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:: The Rueful fate of Barty Crouch ::
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Angel
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MessagePosté le: Lun 20 Fév 2012 - 20:02    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Titre : The Rueful fate of Barty Crouch

Résumé : 
Barty, sa vie, sa jeunesse, son enfance... Tout ça pour répondre à la question que tout les fans se posent (enfin, moi en tout cas, et peut-être d'autres tennantiennes) : pourquoi est-il devenu un Mangemort ? Pourquoi donc un garçon si brillant, si intelligent (et si beau) est-il devenu un tel psychopathe ? 

                                                       
Genre : Drame/Fantasy

Spoilers : 
HP jusqu'au 7

Disclaimer : 
Tous les personnages appartiennent à JK Rowling et la WB Company

Note(s) de l'auteur : 

Attention !!! Pairings très très foireux ; HxF et un HxH mais c'est une surprise. Si vous n'aimez pas ça alors passez votre chemin.
Il y a également une ou deux scènes très explicites.
Deux petites vid que j'ai trouvées qui lui vont bien :
http://youtu.be/gqO_qzIzWs8
http://youtu.be/R3L8an9LUCE

PREMIERE PARTIE

Citation:
La matinée est un des pires moments pour naître. La nuit s'achève à reculons, discrète, et l'aube est aussi pitoyable que le crépuscule n'est flamboyant. Ces sensations douces, ces sols froids... Quelle souffrance de venir au jour quand le jour vient !
Il était dix heures du matin le 9 octobre 1962 quand Aloïs Crouch, née Prewett commença à avoir des contractions. Accrochée au rebord de son lit à baldaquin, elle hurlait de joie et de douleur mêlées. La vieille elfe de maison Welby accourut aussitôt à son secours, mais il n'y avait personne d'autre pour entendre ses hurlements.

-Il... arrive... souffla-t-elle à sa servante avec un sourire forcé.

Mais son elfe ne riait pas de cette naissance violente. Elle regardait sa maîtresse de ses yeux ronds comme des boules de cristal à l'intérieur desquelles, inconsciemment, Aloïs Crouch voyait l'avenir. L'orage arrivait avec cet enfant. L'orage qui gronde sous la pluie du matin. Mais la mère ne voulut pas le voir. Son beau visage de miel se crispait dans l'effort pour mettre au monde cet enfant. Et personne, sauf l'elfe, ne serait là pour l'aider.

***

L'accouchement dura douze heures. Douze heures de souffrance pendant lesquelles la femme agonisait dans le lit d'acajou payé par son mari pour leur mariage, alors qu'il n'était même pas là pour admirer son fils. Quand Bartemius Crouch rentra à la maison ce-soir là, l'enfant était déjà né et emmitouflé dans une couverture, il tétait sa mère avec des yeux sérieux. Il avait simplement posé ses lèvres sur celles de sa femme, puis son regard sur celui de son héritier.

-Comment veux-tu l'appeler, Aloïs ?
-Bartemius. Junior.

Il avait sursauté à l'évocation de ce nom. Le fils nommé d'après le père... Mais cet enfant qui vampirisait déjà le sein de sa femme tant aimée se montrerait-il à la hauteur du patronyme ancestral ? Crouch fronça les sourcils :


-Je ne suis pas sûr que...
-Bartemius ! Tu sais bien qu'il n'y a d'autre nom que je ne puisse aimer.


Il ne répondit rien, tant il voulait qu'elle soit heureuse. Mais en regardant le lit souillé par la naissance et la mine épuisée de son épouse, un sentiment étrange l'envahit. Comme si quelque chose... quelque chose avait soudain aspiré le bonheur de la maisonnée. Mais qu'était ce mystérieux fantôme qui dévorait leur joie ? Songeur, il approcha ses lèvres du front du fraîchement baptisé Bartemius Junior pour l'embrasser.
Soudain, un hibou traversa la fenêtre et vint se poser sur le rebord du lit conjugal. Le père se figea alors même qu'il allait se montrer si tendre envers son fils. Son visage se ferma, à la fois déçu et peut-être soulagé.

-Un hibou du ministère, déclara-t-il d'un ton atone. Je suis désolé, je doit repartir.

Sa femme lui prit le bras pour le rassurer. Non, ce n'était pas grave, il pouvait vaquer à ses occupations, elle prendrait soin du bébé, elle comprenait... Mais dans ses bras, le petit être, tel un lionceau qui attend le souffle de son père pour se réveiller, ne comprenait pas. Ne comprenait pas qu'il attendrait toute sa vie le baiser paternel.




Citation:
-Tu viens mon chéri ? On va aller acheter tes fournitures scolaires, et après on ira dire bonjour à ton père au bureau.

Les mots de sa mère sonnèrent comme une formule magique aux oreilles de Barty. Il descendit si vite les escaliers de la riche demeure de Crouch si vite qu'on aurait pu croire qu'il avait transplané. Sa mère lui jetta un regard attendri.

-Fais attention mon Barty, ne cours pas trop vite dans les escaliers, tu risquerais de tomber.

Elle lui prit la main et fourra la lettre de Poudlard dans son sac à main. Son fils lui sourit, simplement content de la belle journée qui s'annonçait. Elle ouvrit la large porte de chêne de l'entrée et sortit dans l'allée, laissant le soin à son elfe Welby de fermer la maison.

***

Le Chemin de Traverse était bondé. La foule bigarrée de parents et d'enfants des quarte coins de l'Angleterre venaient déjà y acheter les fournitures scolaires de leurs enfants, à dix jours seulement de la rentrée. Barty serrait la main de sa mère pour ne pas se perdre et jettait des regards de tous côtés, fasciné par les échoppes de toutes les couleurs.
Après avoir fait un tour à la banque, Mrs Crouch prit son fils par la main et se dirigea droit vers chez Madame Guipure.

-Je te laisse ici mon chéri, je dois aller commander tes livres.

Elle l'embrassa sur la joue et quitta le magasin en coup de vent. Une femme dodue vêtue d'une robe émeraude s'approcha de lui avec un sourire. "Ca doit être Madame Guipure" songea Barty. Mais avant qu'il n'ai dit quoi que ce soit, la vendeuse lui demanda gentiment :

-C'est pour Poudlard, c'est cela, mon petit ?

Il fit oui de la tête. Elle l'entraîna dans le fond du magasin et commença à prendre ses mesures. Mais à la vue d'autres clients à l'entrée du magasin, elle le laissa seul, le mètre continuant de prendre les mesures tout seul. En face de lui, un autre garçon se faisait aussi faire un uniforme. Il devait sans doute également rentrer à Poudlard. Il était aussi brun que Barty était blond, avec des cheveux longs ondulés sur ses épaules, mais sans qu'il ne soit éfféminé. Barty passa sa main dans ses propres cheveux, blonds et courts, et poussa un soupir.


Il émanait quelque chose de ce garçon, quelque chose de puissant qui fascinait Barty. Sa peau était plus blanche encore que celle de Barty, et nette, sans défaut, alors que les joues de Bartemius étaient couvertes de taches de rousseur, et pourtant il n'avait pas l'air maladif qui allait habituellement avec cette pâleur. Il semblait fort, bien plus fort, plus solide et plus calme que Barty ne l'était. Mais surtout, il y avait en lui cette aspect hypnotisant qu'à la beauté, la beauté diabolique. Il allait lui adresser la parole quand soudain :

-Alors mon chéri, tu as fini ?

Barty détourna un instant son regard du garçon aux cheveux noirs. Sa mère, tout sourire, tennait dans une main un monstrueuse pile de livres et dans l'autre son chaudron avec ses autres fournitures. Il se saisit d'une partie pour la décharger un peu, mais le temps qu'il se tourne, le garçon avait déjà disparu. Il poussa un soupir déçu. Sa mère remercia la vendeuse de sa patience, commanda l'uniforme et ils quittèrent le magasin.

***

Quelques heures plus tard, après qu'ils aient achevés leurs emplettes, Barty et sa mère se rendirent au Ministère. Aloïs voulait saluer son époux, et Barty lui montrer ses achats. Il parlait à son tout nouvel hibou Méphisto dans le métro londonien sans se soucier des regards médusés des Moldus, et serrait sa baguette (bois de prunellier, 25,4 centimètres, poil de licorne) dans la poche de son jean. Aloïs riait de le voir si heureux.

Quand ils parvinrent au ministère, la nuit commençait à tomber. Les bras chargés de fournitures, Aloïs et Barty peinaient à rentrer dans la cabine de téléphone. Aloïs tapa le code d'une main fébrile, l'autre aggripée à celle de son fils.
C'était la première fois que Bartemius venait au ministère. Il était sidéré par tant de splendeur. La statue au centre de l'atrium attirait particulièrement son attention. Mais il n'eut guère le temps d'admirer ses dorures, car déjà sa mère l'entraînait dans un autre ascenseur.

-Barty, Barty dépêche-toi si tu veux que l'on ait une chance de croiser ton père avant cette audience !

L'enfant suivit sa mère docilement. L'ascenseur descendit jusqu'à l'étage des salles d'audiences, et Barty, sa mère et quelques notes de service se retrouvèrent instantanément dans un couloir sombre. Barty frissonna. Et c'était là que son papa travaillait... Il serra encore plus contre lui ses affaires et resta accroché à la main de sa mère. Celle-ci frappa trois petits coups sur une porte noire d'ébène à l'aide d'un heurtoir en argent.

-Entrez ! Fit la voix claire de Bartemius. Ah, ma chérie, c'est donc toi ! Tu as de la chance, j'allais y aller !

Aloïs lâcha la main de Barty et se précipita sur son époux pour l'embrasser à pleine bouche.

-J'ai une affaire importante à régler dans quelques minutes, ajouta Bartemius. Oh, bonjour Barty.

Bartemius Senior embrassa rapidement son fils. Sa moustache piquait le front du garçon. Son père retourna à son bureau.

-Aloïs, tu peux dire au petit d'aller jouer ailleurs ? Bartemius, je dois parler à maman.

L'enfant, obéissant, enveloppa ses affaires dans sa robe et alla s'asseoir dans le petit vestibule qui communiquait avec le bureau de son père. Il poussa un soupir en s'asseyant, son hibou sur les genoux. A côté, ses parents se parlaient à voix basse. Il colla son oreille contre la porte pour essayer d'entendre ce qu'ils se disaient, mais n'y parvint pas. Ennuyé, il sortit sa baguette. Il savait qu'il pouvait, cas échéant, en faire usage pour remédier à ce problème. Oui, mais quelle formule choisir ? Il se souvenait d'une formule que sa maman avait utilisée pour déverouiller une porte, un jour qu'il s'était coincé dans la salle de bains. Il n'en connaissait pas d'autre qui s'utilisait sur les portes.
Il inspira un grand coup. Le premier sortilège qu'il jetait ! Il en avait des papillons dans l'estomac. Il pointa sa baguette sur le verrou, et ferma les yeux d'un air concentré pour retrouver la formule. Il compta jusqu'à trois dans sa tête et récita d'un ton grave :

-Alhomora.

BOUM !

La porte était déjà ouverte, et le sort de déverrouillage n'avait fait qu'aggraver cet état ouverture. Bartemius Crouch Senoir fit un bond et se tourna vers la source du bruit. Les débris de la porte gisaient sur le parquet d'acajou, et au milieu du désastre se tenait Barty, qui osa entrouvrir un oeil.

-BARTEMIUS ! C'est toi qui a fait ça ?

Il était si énervé que sa moustache frémissait. Barty rentra sa tête dans ses épaules et chuchota timidement :

-Je voulais... simplement... entendre ce que vous disiez...

A ces mots, Mr Crouch ne tint plus. Il gifla son fils, le gifla si fort que le maigre garçon chancela.

-On ne t'as pas appris que c'était mal d'écouter aux portes ? Il n'y a que les voleurs qui font ce genres de choses, les voleurs et les traîtres !

L'enfant sanglotait doucement. Aloïs, effrayée par la colère de son mari, vit alors qu'il y avait quelque chose d'anormal. Elle s'approcha de son fils et ôta délicatement sa main de sa joue endolorie.
Il y avait du sang qui perlait sur cette joue d'enfant couverte de taches de rousseur, qui se mêlait aux larmes pour mieux couler sur sa robe. L'alliance, songea aussitôt Aloïs. Bartemius l'avait giflé avec la main gauche, et leur bague de mariage avait éraflé la joue de son précieux fils. Elle tamponna la blessure avec son mouchoir et serra son fils dans ses bras. Derrière, le père restait silencieux. Il se retourna pour se rendre à son audience, quand son épouse l'interpella :

-Bartemius ! Ton alliance... elle a écorché la joue du petit.

Il ne répondit pas, se contentant de renifler avec mépris. Barty étouffa un dernier sanglot. Son père disparut par l'ouverture du vestibule, glissant comme une ombre. Son père, une ombre... Barty sentit ce moment se déposer au fond de son coeur, comme un fond âcre et collant, une sorte de ciment à la base de toutes ses rancunes. Sa mère mit sa main dans la sienne et repris leurs affaires.

-Allez mon chéri, rentrons.

Elle voulait effacer, effacer ce qui venait de se passer. Barty la suivit, mais ce n'était plus par obéissance. Il voulait s'éloigner de cet endroit à tout prix, parce que cet endroit lui prennait son père et que c'était à cet endroit que son père lui faisait du mal.




Citation:

-Vite mon chéri dépêche-toi on va rater ton train !

Aloïs fourrait les livres et vêtements dans la valise de son fils en catstrophe. Il était onze heures moins dix, mais elle transplanerait à la dernière minute. Par contre, le bagage de Barty était loin d'être fini. Celui-ci aidait sa mère tant qu'il pouvait, effaré par avance du futur poids à transporter. Sans sa cage, Méphisto braillait à qui mieux mieux, excité par la nervosité ambiante. Ses plumes marron ébouriffées dépassant par les barreaux de la cage.

***

La gare de King's Cross était bondée ce matin-là. Aloïs et Barty peinaient à se frayer un chemin à travers la foule, et la grosse valise, le chaudron et le hibou en cage n'arrangeaient rien. Barty parvint à la barrière entre la voie 9 et 10 à onze heures moins trois. Et encore, il était persuadé d'avoir oublié la moitié de ses affaires. L'angoisse lui tordait le ventre. C'était la première fois de sa vie qu'il partait sans sa mère, si loin et si longtemps. Il attrappa sa valise et monta dans le train alors que celui-ci commençait déjà à siffler. Il marcha le plus vite possible vers l'arrière du train, et dès qu'il vit un compartiment vide, il jetta sa valise sur le fauteuil et ouvrit la fenêtre. Sa mère était là, sur le quai, toujours aussi belle, avec ses longs cheveux blond cendré dont il avait hérité. Elle lui sourit et fit un petit signe de la main. Il lui sourit en retour, mais le noeud dans son ventre ne se dénouait pas pour autant. Le train s'ébranla soudain, et sa mère s'éloigna doucement. Le visage de Barty perdit tout éclat de sourire. Elle lui cria quelque chose, mais il n'entendit pas ce qu'elle disait.

-Maman ! Hurla-t-il.

