eux !
-Hein ?
-Salut Charley... Tu m'excuses je... me sens pas très bien...
-Quoi ?

Un gargouillis horrible achève de me réveiller. Je suis allongée par terre, dans une cellule qui sent le renfermé. Les autres sont là. Je reconnais le garçon et la fille de la photo. Peter est entre eux et moi. Je gémis :

-Peter...
-Mmh ?
-Qu'est-ce qui c'est passé ?
-Oh, trois fois rien. On s'est fait capturer, ils nous ont emmenés ici, et on a aucune idée de ce qu'ils veulent faire de nous. Oh, je te présente Charley et Amy. Charley, Amy, voici Maria.
-Salut...

J'ai trop mal au crâne pour bouger. J'ai un peu de mal à me remettre les idées en place. A vrai dire, j'ai de nouveau des souvenirs mais j'ai la vague sensation qu'ils ne sont pas dans le bon ordre. Cependant je crois que j'arrive à réunir assez d'éléments pour commencer à expliquer.
Un autre gargouillis me rappelle soudain les vraies priorités.

-Peter est-ce que ça va ? Je m'écrie, inquiète.
-Je... Mmh... j'ai mal...
-Mal comment ?
-Pas comme d'hab... Plus... beaucoup plus... Maria...

Il s'allonge à côté de moi, sa tête sur mes genoux. Il est pâle comme la mort. Cette fois est encore pire que toutes les autres fois. Non non non il ne faut pas qu'il s'en aille, pas lui !
Il faut que je me calme. J'ai découvert des choses sur moi pendant mon inconscience. Il faut que je les utilise et qu'on se sorte de là au plus vite.

-Peter !
-Quoi ?
-File-moi la gourde de schnaps que t'as toujours sur toi !
-Mais... Comment... pourquoi... que...
-Pas le temps ! Donne !

Il farfouille un instant dans sa veste en grognant et me tend la fameuse bouteille. Elle est quasi-pleine, il l'a remplie avant de partir. Je la vide par terre.

-Hey !
-T'as plus droit à l'alcool !
-C'était de l'eau ! Donne !

Je lui tend de nouveau la gourde. Il avale goulûment le reste et me la rend.

-Qu'est-ce que tu vas faire avec cette gourde ? demande Charley.
-Mettre mon sang dedans.

Mon annonce jette un gros blanc. Charley ouvre des yeux ronds comme des soucoupes. Je me souviens juste à temps. Ils ne savent pas... Peter devine, il m'a vu le faire contre son ex-fiancée.

-Je suis... spéciale.
-Spéciale comment ? Répond Charley.
-Je... Je... Je me souviens maintenant... - je regarde Peter – Je me souviens...
-Te souvenir de quoi ? Coupe le jeune homme.
-Je suis une Sorcière.

Ils me regardent tous les trois comme si j'étais un extraterrestre.

-Une... Sorcière ? fait Charley. Je veux dire... sérieux ?
-Oui. Pas... pas une sorcière comme vous l'entendez, une petite vieille qui danse autour d'un chaudron plein de gadoue en chantant des chansons magiques. Quoique... l'idée que les sorciers et sorcières sont tous très vieux avec des cheveux blancs vient en partie de là étant donné que tout mon peuple à les cheveux blancs mais...
-Une Sorcière ? Les Sorcières n'existent pas ! s'exclame Peter. La magie c'est pour les gogos. Je le sais j'suis magicien.
-La plupart des humains disent de même pour les vampires, je réplique.
-Les vampires c'est différent, rétorque Peter. Ils sont logiques. Ce sont des êtres vivants comme tous les autres. Ils mangent – boivent du sang – ils ont des faiblesses définies – ils brûlent à la lumière du soleil, supportent mal le feu – sont venimeux et peuvent mourir d'un pieu dans le cœur.
-Monsieur est scientifique ! Je réponds, exaspérée. Tu fais quoi des reflets dans le miroir et de la croix chrétienne ?
-... Bon okay, tu es une Sorcière. Ça nous avance à quoi, concrètement ?

Je prends un petit temps avant d'expliquer. C'est déjà assez long et compliqué comme ça, pas la peine d'en rajouter. Je baisse un peu la voix pour que les vampires n'entendent pas.

-Mon peuple existe depuis la nuit des temps. Nous ne sommes pas... humains. Il y a un mot pour nous désigner dans notre langue, mais je ne peux pas le dire, il y a trop de chances pour qu'ils l'entendent.
Il y beaucoup de sortes de Sorciers. Certains maîtrisent l'eau, l'air, la terre, les esprits, les symboles, le feu... et le sang. Je suis une Sorcière de sang. Nous – avec les Sorciers du Feu – sommes spécialisés dans... la chasse au vampire.
-C'est pourquoi ton sang...
-Tout mon être est toxique pour eux. Mon sang, ma peau, mes larmes, ma salive... C'est pourquoi je veux mettre mon sang dans ta bouteille.
-Tu veux pas plutôt pisser dedans ?

C'est Peter qui a dit ça. Il a un petit sourire niais. Mais... mais... mais oui !

-T'as des idées stupidement géniales toi parfois !
-Je sais, je sais, répond-il avec un petit sourire faussement prétentieux.
-Ah non hein ! S'exclame Charley. C'est dégoûtant de faire ça.
-Charley... réplique Peter, je préfère être un dégueulasse vivant que... qu'être mort ! Allez Maria !
-Okay une minute.

J'entends Charley qui grommelle « C'est vraiment l'idée la plus stupide que j'ai jamais vue » et Amy qui ajoute, pleine d'esprit « ils se sont bien trouvés ».

-C'est quoi ton plan après, Mister Clever ? Je demande à Peter.
-On les arrose et... et on se barre d'ici.
-Tu es sûr que tu vas y arriver, Peter ? Fait Charley, inquiet.
-Bien... bien sûr, réplique Peter, le souffle court et la main sur le ventre. J'ai toujours été très doué pour fuir.

Je l'aide à se relever. Deux suçeurs de sang, un homme et une femme, gardent la porte. Nous passons la porte en silence, Charley et moi soutenant Peter. Nos deux geôliers se lèvent dès qu'ils nous voient sortir.

-Qu'est-ce que... fait l'homme.
-Désolée ! Je crie précipitamment.

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai dit ça. Je leur lance le contenu de la gourde sur le visage. Je les entends pousser des cris mais nous n'avons pas le temps de savoir s'il s'agit de douleur ou de dégoût. Nous devons sortir d'ici, et vite.

-Il faut prendre les escaliers, je chuchote. L'ascenseur, on risque de se retrouver face à eux.
-Mais on ne connaît même pas le chemin ! répond Charley.
-Je sais pas si j'arriverais à... à descendre les escaliers, ajoute Peter.

Je ne tient aucun compte de sa remarque et ouvre la porte. Une volée de marches plus étroites que ce à quoi je m'attendais nous attend. Nous nous précipitons à l'intérieur, talonnés par nos deux gardiens. Peter s'accroche à la rampe et s'appuie sur moi comme il peut ; je sens Charley qui nous pousse le plus possible vers la sortie. Les étages défilent à nous donner le tournis. Soudain, un cri retentit derrière.

-Amy ! S'écrie Charley.

Je me retourne. Ils nous ont rattrapés. Je vois le sourire diabolique de l'homme derrière elle qui la retient, caché derrière ses cheveux blonds décoiffés par le stress et le danger.

-Lâchez-la ! Je m'écrie.

Je saisis une flèche derrière moi et vise. C'est trop près, c'est trop près, ils ne cessent de bouger, je vais la toucher et la blesser... Tirer, ne pas tirer... Je tire.

SWOOOOOOOOOOOOOOOSH !

Un hurlement horrible sors de sa gorge. Ma flèche a atteint sa tête. Ça ne le tuera pas, mais ça le ralentira un moment. La course reprend. 3e, 2e, 1er étage, rez-de chaussée... STOP. J'ouvre la porte à la volée et nous débouchons sur le hall... où trois vampires discutent tranquillement. Ils se retournent vers nous, surpris. Je lève mon arc et tue – coup de chance – le premier d'une flèche. Je crible les deux autres jusqu'à n'avoir plus rien. Ils disparaissent tous trois dans un tourbillon de cendres. Je lève les yeux : le hall est désert. A cinq mètres de nous, la sortie, un portail élégant de verre noir et d'acier.

-Sortons d'ici.
-Désolé... je crois que...

Peter s'est écroulé sur le sol. Charley et Amy ne se sont pas fait prier : il sont déjà dehors, là où l'assurance de la foule et la lumière solaire ne poussera jamais Arnold à tenter quelque chose.

-Peter ! Tu ne vas pas nous laisser tomber ? Il reste 5 mètres ! Allez !
-Je n'arrive plus... mes jambes ne me portent plus...

Je le regarde et il me regarde. J'entends du bruit dans les couloirs : la nouvelle de notre évasion a dû se répandre rapidement.

-Je ne vais pas t'abandonner ici, Peter. Tu le sais. C'est toi qu'il voulait au départ. Pour se venger, et pour mettre la main sur tout ce que tu peux représenter comme danger pour lui. Et je ne te laisserais pas tomber aussi parce que...
-Parce que quoi ?
-Parce que toi, tu m'as sauvée.

Je l'embrasse et le saisit dans mes bras. Il proteste mais se laisse faire. Il est moins lourd que je ne l'aurais cru. Je marche vers les portes avec difficulté. La lumière du soleil, à la fin d'un après-midi, éclaire mon visage. Je descends quelques marches du perron et emmène Peter à l'écart, sur le côté des marches.

-Maria... Maria...
-Chut... Peter...

Je sors mon mouchoir et éponge la sueur froide sur son front brûlant. Charley s'approche.

-Amy est en train d'appeler les urgences, dit-il.
-Me...Merci, murmure Peter.
-C'est nous qui vous disons merci. Sans vous, nous serions encore là-dedans.
-Ça va aller hein ? dit-il d'un ton qu'il veut assuré.

Je ne réponds pas. Peter ne dit quasiment plus rien à présent. Il ne fait que haleter et marmonner des choses auxquelles je ne comprend rien, les yeux mi-clos. Je lui tient la main et la tête du mieux que je peux pour ne pas qu'il bascule. J'entends les sirènes de l'ambulance dans la rue. Bientôt ils sont sur nous. Je confie les clés de la voiture à Charley ainsi que son téléphone que j'ai retrouvé tandis que deux infirmiers s'approchent avec un brancard.

-Suivez-nous avec la voiture. C'est la Volvo noire garée là-bas à côté de la jaune, j'ajoute en lui désignant le véhicule. Je vais rester avec lui. Oh, et voici ton portable, je l'ai retrouvé dans la boue dedans l'entrée de l'immeuble.

Il hoche la tête et prends ces deux choses. Je monte dans l'ambulance.

-Que... qu'est-ce que... bredouille Peter.
-Chut, je murmure. Je suis là. Tout va bien, c'est fini.

Les portes se referment, et le véhicule de secours démarre.

* * *

-Le doc va bientôt venir te prendre en charge.

Service oncologie, chambre 317. Peter à été pris en charge très rapidement vu son état critique. Ils lui ont trouvé un lit dans le service, allongé correctement et perfusé de médocs en attendant le médecin.
Les deux autres ont trouvé de quoi se changer après deux jours de capture dans la voiture de Peter, toujours pleine de costumes et autres machins, ce qui fait qu'Amy est à présent vêtue d'une longue robe ample à la romaine et Charley des vêtements à Peter qui vont mal avec son visage de jeune parfait. Je suis pour ma part encore en tenue de combat, avec combinaison ignifugée et tout mon attirail.

-Ils m'ont dit qu'ils allaient t'enlever les 9/10 de l'estomac. Mais le Dr. Wilson m'a dit qu'il s'agissait d'une opération risquée. Et il se pourrait que les métastases se soient déjà répandues dans tes autres organes, j'annonce. Il arrive dans un quart d'heure. Quand tu seras parti j'en profiterais pour aller chercher Nono à la maison et le ramener ici, comme ça, tu pourras le voir à ton réveil.
-Maria... Maria reste avec moi...

Il prend ma main. Il est difficile à regarder. Je passe mes doigts sur sa joue pâle et rugueuse.

-Tout ira bien, Peter...
-Non... le vampire... il va...
-On s'occupera du vampire après. Pour l'instant, c'est un autre combat qui t'attend.
-Ne me laisse pas tout seul...
-Je ne vais pas te laisser ! Il y a Charley et Amy pour veiller sur toi !
-J'ai peur, Maria...
-Oh...

Je pose ma main sur son front et l'embrasse sur la bouche. C'est le plus long et le plus doux des baisers que je n'ai jamais partagé. Comme si ça... je sentais que c'était... dans l'ordre.

-Je t'aime, Peter.
-Moi au... aussi je t'aime...

Je l'embrasse encore et encore et encore quand soudain mon téléphone sonne. Surprise, je jette un coup d’œil au numéro. Inconnu. Je quitte la chambre et vais dans la salle d'attente pour téléphoner.

-Allô ?
-Bonsoir, Maria.

La voix me glace le sang. J'essaie de garder un minimum de contenance. Il ne m'effraie plus. Je ne suis plus une enfant.

-Arnold ? Que... que voulez-vous ? Comment avez-vous eu mon numéro de portable ?
-Oh... un post-it à côté du fixe chez Peter et vous,[/i] siffle-t-il. Ça peut avoir des inconvénients, n'est-ce pas, d'avoir une adresse ?
-Allez vous faire mettre. Que voulez-vous, encore ?
-Oh... moi ? Hé bien... disons que Peter Vincent est devenu une proie assez négligeable face à la petite démonstration de tes... talents.
-Quoi ?
-Je te veux toi, ma jolie. Toi, et tous tes secrets de petite sorcière accomplie, rétorque-t-il d'un ton autoritaire qui coupe net avec le persiflage.
-Je m'en souviens à peine. Et même si j'avais un savoir, vous seriez le dernier à qui je le donnerais !
-Mmh. Je crois que j'ai quelque chose qui pourrait te faire changer d'avis, susurre-t-il.

J'entends un bruit d'un combiné qu'on change de main. Une petite voix, une toute petite voix retentit alors, une qui me fait fondre l'âme et déchire mon cœur en deux :

-Maria ? Papa ?


Chapitre 10 : Bienvenue dans la Nuit de l'Horreur.

-Maria, Ma...Maria est-ce que c'est toi ? bredouille Nono. Je suis désolé, j'ai laissé entrer... il m'avait dit que vous étiez avec lui ! Le méchant monsieur a dit qu'il allait vous tuer... ce n'est pas vrai hein ? Hein ?

Le combiné change à nouveau de main.

-Vous êtes un monstre, je m'exclame quand Arnold le reprend.
-Mais j'obtiens toujours ce que je veux. Venez. Venez chercher votre gamin !
-Qu'est-ce que vous voulez ? C'est quoi votre marché ?
-Je veux que vous veniez ici, chez moi, vous rendre. Alors je libérerais le gamin. Si vous tentez de résister, je le tuerais. Ah et... vous avez jusqu'à l'aube pour vous décider.

Il raccroche. Je jette un coup d’œil à l'extérieur. Le crépuscule commence à pointer.
Merde !
J'étouffe un sanglot de colère. Ce n'est pas juste ! Pourquoi maintenant ? Je suis près de perdre Peter, et il faut à présent que je sois prête à perdre Nono aussi ! C'est trop dur, je ne peux pas, je ne peux pas... j'ai déjà perdu ma famille une fois, je ne peux pas...

-Maria, est-ce que ça va ?

Charley vient d'entrer dans la salle d'attente. Il m'a vu pleurer et pose sa main sur mon épaule.

-A... Le... il a... enlevé... Nono...
-Maria, de quoi tu parles ?
-Arnold à enlevé Nono.
-Hein ? Qui est Nono ?
-Son fils.
-Son... Peter a un gosse ? Noooon.

Il éclate de rire. Je relève la tête et le fusille du regard.

-Mais c'est génial ! Pourquoi Peter ne m'en a pas parlé ? Quel âge il a, votre gosse ?
-Six ans. Je ne suis pas sa mère.
-Quoi ?

Devant son air de totale incompréhension, je lui résume l'histoire que Peter m'a racontée, puis notre rencontre avec Danerys, jusqu'au coup de fil d'Arnold quelques minutes auparavant. Il hoche la tête.

-Alors il a enlevé le gamin, et maintenant, il veut qu'on aille le rechercher. Mais pourquoi ?
-C'est moi qu'il veut. Il y a dix ans... il a massacré ma famille. Il me veut pour finir le boulot et il veut Peter pour venger son frère.
-Oh. Mais... et moi ?
-Il est fondamentalement convaincu que c'est Peter qui l'a tué. Le fait qu'il se donne en spectacle en train de vaincre des vampires n'aide pas non plus. S'il te plaît, ne lui dit pas que Nono à été enlevé. Il est déjà assez mal comme ça...
-Il est déjà parti au bloc. Il en a pour six heures. Ensuite, ils vont y aller plus doucement sur la chimio je pense.
-J'espère.

Un long silence s'écoule. J'aime bien ce gars. Il est assez vert encore mais j'apprécie la lumière qu'il a en lui.

-Maria... je voulais te dire... dit-il après un long silence.
-Hein, oui ?
-Tu comptes aller chercher Nono là-bas ?
-Hé bien, je ne vois pas vraiment d'autre solution, je soupire.
-Dans ce cas, je viendrais avec toi, répond-t-il d'un ton décidé.
-Quoi ?
-Peter m'a aidé à vaincre Jerry alors qu'il tenait Amy. Je pense que je lui doit quelque chose, et s'il y a un moment pour payer ma dette c'est maintenant.

Je le regarde avec étonnement. Pour un gamin de 20 ans, il est très mûr. Je suis prête à émettre une objection au sujet de son expérience, quand je me souviens qu'il a déjà vaincu Jerry. Ce gosse est plein de ressources, loyal et courageux. Je commence vraiment à l'apprécier.

-Bon, hé bien dans ce cas... pas une minute à perdre, n'est-ce pas ?

Je me passe les mains sur le visage. La journée m'a épuisée mais je ne dois pas me reposer. Une vie est en jeu, et non des moindres.
La nuit sera longue.

* * *

-Je suis à l'entrée principale.
-Cool, fait Charley. Moi aussi. Mais je crois qu'il ont posté des gardes à l'entrée qui passe par les égouts. Je ne peux pas rentrer comme ça.
-Tente de les distraire. Je vais entrer par le hall, j'ai besoin qu'un maximum d'entre eux soient occupés avec toi.
-Compte là-dessus, je suis Diversion-man. A tout à l'heure.
-A tout à l'heure.

Je raccroche et me poste devant l'entrée. De l'extérieur, impossible de voir si l'intérieur est désert ou bondé. Je me fie au bruit : un silence pesant règne de l'autre côté du battant. Méfiante, je bande mon arc et pousse la porte. Celle-ci s'ouvre en grinçant.
Personne. L'odeur de vampire me fait froncer le nez. Les lumières sont éteintes. Étrange. Les vampires sont comme les chats : ils ne peuvent voir dans le noir complet, ils ont besoin d'un minimum de lumière. Là, il fait noir comme en enfer.
Soudain, j'entends un léger frottement.

-Qui est là ? Je murmure.

Les lumières s'allument. Un homme sort de derrière un pan de mur. J'étais préparée à voir Arnold, mais c'est son second qui m'accueille, avec son visage poupin et ses cheveux brun chaud qui jurent terriblement avec ses yeux d'un noir glacé.

-Sergio ! je m'exclame.

Je pointe mon arc sur lui et me prépare à tirer. Il lève les mains en l'air en signe de reddition.

-Calme, calme, ma jolie, roucoule-t-il avec son accent liquide d'Italie.
-Pourquoi Arnold t'as-t-il envoyé ?
-Il ne m'a pas « envoyé » réplique Sergio, un certain mépris dans la voix. M. Dandridge n'est pas mon patron. Ce serait plutôt moi qui le serait.
-Quoi ?
-L'immeuble m'appartient.

Il aplatit les plis invisibles et époussette l'inexistante poussière de son costume griffé impeccable.

-Il m'a proposé l'immortalité comme un cadeau, en échange d'un quartier général digne de ses rêves de grandeur.
-Ses rêves de grandeur ? - Je souris avec mépris – Il est tout juste bon à bouffer des gens en se roulant dans la boue !
-Eh bien, soupire Sergio en ne tenant aucun compte de mes insultes, Vegas... Vegas est la capitale du péché. Il y a beaucoup d'Eglises pourtant, mais personne ne croit plus vraiment en rien d'autre que le fric, le sexe, l'alcool, ou la cocaïne. La plupart des gens ici préfèrent se vouer à Satan.
-Je ne vois pas vraiment où vous voulez en venir, je réponds, dubitative.

Sa description de Vegas ne m'impressionne guère. Le petit couplet sur les péchés de la ville me fait doucement rire. Tellement puritain ! Il hausse un sourcil ; il voit bien que je suis assez peu sensible à son petit discours. Il décide d'aller droit au but :

-M. Dandridge veut faire de la ville la capitale du vampirisme. Une capitale dont il serait l'empereur incontesté.
-Vous vous foutez de moi ?
-Absolument pas, rétorque l'élégante sangsue en rajustant sa cravate Paul Smith. Au début d'ailleurs, il était persuadé que M. Vincent était effectivement un Sorcier, et que ses spectacles étaient une couverture. Pour lui, il ne semble pas possible que quelqu'un survive 2 fois à l'attaque d'un vampire, surtout s'il n'a que onze ou douze ans la première fois. Mais ensuite, il vous a vu arriver avec lui, et il vous a reconnue.
-Mais je... je ne suis pas...
-Il ne veux absolument pas vous rendre Nono, conclut-il sans faire attention à mes bégaiements. Il veut juste vous tuer, et il sait qu'il ne pourra pas à moins que vous ne vous rendiez car, il faut bien l'admettre, vous êtes sans doute la plus forte qu'il ai eu à affronter.

Je fronce les sourcils. Une grande partie de l'affaire devient claire. C'est vrai qu'il y a dix ans, j'étais la seule qui lui avait échappé alors qu'il avait tout un clan à ses côtés. Là, ils sont plus nombreux, mais la plupart sont des neuneus sans cervelle qui n'ont jamais vu de Sorcier de leur vie. Et j'ai grandi. Je baisse légèrement mon arc et réponds :

-En résumé, il a mis au point un petit numéro uniquement pour que je me laisse mourir de mon plein gré ?

Je voulais ajouter « il est au courant que je ne suis pas une idiote ? » mais me retint ; j'ignorais comment réagirait Sergio. Je ne suis faisais pas du tout confiance et il me racontait peut-être un autre mensonge. Son visage trop lisse semble toujours dissimuler quelque chose de pas net. Mais il confirme.

-Il a déjà pris place dans sa « salle du trône », prêt à jouer le roi suprême qui dans sa grande mansuétude accorde la vie à l'enfant en échange de la vôtre. J'étais supposé vous amener là-bas.
- « J'étais » ? Quoi ? Et s'il est votre allié, pourquoi m'avoir raconté tout ça ?
-Parce que je trouve que vous tuer est idiot, rétorque-t-il avec une fougue inattendue. Et j'en ai assez de son ego surdimensionné.
-Alors quel est votre plan ?

Il sourit mystérieusement. Ses yeux se plissent méchamment. Je baisse mon arc mais le garde à la main. Il a l'air d'un adolescent mesquin, pour ce que vaux l'âge que font les vampires. A présent qu'il est près de moi, je peux voir qu'il est aussi grand et aussi mince que Peter. Il est comme son clone sombre, aussi élégant, lisse et sobre que Peter est alcoolique, anguleux et débraillé.
Il fait un geste pour me prendre par le bras avant de se souvenir de ma toxicité.