C'était comme si on lui arrachait la moitié de lui-même. Il s'en remettrait, se dit-il. Comme disait son père parfois, il était un grand garçon. Mais lui et sa mère, c'était plus qu'une maman et son enfant. C'était une équipe, un tout. Et abandonner, comme ça, onze années d'entente parfaite... Il se roula en boule dans le fauteuil. Seul dans son compartiment au fond du bout du train, il pouvait se permettre de pleurer un peu, quand même...
Soudain, Barty sentit quelque chose se modifier dans l'atmosphère. Il arrêta instantanément de pleurnicher et tendit l'oreille. Quelqu'un, quelqu'un venait dans son compartiment. Il s'apprêtait à lui dire de partir quand le garçon ouvrit la porte du compartiment.
Ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules, il était légèrement plus petit que Barty et son visage était pâle comme la mort. Le même garçon que chez Madame Guipure, sa valise dans les bras, qui demandait :

-Je peux m'installer ici ? Il n'y a plus de place nulle part.

Barty hocha la tête, encore à moitié choqué de cette soudaine apparition.

-Comment tu t'appelles ? Demanda le garçon.
-Bartemius Crouch. Mais tu peux m'appeler Barty.
-Moi c'est Regulus. Regulus Black.
-Je peux t'appeler Reg ?
-Non.

Son refus était clair, mais il sentait qu'il en avait tout de même envie. Barty lui sourit. C'est ce moment justement que choisit une petite sorcière replète pour frapper à la porte du compartiment.

-Vous voulez des friandises, les enfants ?

Barty n'aimait pas trop le genre de friandises que la sorcière vendait. Il consulta Regulus du regard, et il lui sembla qu'ils se comprenaient. C'était une sensation étrange, comme si le courant entre eux s'était établi, comme si un simple goût commun avait révélé chez eux un lien latent. Barty se retrourna vers la vieille vendeuse.

-Non merci, nous ne voulons rien.

***

Le reste du trajet s'était déroulé parfaitement bien. Ils avaient peu parlé, car il leur fallait peu de mots pour qu'ils se comprenne. Barty se sentait mieux. Beaucoup mieux. Il n'appréhendait plus autant cette rentrée, parce qu'il savait, il sentait que quoi qu'il arrive, il aurait quelqu'un sur qui compter.

-Les première année, avec moi !

Un attroupement se forma aussitôt autour de Hagrid. Barty ne s'était jamais retrouvé à un tel nombre d'enfants de son âge, et il se sentit complètement perdu, à peine sauvé par sa grande taille. Il finit par perdre Regulus de vue et monta dans sa barque en compagnie de trois inconnus. Mais le pire restait à venir.

-Jeunes gens, mettez-vous en rang par ordre alphabétique s'il vous plaît.

Barty se sentiti bousculé de tout côté. Le professeur McGonagall l'avait placé derrière un immense élève aux muscles comme de l'acier, et encore devant, il y avait trois autres élèves entre Regulus et lui. Barty pouvait à peine voir ses cheveux noirs dépasser de devant les autres élèves. Le professeur McGonagall commença à faire l'appel d'une voix monocorde, quand soudain, tôt, trop tôt :

-Black, Regulus !

Il vit son nouvel ami s'avancer vers le siège, le chapeau lui tombant sur les yeux. Le chapeau sembla hésiter un instant, mais finalement hurla :

-SERPENTARD !

Ce fut ensuite au tour des autres élèves, un à un réparti dans les autres maisons. Quand le Choixpeau parvint à "Chang, Xi" ("Serdaigle !") Barty sentit son estomac se soulever. Il se souvenait des rares fois ou son père lui avait parlé de Poudlard, quand il le voyait parfois au dîner :

-Je crois que le moment le plus difficile, c'est la Répartition. Mais j'ai été très fier d'être envoyé à Serdaigle, comme mon père, et comme son père avant lui. Vois-tu, c'est comme cela, chez les Crouch : on va à Serdaigle de père en fils.

Barty jeta un regard à la table que le fameux Chang avait rejointe. Et à celle que Regulus avait rejointe. Et s'il allait à Serdaigle, comme l'avaient fait ses aïeux ? Non, c'était hors de question, il ne voulais pas aller à Serdaigle, jamais !

-Crouch, Bartemius !

Barty avança vers le siège d'un pas tremblant. Le professeur McGonagall lui posa le Choixpeau sur la tête et le plongea dans le noir. Aussitôt, il eut l'impression désagréable que l'on fouillait dans sa tête. Le Choixpeau lui parlait dans sa tête :

-Oh... mais je vois, je vois des choses très intéressantes... une envie de faire ses preuves, un certain charisme, grande intelligence, une curiosité sans faille... où vais-je te mettre ?
-A Serpentard, songea Barty de toutes ses forces.
-A Serpentard ? Mais ton intelligence, ta curiosité et ton envie d'apprendre sont des qualités très recherchées à la maison Serdaigle et...
-Je veux aller à Serpentard, répliqua Barty dans son esprit.
-Bon, très bien, comme tu voudras...

Barty ferma les yeux et pria, pria très fort.

-SERPENTARD ! Hurla le Choixpeau magique.

Il l'avait fait. Il avait rejoint la même maison que Regulus. Ils étaient ensemble à présent. Ensemble pour la vie, et plus rien au monde ne pourrait les séparer.





Citation:
-Alors, monsieur Bartemius Crouch Junior, j'aimerais bien savoir quelles sont vos motivations pour avoir pris toutes ces options.

Le directeur, Albus Dumbledore, était assis dans un confortable siège de velours en face du directeur. A droite, sur un perchoir d'argent, le phénix regardait Bartemius d'un air suspicieux.
Barty n'avait pas beaucoup changé depuis qu'il l'avait vu à la cérémonie de la Répartition. Il avait pris quelques centimètres tout au plus, et ses cheveux avaient poussé et foncé. Mais au fond de ses yeux bruns, quelque chose s'était transformé. "Voilà ce qui arrive quand on décide d'aller à la maison Serpentard" songea le vieux directeur. "Il est devenu arrogant, si arrogant qu'à présent il a les yeux plus gros que le ventre et veut prendre toutes les options à l'exception d'une seule : l'Etude des Moldus".
Barty ne répondit pas tout de suite. Il réfléchissait, car sa réponse pouvait influer grandement sur la décision du directeur. Finalement, il prononça cette unique phrase :

-La connaissance n'attend pas le nombre des années.

Dumbledore sursauta en entendant cette sentence sortir de la bouche du garçon. Cela ressemblait singulièrement à ce que le père aurait pu dire en de pareilles circonstances. D'ailleurs, n'était-ce pas ce que le père avait dit en de pareilles circonstances ?

-Je veux bien t'accorder le droit de suivre toutes ces options, lâcha le directeur. Et je vais pour cela te donner un objet particulier, dont il faudra te servir avec beaucoup de précautions. C'est bien clair ?
-Oui, monsieur le directeur.
-Bien alors viens par là mon garçon.
-Pourquoi ?
-Je vais te montrer comment se servir d'un Retourneur de Temps.

Quand Barty quitta le bureau du directeur, il eut la sensation qu'un poids énorme venait de lui être retiré de l'estomac. Le Retourneur de Temps serré contre sa poitrine, il pourrait suivre tout les cours qui l'intéressaient sans craindre l'échec. Car s'était ce dont il avait le plus peur : l'échec. Et personne n'avait-il jamais rêvé d'avoir un peu plus de temps que prévu pour accomplir ce qu'il voulait accomplir ?

Quelques jours plus tard, alors qu'il faisait un détour par le couloir extérieur, un hibou marron passa à travers une des fenêtres de pierres et se posa son une de ses frêles épaules.

-Tiens, salut Méphisto, fit Barty en caressant les plumes du hibou qui hulula avec douceur.

Il arracha le parchemin des pattes de son messager et déplia la lettre. C'était l'écriture de sa mère. Surpris, il lut la missive avec un intérêt grandissant.


Mon cher Barty,

Je t'écris pour te demander tout d'abord de tes nouvelles. Ta dernière lettre était très brève. En tout cas, j'espère que le directeur à trouvé une solution pour te permettre de suivre toutes tes options. Ton père et moi sommes très fiers de ta curiosité intellectuelle.
J'ai également une très bonne nouvelle à t'annoncer : notre douce Welby, qui comme tu le savais était enceinte d'un enfant, à mis au monde une petite elfe de maison. Elle cligne déjà de ses grands yeux marrons à la lumière du soleil. Elle sera tienne un jour, lorsque tu seras adulte, aussi j'aimerais que tu répondes à cette lettre pour que je sache quel nom tu désirerais lui donner. Je suis désolée mon chéri mais je dois te laisser, ton père et moi allons à l'opéra ce soir. Je voulais attendre que tu rentre pour Noël mais je pense que l'opéra t'aurais ennuyé et de plus ton père ne pouvais ce libérer que ce soir.
Je t'embrasse,
Ta maman qui t'aime très fort.
PS : Je viens de rentrer de l'opéra avec ton père. Nous venons de reparler de cette histoire de vacances, et je pense que ce serait un peu compliqué si tu venait les passer avec nous. Passe un joyeux Noël avec tes amis quand même.


Il fit une grimace déçue. Si ses parents voulaient passer la Noël tranquilles en amoureux, ne pouvaient-ils pas tout simplement lui dire ? Il replia la lettre et la rangea dans sa poche pour se souvenir d'y répondre. En attendant, il demanderait à Regulus une idée pour le nom de son elfe. Regulus s'était toujours bien débrouillé avec les elfes de maison, il saurait sûrement.
Tandis qu'il songeait à Regulus, une main s'abattit sur son épaule.

-Hé, Barty ! C'est moi ! Tu ne m'entendais pas t'appeller de l'autre bout du couloir ?

Son ami de toujours était méconnaissable. Les cheveux bruns ébourriffés, rouge d'avoir courru, il semblait enthousiaste au point qu'il pourrait exploser. Regulus avait toujorus été d'une nature plus joyeuse, plus calme aussi paradoxalement que Barty, plus taciturne et soupe au lait, mais il y avait quelque chose d'anormal dans son excitation.

-Qu'est ce qui t'arrive ? On t'a jeté un sortilège de Chatouillis pour que tu rigoles comme ça ?

Regulus pouffa de rire.

-Mais non ! Tu n'as pas vu l'annonce que Brynce à fait ce matin dans la salle commune ?
-Non, quoi ?
-Depuis le départ de Valles et Macnair, deux places sont à pourvoir dans l'équipe de Quidditch de Serpentard ! Attrappeur et gardien !

A ces mots, le coeur de Barty fut transporté de joie. Comment avait-il pu oublier ça ? Il avait suivi tous les matchs de tous les tournois depuis son arrivée à Poudlard, comment avait-il pu oublier ce fait ?

-Alors, tu marches ? S'exclama Regulus. La séléction se déroule lundi soir. Imagine un peu : Bartemius Crouch, Gardien de Quidditch, et son fidèle acolyte Regulus Black, attrappeur, aident leur équipe à gagner le tournoi contre ces prétentieux de Gryffondor !

Barty éclata de rire en voyant son ami faire l'idiot. Voilà qui le réchauffait un peu de la douche froide de la lettre de sa mère. Mais une petite interrogation subsistait en lui : pour suivre les entraînements de Quidditch en même temps que sa multitude de cours, n'allait-il pas devoir un peu forcer sur le retourneur de temps ?

***

-Alors, rangez-vous en deux rangs distincts : que ceux qui veulent le poste de Gardien se mettent à droite et ceux qui veulent le poste d'attrapeur se mettent à gauche.

Regulus et Barty se séparèrent. Dans la file de Regulus, aucun n'était guère plus grand que le jeune homme, et la plupart étaient à peine plus vieux. Barty contempla les membres de la propre file, et fit un petite grimace. Tous étaient des quatrième ou cinquième année gigantesques et baraqués. Lui-même était grand pour son âge, mais guère plus épais qu'un cure-dent en papier mâché. La concurrence était rude.

-Je vais faire passer les tests aux Attrappeurs en premier, fit Brynce de sa grosse voix de rottweiller. Les candidats au poste de Gardien, vous pouvez vous installer dans les gradins en attendant.

Barty grimpa les marches quarte à quatre et alla se percher sur la plus haute tribune. Il regarda son ami voler dans les airs avec dextérité, sidéré par ses capacités. Ils lui semblait que Regulus n'avait tout simplement pas besoin de balai pour évoluer dans les airs. Le capitaine lui-même semblait choqué. Bartemius n'avait jamais eu l'occasion de passer les vacances en sa compagnie, et il ne savait pas que Regulus s'entraînait autant, mais il espérait du fond du coeur que son ami serait sélectionné. Au bout d'un moment, Brynce aboya :

-Bon, tout le monde descend ! Je vais faire passer les Gardiens à présent !
-Et le résultat alors ? s'exclama un cinquième année d'une voix frustrée.
-D'abord, les Gardiens, Hopkins, répliqua le jeune homme. En place ! Je vais demander à nos poursuiveurs de vous lancer des Souaffles et vous devrez les rattrapper.La moindre erreur est éliminatoire.

Barty tapa du pied pour faire décoller son balai. Aussitôt, la sensation de légèreté familière l'envahit. Il avait déjà eu l'occasion de voler en compagnie de sa mère sur un champ proche du manoir, et le décollage était le moment qu'il préférait. Il fit deux tours du terrain, heureux comme un roi sur son Comète 260.

-Crouch ! Hurla Brynce. Arrête de faire l'idiot et descend un peu !

Barty obéit, un peu honteux de s'être laissé emporter comme ça. Il se plaça sur la même ligne que les autres candidats et attendit patiemment le signal.
Soudain, ce fut comme si un déluge s'abattait sur sa tête. Les poursuiveurs les criblait de balles, Souaffles et ballons de foot moldus mélangés. Barty les arrêta tant bien que mal, en prennant garde à n'en laisser passer aucun. Le rang s'éclaircissait peu à peu, et à la grande surpris de Bartemius, ils ne restait bientôt plus que lui et un espèce de mastodonte de sixième année. La nuit commençait à tomber et il voyait de moins en moins les ballons qui étaient de plus en plus difficiles à rattrapper. Barty se sentit prêt à abandonner quand une voix familière retentit dans la tribune :
-Allez ! Bartemius Crouch, Gardien, et Regulus Black, attrappeur ! Tu te souviens ! Vas-y !
Son ami l'encourageait de toutes ses forces, lui redonnant momentanément courage. Barty redoubla d'efforts, tandis que le molosse avec lequel il était en compétition commençait à fatiguer. Il finit par pousser un gémissement de défaite. Barty se retourna, et sentit une balla lui frôler l'oreille, mais il s'en fichait royalement : l'autre avait déjà laissé passer un ballon.
Le jeune homme ferma les yeux de joie, peinant à réaliser ce qui venait de se passer : il avait réussit. Il était séléctionné, avec Regulus ! Il était Gardien. Heureux comme un roi, il amorça sa descente. Soudain, son balai fit une embardée. Il fronça les sourcils. Ce n'était pas normal, ça. Il y avait un léger problème dans...
Barty n'eut pas le temps de réfléchir à la suite. Tout ce qu'il entendit, c'est un ricanement de l'armoire à glace qu'il venait de battre, remplacés par les cris de son ami et le sifflement du vent. Puis, ce fut le choc.