-Venez avec moi. Je vais vous montrer.

* * *

-J'ai lu les notes d'Arnold sur les Sorciers et les Sorcières de votre espèce, fait Sergio alors que nous entrons dans un autre couloir. Apparemment, vous êtes immortels. Le seul moyen de vous tuer est de séparer votre tête de votre corps. Vous êtes encore plus durs à cuire que les vampires.

Il pousse une porte. Si de l'extérieur et au étages les plus bas, le bâtiment ressemble à un immeuble, de l'intérieur il a plus un aspect de château. J'ai la sensation tenace que l'architecte à fait un peu n'importe quoi : aucun étage ne ressemble à l'autre.
Sergio pose sa main sur mon bras nu. Pour me tenir, semble-t-il. Il la retire dix secondes plus tard en poussa un petit cri.

-Aouch !

Il jette un coup d’œil à sa paume. Elle est rouge et de petites cloques sont apparues à la surface de sa peau. Une légère odeur d'oeuf pourri s'en dégage.

-Vous auriez pu prévenir ! S'exclame-t-il. Je pensais que seul votre sang était toxique.
-Vous auriez dû savoir, je réplique avec un sourire narquois. Et certains de vos collègues sont déjà au courant.

Je lui fait un clin d’œil. Un petit sourire en coin apparaît sur son visage.

-Tu es Toxic, susurre Sergio.
-Vas te faire foutre.

Je tourne la tête et ignore ses avances. Je deviens pire que Peter quand j'y pense.
En fait, je suis la seule à être un poison pour les vampires. Les autres types de sorciers ne sont pas moins puissants mais ils ont d'autres spécialités. Les suceurs de sang ne sont pas les seuls monstres qui sévissent de part ce monde.
Sergio pousse une dernière porte.

-Ce sont mes quartiers privés, ici. J'ai des gardes que je commande et que j'ai transformés moi-même. Arnold ne viendra pas ici.

Ici, l'odeur est légèrement différente. Certains sorciers sans expérience, dont je faisais partie, disent que tous les vampires ont la même puanteur de sang et de chair en décomposition. Je dirais pour ma part que cette dernière contient des nuances subtiles. Celle-ci était teintée de tabac froid et de rouille.
Il me montre des objets posés sur une table. Je pousse un petit cri de surprise. La plupart sont des pieux de différentes tailles, mais il y a aussi des croix, des flacons d'eau bénite et plein d'autres trucs que je n'arrive pas à identifier.

-Mais ce sont des armes ?
-Nous avons saisi ça chez Peter. Je vais vous avouer que le coup de la chambre forte, nous ne nous y attendions pas.

Il sourit méchamment. Je le foudroie du regard mais il semble s'en foutre. Le souvenir du pauvre petit Nono, sûrement perdu quelque part dans ce bâtiment horrible, me met les larmes aux yeux.

-Qu'est-ce que vous voulez que je fasse, Sergio ?
-Faites semblant de marcher dans la combine de M. Dandridge. Mais prenez quelques-uns de ces trucs, dit-il.

Méfiante, je prend l'un des pieux que j'avais refusé de prendre au début, pour l'examiner. Il n'est pas béni ni gravé ; il m'a tout l'air d'être inutile. Je repousse tout le reste.

-Vous n'en avez pas besoin ? S'enquit Sergio.
-Non. J'ai bien mieux.

Je cache mes mains en disant cela. Il n'a pas besoin d'y voir l'arme inscrite sur ma main gauche. Parce que je sais ce que c'est à présent : pas une croix renversée non.
Ma main gauche est une épée.

-Vous voulez quoi en échange de me laisser tuer Arnold ? Je demande.
-Hé bien... Je sais qu'il est possible de devenir un Sorcier. Quand vous aurez tué Arnold, je veux que vous m'ameniez aux vôtres pour qu'il puisse me transformer. Ainsi, je pourrais devenir aussi puissant que vous.
-Et qu'est-ce qui vous garantit que je ne me barrerais pas sans tenir ma promesse ? je réplique.
-Arnold a enfermé votre fils dans une cage munie d'un mécanisme qui, si on en force l'entrée, tue l'enfant. Et... - il fouille dans une poche de son costume – je suis le seul à posséder la clef.
-Qu'est-ce qui vous garantit que je ne vais pas vous la voler ?
-Ceci.

Il prend la petite clef dans sa main et l'avale d'un coup.

-Une fois humain, vous ne pourrez pas me tuer. Ce serait contraire à vos principes. Et alors, vous serez obligée de m'amener à votre clan. Ainsi, je pourrais devenir immortel.

Je suis sous le choc. Il a du culot, et surtout, il a gardé sa conscience d'humain à un point que je peine à comprendre. A croire que son obsession pour l'immortalité a pris le pas sur tout le reste.
Cependant il se trompe sur un point. C'est contraire à mes principes de tuer des humains. Mais pas les traîtres.

* * *

- Faites semblant d'être ma prisionnière, murmure Sergio alors qu'il m'emmène le long du couloir qui mène jusqu'à la « salle du trône ».

Deux de ses sbires personnels l'accompagnent. Il m'a laissé mes armes mais a pris la peine d'attacher mes mains. Cependant les liens sont lâches, suffisamment pour que je puisse les défaire à son signal. Ou quand l'envie me prendra.

La salle n'est pas si grande que ce à quoi je m'attendais. Elle est très haute, sur deux étages sans doute. Une allée centrale surplombe deux fosses où se tient le plus grand nombre de sangsues que j'ai jamais vu de ma vie. Des gradins remontent à environ trois mètres de l'allée et sont aussi pleins de monde. Au fond, une estrade où se tient en surplomb un siège ressemblant effectivement à un trône. A droite, un autre siège, plus petit, ou s'installe le vampire italien. De l'autre, j'aperçois un espèce de cube que je distingue peu à peu comme étant la fameuse cage.

-Maria ! crie Nono.

Je baisse la tête. Il commence à pleurer.

-Tais-toi, sale môme.

L'ordre vient d'en haut. Je lève les yeux vers Arnold.

-Alors, ça y est, tu as ce que tu voulais ?
-Bonjour, Maria, réplique-t-il.

Son sourire est celui d'un monstre avec ses crocs qui sortent comme ceux d'une bête.

-Je veux te voir mourir, et oui, je crois que je vais bientôt avoir ce que je veux.

Il descend et vient se placer à ma hauteur.

-A genoux.

J'obéis. Je veux qu'il s'étouffe dans son amour-propre avant d'obtenir ma revanche.

-Tu sais que la seule manière que j'ai de te tuer est de te trancher la tête ? Oh, sans doute. J'oubliais que c'est la manière dont j'ai tué tes frères et tes parents.

Il devient de plus en plus dur de rester calme. Je ferme les yeux, serre les dents et baisse la tête.

-Je ne libérerais pas le gamin, par contre. Je suis pas du genre à tenir mes promesses. Tu aurais dû le savoir.

Je sais, Sergio m'a dit déjà. Je lui jette un bref coup d’œil.

-Je veux faire ça proprement, cela dit. Premièrement, je veux que tu meures en sachant ce qui est arrivé à tes amis.

Il se tourne vers l'arrière. De chaque côté de l'estrade, une autre entrée à été pratiquée, comme des coulisses à une scène de théâtre.

-Amenez le prisonnier !

Oh merde. Pas Charley. Je comptais sur lui pour me sortir de là au cas où le plan de Sergio tombe à l'eau.
Il a souffert on dirait. Il est couvert de plaies et de griffures.

-Charley ! Charley je suis désolée ! Ils t'ont mordu ?

Il me regarde sans mot dire. Arnold parle à sa place :

-Il n'a pas été mordu. Il se défendait bien, le petit. Mais ça ne lui a pas suffit. Cependant il est solide, et je veux qu'il puisse rejoindre mon armée. Avant cependant je veux qu'il comprenne ce qui arrive à ceux qui croient pouvoir lutter contre moi.

Il leva la main, un signe que comprirent aussitôt deux sbires, qui lui apportèrent une longue épée. Elle était d'un métal noir et brut, comme brûlée, avec un rubis rouge incrusté dans le pommeau.

-Je veux faire les choses dans les règles. De façon propre.

Sans prévenir, il m'attrape par les cheveux et d'un seul mouvement, coupe au niveau du coup. Je retombe sur le sol, le souffle coupé. Il est plus rapide que je ne l'avais cru. Il lève au-dessus de moi la longue mèche argentée comme un trophée.

-Je la garderais. Maintenant, à genoux.

Je m'exécute. J'attends toujours le signal de Sergio, mais il ne vient pas. Je me rends compte, sans doute trop tard, que je me suis fait prendre au piège. En effet, les liens de mes mains ne sont absolument pas relâchés. J'essaie de les défaire comme une folle mais impossible de me dégager. Je lève le regard vers lui : il me semble qu'il lève un verre de rouge, comme à ma santé. Du vin... ou du sang... Mon sang va gicler sur ce sol noir immaculé et je vais mourir, inutile, sans avoir réussi à sauver ni Nono, ni Charley, ni Peter.

Le bruit de la porte retentit alors derrière moi. Arnold est si surpris qu'il en lâche son épée, à cinq centimètres de mon crâne. Je me retourne et me relève pour mieux le distinguer.

Il traîne des pieds mais il tient debout. Il a toujours un trou de cheveux au-dessus de l'oreille gauche. Mais c'est lui. C'est impossiblement et indubitablement lui. Il avance de quelques pas dans l'allée pour que la foule puisse le voir. Comme lors de ses spectacles.

-Peter ?
-Je vous ai manqué ?


Chapitre 11 : Vala Morghulis (Tous les hommes doivent mourir)

-Peter, qu'est-ce que tu fous ici, bordel ?
-Papa !

La question à presque jailli de Charley et moi comme d'un seul homme. Il nous regarde comme si nous étions des débiles.

-Je me suis barré voyons ! Amy m'a raconté ce que vous autres étaient partis tricoter pendant que je passais sur le billard. Alors j'ai pris mes fringues, mon flingue, et me voilà ! Peter Vincent, showman raté, fraîchement amputé, tout juste réveillé !

Un silence suit son discours. Il nous regarde un par un, Arnold, son épée dans une main et ma mèche argentée dans l'autre, Sergio et son verre de sang, Charley, la foule, Nono dans sa cage comme un perroquet, moi à genoux. A moitié habillé et à moitié en pyjama, il a l'air d'un cinglé ou je ne m'y connais pas.

-Il est soûl, soupire Charley suffisamment fort pour que je l'entende.
-Dis pas n'importe quoi, je rétorque. Je ne crois pas qu'avec son opération il ai été capable d'avaler quoi que ce soit. Par contre ça ne m'étonnerais pas que les infirmiers aient eu la main un peu lourde sur les excitants pour le sortir de l’anesthésie.
-Un peu lourde ?! Il a pété un câble ! Regarde-le comme il débloque !

Il agite sa main discrètement dans la direction de mon magicien préféré. Je jette un coup d’œil furtif à Peter, qui débite un discours sans queue ni tête au milieu de l'allée centrale. Je peux voir au fin fond de ses yeux marron qu'il fait à moitié semblant d'avoir craqué, mais ses paroles sont autant de couteaux dans mon petit cœur.

-...Vous voyez, quand j'étais gosse, un vampire... oui, un vampire a tué mes parents. Le truc marrant – il s'arrête d'avancer un instant pour savourer son effet et retenir un petit gloussement – c'est que ce vampire était le frère de celui qui vous a transformés. Ça fait bizarre, hein ? De voir toute cette foule de sangsues, en chair et en os, après vingt-cinq ans à tenter de me convaincre que les vampires, ça n'existe pas ! N'est-ce pas, Arnie ?

Je me tourne vers ce dernier. Il n'a pas desserré la mâchoire depuis l'entrée en scène de Peter et se tient là, son épée à la main, le fil de la lame tout près de ma joue. Je regarde Sergio ; il me fait un clin d’œil. Je l'ignore.

-Qu'est-ce que tu veux ? demande enfin Arnold.
-Moi ? Ce que Dany m'a réclamé la dernière fois que je l'ai vue. Vous vous souvenez ? Elle est morte, mais ce n'est pas moi qui l'ai tuée. C'est vous. Je veux mon fils.
-Et moi je veux te voir mourir.

Peter réprime une réponse. Je le sens tiraillé entre l'envie de foncer dans le tas et celle de se barrer avant de faire dans son jean – je pardonnerais, on ne sait jamais ce qui peut se passer juste après une opération.

-Alors viens me chercher, souffle-t-il. Plutôt que d'envoyer mon ex faire le boulot.

Il se tourne vers la foule de vampires, qui pousse des « oh » d'étonnement. Je le sens parfaitement dans son élément, en train de nous faire du grand spectacle. Je profite de la distraction pour effectuer une contorsion compliquée afin d'aller chercher mon canif dans ma poche. Je découpe mes liens.

-Voyez-vous, cet homme, cet sangsue, vous a transformé dans un seul but : devenir votre empereur ! Il vous a peut-être fait croire qu'il vous libérait, qu'il vous rendrait les seigneurs de ce monde ? C'est faux ! Il ne désire qu'une seule chose : vous écraser comme de vulgaires insectes ! Je ne suis pas l'ennemi, il est votre ennemi !!! Cette petite pourriture même pas capable de tuer un humain correctement et qui envoie sa femme à sa place !!!

Peter désigne Arnold d'un doigt vindicatif. C'en est trop pour l'ego du vampire, qui se lance à l'assaut sur Peter, m'oubliant complètement. Une pagaille sans précédent s'ensuit. Plusieurs suceurs de sang tentent de me maîtriser, mais j'en met la plupart à terre, tire quelques flèches au hasard pour les éloigner et saute sur l'estrade. Je m'approche de Charley pour l'aider à défaire ses liens. Je jette un coup d’œil à la foule en pleine bagarre générale, sans apercevoir Peter.

-Ils sont en train de s’entre-tuer, fait Charley, le sourcil levé comme un scientifique qui constate que ses petits pois sont devenus roses.
-Ils sont trop nombreux, ça leur tape sur le système. Je crois qu'on a commencé un beau bordel.

Soudain, j'aperçois une ombre glisser dans mon champ de vision. Sergio qui s'éclipse avec la cage de Nono comme si de rien était pendant qu'Arnold Ier tente de ramener un peu d'ordre au tohu-bohu. Nono me regarde d'un air suppliant. Je ne l'avais pas vu de si près depuis un moment, mais il a également eu sa dose : Il a l'air épuisé et terrifié. Je lui fait signe de rester calme et suis Sergio sur quelques mètres, le temps d'aller dans un endroit désert.

-Mmh, fait l'Italien. Je pourrais t'ouvrir, mais je n'ai plus moyen d'accéder à la clef. Je suppose qu'il va falloir que je te laisse là. Peut-être que ton cinglé de père viendra te récupérer...

Oh non. Je sens venir l'affaire d'ici : Peter n'est pas au courant pour le mécanisme mortel. Il risquerait de forcer, et de tuer son fils. De plus, je ne peux pas me permettre de laisser le vampire rupin disparaître. J'ai une vengeance à accomplir. Je pense à Peter, coincé au milieu de la nuée de vampires en pleine bagarre généralisée. Mais Nono est ma priorité.

J'avance jusqu'à un mètre derrière lui.

-Hello, Sergio.

Il se retourne, l'air peu surpris.

-J'ai senti ton odeur. Que veux-tu ?
-La clef.
-Je l'ai avalée, idiote. Tu m'as vu.
-Je sais. Et je m'en fiche complètement.

Je lui donne un coup de poing. Il se baisse pour l'éviter et me saisis par la taille, me soulève dans les airs et me jette contre un mur.

-Je suis le premier qu'il a transformé. Je suis le plus fort. Tu crois pouvoir te battre ?
-Oui.

Je me relève. Il est fort en effet – je ne m'y attendais pas.
Mais Danerys était forte aussi, et sûrement à peine moins que lui.
Je l'attrape par l'épaule et lui enfonce mon poing dans la figure. Il pousse un petit gémissement. Nous nous battons quelques instants. Il se défend bien. Ses cheveux bruns impeccables commencent à s'ébouriffer, et plusieurs fois, des éclats de bois dans le mur s'arrachent quand l'un de nous le heurte, déchirant son beau costume, comme un tango fou. Je n'ai pas peur de sa morsure, j'y suis insensible. Pour moi c'est juste une égratignure ; pour lui, c'est comme avaler de l'acide sulfurique. Il apprend assez tôt à fermer sa bouche.

Je finis par le plaquer au sol. J'ai conservé un ou deux pieux dans ma poche, à défaut de mon arc, dont j'ai épuisé les dernières flèches il y a cinq minutes. J'en sors un et l'approche de son cœur. Il pousse un glapissement inhumain.

-Tu... ne peux... pas... me faire ça...
-Oh si.
-Je ne... pas... s'il vous plaît...
-Je n'ai que faire des supplications d'un traître.

Il se débat et parvient à se relever à moitié. Je roule sur le côté pour l'éviter. Il tente de s'enfuir ; je le saisit par les jambes et le jette à l'autre bout du couloir. Je courre sur lui pour l'empêcher de partir. Un observateur extérieur songerait sans doute que nous avons une manière étrange de faire l'amour, parce que nous faisons la mort.
Le combat devient de plus en plus acharné ; il me griffe et m'arrache plusieurs vêtements. En dernier recours, il tente de me mordre au cou mais je l'en empêche et c'est moi qui plante mes dents dans sa joue. J'en arrache la moitié et relève la tête. Il a un goût si horrible que je recrache immédiatement le morceau dans ma bouche.

-Ne me tuez pas, gémit-il d'une voix aiguë. Je vous en prie !
-Pas tout de suite.

Je le plaque fermement contre le sol, mon avant-bras gauche sur son cou pour ne pas qu'il s'échappe. Son visage n'a plus rien de beau ; il est horriblement défiguré. On dirait que je le monte comme Andromaque.
Je sors mon couteau. Il le suis du regard, effaré par l'acier brillant.

-D'abord, je veux voir si le système digestif d'un vampire est le même qu'un humain.

Je suis cruelle, me dis-je. Mais je m'en fiche.
Je plonge ma lame dans son torse. Il pousse un hurlement de douleur qui déchire encore plus sa figure déjà bien amochée. Je marche au hasard et c'est un carnage. Des hectolitres de son sang poisseux et puant me dégoulinent sur les bras et sur ma poitrine. Je plonge ma main à l'intérieur et fouille. Je trouve enfin quelque chose de dur et métallique.

-Yes.

Je fais miroiter la lumière de l'ampoule du couloir sur la petite clef ensanglantée. J'entends Sergio pousser un gargouillis. Ses tissus se remettent. Je dois faire vite. Je reprends mon pieu et mon affaire où elle en était restée :

-Adieu, Monsieur Mensonge.
-Non... je ne veux pas mourir...
-Tous les hommes doivent mourir.

J'enfonce mon pieu dans son cœur. Son visage se déforme, il pousse de derniers hurlements, puis tout est enfin terminé. Je prends la clef et vais ouvrir à Nono.

-Maria !

Je le saisis dans mes bras et le serre le plus fort que je peux. Il a une petite bosse sur le front et quelques bleus mais il va bien. Je dois trouver un endroit pour le mettre en sécurité, mais où ? Je connais à peine cet immeuble...
Je n'ai pas le temps de pousser plus loin la réflexion. Une porte claque, et Peter et Charley apparaissent, l'air de n'en mener pas large. Je repose Nono par terre.

-Peter !
-Papa !
-Pas le temps... d'expliquer... souffle Peter. On doit partir d'ici, et vite !

Un concert de grognements bestiaux retentit de derrière eux. En une minute, les vampires sont sur nous. J'attrape la main de l'enfant et tente de repousser les suceurs de sang. Un vampire me lance une pierre à la tête. Sa main m'échappe tout à coup et je tombe à terre. Je tente de me relever et de le rattraper mais une sangsue plus rapide est déjà en train de m'attaquer, je défends tant bien que mal le passage malgré ma tête qui tourne.
Les minutes qui suivent se déroulent dans une grande confusion. J'entends la voix de Peter qui crie mon nom. Et reprends soudain mes esprits.

-Nono !
-Quoi ? dit Peter, tout en tirant.
-Il m'a lâché la main... il s'est enfui... il doit être terrorisé...
-Oh non non non ! lâche Peter.

Nous reculons doucement le long de l'interminable couloir qui finit par déboucher sur une pièce aux dimensions d'une salle à manger. Les vampires, par effet d'entonnoir, se dispersent dans la pièce, ce qui nous redonne de la marge pour les distancer de plusieurs autres pièces.

-On va pas s'en sortir comme ça, s'exclame Peter, essoufflé
-Alors quoi, t'as une idée ?
-Oui ! J'ai un plan ! Courrez !
-Pardon ?
-La dernière fois que j'ai suivi son plan, crie Charley, c'était à base de flammes et j'ai failli y rester. On ferait mieux de se barrer !
-Mais...

Je n'ai pas le temps d'aller plus loin. Charley prend son arbalète et défonce une porte au hasard. Celle-ci débouche sur un couloir bordé de fenêtres. Il casse méthodiquement chacune d'elles, laissant pénétrer les premières lueurs de l'aurore. En sécurité dans la lumière du soleil, j'entends des bruits d'éclaboussures.

-Mais qu'est-ce qu'il fiche, bon sang ? je demande à Charley.

Il renifle et fronce les sourcils.

-De l'essence. Il va foutre le feu à la baraque !

Nous courrons jusqu'au bout du couloir, paniqués, juste avant d'entendre un gros « BAOUM » suivi de crépitements et d'explosions. Peter apparaît une seconde après, couvert de poussière, les vêtements à moitié brûlés. Derrière lui, il ne reste plus grand chose des pièces que nous avons pu traverser, que des morceaux écroulés qui s'embrasent avec violence.

-Je crois... qu'ils ne passeront plus par là... fait Peter, un peu sonné mais l'air fier de lui.
-T'es un grand malade mental toi quand tu t'y mets, réplique Charley, les yeux ronds comme des soucoupes. Tu te rends compte que t'aurais pu y rester ?
-Je jouais sur scène avec le feu avant même que ta mère te mette au monde ! s'exclame Peter. Je sais ce que je fa...
-Il faut qu'on avance, je coupe. On doit retrouver ton fils, Peter.

Ils acquiescent et font une paix silencieuse. Ah, les hommes !
Nous parvenons au bout du couloir. J'appréhende de quitter la relative sécurité que me procurent les rayons de l'astre solaire, mais il faut qu'on retrouve Nono avant que se soit les autres qui le retrouvent. Charley passe devant et ouvre une autre porte : celle-ci donne sur le pallier de l'escalier. Une seule alternative : monter ou descendre.

-Il faut qu'on se sépare. On ignore ou ton fils a bien pu errer, dit Charley.
-Okay. Il nous a vu tous les trois, donc je propose que toi, tu descendes, et que moi et Peter, on monte. Ce seras plus simple pour chercher.

Je prends la main de Peter en disant cela. La vérité, c'est que je n'ai pas envie de le lâcher des yeux. J'ai peur de ce qu'il pourrait lui arriver. C'est déjà un complet miracle qu'il soit là, debout. Charley le voit, fait une moue un peu gênée, et descends les escaliers. Nous l'écoutons quelques instants s'éloigner avant de grimper. Nous montons trois étages, puis les marches s'arrêtent.