-Barty ! Barty ! C'est moi ! Barty, réponds-moi, bon sang ! Réponds-moi !
Le garçon cligna des yeux. Deux pupilles vert foncé remplies d'inquiétude lui faisait face. Une sentation de vertige l'envahit. Que c'était-il passé ? Derrière, il entendait la voix de Brynce et celle de Madame Pomfresh, passablement énervée.
-... vous en êtes sûre ? Parce que j'ai besoin de lui, là, maintenant !
-Il ne pourra pas monter sur un balai avant deux mois. Je suis désolée, mais il va falloir attendre.
-Bon, très bien. Ce n'est pas grave, je vais prendre Henrik à la place, il fera tout aussi bien l'affaire. Il était le deuxième de la séléction. Crouch reviendra quand il sera rétabli.
Barty fronça les sourcils, peu à peu conscient du fait que c'était de lui qu'il parlait. Il bredouilla :
-Non... Non... je peux... je peux monter sur un balai... S'il vous plaît...
Il essaya de se dégager de ses draps pour poursuivre Brynce dans le couloir, mais un bras l'en empêcha.
-Non, Bartemius, ne te lève surtout pas, chuchota Regulus. Tu vas te faire encore plus mal.
Barty tenta de répliquer quelque chose mais son ami lui mit la main sur la bouche.
-Calme-toi, s'il te plaît Barty. Détends-toi. Ce n'est pas grave tu sais. Tu as fait une chute de balai, ça arrive à tout le monde.
Mais Barty savait qu'il n'avait pas fait une chute normale. Que quelqu'un avait ensorcelé son balai pour qu'il tombe. Et ce quelqu'un, il était prêt à parier que c'était Henrik.
-On avait dit... on avait dit... Black et Crouch, Attrappeur et Gardien...
-Et j'ai été séléctionné comme Attrappeur, et tu as été séléctionné comme Gardien, répliqua Regulus. Tu vois, on a réussi. Henrik ne te remplaceras que pour le match contre Poufsouffle. Mais je te promets que contre Gryffondor, ce sera toi qui le joueras. Maintenant, il faut que tu dormes. Pour que demain soit plus clair et plus lumieux qu'aujourd'hui. Pour que le soleil soit si fort qu'il te fasse cligner des yeux sous son éclat. D'ailleurs, j'ai trouvé un nom pour ton elfe. Tu sais, l'elfe qui j'espère un jour s'occuperas de toi comme moi je m'occupes de toi en ce moment.
-Et c'est quoi ?
-Winky. 
Barty papillonna des paupières, et sentit que Regulus lui faisait boire une potion de sommeil. Ses yeux se fermèrent tous seuls, éblouis par l'éclat de son visage de joie lunaire. Le soleil est si fort qu'il te fait cligner des yeux sous son éclat. 







Chapitre 5 : Fascination (attention, ça commence à devenir un peu chaud. mais j'ai pas peur des mots et je me lance quand même)

Citation:
-Ca te dirait de passer Noël avec nous cette année ?
Regulus avait lancé le sujet dans la conversation quelques jours avant les vacances, quand Barty commençait à peine à se remettre de sa chute de balai. Le garçon repensa à la lettre que sa mère lui avait envoyée quelques semaines plus tôt. Il croqua dans son toast et répondit nonchalament :
-A vrai dire, j'avais pensé à en profiter pour m'entraîner au Quidditch. Il faut que je rattrappe mon retard...
-Dis pas n'importe quoi, tu peux toujours pas monter sur un balai, répliqua Regulus. Tu peux même pas monter les escaliers tout seul.
Dans sa voix agacée pointait une certaine forme d'inquiétude. Il en faisait peut être un peu trop. Barty trouvait ça suspect, mais c'était réconfortant d'avoir quelqu'un qui fasse attention à vous. Quelqu'un avec qui fêter Noël...
-Bon, d'accord, je viens. Mais il y aura de la famille à toi ? J'ai pas vraiment l'intention de rester coincé entre ton frère et tes parents, si tu vois ce que je veux dire...
-Mon frère ne vient pas à Noël cette année. Et il y aura deux ou trois cousins et cousines à moi...
-Genre ?
-Tu verras bien, soupira son ami.
Barty sourit. Il aimait bien voir Regulus exaspéré de temps à autre, il avait moins l'impression d'être le dingo du duo.


-Tu vas voir, ça va être très bien, comme réveillon de Noël, fit Regulus sans grande conviction.
Il n'eut pour toute réponse qu'un grognement. Barty avait l'air mécontent, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi.
-Laisse-moi deviner, tu n'es pas content parce que tu pense que tu n'auras pas le temps de faire tous les devoirs que l'on nous a donnés ? Fit Regulus. Tu travailles beaucoup trop, si tu veux mon avis.
-C'est pas ça. C'est juste... les vacances, je n'aime pas ça.
A vrai dire, Barty n'aurait trop su pourquoi il avait le blues. Sa mère lui manquait un peu peut-être, mais il y avait autre chose. Comme le morceau de plomb qu'on dans le coeur ceux qui ne s'entendent pas avec leur famille.
-De toute manière, tu n'es jamais content, soupira Regulus.


Quand Barty et Regulus entrèrent dans le manoir des Black, Barty comprit tout de suite ce que Regulus voulait lui dire quand il disait "c'est bien assez grand pour t'accueillir". Et pourtant la maison des Crouch n'avait rien d'une masure, mais c'était juste que. là.. c'était autre chose. Barty s'écroula dans le lit que Walburga Black avait installé pour lui dans la chambre de son ami.
-Je retire ce que j'ai dit tout à l'heure, s'exclama Barty. Les vacances, c'est génial !
Regulus répondit par un sourire. Il était content que son ami ai retrouvé sa bonne humeur. Il était trop jeune pour s'apercevoir que son ami alternait les épisodes de joie et de dépréssion un peu trop vite pour que ce soit normal. Le lunatisme de Barty passait à ses yeux pour quelque chose de naturel.
C'était dommage... parce que si quelqu'un aurait pu arrêter ce qui allait ce passer, c'était peut-être lui.


Les jours suivant leur arrivée au manoir se succédèrent à la vitesse de la lumière. Barty n'avait pas vu le temps passer que déjà, ils étaient parvenus au moment de Noël. Le moment qu'il appréhendait le plus. Il avait peur d'être de trop, dans cette famille si noble, si belle... La mère de Regulus, déjà, lui avait fait forte impression. La manière dont Regulus commandait les elfes de la maison était également très surprenante pour Barty. Et le père, silencieux et majestueux, lui faisiat penser à une de ces statues merveilleuses des contes de son enfance, auquelle il faut dire un mot magique pour qu'elle se mette à parler. Les Black dans leur ensemble, le fils rebelle, l'enfant prodige, le patriarche muet et la mère autoritaire, ressemblait à ces familles du mal, anciennes et oubliées, des romans que Barty dévorait dans la bibliothèque de Poudlard, quitte à réutiliser son Retourneur de temps une troisième fois. La veille de Noël, alors que Barty finalisait un devoir de Divination dans la bibliothèque du manoir, il sentit une main lui taper sur l'épaule.
-Tu viens ? Mon oncle vient d'arriver avec mes trois cousines.
Barty leva immédiatement le nez de son parchemin et accourut à sa suite. En effet, un homme petit et désséché se tenait dans l'entrée, accompagné de sa femme, une sorcière brune à l'air revêche, et trois jeunes filles toutes aussi différentes les unes que les autres.
-Barty, je te présente mon oncle, Cygnus Black, et ma tante, Druella. Et voici les trois cousines, Narcissa, Andromeda et Bellatrix. Mon oncle, c'est l'ami dont je t'avais parlé, Bartemius Crouch.
Barty tendit la main pour la serrer, raide de timidité. C'est alors que la plus âgée des trois soeurs, Bellatrix, décida de poser son regard sur lui.
Elle devait avoir vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Quand leurs regards se croisèrent, Barty se sentit terriblement mal à l'aise. Elle était très belle, avec de beaux cheveux bruns foncé qu ilui tombaient sur les épaules et ces yeux noir charbon, agressifs et envoûtants.
Elle détourna immédiatement le regard, et fit une moue dédaigneuse. Barty eut aussitôt une terrible envie de rentrer sous terre. Ce fut Regulus qui le ramena à la réalité. C'était toujours Regulus qui le ramenait à la réalité.
-On va peut-être aller manger. Tu viens, Barty ?
-Ou... Oui.
Il le suivit mécaniquement. Dans son esprit flottait encore le visage, le regard de cette femme. Passer la soirée en tête à tête avec elle en face d'une dinde aux marrons lui semblait mission impossible. C'était comme si... Il ne savait pas. Il ne l'aimait pas, ce n'était pas une question d'amour... Tout cela était très flou pour un garçon de treize ans. Comme si son coeur avait explosé dans sa poitrine, et qu'il était patiemment en train de recoller les morceaux.


Lors du repas, Bellatrix parla beaucoup, de sa voix mielleuse et effrontée. Barty but littéralement ses paroles pendant toute la soirée, oubliant presque de se sustenter, tant il était fasciné par cette créature et son discours enrobé de miel et de douceur. Quand elle se mit à discourir sur les différences entre les sorciers et les Moldus, Barty se senti convaincu jusqu'au fond des os. Alors que quand Regulus se mettait à disserter sur le sujet (environ trois fois par jour), Barty l'écoutait, le croyait mais se fichait gentiment de sa poire, là, il se sentait prête à haïr n'importe quel sorcier qui oserait poser ses yeux sur une de ces créatures dégoûtantes, ou même pire, mêler leur sang à eux.


Le soir, avant de se coucher, Barty pensa encore une fois à Bellatrix, plus qu'au cadeaux qui l'attendraient le lendemain au pied du sapin. Sous les draps du lit à baldaquin que les Black lui avait laissé l'occuper, il songea à ses yeux de jais et sa bouche boudeuse. Il ferma les yeux et commença à plonger dans le sommeil, cette vision de plus en plus floue dans sa mémoire, de plus en plus déformée. Une espèce de désir étrange l'envahit doucement. Comme une envie, une envie sur laquelle Barty ne voulait pas mettre de mots. Pour se protéger peut-être. Comment être sûr de ses sentiments quand on a que treize ans et aucune connaissance de l'amour que celle, bien mince, d'un père absent pour une mère transie ? Ou peut-être parce qu'il y avait quelqu'un, dans la chambre, à côté, qui comptait plus pour lui...
-Bonne nuit, Barty, murmura Regulus en soufflant sur la bougie qui leur servait d'éclairage. J'ai hâte de recevoir les cadeaux demain.
Barty suivit du regard un instant son ombre se fondre dans les couvertures. Cette image confuse se superposa à celle de Bellatrix. Barty serra les poings. Ne plus penser... Il espérait que son cerveau se taise à tout jamais, arrêter le doute... Soudain, il sentit un liquide chaud se répandre dans son pyjama. Honteux et effrayé, il serra sa tête entre ses mains.
A force de penser à Bellatrix, Barty avait eu sa première érection.






Chapitre 6 : Dispute

Citation:
-Reg, Reg, tu m'entends ?
Le vent soufflait fort ce soir-là, ébourrifant les longs cheveux blonds de Barty Crouch. Grand, maigre, toujours aussi couvert de tâches de rousseur que dans son enfance alors qu'il était déjà presque un homme. Mais du haut de ses quinze ans, Barty n'en menait tout de même pas large. Allongé sous un bosquet en face du Square Grimmaud par une nuit de plein août, il parlait à sa manche d'une voix très sérieuse et un peu agacée. Car malgré l'été, les nuits étaient fraîches à Londres et Barty n'était vêtu que d'un vieux jean et d'une chemise qui avait dû être noire à une époque bien lointaine.
-Reg, réponds-moi, bordel !
-Je t'en prie Barty, reste correct, fit une voix à travers sa manche. Nous n'avons pas fabriqué le Bracelet communicant pour que tu y dises des grossieretés. Et le mot de passe pour rentrer dans le manoir, c'est "Oeil de licorne" comme la dernière fois.
Barty fronça les sourcils, surpris d'une telle réponse de la part de son ami.
-Comment tu as su que j'étais en face de chez toi ?
-Le Bracelet communicant ne permet de se parler que sur des courtes distances. Et comme je suis chez moi, et que tu es la seule autre personne qui possède un exemplaire du bracelet...
-Oui bon ça va j'ai compris, le coupa Barty d'une voix vexée. Je peux rentrer ?
-Oui tu peux mais tu me feras le plaisir de me mettre une robe de sorcier après.
-Je... quoi ?
-Je te vois par la fenêtre. Franchement, quitte a t'habiller en moldu, tu aurais au moins pu choisir des vêtements plus proches de ceux que portent les sorciers digne de notre rang.
-On a pas toujours le choix, Reg.
-Et arrête de m'appeller Reg sinon tu reste dehors.
-Ok Reg.
Il coupa la communication, empoigna sa grosse valise, son balai et sa cage à hibou et s'avança vers l'immeuble du Square Grimmaud.


-Je peux savoir ce qui t'as pris de te pointer chez moi, comme ça, en pleine nuit, pendant les vacances ? Demanda Regulus d'une voix calme à travers la porte de la salle de bains.
Barty ne répondit pas. Regulus frappa un petit coup à la porte verouillée.
-Barty, tu m'entends ?
Soudain, le verrou sauta et Barty ressortit vêtu d'une robe de sorcier d'un violet foncé uniforme. Il arborait un air maussade.
-J'me suis disputé avec mon père.
Regulus ne répondit rien. Il n'y avait pas besoin de plus d'explication. D'un autre côté, Regulus s'en doutait. Mais il ne pensait pas que la situation chez les Crouch deviendrait aussi critique aussi vite. Pendant un instant, une lueur de peur s'alluma dans son coeur. Barty s'engageait peut-être sur une mauvaise pente, à couper les ponts aussi rapidement. Il posa la main sur l'épaule de son ami.
-Allez viens, je vais te faire du thé et tu vas me raconter tout ça.
Il fit signe à Barty de le suivre et tous deux descendirent vers la cuisine. Pendant que Regulus s'activait autour de la bouilloire, Barty commença à parler.