Nous sommes au sommet de l'immeuble.


Chapitre 12 : A feu et à sang

Le dernier étage est désert. Il semble étrangement plus ancien que les autres, sans doute parce qu'il n'est pas fini. Il est très silencieux, même le vacarme de l'incendie y est quasiment inaudible. Il n'y a aucun meuble, aucune pièce, aucun papier peint, seulement un long et large couloir entièrement fait de bois gris patiné, avec un plafond si haut que l'on éprouve pas du tout l'impression d'être au sommet d'un gratte-ciel.
Au-dessus de nos têtes, à une fois et demie la hauteur d'un plafond normal, se trouve un assemblage complexe de poutres parallèles et de planchers. C'est à peu près la hauteur à laquelle montent les panneaux de bois qui servent de murs au labyrinthe qu'est ce dernier étage. Au-dessus, j'aperçois quelques fenêtres à moitié occultées, qui diffusent des rais de soleil obscur.
J'aperçois une silhouette à une dizaine de mètres de nous, sur un des planchers suspendus accessible par une échelle. C'est un homme ; je peux d'ici l'entendre marmonner et renifler. Il est de profil, je ne vois pas son visage. Il semble jouer avec les flammèches sur ses ongles quand il effleure la lumière solaire.
Il se retourne vers nous. Je peux voir son sourire déchirer son visage. J'ai du mal à voir ce qu'il fait à cette distance : il bouge très vite, trop vite...

-Peter, attention !

Je le plaque au sol juste à temps. Le couteau lancé par Arnold se plante dans le bois juste au-dessus de l'endroit où nous nous tenions juste une seconde auparavant. Je m'approche et grimpe l'échelle à toute vitesse.

-Alors Maria, on est venue pour m'attraper ?

Je ne réponds rien et lance mon dernier pieu. Il l'évite prestement.

-Wohoho on se calme. Tu ne vas pas me tuer, hein, petite Maria ?
-Si je te butes tous les autres reprendront apparence humaine. Alors je crois que si.

J'entends Peter qui monte l'échelle avec difficulté. Arnold se tient dos à l'échelle. Arnold n'y fais absolument pas attention. Peter pose le pied sur la plateforme tout en haut de l'échelle et se prépare à le poignarder.

-Ne joue pas avec moi, humain.

Arnold donne un coup de poing dans le nez de Peter sans même se retourner. Ce dernier recule en titubant jusqu'au bord de la plate-forme, trébuche et tombe en arrière, entre les poutres.

-Non !

Il parvient à se rattraper à une des barres de bois transversales. Je ne vois que ses quatre doigts qui me paraissent si fins et si tremblants sur la grosse poutre solide comme un roc. Je peux l'entendre respirer encore, son souffle saccadé par la peur.

-Tiens bon Peter ! J'arrive !
-Je ne crois pas.

Je me précipite mais le vampire est plus rapide. Il monte en équilibre sur les deux barres parallèles à celle de Peter, soulève son épée, et l'abat violemment sur sa main. Peter hurle de douleur, et lâche. Le bruit sourd inévitable de sa chute, une longue et douloureuse seconde plus tard. J'aperçois le sang de ses doigts tacher le bois brut. Arnold me regarde avec des yeux fous. Je ferme les paupières.

-Vous l'avez tué.
-Ouaip' ! s'exclame Arnold. Pas de transformation pour Peter Vincent. Je ne veux pas de lui dans mon clan, depuis que j'ai récupéré ses bouquins qui en savent bien plus que lui. Le tuer, c'est plus net.
-Vous l'avez tué.

Sa mort a mis le feu dans mes veines. Je suis un animal. Je vais le tuer, je vais le tuer, je vais le faire brûler comme la douleur qui me consume à cet instant.

-AAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHH !!!!

Arnold lève son épée et tente de me toucher mais je suis trop rapide pour lui. Je l'évite une fois, deux fois, trois fois. Il me plaque contre le sol et tente de me faire tomber la tête mais je l'évite. Je défonce les planches mal clouées sur la fenêtre. Un rayon de lumière jaillit et manque de le toucher. Mais il me fait toujours un peu plus reculer ; j'en viens à marcher en équilibre sur les poutres. Là, il lui ai beaucoup plus difficile de combattre sans tomber.

-Qu'est-il arrivé aux autres ? Je demande, à bout de souffle.
-Quels autres ?
-Sergio m'as dit... qu'il était le premier. Mais je... je me souviens... tu avais un clan, la dernière fois que je t'ai rencontré.
-Je les ai abandonnés. Votre barrière n'était pas terminée, mais elle était suffisamment forte pour les empêcher de passer. Mais pas moi. Je suis né comme ça. Alors je les ai laissés là-bas. Je ne sais pas s'ils sont morts... je me le demande bien.
-... Vous êtes vraiment un monstre.

Il tente encore de me hacher au sabre. Je résiste, saute et reprends mes quartiers sur la plateforme en bois, bien plus stable.
Cependant je panique. Que fait Charley ? Et Nono ? Où sont-ils ? Pourquoi ne sont-ils pas de retour ? Charley à toujours des armes, lui. Je n'en ai aucune. Aucun moyen de combattre contre ce vampire. Il le sent. Il pousse un hurlement.

-Tu es finie, Maria, finie !

Il me fait un croche-pied. Je tombe en avant, sur la tête. Mon couteau tombe de ma poche et s'en va miroiter dans le vide.
Je n'ai plus que mes bras et mes jambes pour me sauver maintenant. Il est sur moi, la lame levée, prêt à mettre fin à mes jours. Je regarde ma main gauche, tétanisée. Celle dont la paume est ornée d'une épée.
Les mots de Peter me reviennent en tête. Je ferme douloureusement les yeux à son souvenir.

Une pour la vie, une pour la mort.

Je me relève une demi-seconde avant qu'Arnold ne me décapite. Je me fais violence pour le maîtriser et le plaque contre le mur, à quelques dizaines de centimètres de la fenêtre.
Je pose ma main sur son torse et lui arrache sa chemise. Je plaque ma paume sur son sternum.

-Meurs.

Je m'enfonce dans sa poitrine comme dans du beurre. Je le palpe quelques instants.
Il est là. Au centre. Il ne bat pas vraiment.
Son cœur.
Je l'arrache d'un coup. Il pousse un hurlement de démon.
Je le tiens dans mes mains mais il ne meurt pas. Il se tient la poitrine. De la fumée noire sort du trou béant au milieu de sa peau de marbre blanc. J'entends les cris de son palpitant, comme si un million de fantômes cherchaient à en sortir vivants. Je le contemple un instant. Je tiens sa vie, enfin, et je ne sais pas quoi en faire, finalement. Son sang noir coule sur mes doigts. Je vais y mettre le feu.

Je lève le cœur du vampire et le plonge dans la lumière du soleil levant.

Il explose en milles petits morceaux de sang, dans les flammes et la souffrance. Arnold pousse des cris de terreurs inimaginables. Il se tord, se convulse, et éclate enfin en mille morceaux de ténèbres. Pendant un instant je crois même apercevoir son âme dévorée par Satan.
Tout s'arrête. Brusquement. Il tombe en poussière, sa lame à ses pieds, et l'épée sur ma main disparaît avec lui.

C'est fini. Je passe mes doigts sur le plancher mais il ne laisse aucune trace. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Et me réveille.

-Peter !

Je dévale l'échelle à toute allure. Il est là, allongé. Il n'a pas bougé, son dos est tordu selon un angle peu naturel. Il est pâle, encore plus pâle qu'avant son opération. Je lui prend la main.

-Peter ! Peter !

Je caresse son visage de marbre du bout des doigts. Non... Non... Il n'est pas... il ne peux pas...

-Peter espèce d'idiot, réveille-toi !

Il entrouvre enfin les yeux. Je pousse un cri de soulagement.

-Maria...

Sa voix est si faible... Il a beaucoup de mal à respirer. Je passe ma main gauche nue sous sa tête pour mieux le soutenir et sens quelque chose de poisseux. Je me retiens pour ne pas crier.

-Maria... Maria...
-Chut... Peter, je suis là. Je vais rester avec toi. C'est fini...
-Ma... ria...

Je le rassure comme je peux mais moi-même, j'ai très peur. Je sens les larmes perler sur mes joues. Il tente de bouger mais n'y arrive pas.

-Est-ce que... Nono... est... vivant ? demande-t-il.
-Je ne sais pas mon Peter, dis-je la gorge serrée. Je ne sais pas...

Et Charley qui n'arrive toujours pas... Et Peter... il va mourir sans jamais avoir revu... Non !

-Tu... ne... devrais... pas... rester ici, Maria, articule-t-il.
-Je ne t'abandonnerais pas ! je m'exclame.
-Le feu... va se propager... tu ne... pourras... plus sortir... Tu dois me laisser, insiste-t-il.
-Non ! Je ne te laisserais pas mourir ! Je ne te laisserais jamais mourir !

J'éclate en sanglots. Il trouve la force de saisir ma main droite dans la sienne et l'agite doucement pour me consoler. Il semble triste mais il accepte. J'ai souvent pensé qu'il était un peureux. C'est le cas ; mais aujourd'hui il avait affronté ses peurs avec plus de courage qu'aucun guerrier ne l'a jamais fait. Je ne veux pas qu'il parte. Sans lui, je suis tellement rien... Je le supplie :

-Je t'en prie, Peter...
-Je ne peux pas... me lever... Tu dois t'enfuir... retrouver les autres... prendre soin... de mon fils...
-Non ! Peter !
-Le feu... te prendras...
-Je peux traverser les flammes ! Je suis immortelle, le seul moyen de me tuer est de me décapiter !
-Cela... ne t'empêche pas... d'être blessée...
-Je m'en fiche ! Je reste avec toi !
-Ecoute Maria...

Il prend ma main et la guide jusque sous ses vêtements, sur son cœur. En cours de route, je sens sous mes doigts la plaie affreuse sur son ventre.

-Je t'aime... Maria...
-Moi aussi je t'aime !
-Mais tu dois me laisser. Je suis mort, Maria. Mais toi... tu peux encore vivre...

Il me soutient du regard un instant. Ses grands yeux bruns se referment et il se laisse aller dans mes bras, sur le côté. Je sens son cœur qui bat de manière de plus en plus erratique et retire ma main par désespoir.
La droite.
Celle qui a encore sa spirale.

Une pour la mort, une pour la vie.

Je pose ma main sur le cœur de Peter et mes lèvres sur ses lèvres.

-Vis. VIS !

Une décharge de lumière me saisis. Je sens sur moi déferler les forces de Dieu lui-même. La douleur, la joie, l'amour, la vie. Pendant un instant, des milliers d'images défilent, celles de tous mes souvenirs, de tous ces moments perdus avec Peter... Je le revois sourire dans la cuisine, Nono sur ses genoux... Passer ses doigts dans ses cheveux loufoques en y jetant ensuite un coup d’œil suspicieux... Tout de lui, sa voix quand il a fumé ou bu, ses grands yeux marrons en amande, son visage surpris quand son fils dit une bêtise, ses mains sur ma peau quand nous faisions l'amour, son visage, encore et encore et toujours.
Quand j'ouvre à nouveau les yeux, nous sommes là. J'ôte timidement ma paume de sa poitrine. Elle est vierge de toute inscription.
J'entends un petit craquement. Je m'éloigne de quelques centimètres pour voir d'où vient le bruit et constate l'impossible : sa colonne vertébrale s'est remise. Toute seule. Peu à peu, le sang et les bleus qui recouvrent sa peau disparaissent. Je peux voir à travers son T-shirt à moitié déchiré la cicatrice de l'opération être avalée par magie. J'ai même l'impression... qu'il rajeunit.
Sa peau devient d'une pâleur de neige. Ses cheveux repoussent aux endroits où il en manquaient, sont plus beaux, plus brillants, et semblent plus clairs, de plus en plus clairs, jusqu'à devenir blancs, presque transparents. Ses sourcils restent noirs, comme les miens le sont sans que jusqu'à présent personne n'ai compris pourquoi, alors qu'avec mes yeux couleur sang j'aurais dû être parfaitement albinos.

Il semble en paix mais reste mort. Ses lèvres se colorent de rose à nouveau. C'est l'instant que choisit un rayon du soleil pour éclairer son visage de marbre et je peux voir... Non... c'est impossible !
Il ouvre les yeux.
Ils ont la couleur du feu.


Chapitre 13 : Rêve mortel

[i]La fin de l'histoire est sans parole.
Nous avions fui. Tous les deux. Aucun de nous ne voulait regarder derrière. Peter avait écrit une lettre disant qu'il léguait tout son argent et son théâtre à Charley, qu'il n'avait qu'à le vendre s'il voulait, s'acheter une belle maison dans la banlieue de Los Angeles et oublier tout ça. Il avait ensuite dit au Dr. Wilson qu'il partait finir ses jours en retraite dans un monastère tibétain, ou une autre connerie. Ensuite, nous sommes allés sur la route, avec une valise pleine de dollars pour le voyage. Nos journées à rouler, et nos nuits à pleurer et hurler. Les premières furent les plus dures. J'étais la plus forte, je le tenais par la main quand il hurlait le nom de son fils dans ses cauchemars. Mais ensuite c'est moi qui craquait et qui me réfugiait contre lui, à sangloter comme s'il s'agissait de mon propre fils. Personne ne devrait enterrer son enfant. Jamais.
Il devenait de plus en plus solide. Il grandissait. De temps à autre, ça me prennait, je lui enseignait les subtilités de la magie que je connaissais. Il se fit plusieurs symboles, à l'encre de chine faite de suie et d'eau claire, ou bien au feu, qu'il sentait à présent à peine. Je le sentais devenir différent un peu plus chaque matin qui était de plus en plus froid à mesure que l'automne avançait.
Le changement ne s'était pas achevé le jour où je l'avais fait revenir d'entre les morts. Parfois, quand je regardais dans ses yeux couleur de feu, je voyais les ténèbres, et j'avais peur de ce qu'il devenait. Un jour, il serait peut-être si loin du Peter que j'ai connu qu'il ne voudrait plus de moi et qu'il partirait, seul, à la chasse au vampire. Et ça me terrifiait. J'avais besoin de lui. Pour toujours. Nous sommes tout ce qu'il reste à l'un et à l'autre.
Nous n'avons pas pris la direction du Mexique. J'aurais voulu retrouver mon clan, leur parler de l'impossible transformation de Peter Vincent. Mais il voulait faire quelque chose avant, qui lui tenait à cœur. A présent qu'il était un Sorcier, j'avais l'impression qu'il n'avait plus aussi peur.
Nous étions donc allés dans la ville où il était né, dans la maison de ses parents. Il se souvenait de l'endroit, même s'il avait toujours fait semblant d'avoir oublié.
Une fois sur place il s'était mis à neiger. Un manteau blanc immaculé, notre couleur, recouvrait peu à peu la forêt autour du village. Sa maison était une sorte de chalet, facilement inflammable.
Il avait poussé la porte en premier. Personne n'était venu depuis au moins vingt-cinq ans. Rien n'avait été bougé. Nous avions poussé les portes les unes après les autres, jusqu'à trouver...
Deux squelettes. J'ai crié à la vue de leurs os à moitié couverts de moisissures, avec encore leurs cheveux collés à leur crâne par la putréfaction. L'odeur, surtout, était insoutenable : pire encore que celle de l'antre des vampires.

-Ce sont... dis-je.

Je fus incapable de finir ma phrase. A cet instant, l'un des squelettes se releva. C'était celui de sa mère, à cause de sa longue chevelure blonde décolorée. Ses orbites vides nous fixaient, reflet de la mort. Sa voix n'était qu'un souffle lorsqu'elle dit :

-N'ayez pas peur de la mort. N'ayez pas peur de la mort.

Et elle continuait de le répéter, encore et encore. Son père se releva aussi, et commença à le répéter, et bientôt ce fut au tour des têtes de ma famille, loin de moi aussi. Ils furent bientôt un cœur de visages plus jamais humains qui hurlaient presque dans notre visage cette unique phrase. J'essayais de leur dire, de leur répéter que ce n'était pas de la mienne dont j'avais peur, mais des leurs, de celle de Nono, son visage endormi quand Charley l'avait sorti des décombres. Mais je ne pouvais pas parler, j'étais clouée sur place, à la fois debout et allongée, vivante et déjà morte, hors de moi-même. Je voyais la silhouette de cette autre Maria qui tombait. Peter lui prit le bras. Les flammes léchaient les murs et brûlaient cet endroit maudit même par les morts.

-Maria, regarde, il est là !
-Non... menteur...
-Regarde-moi ! Il est là !

En effet, ce n'était plus Peter, mais un enfant de six ans roux comme le feu, puis douze ans, les cheveux bruns en bataille, du sang sur les mains quand il toucha les cadavres de ses deux parents mordus par un vampire et qui s'enfuyait à toute vitesse pour ne plus jamais revenir...

-Je t'aime, Maria !

Sa voix venait de partout et de nulle part à la fois. J'essayais de le retrouver, des yeux noirs et des crocs partout, partout, partout, et Danerys Targgio qui embrasse Peter avec ses cheveux blancs et ses yeux de feu... Je peux voir une pluie de spirales et d'épées de fumée noire tomber... Et toujours ces cheveux blancs, je sens la lame qui les coupe à quelques millimètres de mon cou, la clef de la cage d'un enfant, l'accent italien, les doigts de Peter mutilés quand Arnold le fait décrocher de sa poutre, il reprennent forme tous seuls et me prennent et je cours et je cherche où je suis et je l'entends.

-Maria !

Deux yeux. Les flammes dansent dans ce regard.


Epilogue : Les liens du sang
-Papa !

J'ouvre les yeux et aperçois une masse de cheveux roux s'agiter au-dessus de moi.

-Papa, Maria est réveillée !!!

Un bruit de course retentit dans l'autre pièce et je vois sa tête toute blanche apparaître soudain devant moi. C'est si étrange de le voir avec ces couleurs-là. Il porte une barbe de quelques jours qui lui donnent l'air encore plus étrange.

-Maria ! Maria ! Tu es réveillé ! Oh, bon sang !

Il m'embrasse à pleine bouche. Le monde commence à devenir un peu plus net. Je suis allongée dans le lit de Peter ; autour de moi, un bordel sans nom : des couvertures partout, un matelas à moitié plié, des serviettes de toilettes dont certaines étaient tâchées de sang.

-Que... qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-Tu as dormi pendant dix jours ! Ne me refais plus jamais un coup pareil, plus jamais !
-... Quoi ?
-Après que tu aies fait ton petit tour de magie, là, le feu a gagné le sommet de l'immeuble. Le bois brûle très facilement et le ciel a commencé à nous tomber sur la tête. J'ai cru qu'on allait resté ensevelis sous les décombres. Mais toi, tu n'en avais rien à cirer : tu dormais !
-Tu sais Peter, ressusciter quelqu'un demande de l'énergie. Tu pourrais montrer un peu plus de reconnaissance.

Je tente de m'asseoir sur le bord du lit. Ma tête me lance comme après une soirée bien arrosée. Les souvenirs de la nuit d'il y a dix jours me reviennent peu à peu. Je me trouve moi-même enveloppée dans un pyjama de Peter, ce que je ne trouve pas désagréable. Je me frottes les yeux. J'ai encore du mal à y croire. Nono saute pour s'asseoir à côté de moi, ses petits pieds ne touchant pas le sol. Je le serre contre moi longtemps.

-Tu es vivant.

Il ne répond pas et laisse aller sa tête contre mon cœur. Je me sens si soulagée de le tenir dans mes bras. Les larmes me viennent soudain.

-Qui... comment tu es sorti ?
-Charley est venu le chercher, coupe Peter avant que Nono ne réponde. Il a réussi à sortir de l'immeuble avec lui bien avant même qu'on trouve Arnold.

Il se tourne de nouveau vers moi et voit mes larmes.

-Maria, ça va ?
-Je... oui. Je crois... que ça n'est jamais allé aussi bien.

Je souris entre deux sanglots. Il nous prend tous les deux dans ses bras.
Comme une famille.

* * *

Le lendemain, alors que Peter regarde A la recherche de Nemo avec Nono, je tente de le prendre à part pour lui parler.

-Je veux partir à la recherche de mon clan, j'annonce.
-Papa, vient voir il y a Dory !
-J'arrive chéri, crie-t-il. Pourquoi ?
-Je... je veux en savoir plus sur moi. Même si je me rappelle de certaines choses, il me reste encore beaucoup de questions qui ont besoin de réponses.
-D'accord. Je viens avec toi.
-Quoi ?
-Hé bien, depuis que tu as fait de moi un Sorcier, j'ai le droit d'en savoir plus sur ce que je suis, non ?

Ses yeux deviennent presque jaunes quand il a un petit coup de colère. Il est vraiment un Sorcier du feu.

-D'accord.
-Ok. Je vais contacter Charley et Amy, voir s'ils peuvent garder le petit monstre quelques jours.

* * *

Quelques jours plus tard, nous partons sur les routes. Peter charge la voiture d'armes anti-vampires tandis que je nous approvisionne en nourriture. Notre première piste est un village aux alentours de Mexico, où se trouve l'orphelinat qui m'a recueillie. Nous roulons toute la journée, ne nous arrêtant que le soir, près de la frontière, pour faire le plein.
Avant la traversée du mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis, Peter passe un coup de fil à son fils, que le petit couple modèle, alias Charley et Amy Webster, ont accepté d'accueillir le temps de notre périple. En échange du baby-sitting, Peter laisse Charley jouer à sa place dans son spectacle et ainsi occuper son appartement, toucher sa paye et profiter de l'alcool. Il avait semblé assez emballé malgré sa timidité apparente. Peter passe un certain temps en ligne avec lui, puis discute un bon quart d'heure avec son fils, avant de me le passer.

-Tiens, c'est Nono. Il veut te parler.

Je prends le téléphone.

-Allô ?
-Allô ? Maria ?

J'entends un gros rire dans le combiné. Mon cœur fait des bonds dans ma poitrine. Je sens qu'il va bien, et ça me fait du bien.

-Bonjour Nono !!!
-Tu... tu vas bien ? Bredouille-t-il.
-Oui... oui ça va et toi ?
-Super-bien !!! Amy m'a emmené au parc faire du toboggan c'était génial !!!
-Génial !
-Dis... quand est-ce que tu reviens avec Papa ?
-Heu...

Peter me fait un signe discret de la main et bouge silencieusement les lèvres, ce que je comprends comme « deux semaines ».

-On revient dans deux semaines.
-Super ! Je vais dessiner un calendrier pour compter. Deux semaines ça fait... heu...
-Quatorze jours.
-Quatorze...
-Tu demanderas à Amy de t'aider, sinon ?
-Oooouuuuiiiii !!!
-Au fait, vous avez regardé la fin de A la recherche de Nemo ?
-Oui !!! C'était trop trop bien ! Tu sais, c'est l'histoire d'un petit poisson, il s'appelle Neno, qui est enlevé par des plongeurs et que son papa Marin vient le chercher !

Je connais l'histoire de Nemo, j'avais beaucoup aimé quand je l'avais vu un jour que nous squattions un cinéma avec Stan, mais sa façon de la raconter en mélangeant son prénom avec celui du héros éponyme me touche.

-... Il y a un autre poisson qui l'aide, Dory aussi ! Mais elle a perdu la mémoire alors c'est difficile !
-Oh.

Une pensée fugace me vient à l'esprit.