Quelques heures plus tôt, alors que la vieille Welby et la petite Winky avaient presque fini de préparer le repas pour Aloïs et Barty, le père de Barty avait surgi à l'improviste, l'air anormalement content de lui. Quand il avait trouvé sa femme et son fils, la mine déconfite autour d'un maigre bol de soupe, il avait affiché un air outré qui n'avait pas plu à Barty.
-C'est moi, je suis rentré ! S'était-il exclamé. J'ai eu une grosse promotion au travail !
Barty lui lança un regard noir. Bartemius sentit qu'il se passait quelque chose d'anormal, mais au lieu de s'en inquiéter, il commença à s'énerver :
-Mon fils, tu devrais être heureux ! Ton père est devenu directeur de la Justice Magique !
-Est-ce que ça veut dire que tu seras moins présent à la maison ? Enfin... je veux dire... encore moins présent qu'actuellement.
Surpris de l'insolence de son fils, Bartemius Crouch ne répondit rien. Barty se leva brusquement. Ses poings tremblaient de colère. A côté, sa mère émit un léger sanglot.
-Mais qu'est-ce qu'il y a, à la fin ? Hurla Bartemius.
-Il y a que tu ne t'occupe jamais de nous ! Jamais tu ne pense à nous, à ce que nous devenons ! Tout ce qui te préoccupe, c'est ta carrière ! C'est tout !
-Mais enfin, Barty, qu'est-ce que tu racontes... Bien sûr que je préoccupe de vous... Par exemple, tes résultats scolaires, j'en suis très fi...
-Mais c'est pas ça, l'important ! Tu ne voit jamais ce qui est important ! Tu es un égoïste, un sale ambitieux !
Sans s'en rendre compte, Barty avait attrappé son père par les épaules de la robe. Tout son corps tremblait de colère. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi est-ce qu'il s'énervait comme ça ? Déstabilisé, il lâcha Mr. Crouch et le reposa à terre. Il crut voir un instant une lueur de peur dans ses yeux noir charbon. Le père bredouilla :
-Et c'est quoi, l'important, fils ?
-C'est elle, l'important.
Il désigna sa mère, assise sur une chaise, les mains sur le visage. Les deux elfes de maisons tentaient de la consoler.
-Qu'est-ce qui se passe, Aloïs ? Chuchota Bartemius.
-Je... Je... J'ai attrappé... la Mort Grise... Je suis désolée Bartemius...
-Et comment tu a attrappé ça ? Demanda-il avec un calme dans la voix qui fit déborder le vase.
-MAIS ON S'EN FICHE DE COMMENT ELLE L'A TTRAPPEE ! Hurla Barty.
Il avait vraiment perdu tout contrôle à présent. Il le sentait... c'était un bien, un bien qui faisait mal. Son cri arracha un sanglot à sa mère.
-Tu ne comprendras donc jamais rien ! Continua-t-il. On s'en fiche ! On s'en fiche, on s'en fiche, on s'en fiche ! L'important, c'est que là, maintenant, elle va avoir besoin de nous ! Et que là, maintenant, tu vas repartir au travail pour profiter de ta promotion !
-Barty... tonna le père, Barty, calme-toi maintenant !
-NON ! J'en ai assez, assez de toi, de ton égoïsme stupide de fonctionnaire véreux !
-Mais qu'est-ce que tu me veux, à la fin ? Tonna Crouch.
-Je veux que tu me jure que tu t'occuperas de maman quand je serais à Poudlard.
Le père ne répondit rien. Il restait planté là, sans pouvoir rien dire. Son silence était pire que n'importe quelle parole. La colère de Barty sembla redescendre aussi vite qu'elle était montée. Il devint pâle comme la neige.
-C'est bien ce que je pensais.
Il tourna les talons et monta dans sa chambre. Son père lui courrut après dans l'escalier. Il le trouva dans sa chambre, qui empilait ses affaires dans sa valise avec les gestes mécaniques qu'un homme qui contient sa rage tout en roulant ses chaussettes.
-Qu'est-ce que tu fais, Barty ?
-Je m'en vais. Je quitte cette maison. Je ne veux pas rester ici.
-Mais pourquoi ? Ta mère à besoin de toi autant qu'elle a besoin de moi.
Barty se tourna vers son père. Ce dernier avait l'air plus épuisé qu'énervé. Il s'attendait au savon du siècle, mais apparement il acceptait de communiquer. Mais Barty n'avait pls envie de communiquer. Lui aussi était fatigué d'avoir passer des années à essayer.
-Je suis désolé, papa. Mais je crois qu'on lui a déjà fait assez de mal comme ça.
Il ferma sa valise, empoigna sa Flèche d'Argent dans une main, la cage de son hibou dans l'autre et disparut dans le couloir.


-Mais comment t'as fait pour venir jusqu'ici ? Demanda Regulus. Tu n'as pas pu transplaner, et en balai je m'y serais pas risqué !
-J'ai pris le Magicobus. C'était la foire mais j'avais pas trop le choix. Ce type, Ernie, il conduit comme un taré, fit Barty.
Soudain, sous le regard médusé de son ami qui lui servait le thé, il sortit une tige de papier de sa poche et la mit dans sa bouche. Il l'alluma ensuite négligemment avec un petit briquet et commença à la fumer, l'air de rien, dans la cuisine du manoir Black. Regulus fronça les sourcils.
-Tu fumes maintenant ? Depuis quand ?
-Cinq minutes, répliqua Barty en tirant une bouffée sur sa clope de fortune. C'est des Whizzy. Je les ai achetées au chauffeur du bus. Quoi, il y a un problème ?
-Plutôt oui.
Il lui arracha la cigarette de la bouche et l'écrasa sur la table de bois patiné.
-Quoi ? Râla Barty. Ca te dérange pas quand c'est ta mère ! Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis de trop, c'est ça ? Pourtant, quand je viens à Noël pour faire le tampon entre tes cousines et toi, ça te dérange pas que je vienne !
-C'est pas ça le problème. Ecoute Barty...
-Quoi ? Tu vas encore me faire la morale, c'est ça ?
-Peut-être, mais c'est mon rôle. Mon rôle d'ami.
-Tu n'es pas mon père, fit Barty d'un ton fataliste.
-Peut-être. Mais ton vrai père t'attend, là bas, quelque part au manoir de ta famille, et c'est peut-être ta seule chance de te réconcilier avec, alors tu va prendre ton sac, ton piaf et ta balayette, et tu vas rentrer chez toi !
En disant cela, il avait frappé trois fois sur la table. Barty se leva, sa tasse de thé dans une main.
-Je pensais... Je pensais que toi, tu me comprendrais... Mais je me suis trompé je crois.
Les larmes lui montaient aux yeux. Son regard de belette blessée fit pitié à son ami. Il posa ses mains sur ses épaules et le fit se rasseoir.
-Je suis désolé, Barty, de m'énerver comme ça... Je... bon, d'accord, tu peux rester...Mais demain, tu rentre chez toi.
Une lueur d'espoir passa dans ses yeux. De joie, de bonheur. Brusquement, sans prévenir, il lui sauta dans les bras et se mit à pleurer.
-Oh... Oh, Barty...
-Merci, Regulus ! Merci !
Il passa sa main dans ses cheveux de paille, tentant déséspérément de les démêler avec les doigts. Il tentait de le contenir, de soutenir ce grand garçon d'une tête de plus que lui qui s'appuyait dans ses bras.
Après une longue minute de réconfort, Barty se dégagea de son étreinte. Son visage était empreint d'une émotion indéfinissable. De la joie, du soulagement peut-être... Il n'avait jamais vu son ami aussi serein.
C'est à ce moment-là que Barty pencha sa tête vers Regulus et l'embrassa à pleine bouche.  



Chapitre 7 : Stronger
 
Citation:
C'est à ce moment-là que Barty pencha sa tête vers Regulus et l'embrassa à pleine bouche.
Il y eut un instant de blanc, puis Barty s'écroula par terre. Il était très pâle et tremblait de plus en plus. Regulus se pencha sur lui. Il semblait avoir si froid qu'il claquait des dents, et pourtant son front dégoulinait de sueur.
-Barty ! Qu'est-ce qui se passe ?
-Je... je sais pas...
Regulus passa en revue tout ce qui pouvait avoir causer cette crise brutale. Soudain, un éclair de génie illumina son front d'albâtre.
-Tes cigarettes... Tu es sûr que c'était des Whizzy ?
-Je sais pas...
Il attrapa le cendrier dans lequel il avait jeté le mégot et le renifla. Il reconnut aussitôt la senteur caractéristique.
-C'était pas des Whizzy. Tu t'es fait avoir en beauté, triple andouille !
-Et... et c'est... c'est quoi...
-Je sais pas exactement, mais ça sent l'embrouille.
-Quoi... l'embrouille... Quelle embrouille ?
-Mais non idiot ! Pas une embrouille, l'Embrouille ! Le philtre d'Embrouille ! C'est une potion qui te fais faire des trucs que tu n'oserais pas faire dans ton état normal. Tu as dû en avaler pendant que tu fumais et maintenant tu fais n'importe quoi ! J'aurais deux mots à lui dire, à ce Ernie !
Barty hoqueta quand il mentionna le nom du chauffeur du bus, puis se mit à rigoler, un rire de fou qui sonnait mal dans sa poitrine de gamin. Regulus soupira. Pourquoi c'était toujours à lui de ramasser les morceaux quand il partait en sucette ? Il le fit se relever tant bien que mal et le transporta dans sa chambre. Barty continuait de rire, indifférent à la peine de son ami, titubant comme un ivrogne et se cognant partout dans l'escalier de marbre.
-Je trouve pas ça drôle ! S'exclama Regulus. Tu as de la chance que je te laisse dormir chez moi dans l'état ou tu es ! Demain tu pars à la première heure !
Il jetta Barty sur le matelas de son lit à baldaquin, le même qu'il avait occupé deux ans plus tôt, et ferma les rideaux d'un mouvement agacé. Barty se mit aussitôt à ronfler comme un lion.
-Un jour, ce type me rendras fou, soupira le garçon.
Il ne croyait pas si bien dire.


Le lendemain matin, quand Barty ouvrit les yeux, il eut l'impression qu'il était mort, puis ressucité tellement son corps tout entier lui faisait mal. Se pensées seulement lui vrillaient la tête. Il remonta le fil des souvenirs douloureux. Il était arrivé chez Regulus, il avait parlé, fumé une cigarette qui avait failli lui arracher la gorge tant il avait essayé de cacher qu'elle le faisait, et ensuite... ensuite...
-Oh non. N-o-n.
Il jetta un coup d'oeil autour de lui. Il n'était pas dans le même lit que Regulus, s'était déjà ça. Après se qu'il s'était mis la veille, il n'était sûr de rien. Jusqu'ou était-il allé, il n'en avait aucune idée. Il avait dû faire une réaction aux substances dans la clope. Et embrassé Regulus.
Soudain, tes cris retentirent dans l'escalier, coupant court à ses lamentations intérieures. Etonné, car il lui avait semblé la veille qu'à l'exception de l'elfe de maison lui et son ami étaient seuls, il se leva et entrouvrit la porte avec le peu de forces qui lui restaient. Les cris se rapprochèrent, et brusquement, sans prévenir, une bouteille de verre traversa le couloir du bas et s'écrasa sur la porte de la cuisine.
-... j'en ai assez, assez de cette famille de dégénérés ! Je me casses d'ici !
C'était Sirius. Sirius était le frère de Regulus, Barty le savait, et il avait été envoyé à Gryffondor, ce qui causait pas mal de tensions au sein de la famille Black. Il l'avait déjà croisé dans les couloirs de l'école, en compagnie de sa bande de fanfarons de Gryffondor. Il ne lui avait pas paru spécialement sympathique mais de là à ce qu'il arrive une scène... Il entendit un autre objet se casser dans le couloir, et Walburga Black jaillit de la cuisine, rouge de colère. Par réflexe, Barty rentra la tête dans l'intérieur de la porte. Elle hurlait :
-...Va-t-en, si tu n'es pas content, sale traître à ton sang et à ta race ! Ton père et moi t'avons nourri pendant toutes ces années et c'est comme ça que tu nous remercie !
Il y eut un instant de blanc. Barty aperçut Regulus derrière sa mère, qui essayait très vaguement de calmer les choses. Très vaguement.
-... Parfaitement, je m'en vais ! Je vais chez les Potter, au moins il n'ont pas l'arrogance d'Orion et Walburga Black !
A ces mots, le père fit à son tour irruption dans le couloir. "Ma parole mais toute la famille est là" songea Barty, "et moi hier soir qui était tellement à l'ouest que je croyais être seul avec Reg...". Il n'eut pas le temps de pousser la réflexion plus loin, car le mauvais théâtre qui se déroulait en bas continua avec la réplique du père :
-Fils indigne.
Ouch, elle était violente celle-là. Sirius se pétrifia comme une statue. De là ou il était, Barty distinguait dans ses traits un mélange de colère, de tristesse, de dégoût, mais surtout, il sentait que ces mots avaient conduit sa décision. Est-ce qu'il avait présenté le même visage à son propre père quand il s'était enfui sur un coup de tête la veille au soir ? Si tel était le cas, il commençait à comprendre pourquoi il n'avait pas jugé utile de le retenir. Parce que si personne ne le retenait, si aucun des membres de la famille ne disait rien, là, maintenant, tout de suite, alors Sirius partirait, peut-être pour toujours.
Il attendit, attendit, attendit. Les secondes s'égrenaient comme des heures, et tous retenaient leur souffle. Mais rien ne se passait. Alors Sirius se tourna vers la porte, et avant de partir, il dit une phrase, une unique phrase :
-Vous me dégoûtez.
Barty referma la porte et soupira un grand coup. Une sorte de soulagement envahit son corps. Il avait presque vécu, pendant quelques secondes, la scène de ménage en même temps que ses quatre protagonistes. Et ça l'avait retourné de l'intérieur. Il se sentait mal, très mal d'avoir laissé sa famille... maintenant il comprenait le mal que ça faisait.
Un silence profond régnait dans le manoir. Les trois Black devaient sûrement être dans le salon, à ruminer ce qui venait de ce passer. Ils avaient besoin de ce moment, seuls, entre eux, et il devait partir, il le sentait. Rentrer chez lui pour que ce moment de douleur qui avait dû se dérouler chez lui puisse avoir un dénouement heureux.
Il sortit précipitamment un parchemin de sa valise. Il ne voulait pas laisser Regulus sans un minimum d'explications. Il attrappa une plume sur le bureau de son ami et griffonna rapidement :


Reg,
Je suis rentré chez moi. Tu as raison, il faut que je parle à mon père. Merci pour ton accueil. Si tu as besoin de parler, ne t'inquiètes pas, je resterais disponible.
Barty.


Il eut un instant d'hésitation. Est-ce que Regulus comprendrait ? Oui, sans doute qu'il comprendrait... Il attrappa sa valise et descendit dans le couloir. Il passa le vestibule dans la plus grande discrétion. Il était déjà au milieu du square quand son Bracelet communicant grésilla.
-Barty... Barty, c'est moi... j'ai vu ton mot, et j'espère que tu es encore dans le coin...
Barty se pencha sur le bracelet.
-Oui Reg ?
-Tu n'étais pas obligé de partir comme ça... tu peux rester si tu veux...
-Non, je dois partir. C'est comme ça, mais merci quand même.
-D'accord...
-Mais bon, puisque tu es encore là... je voulais te demander... c'est à propos de... de hier soir...
Barty n'arrivait pas à dire les mots. Mais comme à chaque fois, après une longue seconde de difficile silence, son ami trouvait les mots.
-Quelqu'en soit la signification, je ne t'en voudrais pas. Tu étais sous l'emprise d'un sortilège, il aurait pu se passer n'importe quoi, et je doute que nous saurons nous-mêmes un jour ce que ça signifie.
-D'accord. Regulus...
-Oui Barty ?
-Merci...
Il éteignit le bracelet, un sourire soulagé aux lèvres, puis leva sa baguette vers le ciel. Un éclair déchira le ciel gris du matin, et un bus bleu éléctrique à double impériale apparut de nulle part.
-Je crois que je vais avoir une sérieuse explication avec le chauffeur de ce tacot, murmura Barty pour lui-même.
Il leva sa valise et grimpa dans le bus.






Quand Barty parvint jusque chez lui, il n'y avait plus personne. Sa mère était partie faire une course et l'accueillit à son retour par un long câlin silencieux. Elle comprennait, elle. Mais pendant les jours qui suivirent, Barty ne croisa son père à aucune occasion, ni au déjeuner, ni au dîner, ni le dimanche. Il passa le reste de l'été partagé entre sa chambre, ou il finissait ses devoirs de vacances et commençait déjà à préparer ses BUSE, et la chambre de sa mère, ou il aidait comme il pouvait les deux elfes de maison à s'en occuper. Le 1er septembre arriva sans qu'il n'ait eu le temps d'avoir une discussion avec son père. Il en fut terriblement déçu. Il en fit part à son ami quand il le retrouva dans le Poudlard Express, peu après son départ.


-C'est quand même dommage que tu n'ai pas pu lui parler, avait déclaré Regulus, toujours aussi pragmatique. Mais as-tu vraiment essayé ?
Depuis l'épisode des Whizzy, Regulus se méfiait de ce qu'il lui racontait. Le fait d'avoir passé me reste du mois d'août hors de son champ de vision ne lui plaisait pas trop. A présent qu'ils étaient à Poudlard, il s'était juré de garder un oeil sur lui, et son Bracelet communicant était ouvert en permanence depuis le départ du Poudlard Express.
-Il ne rentre quasiment jamais à la maison depuis sa promotion, comme je l'avait prédit, soupira Barty. Tiens, tu as encore ce truc ? Demanda-t-il en voyant Regulus agiter le poignet d'un geste nerveux.
-C'est pour t'avoir à l'oeil, sursurra le garçon.
Barty ne répondit rien, mais au fond il se sentait déçu, étouffé par le soudain manque de confiance qui régnait entre eux. Ils avaient conçu les bracelets ensemble, en quatrième année, pour pouvoir faire toutes les bêtises qu'il leur plaisait de faire dans le château... le fait que Reg s'en serve pour veiller sur lui le rendait un peu triste.


Quelques semaines après la rentrée, Barty reçut la traditionnelle lettre de sa mère qui demandait de ses nouvelles. Celle-ci était plus courte et l'écriture en était plus malhabile, mais Barty était heureux de voir qu'elle avait encore la force de lui écrire. Cependant, à la lecture, il ressentit un énorme chagrin l'envahir.


Mon cher Barty,


J'espère que ta rentrée c'est bien passée. Cette année est l'année des BUSE, Et je sais que tu as pris 12 matières et que tu as beaucoup de travail... en tout cas j'espère que tu as toujours d'aussi bon résultats, continue comme ça mon chéri et tu deviendras aussi bon que ton père.
J'ai quand à moi une bien triste nouvelle à t'annoncer : la vieille Welby qui veille sur moi dans ma maladie vient malheureusement de mourir. La petite Winky fait de son mieux pour la remplacer mais sache qu'elle souffre au moins autant que nous de son décès. C'est à cause de cela que je suis obligée de te demander de passer Noël à Poudlard cette année encore. Je sais qu'il y a deux ans tu l'avais passé chez les Black et que tout s'était bien déroulé... J'espère que tu pourras faire la même chose cette année. Quant à moi, ne sois pas inquiet mon chéri, la Mort Grise n'est pour l'instant pas très violente et je me porte encore bien.
Je t'embrasse,
Ta mère qui t'aime très fort.


-La "Mort Grise" ? S'exclama Regulus tandis que Barty finissait de lire la lettre à la lumière verte de la salle commune. Qu'est-ce que c'est ?
Barty se retourna brusquement. Il ne supportait pas que quelqu'un lise par dessus son épaule, et encore moins un courrier aussi personnel. Mais il ne voulait pas se fâcher avec Regulus pour ça. Il respira un grand coup pour éviter de s'énerver et de le traiter de tous les noms et répondit d'un ton calme :
-C'est ma mère. Je t'en ai déjà parlé.
-Et c'est quoi ?
-Une maladie.
-Quoi comme maladie ?
Pour toute réponse, Barty lui lança un énorme livre dans les mains, à la couverture d'un brun douteux et aux pages jaunes comme les doigts d'un gobelin.
-Les maladies magiques et comment s'en soigner, lut Regulus. Quelle page ?
-Débrouille-toi... tu devrais le savoir, non ?
-Je suis pas un intello comme toi, répliqua Regulus. Mais je tiens à souligner qu'au moins, moi, je fais pas n'importe quoi. Alors... Mort Grise... Mort Grise... Ah, là ! "La Mort Grise est une maladie bien mystérieuse" merci, j'avais compris... "On ignore quel en est sa cause et comment elle s'attrappe, mais les symptômes en sont toujours les mêmes, c'est pourquoi elle mérite son nom de maladie... Tout commence par une petite mollesse, une baisse du tempérament d'abord presque indécelable... la personne se fatigue, comme si elle perdait toute volonté de vivre... cette phase peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années, pendant lesquelles il est possible de combattre la maladie... la deuxième phase est plus courte, quelques mois... là, la faitgue se fait plus intense, et les malades commencent à pâlir... ensuite vient la troisième phase, la plus courte, la plus dure et la plus déterminée : pendant les neuf jours précédant la mort, le patient ne bouge quasiment plus, ses muscles sont pétrifiés et il ne peut sortir du lit. On donne le nom de de Mort Grise à cette maladie car pendant cette dernière phase la peau des malades devient toute grise." Alors, c'est ça qui va arriver à ta mère ? Barty ?

Mais Barty était déjà parti. Il avait fui, fui la réalité de l'avenir qui s'offrait à sa mère. Il avait abandonné ses affaires, sa plume, son encrier et était monté dans son lit pour oublier dans le sommeil. Alors Regulus sentit qu'il était peut-être allé un peu trop loin. Tout doucement, il rangea les affaires de son camarade et les rangea dans son sac. Il grimpa les marches du dortoir quatre à quatre, sans faire de bruit, car il était l'un des derniers couchés. Dans son lit, il vit le corps de son ami se détacher clairement sous les draps à la lumière de la lune.
Ce dernier respirait doucement, mais on sentait qu'il ne faisait que semblant de dormir. Regulus s'asseyit sur le bord du matelas. Il sentit son ami lui donner un léger coup de pied, mais il ne vira pas et posa sa main sur son épaule.
-Tu sais vieux... je suis désolé pour ce qui t'arrive. Je veux dire... vraiment. Mais tu sais quoi ? Je crois que pour te réconcilier avec ton père, pour que tes parents soient tous les deux vraiment très contents, pour retrouver un peu une ambiance sereine, tu n'as plus qu'une seule mission mon gars...
-Mmh ? Grogna Barty.
-Tu vas réussir tes BUSE. Tous tes BUSE.






Chapitre 8 : Question(s)


Citation:
De sa cinquième année, c'était pratiquement le seul souvenir que Barty gardait en tête. L'époque ou il passait ses BUSE, il avait l'impression de l'avoir passée dans du coton. Assommé sous le travail, encore et toujours, avec les devoirs qui tombaient en pluie sur le coin de son nez moucheté. Le stress et l'angoisse de ne pas réussir le dévoraient de l'intérieur... son corps se détruisait peu à peu à force d'utiliser le retourneur de temps, et il séchait les repas plus que de raison pour lui qui était déjà si maigre. Le Quidditch, une fois par semaine, seul rayon de soleil dans son emploi du temps studieux, peinait à lui rendre un peu de joie et de santé. Il se sentait se transformer, grandir, lui qui était déjà plus grand que ses camarades, et ses cheveux qui foncaient encore et toujours, et ses tâches de rousseur qui résistaient peu à l'adolescence... il devenait un fil, un fil nerveux et osseux, qui perdait de sa substance incarnée et qui devenait de plus en plus angoissé, de plus en plus transparent, la tête plongée dans les livres et les feuilles et les parchemins et l'encre et les potions et les lunettes d'astronomie et...
-Mr Crouch ! Pourriez-vous venir dans mon bureau à la fin du cours ? Je voudrais m'entretenir avec vous.
Barty leva la tête de sa potion en sursaut. C'était comme si cette phrase magique l'avait réveillé d'un long sommeil. Il ne dormait pas en cours, non, mais son coeur s'était mis sur pause et le stress de possibles ennuis avec le professeur Slughorn l'avait remis en route.
-Je... bien sûr, professeur, répondit-il d'une voix mal assurée, encore un peu choqué.
Regulus et lui échangèrent un regard. Il murmura, inquiet :
-Reg, tu crois que j'ai fait un bêtise ?
-Tu travailles bien trop pour ça, répliqua Regulus, laconique, avant de retourner au hachage de ses racines d'armoise.
Regulus faisait un peu la tête ; depuis que Barty passait sa vie plongé dans ses livres, il devait reconnaître qu'il avait un peu oublié son ami. Mais ce dernier ne lui en voulait qu'un peu, et au fond, Barty était sûr qu'il le soutenait. Il acheva lui même de verser dans sa potion de la corne de licorne broyée, et une fumée blonde s'éleva du chaudron.
-Professeur, j'ai terminé, dit Barty.
Slughorn jetta un coup d'oeil à sa potion et son visage s'éclaira d'un sourire.
-Parfait, Crouch. Comme ça je vais pourvoir vous voir tout de suite.
Barty déglutit. Il se tourna vers Regulus pour chercher son soutien du regard mais celui-ci était tourné vers Wilkins. Il serra les poings pour ne pas stresser et entra dans le bureau du professeur Slughorn.




-Tout d'abord, Crouch, j'aimerais vous féliciter pour votre comportement et vos résultats scolaires, fit le professeur Slughorn en pénétrant dans son bureau. Tous les professeurs ne disent que du bien de vous !
Barty sentit son petit coeur faire un bond dans sa poitrine. C'était comme si Noël était en avance de l'année suivante. Le professeur Slughorn posa une main amicale sur son épaule et le fit s'asseoir. Il continua d'un ton gai :
-Les BUSE sont dans deux mois et vous me semblez bien parti pour en obtenir plus que n'importe quel élève de cette école avant vous ! Haha, je crois qu'il faudra intégrer une nouvelle matière après si on veut que quelqu'un batte votre record ! Et vous êtes un excellent gardien de Quidditch d'après ce que m'a dit Madame Bibine !
-Je fais de mon mieux.
Slug lui donna une légère tape dans le dos. Barty se sentit chanceler sous cette tape tant il était affaibli. Il sourit tristement, et le professeur Slughorn se mit à rire.
-Allons, je vous met bien de la pression ! Que diriez-vous d'intégrer mon petit club, pour vous en détendre un peu !
-Je...


Il n'aurait jamais le temps et il n'en avait aucune envie, mais il n'osait jamais dire non à un professeur. Cependant, ses compliments l'avaient en quelque sorte ébranlé, fait prendre conscience de quelque chose, il ne savait pas... Il se sentait mal, comme s'il y avait de graves remous à l'intérieur de lui...
-Allons, continuait Slughorn, le fils de notre futur Ministre de la Magie ! Ce serait sensationnel !
Les remous se faisaient de plus en plus forts dans son ventre vide... Il n'avait rien mangé à midi, mais il se sentait trop lourd... Comme si quelque chose... quelque chose arrivait, quelque chose de grave, d'inattendu... Il se tourna brusquement vers le professeur Slughorn, et annonça d'une voix hachée :
-Je suis désolé professeur mais... je ne peux pas. Je... vous comprenez, j'ai beaucoup de travail et...
-Je comprends, fit Slughorn d'une voix compréhensive.
-Je peux y aller ? Demanda Barty.
Quelque chose pressait, il devait sortir. Un sentiment d'urgence, mais quelle urgence ? Il ne savait pas.
-Va, mon garçon.
Il ouvrit la porte, ramassa ses affaires et quitta le bureau en trombe.




Barty courrait. Il courrait à travers Poudlard comme un dératé. Il était bientôt l'heure du repas, mais il faisait déjà soir dans le froid mois d'avril. Il sentait le vent ébourriffer ses cheveux longs et comprit pourquoi il courrait. Il courrait parce qu'il se sentait libre, libre de l'angoisse des examens, de l'angoisse de ne pas assez travailler... Il allait les avoir, ces BUSE. Il allait les avoir.
Soudain, une voix retentit dans son dos. Quelques ricanements se firent entendre, puis la voix aboya :
-Crouch ! Hé, Crouch !
Il se retourna pour voir qui lui avait parlé. Trois Serpentard, l'un de sixième année et les deux autres de septième, encadraient... Regulus. Barty en lâcha son sac de livres, qui se répandirent par terre dans un pathétique son de papier froissé.
-Reg ? Mais... qu'est-ce que tu fais avec eux ?
Le garçon de septième qui l'avait appelé haussa un sourcil. Barty fit un effort pour se souvenir de son nom. Avery... oui, c'était cela, Avery. Et l'autre à côté, c'était Rosier. Et celui de sixième année, c'était... Non, ce pouvait-il que ce soit Rogue ? LE Rogue ? Le type le plus puissant en Potions qu'il n'ait jamais eu l'occasion de rencontrer ? Mais qu'est-ce que Regulus faisait avec ces types là ? Barty n'eut pas le temps de pousser le questionnement plus longtemps. Rosier aboya :
-Alors, c'est lui ton "pote", hein Black ?
Regulus hocha la tête. Il n'avait pas l'air rassuré, et son regard vert transperçait Barty de colère. Rosier continua :
-Black nous a parlé de toi. Il a dit que tu pourrait être intéressé par... notre petite bande.
Avery fit un sourire mystérieux, imité par Rosier. Barty fronça les sourcils.
-Vous entendez quoi pas "notre petite bande" ? Vous quatre, là ?
-Il y a aussi Mulciber. Et Wilkins, s'il est intéressé. Alors ?
Barty trouvait cela supect. Il n'aimait pas trop les airs que Rosier se donnait, genre "chef de meute". Il ne le trouvait pas très clair. Et il n'avait pas très envie d'être mêlé à ces choses là. Rosier avait un père qui versait dans la magie noire, et Avery également. Et lui qui s'était promis que son père serait fier de lui... Dilemne, horrible dilemne... Avery ricana devant son air indécis. Regulus ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais se tut. Barty dit finalement :
-Je vais voir.
-Comment ça "je vais voir" ? Tu crois que l'on rejette les propositions des admirateurs du Seigneur des Ténèbres comme ça ?
-J'ai dis je vais voir. Ce n'est pas un non.
Barty essayait de conserver tout son sang froid face à cette brute épaisse, mais il sentait que le seul moyen de ne pas craquer était de partir maintenant. S'il essayait de se battre avec les deux autres, il allait y laisser des morceaux. Et il ne voulait pas mettre en danger Regulus. Sans attendre la réplique cinglante que Rosier préparait, il se pencha, attrappa son sac et tourna les talons en lançant d'un air méprisant :
-Je vais réfléchir à votre proposition.