-Est-ce que Dory reste avec Marin à la fin ?
-Oui ! Et même que c'est trop trop bien parce que Nemo, sa maman, elle s'est faite dévorer par un requin, et avec Dory il a une deuxième maman ! Comme... comme toi et Peter.
-Oui, c'est bien ça. Comme moi et Peter, je réponds, touchée par la comparaison.
-Bon je te laisse, on va manger ! Tu as déjà mangé toi ? Demande-t-il.
-Hem... - je jette un coup d’œil à Peter, qui a ouvert le coffre et commence déjà à en dévorer le contenu – non, mais ça ne vas pas tarder.
-D'accord ! Bisous bisous alors !
-Bisous bisous.

Je raccroche. Peter me dégage une petite place à l'arrière du coffre, à côté de lui. Je prend un morceau de pain de mie et commence à le tartiner de beurre de cacahuètes. Les vestiges de son repas sont effarants : il a déjà avalé cinq cookies, deux bananes, et trois sandwiches pain-beurre-tranche de viande. Je lui donne une petite tape.

-Arrête de manger comme ça ! On aura plus de provisions avant même d'atteindre Mexico !
-On refera des courses là-bas. Et j'ai faim !
-Tu grandis c'est normal !
-Hey ! J'ai passé l'âge de grandir !
-Tu te renforce. Tu... bref, t'as compris.

Il dépiaute un œuf dur et le gobe. Je commence à rire. Il me regarde étonné.

-Quoi ?
-Rien. Je suis juste contente.
-De quoi ?
-De te voir manger. De te voir en bonne santé, en un seul morceau, et vivant. C'est tout.
-Mmh. J'suis fatigué. Tu conduis, je dors ?
-D'ac. Au rythme où on va, on devrait avoir rejoint Mexico demain matin.


Nous partons dans un fou rire qui est aussi fou que rire, coupé par un baiser langoureux que je dépose sur ses lèvres rose pâle. Je lui enlève sa casquette et ses lunettes de soleil. Quand il ouvre les yeux, je peux admirer leurs couleurs de feu, de l'orangé rouge au jaune flamboyant, avec quelques mèches blanches qui tombent devant son visage de craie.

-Tu es magnifique, je murmure.
-Toi aussi.
-Je suis désolée.
-Désolée pourquoi ?

Il fronce les sourcils. Ils ont gardé la même couleur qu'avant, comme pour moi, et j'ai l'impression de retrouver un peu de ce qu'il reste de l'ancien Peter.

-Je t'ai changé sans même savoir si tu l'acceptais. Et avant, je suis partie tête baissée, sans même te consulter. Je suis une idiote. Pardon.
-Quoi ? Maria ! Tu n'as rien fait de mal !

Il pose sa main sur ma joue et essuie les larmes au bord de mes yeux avec son pouce. Il caresse doucement ce qu'il reste de mes cheveux qui tombent en bataille jusque sous mes oreilles. Je détourne le regard. J'ai honte de ça encore plus que tout le reste, je ne sais même pas pourquoi.
Il prend une grande inspiration.

-Je sais que tu n'as agi ni de manière rationnelle ou particulièrement brillante. Mais tu as fait ce qui était juste, par amour pour mon fils, et j'ose espérer, par amour pour moi. Parce que tu es comme une mère pour lui, depuis longtemps maintenant... et parfois aussi un peu pour moi.
-Bien sûr ! Tu es tellement un gamin parfois !

Oh, ça m'a échappé. Je n'aurais pas voulu dire ça. Il se met à rire, à moitié les larmes aux yeux.

-Oui, oui, je sais, dit-il d'un ton faussement fier de lui. Je suis un vrai gosse parfois. Mais tu sais quoi ? Vas te faire foutre.

Je lui donne une tape sur le nez et pouffe comme une gamine. Il s'allume une cigarette pendant que je démarre la voiture.

* * *

Le lendemain, nous arrivons à l'orphelinat où j'ai passé quatre ans avant d'être lâchée dans la nature. La mère supérieure, toujours la même harpie, pousse un petit cri de surprise en me reconnaissant et se signe trois fois, une prière sur le bout des lèvres. Quand j'étais enfant, elle me faisait un peu peur. J'en venais à croire que j'étais une espèce de monstre. Aujourd'hui je suis plus forte que tout, et je n'éprouve pour cette attitude stupide et dévote que du mépris.

-La hija del diablo, s'exclame-t-elle. Que fais-tu ici, vas-t'en !

Merci, ça fait toujours plaisir. Je voulais dire bonjour mais elle m'en a coupé l'envie. Heureusement avec Peter, nous avons préparé tout un petit scénario qui la convaincra, je l'espère, de nous aider.
Je lui montre mes mains.

-La croix renversée à disparu, ma mère, je dis en espagnol.

Elle fronce les sourcils, dubitative, et palpe mes mains, où le tatouage de vie et de mort ont disparus.

-Ils sont partis quand j'ai touché cet homme. Je crois qu'il est touché par la grâce, ma mère.

Elle regarde Peter, qui porte justement pour l'occasion une espèce de soutane blanche trouvée dans sa vieille malle de déguisements. Ses yeux s'illuminent comme si elle avait vu Dieu lui-même et elle pousse un grand cri.

-Seigneur !

Elle tombe à ses pieds. Peter et moi échangeons un regard amusé.

-Vous avez guéri cette damnée de sa malédiction, saint homme !
-Oui, ma mère, répond Peter sur un ton grave qui compense sa maîtrise maladroite de la langue de Cervantès. Cependant pour éradiquer complètement le démon en elle, j'ai besoin de savoir où il a pris sa source.
-Que voulez-vous dire, mon père ? En quoi une pauvre, pauvre pécheresse comme moi pourrait-elle vous aider ?

Elle en fait vraiment trop. Cette femme est tellement ridicule que j'ai toutes les peines du monde à ne pas rire.

-Nous avons besoin de savoir où les sœurs m'ont trouvées, j'explique.

Elle nous regarde l'un après l'autre. Une lueur d'effroi passe dans ses yeux.

-Vous n'avez pas à nous accompagner, ajoute Peter. Donnez-nous une carte et montrez-nous où, cela suffira.

Il sors une croix en bois de sous sa simili-soutane et la lève d'un air théâtral. On sent que c'est un vrai showman.

-Je peux déjà sentir la direction du démon.

La mère supérieure disparaît un instant et revient avec un plan des environs. En plus d'orphelinat, le monastère faisait office d’hébergement aux touristes afin de renflouer les finances de l'établissement. Elle expliqua longuement la direction à prendre, puis nous laissa partir. Peter fit semblant de lui donner de nombreuses bénédictions et elle nous regarda reprendre la route, des étoiles dans les yeux d'avoir vu un véritable saint homme.

Une fois dans la voiture, Peter se débarrasse de la soutane et revient dans ses vêtements habituels. Nous nous regardons et partons d'un fou rire de plus de dix minutes.

-Je n'aurais jamais cru que ça marcherait si facilement.
-Je te l'ai dit, sans ça, elle nous aurait jeté dehors comme les enfants du démon.
-Mais... crois-tu que ça suffira ? Que tu pourras retrouver le chemin à partir de l'endroit où tu as été trouvée ?
-Je n'en sais rien. Mais ça vaut le coup d'essayer, non ?

Il hoche la tête. Je prend le plan et il démarre la voiture.

* * *

Parvenir jusqu'au point indiqué par la mère supérieure nous prend encore jusqu'au milieu de l'après-midi. L'endroit en question est à l'orée d'une zone désertique. Nous arrêtons la voiture. Le soleil cogne fort malgré l'approche de l'automne.

-Je crois... je crois que j'avais le soleil en face quand je marchais dans le désert. Donc je pense qu'il faut que nous y marchions dos à lui pour retrouver la forêt.
-La forêt ? Quelle forêt ? Ce désert s'étend à perte de vue, il n'y a que des cailloux et des montagnes de pierre ! C'est beaucoup plus qu'une journée de marche !

Il a terriblement raison. Comment ai-je pu passer de la forêt au désert et y marcher si peu de temps pour être retrouvée ici ? Il doit y avoir un trou dans mes souvenirs, quelque chose qu'il manque. Je me tourne de tous côtés, espérant voir quelque chose, peut-être une montagne plus grande que les autres derrière laquelle on pourrait soupçonner la présence d'une... vallée dans laquelle coulerait une... rivière.
Si nous trouvons la rivière de mes souvenirs, alors nous avons gagné. Cependant, aucune trace d'un cours d'eau dans les environs, et aucune idée de par où aller. Le désert est sec comme du papier, rien ne peut y couler. A moins que... Je colle mon oreille contre le sol.

-Maria, qu'est-ce que tu fais.
-Chut, attends.

Je tends l'oreille et fait mentalement taire tous les bruits environs. Le son est très ténu, mais je jurerais l'avoir entendu. Un grondement souterrain qui sonne comme une espérance.

-Prends les sacs, je crois que j'ai trouvé notre direction.
-Quoi... quoi ? Comment ? Tu as réussi à te souvenir de quelque chose ?
-On va dire ça.

Je me rappelle de ce que ma mère, Sorcière de l'eau, disait autrefois.
La seule eau qui coule dans la forêt est la rivière.

* * *

Notre voyage est long. Trop long. Plusieurs fois, je ressens la peur d'avoir perdu le cours d'eau. Plusieurs fois, j'ai peur d'être égarée et de ne jamais pouvoir retrouver Nono. Nous décidons, malgré la réticence de Peter, de restreindre nos provisions. Il nous est impossible de mourir de faim mais sans force, il nous sera impossible de parvenir à destination. Peter a des crises de scepticisme pendant lesquelles il doute que de simples bribes, une intuition, mon instinct seulement, puisse nous sortir de là.
Le cinquième jour, nous ressentons enfin un peu d'espoir. Le décor devient plus vert, les rares herbes hautes deviennent des buissons et des hautes herbes. Le matin du sixième jour, une mini-cascade confirme mon intuition : nous suivions la rivière depuis le début.
Au milieu du septième jour nous parvenons à la cabane. Le choc de revoir cet endroit figuré comme un rêve me fait m'arrêter net.

-C'est ici.
-Quoi ?
-C'est ici qu'il a tué mes parents.

Peter s'approche de moi et me prend la main.

-Tu la sens Peter ?
-De quoi ?
-La frontière.

Je renifle l'air. Il contient une odeur soufrée, comme si quelqu'un avait craqué plusieurs allumettes. Celle-ci suit la rivière pendant quelques kilomètres. Je plonge ma main dans la rivière et goûte l'eau. Elle a un léger goût de sang, imperceptible pour les humains. Je prend la carte et montre à Peter.

-La rivière fait partie de la frontière sur quelques kilomètres. Nous avons construit la boucle à partir d'elle, en contournant leur campement – je désigne le Nord en face de nous – jusqu'à la rivière. Là-bas, à l'Ouest – je désigne la direction à gauche de la rivière, à l'opposé de la vieille cabane – à une dizaine de kilomètres, se trouve l'endroit où elle est la plus faible. Comme tu vois, nous avions presque fini quand Arnold est arrivé.
-Vous avez couru dix kilomètres pour leur échapper ?
-Nous sommes plus forts que les humains, Peter.

En effet, les endroits correspondent. Peter et moi avons seulement fait le tour par l'Est de la zone désertique au lieu de la traverser tout droit, ce qui aurait été plus rapide mais moins sûr. Les lignes de relief indiquaient une zone fortement escarpée – en effet derrière nous se situait une espèce de faille et falaise qui avait dû nous masquer la vue de cet endroit et que nous avions probablement contournée en passant par les vallées. Je désigne le Nord.

-Nous avons commencé à les boucler à partir du Nord-Ouest. C'est donc par là-bas que nous devons aller.
-Mais ce n'est pas loin de la partie de la frontière par laquelle ils peuvent passer. Tu crois qu'ils sont toujours vivants ?
-Je n'en sais rien. S'ils le sont ils doivent être très faibles. Quoi qu'il en soit, nous devons y aller.
-Pour une fille, t'as vraiment un bon sens de l'orientation.