La nuit commençait à tomber à présent sur Poudlard, et Barty arpentait le parc en réfléchissant. La nuit tombait, il avait raté le repas et il n'avait de toute manière plus le droit d'être là depuis longtemps. Mais quelque chose le tracassait.
Il savaient qui étaient "les admirateurs du Seigneur des Ténèbres" à Poudlard. Tout le monde le savait, même si personne ne disait rien. Les futurs Mangemorts, songea Barty. Regulus allait devenir un Mangemort, comme Avery, comme Rosier, comme Mulciber, comme Rodolphus et Rabastan Lestrange, comme... comme Bellatrix. Bellatrix dont les paroles l'avaient tant fasciné un soir de Noël, deux ans auparavant, alors qu'il commençait tout juste à s'éveiller... Il lui arrivait encore souvent de penser à elle, le soir, comme un souvenir tant de fois remâché qu'il se déforme, se distord et devient par là encore plus proche de la réalité. Mais il ne pouvait pas, il ne pourrait jamais aimer Bellatrix. Il la désirait, l'enviait, aimait sa voix et ses lèvres, aimait quand elle parlait des Moldus et de leurs défenseurs d'une voix pleine de méchanceté et de cruauté. Mais devait-il pour autant verser de l'autre côté, qu'il se figurait comme obscur et sans doute dangereux... Quant à ce Seigneur des Ténèbres, à quoi pouvait-il bien ressembler ? Il ne l'avait jamais vu, personne ne le voyait jamais... Barty se figura une ombre divine et paternelle planant au-dessus de ses serviteurs, sans visage, presque sans corps. Les forces du mal lui avaient conféré un pouvoir extraordinaire... Avec ses pouvoirs, il était possible de devenir un grand sorcier, et Barty en avait terriblement envie... Il voulait prouver aux autres qu'il n'était pas que le gringalet qui était tombé de son balai en troisième année, ou qui trop souvent s'appuyait sur l'épaule de son ami quand les forces lui manquaient. Les Mangemorts... les Mangemorts le feraient devenir plus fort, et il pourrait enfin concrétiser ses rêves... mais quels rêves peuvent-ils vous venir dans le sommeil de cette vie ?
Ses pas l'avait conduit au bord du lac, et le soleil continuait de se coucher paresseusement sur les berges à l'horizon.


Soudain, il sentit une présence derrière lui. Il se retourna, mais il n'y avait personne. Il lui semblait pourtant avoir clairement entendu quelqu'un bouger dans les fourrés. Et la sensation de poids lourd dans le ventre, comme du plomb dans le coeur... Il recula et se retourna à nouveau vers le fourré, mais il n'y vit personne. Perplexe, il plongea son regard dans la contemplation de la petite crique ou il se tenait quelque instants plus tôt et eu un hoquet de stupeur.
Sur les berges du lac, dans l'ombre du soleil rasant, il y avait un homme.
Barty ne voyait pas son visage ; l'homme se tenait dos à lui, contemplant le soleil couchant. Il poussa un soupir, et Barty recula d'un pas. Ses cheveux chataîn clair, courts et désordonnés, s'agitaient légèrement sous le vent d'avril. Ce n'était pas un élève, Barty en était sûr. Il semblait avoir dix-huit ou dix-neuf ans ; de dos, il était difficile d'en juger, surtout qu'il ne portait pas de vêtements de sorciers conventionnels. Sa veste de gros cuir noir, son jean déchiré et ses bottes en peau de dragon élimées lui donnaient l'air d'un voyou ou d'un vagabond.
L'homme semblait agité de légers tremblements, comme s'il avait peur de se trouver là. Intrigué par son apparence douteuse, Barty fit un pas vers lui. Une branche craqua sous son poids. Surpris par le bruit, Barty se statufia et l'homme se tourna de profil vers la source du bruit. Il y avait quelque chose de familier et de dérangeant dans sa physionomie, qui rappellait au garçon de vagues souvenirs. L'homme passait régulièrement sa langue sur ses lèvres, et se geste étrange semblait le soulager de manière malsaine. Il lui faisait peur, mais il sentait quelque part au fond de lui qu'il était important qu'il lui parle.
Il y eut un instant de silence, et l'homme se tourna lentement. Son visage s'éclaira dans le soleil couchant, et le coeur de Barty rata un battement. Il comprit pourquoi cet homme lui était si familier.
Cet homme, c'était lui.







Chapitre 9 : Double
 
Citation:
Il y avait un double de lui même en face de lui. Barty tentait de réfléchir à la question de manière rationnelle, mais il revenait toujours à cette question : qu'est-ce qu'il faisait là ? Il possédait un Retourneur de Temps, donc ce genre de chose devait arriver un jour ou l'autre... Mais admettre simplement la visite d'un autre lui-même, surtout avec cet allure et cette étrange attitudé était intolérable pour le pauvre cerveau de Barty. Comme s'il avait entendu ses pensées, l'autre lui-même se planta devant lui et murmura :
-Je suis venu te parler, Barty. Te parler de quelque chose d'important.
Il plongea son regard dans le sien. Ses mêmes yeux marron chocolat noisette, mais empreint de colère, de tristesse, ces yeux qui firent vaciller Barty avant même qu'il n'ait essayé de soutenir leur regard.
-Quelle pitié, continua son double. J'avais oublié à quel point j'étais faible. C'est vraiment... pathétique !
Il éclata d'un rire mauvais. Barty bredouilla :
-Comment es-tu arrivé ici ?
Pour toute réponse, son double sortit un médaillon de sous sa veste. Le Retourneur de Temps. Barty écarquilla les yeux de stupeur.
-Tu ne peux pas ! Tu n'as pas le droit de faire ça !
Avec le recul, il aurait dû s'en douter. Mais il restait en colère, en colère contre son double, en colère contre... lui-même ?
-Je n'avais pas le choix, il fallait que je vienne, répliqua l'adulte d'un ton acéré. Tu avais besoin de moi.
Il se rapprochait de plus en plus à mesure qu'il parlait. Barty pouvait sentir le souffle de l'autre sur sa peau.
-Tu t'es mis à fumer ?
Le double fronça les sourcils. Pourquoi lui posait-il cette question ?
-Pourquoi tu me pose cette question ?
-Je sais pas... j'aurais jamais pensé qu'un jour je me mettrais à fumer.
-On s'en fiche, Barty ! Tonna l'autre d'une voix grave.
Bartemius sursauta. Lui-même se faisait peur. C'était trop bizarre. Il voulait s'enfuir, courir pour ne plus voir cet être en face de lui qui un jour serait lui. Avant qu'il n'ait pu exécuter le moindre geste cependant son double murmura :
-Tu le sais, qu'un jour tu seras moi. Et ça te fait peur, n'est-ce pas ? Avoue !
-Oui... oui, ça me fait peur... mais qu'est-ce que tu veux, à la fin ?
-T'aider. Il faut que tu sois plus fort, petit bébé Barty. Ou tu ne deviendras jamais comme tu voudrais être. Il faut que tu t'en sortes, Barty. Tu ne seras pas toujours la petite belette toujours fourrée dans ses livres. Tu dois devenir quelqu'un.
-Parce que tu est quelqu'un ? Répliqua-t-il.
-Peut-être bien.
Il passa la langue sur ses lèvres une nouvelle fois. Presque instinctivement, Barty manqua de faire la même chose, mais il se retint.
-En tout cas, réponds-moi franchement : ces adeptes du Seigneur des Ténèbres, ils te fascinent, hein ?
Là, Barty sentit que l'autre avait fait mouche. C'était vrai, il avait raison, depuis qu'il étudiait, il se sentait attiré par ces forces du Mal autodestructrices. Il avait envie au plus profond de lui-même de recevoir de leurs mains ce mal qui fait du bien. Alors que justement ces pensées lui venaient en tête, il entendit le mêem groupe rire quelque part au loin dans le petit bois à côté. L'avaient-ils suivi dans sa fuite ? Que ce passerait-il si l'un d'eux rencontrait son double ? Il n'osait même pas y penser. Mais ils allaient le voir... à moins que...
-Viens !
Il attrappa son double par la manche en prennant garde à ne pas le toucher directement. Il n'osait pas imaginer ce qui se passerait si c'était le cas. Mais c'était trop tard. Regulus l'interpella :
-Hé Barty ! Alors, tu viens avec nous ?
Tout se passa alors très vite. L'autre lui-même se dégagea de sa poigne. Son visage semblait avoir perdu toute couleur, il était passé de la folie sournoise à l'inquiétude maladive. Il se tourna vers l'endroit d'où provenait les voix et cria d'un ton désespéré :
-Regulus !
Il semblait avoir soudainement perdu tout contrôle et courrait vers son ami. Barty profita de son instabilité passagère pour lui faire un croc-en-jambe. Le double s'écroula face dans la tête en hurlant. Barty lui sauta dessus et tenta de le retourner sur le dos, mais le lui-même de dix-neuf ans était plus fort et ne se laissait pas facilement faire. Il entendit la voix de son ami crier derrière lui.
-Barty !
-Regulus, n'approche pas ! S'exclama-t-il.


Qu'adviendrait-il si Regulus voyait ce qu'il allait devenir ? Il ne préférait pas y penser, et concentra ses forces à essayer de maîtriser l'autre. Il parvint à lui plaquer les épaules sur la terre humide, et extrayit le Retourneur de Temps de sous sa veste sans toucher sa peau. Il ne voulait pas savoir ce qui se passerait s'il le touchait.
-Tu vas rentrer d'où tu viens maintenant ! Hurla-t-il d'une voix implacable. Tu vas respecter les règles et rentrer chez toi !
A ces mots, l'autre s'arrêta de gigoter et inspira un grand coup. Puis, il éclata d'un rire hystérique. Entre deux hoquets malades, il bafouilla :
-Regarde... regarde-toi... on dirait ton père...
La remarque se planta droit dans son coeur. Il avait raison. Il avait raison depuis le début. Il devenait comme son père, borné, étriqué, respectueux des règlements... La perspective d'avoir fait mouche semblait le réjouir. Il avait trouvé l'argument convaincant. Il jetta un oeil dans la direction des futurs Mangemorts :
-Je me demande comment tu vas lui annoncer à lui...
-Lui annoncer quoi ?
-Que tu l'aimes. Parce que tu l'aimes, hein ? Avoue-le !
Barty se sentit choqué mais ne répondit rien. Il ne voulait plus entendre aucune des paroles qui sortaient de cette bouche. Il voulait le tuer, le tuer pour qu'il se taise, et il était en son pouvoir... Mais il pouvait faire mieux que ça. Beaucoup mieux que de se tuer, il allait se sauver de lui-même.
Il prit le Retourneur de Temps dans ses doigts maigrichons et s'assit sur le ventre de son double pour le bloquer.
-Qu'est-ce que tu... aouch !
-Je te renvoie chez toi. Dans le futur, d'où tu viens.
-Tu ne pourras pas... arrête...NON !
Barty fit tourner le sablier dans l'autre sens. Mais le sablier ne pouvait pas tourner dans l'autre sens. Et Barty qui tenait le pendentif et Barty qui essayait de lui reprendre des mains avaient leurs mains qui se mélangeaient. Bartys sentit l'objet se briser entre ses bras. Une intense chaleur envahit ses mains, puis son corps tout entier.

BANG !


Une lumière intense éclaira la crique un bref instant. Barty poussa un hurlement. Il sentait chaque parcelle de son être le brûler de l'intérieur. L'autre lui-même pénétrait sa conscience plus que jamais. Ses idées noires se mélangeaient à sa propre blancheur. Dans une dernière tirade, il cria à l'ombre de son double qui disparaissait :
-Vas-t-en ! Vas-t-en et ne reviens jamais ! Jamais !
-Oh si. Je reviendrais, fit l'autre avec un sourire mystérieux.
Il passa une dernière fois sa langue sur ses lèvres, et son corps s'effaca dans la nuit. Il ne tomba pas en poussière, non ; il s'efface simplement, comme gommé de la réalité. 
Barty s'écroula sur le sol. Regulus se précipita sur lui, et l'entoura de ses bras avant qu'il ne tombe face contre terre. La chaleur de ses mains sur son coeur lui rendirent plus de vigueur qu'il ne l'avait espéré.
-Barty, Barty ! Ne t'inquiètes pas, ça va aller !
Derrière lui, les aspirants mages noirs ricanaient. Barty sentit la honte lui enflammer les joues. Il se dégagea de l'étreinte de Regulus et se releva tant bien que mal.
-Je... ça va.
-C'était qui ?
-Je... je sais pas... je crois qu'il est... qu'il est mort...
Regulus ne répondit rien. Il regarda son ami agiter les mains là où s'était tenu l'homme un instant plus tôt. Il murmura :
-Alors...
-Alors quoi ?
-Tu accepte de faire partie de notre bande ?
Barty hésita. Il restait encore un peu de lui-même en lui-même. Le mauvais Barty n'avait pas complètement pris le pas sur lui. Mais au fond, ce n'était pas plus mal. Il n'était plus seul dans sa tête.
D'un, il était devenu deux.
-Je vais venir avec toi, dit-il finalement. Où tu iras, j'irais.
Il sourit tristement. Le visage de Regulus s'éclaira. Avery maugréa légèrement, mais Regulus rétorqua :
-Vous verre les gars, avec Barty dans le groupe, on va tout déchirer !
Il semblait plus enfantin que Barty ne l'avait jamais vu. Il se souvenait du timide Regulus et du joyeux Barty de première année. Regulus avait versé en lui et il avait versé en Regulus, et à présent c'était le contraire. Il regarda son ami s'éloigner dans les pas des trois autres Serpentard. Il pensait à la manière dont se construisait le monde : toujours par deux, disait-on. Le couple est le principe de vie.
Il s'agenouilla dans la terre, et sortit son Retourneur de Temps. Sa destruction avait-elle eut des conséquences sur celui d'aujourd'hui ? Il l'examina attentivement, et eut un mauvais sourire.
Il y avait une fêlure dans le sablier. Une fêlure dans le sablier et une fêlure dans sa tête. Son cerveau avait été retourné par ce qui venait de se passer.
Il repensa à son double, à ses mimiques. Il allait devenir comme ça, un jour. Ceci n'était que le début d'une suite de cause à effets qui le conduirait à cet état de folie. Mais il n'avait pas peur. Car il n'était plus seul à l'affronter. Quelque chose changeait à l'intérieur de lui-même.
Il passa sa langue sur ses lèvres. Un jour, il deviendrait un Mangemort. Un jour, il deviendrait fou. Selon quel proportion les deux faits allaient de pair ? Il ne savait pas, il s'en fichait, il ne voulait pas y réfléchir.
Ce qui était important, c'était qu'il le savait.



Chapitre 10 : BUSE

Citation:
C'était arrivé, comme ça, un matin de juin. Barty s'en était aperçu en ouvrant les yeux, sans savoir au préalable que c'était aujourd'hui. Ce matin-là, c'était le premier jour des BUSE. Il s'était levé, la boule au ventre. Les autres Serpentard d'autres années lui souhaitaient bonne chance, mi-admiratifs mi-jaloux. "BQuand il aperçut le professeur Slughorn cependant, il tenta de se cacher derrière Regulus – peine perdue vu qu'il faisait bien une tête de plus que lui. Mais ce dernier ne se montra pas trop long dans ses encouragements et se contenta de s'exclamer :
-Allez, Crouch, et bonne chance pour vos BUSE ! Vous allez faire la fierté de la maison Serpentard !
Barty se contenta de hocher la tête. Il marchait encore au radar. Tout le monde était persuadé qu'il allait réussir, mais personne ne savait qu'il voulait rater. Il s'assit au petit déjeuner, le visage livide, mais refusa d'avaler quoi que ce soit malgré l'insistance de son ami.
-Allez, Barty ! Mange au moins un toast. Tu peux pas aller passer tes examens sans rien dans le ventre.
Evidemment, c'était tellement facile pour lui. Il n'avait même pas besoin de les passer, ses BUSE. Il hériterait du domaine familial et vivrait sur ses rentes jusqu'à la fin de sa vie. Alors que pour Barty, c'était une autre paire de manches. Mais il ne pouvait pas dire tout ça à Reg' sans le blesser, alors il se contenta de répondre :
-J'ai pas faim.
-Tu angoisse parce que tu as peur de décevoir ton père ?
-Non. J'angoisse parce que je sais que je vais le décevoir.


Barty n'avait aucun souvenir du temps des épreuves. Il aurait bien été incapable de dire quels étaient les sujets, les questions, les manipulations à faire sur lesquelles il était tombé. C'était comme si un trou noir avait avalé ses souvenirs. Il rentra chez lui à la fin des cours sans rien dire. Il n'y avait personne pour lui demander s'il avait réussi de toute façon. Il passa la première à dormir comme une marmotte. Ensuite, il récupéra, mangeant et faisant tout le sport qu'il n'avait pas fait pendant cette horrible année. L'idée des résultats des BUSE ne lui inspirait aucun stress, et il avait fini par complètement oublié l'école quand un matin, son bracelet communicant se mit à grésiller. A moitié endormi (il était huit heures du matin), il avait appuyé sur le bouton d'enclenchement sans se poser la moindre question.
-JE LES AI !
La voix de Regulus lui avait presque percé les tympans. Il était si excité qu'il se mit aussitôt à parler très vite dans l'espèce de combiné.
-Barty, Barty ! Je les ai ! Je les ai bon sang ! J'y croyais pas au début, tu te souviens ? Mais je les ai ! Bon, pas tous, mais les principaux, je les ai ! Je-les-ai !
Il commença à chanter de joie. Barty eut la vision furtive d'un Regulus bondissant comme un fou à travers les rues, hurlant son "je les ai" devant des Moldus médusés. Il chassa très vite cette image de sa tête et demanda d'une voix endormie :
-Mais... mais... tu es où ?
-Mais devant chez toi, ducon ! D'ailleurs c'est laquelle ta baraque ? La petite moche toute rabougrie, celle en brique rouges qui brilleraient même dans le noir, ou la grande, là, qui ressemble à un manoir du XIXe ?
-La... la grande, bredouilla Barty, sur les fesses. Mais qu'est-ce que tu fais chez moi ? Et comment tu sais où j'habite d'abord ?
-J'ai intégré un traçeur dans les bracelets depuis la dernière fois. Si jamais tu fais un truc pas normal, je peux te retrouver et venir te chercher. Mais on dirait que les protections autour de ta maison le brouillent un peu.
-D'accord, la confiance règne, à ce que je vois.
-Ooooohhh, tu vas pas faire la tête pour ça, quand même. Je suis devant chez toi, là.
En même temps, Barty entendit son ami sonner. Il descendit d'un pas tranquille, profitant des trente secondes de calme avant...
-BARTY ! Je les ai ! Je les ai ! Je les ai !!!
Il lui sauta dans les bras, l'embrassa sur les deux joues et parti faire des bonds dans le salon. Barty le rejoignit et ferma la porte – il ne voulais pas que son ami dérange sa mère avec ses hurlements.
-Et tu en a eu combien ? Demanda Barty avec le plus de sérieux possible.
-Six. C'est pas beaucoup, mais j'ai sauvé l'essentiel : Sortilèges, Métamorphose, Potions, Défense contre les Forces du Mal, Botanique et Soins aux Créatures Magiques.
-Tu as eu celui de Soins au Créatures Magiques ? S'exclama Barty, incrédule.
-Yep. Il faut dire aussi, avec tout ce qu'on se traîne à la maison depuis que mère a arrêté de gérer la maison correctement !
Il éclata de rire, rejetant ses épais cheveux noirs en arrière. Cette vision de joie simple et de beauté à couper le souffle fit que Barty manqua de s'étrangler avec sa salive. Il croqua dans une pomme de la panière de fruits pour cacher son trouble. En Regulus, il avait revu Bellatrix, un soir de décembre, débattre de son ton arrogant des problèmes entre sorciers et Moldus.
Indifférent à sa gêne, Regulus continua de minauder comme une fille et demanda en battant des cils :
-Mais toi, tu n'as pas encore reçu tes résultats ?
-Non. Mais j'ai passé plus d'épreuves que toi... peut-être que ça prend plus de te...
Boum !
Un vieil hibou moisi avait choisi ce moment pour s'écraser dans sa fenêtre. Barty ouvrit la fenêtre en soupirant. Le hibou déposa sa lettre, donna un coup de bec à Bartemius et s'enfuit par la vitre ouverte. Il n'y avait qu'une lettre, au cachet de Poudlard.
-Ouvre, C'est sûrement des résultats !
Barty décacheta la lettre de ses mains tremblantes. L'enveloppe contenait un tas de feuillets, dont un parchemin très blanc qui devait être les notes. Il lança tous les autres papiers sur la table du salon et prit la feuille d'un geste fébrile.




BREVET UNIVERSEL DE SORCELLERIE ÉLÉMENTAIRE


Le candidat est admis s'il obtient l'une des notes suivantes :
Optimal (O)
Effort exceptionnel (E)
Acceptable (A)


Le candidat est recalé s'il obitent l'une des notes suivantes :
Piètre (P)
Désolant (D)
Troll (T)


BARTEMIUS CROUCH JUNIOR A OBTENU :


Sortilèges : O
Métamorphose : O
Potions : O
Histoire de la Magie : O
Botanique : O
Défense contre les Forces du Mal : O
Astronomie : O
Divination : O
Soins aux Créatures Magiques : O
Artihmancie : O
Etude des Runes : O
Médecine Magique : O




-C'est un peu répétitif, fit Regulus d'une voix ironique. Mais c'est génial !
Barty porta une main à son coeur. Il n'arrivait pas bien à y croire encore. Il s'assit dans le canapé pour digérer la nouvelle.
Il avait eu tous ses BUSE. Comme disait Slughorn, il était devenu l'élève qui avait obtenu le plus de BUSE depuis que Poudlard existait. Et ce record, ce n'était pas un arrogant Gryffondor, pas un affable Poufsouffle, pas même un Serdaigle intello qui le détenait. Non. C'était un fier Serpentard qui avait commis cette victoire.
-Je... je les ai tous...
-Ben, avec tout che que tu as travaillé, ch'est plutôt normal, non ? Répondit son ami, qui avait profité de l'instant pour récupérer la pomme à moitié mangée. Mais non, je plaisante ! Ajouta-t-il précipitamment en voyant le regard brisé que lui avait lancé Barty. C'est génial que tu ai eu tous ces BUSE ! Même ton père va être content.
Quand il nomma son père, Barty eut l'impression qu'on lui avait jeté une pierre à la tête. Son père... qu'est-ce qu'il allait dire quand il verrait cette belle rangée de O bien alignés ? Que c'était bien ? Que c'était normal ? Rien du tout ? Ou peut-être qu'il ne regarderait même pas... ça faisait bien longtemps qu'il avait rayé Barty de son cercle de préoccupations, réalisa-t-il. Pas une seule fois en un mois il ne lui avait demandé comment c'était passé les BUSE. Même sa mère s'en était donné la peine, au détour d'une ou deux cures de repos. Il ne savait peut-être pas qu'il les avait passé... il faisait si peu attention... Il s'en fichait complètement... Il avait travaillé pour lui mais il n'en avait plus rien à faire à présent...
-Barty, qu'est-ce que tu fabriques ? C'est tes résultats de BUSE !
Barty jetta un coup d'oeil à ses mains. Il avait involontairement commencé à déchirer le papier. Il le reposa sur la table d'un air absent.
-Ce n'est pas important, fit-il d'une voix éthérée.
-Pas important ? Tu te fous de moi là ? Pas important ? Mais qu'est-ce qui pourrait être moins important que tes BU...
Boum !
-Encore ? S'exclama Regulus. Tu sais quoi ? Je pense que ton elfe de maison nettoie vraiment trop vos fenêtres.
Barty préféra ignorer sa mauvaise plaisanterie et ouvrit le fenêtre à l'élégant moyen duc qui venait de se cogner. "Sûrement un hibou pour père" songea-t-il. Mais le parchemin était petit, roulé en boule dans les pattes du hibou, et ses initales étaient griffonnées à la hâte sur un coin de papier.


Pour BCJ et RAB – Ne l'ouvrez que si vous êtes ensemble et seuls


-C'est pour nous deux ?
-Apparement oui. Quelqu'un qui savait que tu serais ici.
-Mais qui pourrait le savoir ? J'ai prévenu personne chez moi et il n'y avait personne ici quand je suis arrivé et... oh boy... Je crois savoir... ouvre la lettre Barty...
Il déballonna le papier de ses longs doigts roses. Le mot était court, concis, rédigé d'une main hâtive, probablement par une femme.


Barty, Regulus,
Venez tout de suite au Square Grimmaud. Il faut que nous vous parlions.
Bellatrix.
PS : Félicitations Barty pour tes BUSE !




-C'est un mot de Bella, fit Regulus. Il faut qu'on aille chez moi, ajouta-t-il.
-Un mot de Bellatrix ? Ta cousine Bellatrix ?
Barty en perdait tous ses moyens. Il allait voir Bellatrix... Il lui arracha le mot des mains et le mit dans sa poche, se promettant de l'encadrer plus tard. Bellatrix avait écrit son nom. Pendant un bref instant, elle avait pensé à lui. Et à présent, il allait pouvoir rencontrer tous ses collègues Mangemorts. S'il faisait bonne impression, il allait peut-être pouvoir faire partie du groupe. Une telle reconnaissance valait tous les BUSE du monde.
Il songea vaguement aux activités pratiquées par lesdits collègues. A leur légalité. Mais la chose flotta un instant dans la brume de son cerveau, puis s'évapora en bulles insignifiantes. Il croyait en leur idées, parce que Bellatrix y croyait, que Regulus y croyait. Et le Seigneur des Ténèbres... cet homme si mystérieux qu'il brûlait de rencontrer. A sa puissance. Aux moyens qu'il se donnait pour y arriver. Il admirait cet homme. Il l'admirait autant qu'il méprisait son père. Lord Voldemort se défiait des règlements ; il passait au dessus d'eux, tel une ombre démoniaque et magnifique, alors que Bartemius Crouch – quelle horreur d'avoir pour nom un tel faiblard de la société – les servait comme un chien étriqué par des principes. Sa haine pour son père s'était déposée dans son coeur petit à petit, comme une colle dont on ne se dépêtrait jamais.
"Tu n'étais jamais là. Tu n'étais jamais là. Alors que eux, ils sont là, ils pensent à moi, ils me reconnaissent." Il aurait préféré que son père lui dise qu'il était nul plutôt que de l'ignorer.
Il laissa le papier négligemment posé sur la table, sans plus y penser. Il ne vit pas Regulus ne pas avoir envie d'aller à cette petite réunion. Il ne voyait plus Regulus depuis longtemps de toute manière... Trop idéalisé, trop embelli, trop façonné en fonction des idéaux de Barty...
Il ouvrit la porte du manoir et jetta la clef dans un pot à cet effet. La chaleur étouffante de la matinée le frappa de plein fouet. Il leva sa baguette vers le ciel, sans ce soucier des Moldus qui regardait. Parce que les Moldus, il n'en avait plus rien à foutre.





Chapitre 11 : Seigneur des Ténèbres



 
Citation:
Au square Grimmaud, ils furent accueillis par Bellatrix avant même d'arriver à la porte de chez Reg.
Elle était accompagnée de son nouvel époux, ce cher Rodolphus. De dix ans plus jeune qu'elle, il avait l'air d'un toutou suivant au pas sa maîtresse. L'image était si pathétique que Barty avait envie de vomir.
-Nous ne pouvons pas faire venir le Seigneur des Ténèbres au Square. Pour votre... initiation, nous avons prévu un endroit un peu plus... majestueux, fit Rodolphus. Bella et moi allons vous faire un transplanage d'escorte...
-Ce n'est pas tous les jours que nous accueillons deux nouveaux Mangemorts, gloussa Bellatrix.
Elle était un peu plus rouge et moins méprisante que dans les souvenirs de Barty, mais toujours aussi séduisante. Rodolphus lui pris le bras avec un sourire niais. Barty était littéralement dégoûté, mais il conserva néanmoins un visage impassible, en partie aidé par Regulus qui lui enfoncait le pied pour le faire taire.
-...Regulus viendra avec moi, continua Rodolphus. Et Barty, tu iras avec Bellatrix.
Barty se sentit rougir. L'idée de prendre Bellatrix par la taille était un peu trop pour son désir confus d'adolescent. Il aurait tellement voulu faire la chose par lui-même, il avait lu dans un livre comment procéder... Mais il ignorait comment faire, et s'il ratait les ennuis qu'il aurait avec son père défiait l'imagination. Bellatrix lui offrit son bras. Il était si près qu'il pouvait sentir son parfum envoûtant. Il sentait ses joues prendre une couleur tomate mais Regulus eut la bonne grâce de faire semblant de n'avoir rien vu. A vrai dire, Regulus ne semblait rien remarquer du tout, enfoncé dans une soudaine rêverie mélancolique.
-Reg, ça va ?
Habituellement, c'était plutôt à lui d'avoir ce genre de mauvaise humeur passagère. Regulus se tourna vers lui d'un air absent.
-Tu te rend compte, Barty... On va devenir des... des... je sais pas... Ce sera impossible... de revenir en arrière...
-Oui. Et j'y compte bien, répliqua-t-il.
La perspective de devenir un Mangemort semblait effrayer Regulus, ce qui énerva Barty. Ils avaent fait un choix, il l'avaient fait à deux, et maintenant il voulait retourner sur ses pas sans plus y penser ? C'était impensable.
Barty prit son ami rêveur par les épaules et plongea son regard noisette dans celui vert serpent de Regulus.
-Si tu t'en vas maintenant, je ne t'en voudrais pas, murmura Barty. Tu pourrais même rejoindre l'Ordre du Phénix que je ne dirais rien. Mais je veux juste que tu sache... si j'en suis là, c'est grâce à
toi.
-Je vois ça, fit Regulus d'une voix où pointait l'ironie.
Mais Barty aimait trop son ami pour l'entendre. Pour entendre ce qui était en train de se craquer sous l'armure. Il lui fit un sourire, mais l'autre ne répondit pas. Il attendit, attendit qu'il réponde mais il était encore trop enfoncé dans son inertie. Soudain, il entendit un craquement et fut soulevé dans les airs sans prévenir. Le Square Grimmaud un début d'après-midi d'été disparut et Barty se sentit agrippé par un crochet.