Je lui donne un coup de poing dans le ventre. Il rigole.

-Je blague, je blague. Tu es sûre qu'il seront toujours là ?
-C'est un campement permanent. Une ville, si tu préfères.
-Au milieu de la forêt ? Et aucun humain ne l'a jamais découvert ?
-Il y a beaucoup de choses que les humains ignorent. Allons-y.

* * *

Parvenus dans la zone bouclée, nous redoublons d'attention, mais aucun vampire ne se pointe, du moins jusqu'à la tombée de la nuit. Nous installons notre campement au pied d'un massif de hêtres. Par précaution, nous décidons d'éteindre notre feu après avoir mangé.
Je m'endors dans les bras de Peter, légèrement inquiète malgré sa chaleur protectrice qui forme comme un cocon autour de moi.
Quand je me réveille au beau milieu de la nuit, Peter a disparu. La forêt est silencieuse.
Soudain j'entends un cri. J'attrape une ou deux armes et pique un sprint dans cette direction.
Au milieu de la clairière, Peter fait face à un être monstrueux. Les chairs en décomposition, les orbites vides, seuls ses crocs à moitié révélés au jour par ses joues en morceaux m'indiquent sa nature. Il pousse un grognement. Peter l'assomme prestement. J'en profite pour lui tirer une flèche dans le cœur. Le vampire zombifié tombe en poussière.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-J'étais parti faire un tour pour repérer les environs et... je lui ai marché dessus. Je crois que ça l'a réveillé.
-Merde ! T'en a vu d'autres ?
-Pas que je sache.

A cet instant, une forme lourde tombe d'un arbre, juste derrière lui. D'autres sortent soudain des buissons, et nous nous retrouvons rapidement encerclés.

-Même s'ils sont faibles, à plusieurs, ils peuvent nous avoir si on le fait pas attention, je crie.
-Mmh...
-Peter, tu m'écoutes ?

Il ne m'écoute pas. Sa vieille peur reprend le dessus sauf qu'à présent, il n'est plus faible, mais très puissant, imprévisible et surtout incapable de contrôler ses capacités. Mon frère aîné était comme lui. Quand il piquait une crise de nerfs, il pouvait facilement déclencher un feu de forêt. Il se tourne vers moi. Ses yeux sont devenus totalement orange.

-Oh non.
-Brûle... avec moi...

Les quinze vampires prennent feu simultanément. Autour de nous, le monde se pare soudain de toutes les nuances de braise. Je prend mon arc et tente de réparer les dégâts avant que ceux qui tentent de s'enfuir ne mettent le feu à la forêt. Je les ai déjà presque tous tués quand Peter reprend soudain ses esprits.

-Que... qu'est-ce qu'il vient de se passer !
-Je t'expliquerais, espèce de pyromane frimeur ! En attendant, aide-moi !

Il ne se fait pas prier et se lance lui-même à l'assaut. Il passe beaucoup plus de temps à achever sa dernière proie que moi. Nous retournons ensuite au campement, essoufflés mais soulagés.

-Je ne crois pas qu'il y en aura d'autres, je dis après avoir repris mon souffle.
-Mmh.
-Quelque chose ne va pas, Peter ?
-Mmh.

Il s'allonge sur le sol. Je me colle contre lui.

-Tu les a presque tous eu. Comme la dernière fois.
-Qu'est-ce que tu me raconte ?
-Je n'aime pas le fait d'être... toujours à la traîne.

Il se détache de moi, pose sa tête sur le sol et plonge son regard dans le mien.

-Tu n'es pas « à la traîne ». Au lieu de faire flamber toute la forêt, comme je l'ai d'abord cru, tu as su rediriger ta peur sur eux, ce qui a grandement accéléré le travail. Tu te débrouille très bien pour un nouveau-né.
-Je joue avec le feu depuis que je suis gosse, ça aide.

Ce que j'ai dit semble le sortir de sa bouderie. Il roule sur lui-même et se colle à nouveau contre moi. Nous restons quelques instants comme ça, à regarder le ciel. Je ferme les yeux et le sens venir au-dessus de moi. Ses cheveux viennent chatouiller les pommettes. J'ouvre les paupières. Il sourit.
Il m'embrasse longtemps sur la bouche. Je sens ses longs doigts défaire mon corsage et mon soutien-gorge. Je me laisse faire. J'adore sentir ses mains bouillantes sur ma peau.

-Mmh... j'adore tes seins... ils sont tous blancs, j'adore ça...

Il ferme les yeux, dépose une multitude de baisers sur ma poitrine et pose sa main sur mon sein gauche. Il pousse un petit hoquet de surprise.

-Je n'avais pas réalisé que... s'exclame-t-il, que mes mains étaient aussi blanches que ta peau. C'est trop bizarre !

Son ton surpris me fait éclater de rire. Je le pousse sur le côté et lui arrache tout en même temps, sa veste, son T-shirt, son jean. Je sens la terre mêlée d'écorce sous mes pieds lorsque je me lève.
Sa peau est brûlante, et d'une blancheur éclatante à la lumière de la lune. Tous ses anciens tatouages ont disparu lorsque que je l'ai transformé ; les décorations sans utilité magique n'ont pas leur place sur la peau d'un Sorcier. Il est vierge comme une feuille de papier.

-L'Adam blanc, je murmure pour moi-même.
-Tu es vraiment trop belle, réplique Peter avec un regard de braise.

Il me soulève du sol et me plaque contre le gros arbre. Il est tout jeune encore, il maîtrise mal sa nouvelle force. Le tronc s'ébranle quand je le heurte. Un craquement retentit.

-Fait attention à la déforestation, Peter, je murmure pour plaisanter.

Il est très sérieux pourtant et me fait taire d'un baiser. Je sens ses nouveaux muscles quand il me caresse et quand il souffle, ce n'est plus un souffle malade mais une force qui sort de sa poitrine. Les sensations qui m'ont paru si fortes la première fois n'étaient qu'une ombre de ce que j'éprouve à présent.
Il a le feu en lui.
Il a la vie en lui.

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Dernière édition par Angel le Mar 21 Oct 2014 - 13:59; édité 23 fois
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MessagePosté le: Dim 6 Jan 2013 - 23:39    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mer 6 Mar 2013 - 11:55    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Chapitre 2 sorti, après a thousand years d'inactivité.
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MessagePosté le: Jeu 7 Mar 2013 - 12:46    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Chapitre 3 sorti ^^
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MessagePosté le: Dim 10 Mar 2013 - 22:24    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Chapitre 4 sorti ^^
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MessagePosté le: Mar 12 Mar 2013 - 00:24    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Chapitre 5 posté ^^
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MessagePosté le: Mar 12 Mar 2013 - 01:52    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

My, my, ça fait du bien de lire tout ça. Enfin, non, pas du bien avec ce que tu leur fais subir. Disons très intéressant. Voilà. Intéressant. Tu vas rire, mais pour Nono, je n'arrête pas de repenser à Nono le petit robot dans Ulysse 31 (une série animée de ma génération). Il a l'air juste assez agaçant pour être mignon, ce petit.


Quant à Maria, j'avais un peu oublié à quoi elle ressemblait (hey, ça faisait longtemps que j'avais lu les premiers chapitres!), mais je trouve que ça va bien comme copine/assistante/coloc de Peter. 


Je suis super triste pour Peter par contre. Il ne pourrait pas avoir la vie un tout petit peu plus facile? Ingurgiter du Midori et on est reparti pour le show?! Vampire ou alien ou, pourquoi pas, un machin basé sur ce truc british avec la boîte bleue?? lol J'aime bien les insultes à Robert Pattinson. J'y peux rien, avec son nez écrasé comme s'il avait oublié de mettre les freins devant un mur de briques, je n'y arrive tout simplement pas. On dirait un vieux morceau de papier journal  dont l'encre dégouline comparativement à un poème écrit avec des paillettes dorées sur un papier de soie. Oups, bon, j'arrête les images.


Tout ça pour dire que l'histoire est intéressante. Continue, ma chérie!
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MessagePosté le: Jeu 21 Mar 2013 - 00:00    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Merci ma belle


Chapitre 6 sorti. 
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MessagePosté le: Jeu 21 Mar 2013 - 02:07    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Il y a des bouts que j'aime beaucoup, d'autres qui me semblent bizarres, certains font surgir un grand point d'interrogation dans mon crâne. Je te poste le détail de mes commentaires. 


En résumé : même si je trouve que le chapitre devrait être un peu modifié ici et là, il fait bien la suite de l'histoire.
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MessagePosté le: Sam 23 Mar 2013 - 00:37    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

J'ai corrigé ^^
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MessagePosté le: Sam 23 Mar 2013 - 14:14    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Grosse amélioration! Bravo, Angel 

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MessagePosté le: Mar 26 Mar 2013 - 18:26    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Merci ma chérie !!!

Chapitre 7 publié !
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MessagePosté le: Mer 27 Mar 2013 - 02:11    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Oooo, vilaine méchante! Ce que tu as fait à ses cheveux est quasi impardonnable. Il ne lui resterait pas une perruque, des fois?


Pour les dessins protecteurs et le petit côté sataniste, ça me semble un peu bizarre, mais comme il y a la questions des tatouages sur ton perso principal, j'ai hâte de voir ce que ça va donner. Vu l'attention (et l'intuition de ton perso), je me dis que ça ne peut pas être sans effet.


J'ai un tout petit peu de misère avec la transition chapitre 6-7. Comment ou pourquoi Maria plonge-t-elle dans ses souvenirs après la question mélancolique de Peter (qui est-tu?) et comment finit-il par lui demander "te souviens-tu?". Une transition un peu plus subtile, je ne dirais pas non. Mais je ne suis pas perdue dans l'action pour autant : l'espèce de rêve-souvenir-vision est assez court pour ne rien perturber.


Bref, bon travail, ma chère Angel! 
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MessagePosté le: Mar 2 Avr 2013 - 01:49    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Même si je suis accro aux fics sur le Docteur je dois dire que je trouve rafraîchissant de voir des histoires sur les autres personnages incarnés par David.
J'ai lu après les modifications donc je ne peux juger qu'après mais j'aime beaucoup, continue comme ça.


Idontwanttogo_01 a écrit:
Tu vas rire, mais pour Nono, je n'arrête pas de repenser à Nono le petit robot dans Ulysse 31 (une série animée de ma génération).

Idontwanttogo_01 a écrit:
Ce que tu as fait à ses cheveux est quasi impardonnable. Il ne lui resterait pas une perruque, des fois?


VADE RETRO Idontwanttogo_01, sors de ma tête !
J'ai l'impression de voir mes pensées écrites avant même que j'aie eu le temps de le faire, (même si là j'ai été absente un moment).
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MessagePosté le: Mar 23 Avr 2013 - 20:57    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Merci Rosie et Idwy de vos commentaires qui me touchent beaucoup (je réponds pas avant de mettre un nouveau chapitre, ça évite les double-post).

C'est vrai que pour ses cheveux... je me suis dit qu'on allait me crucifier XD Mais bon au final ça passe "mieux" dans ma tête que si ça avait été un autre personnage (parce que ça va bien avec le look de Peter XD)

Sinon, Chapitre 8 posté.

Un chapitre assez évident, mais qui débouche sur ce que j'avais envie de faire depuis un moment.
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MessagePosté le: Sam 27 Avr 2013 - 23:34    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée] Répondre en citant

Rosie, j'aime ce surnom.

Merci pour ce nouveau chapitre, ton timing est parfait, je viens juste de terminer la dernière fic de Idwy et je tombe sur la tienne.
C'est vrai que c'est plutôt un chapitre de transition mais il remplit son rôle et fait froid dans le dos surtout quand on le lit dans le noir à minuit.
Vivement le prochain chapitre.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 17:13    Sujet du message: A feu et a sang [Fright Night - +13 ans] [Terminée]

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