Il se releva comme il put, époussetant sa robe couverte d'herbe. Il faisait jour là aussi, ce qui signifiait qu'il n'avaient pas été très loin. Mais le temps était différent. Il faisait plus froid et une couverture nuageuse enveloppait les lieux. La lumière grise et humide faisait perdre ses couleurs à la terre. L'herbe verte s'étendait à perte de vue, terne et monotone. Le seul élément du paysage qui présentait intérêt et mystère était un ensemble de pierres levées énormes, disposées en cercle, parfois surmontées d'une de leurs semblables couchées et couverte de mousse. L'endroit semblait sans âge, et se révélait fascinant à mesure qu'ils s'en approchaient. Les rochers les encadraient comme pour les protéger de la lumière et du monde. Une fois parvenu en son centre, Barty ne put s'empêcher d'avoir un grisant sentiment de puissance. La poésie lugubre du lieu en faisait paradoxalement l'endroit idéal pou initier deux nouveaux Mangemorts. La joie malsaine de Barty n'échappa à Bellatrix qui s'exclama par dessus le bruit des courants d'air entre les cailloux :
-Bienvenue ! Bienvenue à Stonehenge !


Presque aussitôt, comme une mise en scène bien réglée, d'autres Mangemorts apparurent. La plupart d'entre eux conservaient un masque ou une cagoule pour ne pas être reconnus des autres. Bellatrix lui avait parlé de ça, que c'était pour éviter qu'en cas de capture ils ne soient dénoncés, mais même si eux non plus n'en avaient pas il se sentit vulnérable. Il sentaient leurs regards méprisants derrière ces masques. A leurs yeux, ils n'étaient encore que des enfants, et il était impatient de leur prouver le contraire.
Il ne bavardaient pas entre eux comme de vulgaires étudiants. Aucun d'entre eux ne leur adressa la parole, alors que Barty était prêt à mettre sa main à couper que certains les connaissaient. Avery et Mulciber, qui avaient déjà quitté Poudlard, devaient être parmi eux. Peut-être même y avait-il Rogue, s'il avait comme eux rejoint les Mangemorts particulièrement jeune. Mais le Seigneur des Ténèbres n'était toujours pas là.
-Habituellement, nous ne venons que sur sa demande, dit Bellatrix comme si elle lisait dans ses pensées. Mais aujourd'hui, il a fallu que l'on s'organise pour vous recruter tout les deux en même temps.
Ce qui expliquait l'absence de Volde... du Seigneur des Ténèbres. Barty n'osait même pas prononcer son nom dans sa tête, depuis à présent presque une heure. Bien des Mangemorts s'étaient assis, mais ils parlaient à peine entre eux, comme s'ils se haïssaient. Seuls Bellatrix et Rodolphus avaient l'air vraiment heureux d'être là. Même Regulus faisait la tête.
Soudain, un coup de tonnerre déchira l'horizon. La nuit commençait à tomber en plus, et Barty crevait de froid dans sa robe de sorcier d'été. Des nuages de fumée s'amoncellaient autour d'eux. Les Mangemorts se ressèrerent autour de la fumée, si bien que Barty et Regulus se retrouvèrent prisonniers du cercle.
-Je suppose que si on veut se casser c'est trop tard, fit Regulus d'un ton sarcastique.
-Reg, la ferme, répliqua Barty.
Habituellement il riait aux blagues de son ami, mais là c'était sérieux.
La brume se dissipa, et le Seigneur des Ténèbres apparut dans toute sa splendeur.


Il ne portait qu'une robe noire qui semblait faite d'encre liquide, et pourtant il avait l'air si puissant qu'il en tomba à genoux, hypnotisé. Son masque froid de marbre blanc ne s'animait d'aucun sourire. Son visage était celui d'un serpent, d'un serpent très puissant.
-Qui a amené ces deux-là ici ? Siffla-t-il.
-Moi, monseigneur. Et Rodolphus, minauda Bellatrix.
Elle aussi semblait envoûtée. Mais comment ne pas lui en vouloir, songea Bartemius. Tant de pouvoir dans les mains d'un seul homme... Le Seigneur des Ténèbres posa son regard sur lui.
-Qui c'est, celui-là ?
-Mon nom est Bartemius, monseigneur. Bartemius Crouch Junior.
-Bartemius Crouch... Ce nom me dit quelque chose... Ne serais-tu pas le fils de ce haut fonctionnaire traqueur de Mage Noirs ?
L'assemblée frissonna. Barty réalisa soudain qu'il risquait gros dans cette affaire. Aveuglé d'admiration, il avait oublié qu'il portait le nom du père.
-Quel sont tes sentiments pour ton père ? Enchaîna le Seigneur des Ténèbres.
La question était lourde de sens. Barty sentait le poids du regard d'une douzaine de paires d'yeux peser sur ses épaules. Mais que répondre ? Dire à quel point il détestait porter son nom ? Qu'il n'en pouvait plsu de vivre sous le même toit que ce vendu au règlements, aux amis des Moldus et au Ministère ? Ou qu'il n'avait tout simplement aucun souvenir de lui qui durait plus d'une heure ?
-Je le hais, murmura-t-il enfin. Je le hais du fond du coeur.
Voldemort esquissa ce qui ressemblait le plus à un sourire sur son visage de pierre lisse. Barty sourit en retour. Il avait l'impression de sentir une reconnaissance. Comme un point commun. Une marque... Une marque d'affection ? Il tendit son bras gauche, une lueur d'espoir dans les yeux.
-Vraiment ? Demanda le Seigneur des Ténèbres.
Il hocha la tête et passa précipitamment sa langue sur ses lèvres. Le Seigneur des Ténèbres s'exclama :
-Voyez ce garçon ! Prennez exemple sur lui, chers serviteurs. Lui n'a pas hésité une seule seconde à me présenter son bras. Tu es prêt, jeune homme ?
Il prit sa main dans la sienne. Ses doigts glacés firent frissonner tout son corps. Barty retint sa respiration et serra les dents. D'après Bellatrix, ça faisait du bien et du mal. Du bien qui fait mal, ou du mal qui fait du bien... La Marque de la reconnaissance... Il eut une brève pensée pour sa mère. Que dirait-elle si elle le voyait en cet instant ? Serait-elle fière, malheureuse, indifférente ? Elle n'avait pas à s'en soucier. Elle était trop malade pour ça. Il y pensait... toute la science de Voldemort pourrait-elle l'aider à la soigner ? Non, le Seigneur des Ténèbres ne s'abaisserait pas à de telles absurdités...
Voldemort enfonca sa baguette dans la chair blanc rosé de son bras gauche qui ne serait plus jamais intact. Il inclina la tête en position soumise et fit une petite prière, la dernière...
-MORSMORDRE !
Un éclair lumineux verdâtre jaillit soudain, et une douleur assourdissante le foudroya sur place. Il sentit le monde exploser en mille fragments démoniaques, puis ce fut le noir complet.


Les heures suivantes se déroulèrent dans une grande confusion. Il sentit un moment qu'on le traînait par terre... Il avait du reprendre conscience quelques secondes après la sortilège, mais il n'avait aucun souvenir ou presque de comment il était rentré au Square Grimmaud... Il entendait un cri... Le cri de Regulus quand il avait subi la même chose que lui, ce cri aigu, presque féminin... et puis il avait vaguement la voix de Rabastan Lestrange qui disait :
-Bois ça mon garçon, ça va te faire du bien.
Un bouteille de Whisky Pur Feu avait atterit entre ses mains et il l'avait bue d'une traite... Le feu... les flammes... Une deuxième bouteille, pour atténuer la douleur... de nouveau un trou noir... Et la souffrance... Le bras qui brûlait et lançait en même temps... Il se souvenait d'avoir été allongé dans un lit à baldaquin au côtés d'un autre être qui tremblait de froid ou de douleur... Regulus...
Quand Barty ouvrit les yeux, il faisait nuit noire. Il flottait dans l'air un parfum d'iréel. Son bras lui lançait toujours autant. Il s'était levé, avait jeté un coup d'oeil par la fenêtre. S'était retourné. Avait vu Regulus.
Mais ce n'était pas celui de d'habitude. Il était plus petit, plus mince, plus fragile, presque transparent... Vêtu simplement d'une longue chemise qui lui tombait jusqu'au genoux, il sanglotait à n'en plus finir. De la manche gauche coulait du sang en abondance. Barty remonta la manche, craignant d'y découvrir quelque chose d'horrible...
Le bras gauche de Regulus était marqué, mais différement... La tête de mort pleurait rouge sur sa chemise blanche d'innocence. Il poussa un gémissement.
-Ca fait mal... Barty, ça fait mal...
Il avait recommencé à pleurer à présent... Alors Barty avait soulevé son bras et murmuré quelque chose. Aussitôt son propre tatouage s'était détaché, dédoublé, et avait rebouché la plaie de manière plus que parfaite. Il avait murmuré :
-Merci Barty... merci...
Ils s'étaient jetés tous les deux dans le lit... Mais après après... Il ne savait pas... Il avait fait sauter les boutons de sa chemise, avec douceur, délicatesse, amour.
Amour.
Il ouvrit les yeux en sursaut. Dehors, il faisait déjà grand jour. Il était allongé dans un lit, le même lit à baldaquin. Il se retourna sur lui même, et presque aussitôt une douleur abominable lui tordit le bras. Il passa ses doigts sur les draps, les chiffonna dans son poing, sentit l'odeur délicate qui s'élevait des oreillers, et remarqua le sang qui tachait le tissu blanc. Il y avait l'empreinte d'un corps, encore chaud, encore battant...Barty poussa un soupir et sourit.
-Si seulement je pouvais me souvenir...
-...Alors tu n'en croirais pas tes yeux, murmura une voix chaude et douce au-dessus de lui, cette voix qu'il connaissait depuis toujours et qu'il savait qu'il n'oublierait jamais.





Chapitre 12 : Wake me up before you go...
Citation:
-Je t'ai fait un café, murmura Regulus quand il descendit à la cuisine le lendemain matin.
Barty s'installa devant la tasse fumante que son ami posa délicatement devant lui. Sa main droite tremblait un peu en la portant ; Regulus était gaucher et donc beaucoup plus handicapé. Barty vit qu'il avait bandé sa marque avec un pansement imbibé de solution de tentacules de Murlap. Il suintait de liquide jaune mais avait moins de cernes. Mais Barty avait sa fierté, et gardait son poignet serré contre son ventre. Les jointures de ses doigts étaient presque bleues à force de serrer son bras comme un fou. Aucun d'eux n'avait plus la force de bouger ni de parler. De temps à autre, Regulus lui jettait cependant des regards mi-méprisants mi-effrayés qui troublaient beaucoup Barty. Quelque chose ne collait pas avec ses souvenirs dans ce regard. Quand Bellatrix entra à son tour dans la cuisine, il vit qu'elle était franchement hilare. Peut-être les autres les avaient-ils entendus ? Mais qu'avaient-ils entendu au juste ? Regulus avait gardé un silence froid, et ses paroles n'avaient semblé qu'un rêve.
-Alors, bébé Barty, on est devenu un Mangemort ? Bien dormi après le marquage ? Tiens, Reg', passe-moi un café, j'en ai bien besoin.
Regulus lui tendit une tasse de café de mauvaise grâce. Barty fronça les sourcils. Il semblait qu'il y avait un sens caché à ces paroles, mais il ignorait lequel. Il avait le confus sentiment qu'on lui cachait quelque chose qu'il aurait dû savoir. N'y tenant plus, il demanda :
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Rien, fit Regulus d'une voix précipitée.
Il avait l'air en colère à présent, en colère contre lui. Etait-ce à cause de ce qui s'était passé pendant la nuit ? Barty ne comprenait pas. Lui en voulait-il pour quoi que ce soit ? Mais qu'avait-il fait de si grave ? La confusion restait totale.
-Comment vas ta Marque ? Fit Bellatrix pour couper court au silence. Ca fait mal, hein ?
Barty fit une grimace qui voulait tout dire. Elle eut un sourire sadique. Le fait qu'il ai mal avait l'air de lui plaire. Mais il n'était pas un faible, et il voulait le prouver. Il lança avec toute l'assurance dont il était capable :
-Mais je gère la douleur.
A ces mots, Bellatrix s'étrangla avec son café et explosa de rire. Son attitude devenait énervante. Barty reposa son café d'un geste brusque et celui-ci se renversa sur la table. Regulus sentit que ce genre de chose pouvait rapidement dégénérer et murmura d'une voix suppliante :
-Tu est sûr que tu ne veux pas d'essence de Murlap ?
Il avait vraiment l'air inquiet, mais c'était plus pour l'état de sa cuisine que pour celui de Barty. Il le rembarra sèchement :
-Non, merci, ça va.
Il avait tout de même sa virilité et il souhaitait la conserver face à la Mangemort. Mais celle-ci vacillait déjà quand son ami lui avait servi le café, et continua de se craqueler quand celui-ci lui attrappa le bras d'autorité pour l'examiner. Barty le dégagea. Bellatrix pouffa une dernière fois.
-Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? S'enquit-il, agacé.
-Rien, Rien, répliqua-t-elle en essuyant une larme de rire au coin de ses yeux noirs acérés.
-Mais si ! Vous me regardez bizarrement depuis tout à l'heure. Qu'est-ce que j'ai fait ? Dites-le moi !
-C'est rien, craqua Regulus. C'est moi, Bella trouve que je m'inquiètes trop pour toi. Mais c'est pas de ma faute, ajouta-t-il. C'est toi, tu me fait peur.
-Mais... mais pourquoi ?
Barty était abasourdi. Il n'aurait jamais cru qu'il puisse faire peur à qui que ce soit. Il avait espéré, mais ce n'était pas pareil.
-C'est cette nuit. Tu t'es mis à hurler, c'était terrifiant.
-J'ai quoi ?
-Tu criais comme un fou dans ton sommeil. C'était horrible. Je ne savais pas si c'était de la joie ou de la douleur ou de la peur...
-Et il avait trop peur pour vérifier si tu dormais bien, rincana Bellatrix. Trouillard, ajouta-t-elle à l'attention de son cousin. Mais apparement c'était le cas, puisque tu ne t'en souviens pas.
Il était choqué. Comment avait-il pu faire ça ? Il n'aurait pas pu crier comme ça en dormant sans se réveiller et sans s'en souvenir.
-Mais ça... ça a duré combien de temps ?
-Tu aurais pu continuer à hurler de tout ton soûl pour soulager ta douleur, il aurait suffit de construire un bouclier anti-bruit autour de toi et dodo. Au début, nous pensions tous à ça, que tu criait pour évacuer la douleur. Mais après, tu t'es mis à hurler mon nom.
-Je... mais c'est normal je...on a... non ?
-On a quoi ?
Il paraissait perplexe. Comme si la veille n'avait été qu'un rêve. Mais Barty sentait, au fond de lui-même, qu'il y avait quelque chose de réel dans ce qui s'était passé.
-Tout ce qui s'est passé entre nous hier soir, c'est que nous avons dormi dans le même lit parce qu'il y avait du monde à la maison et qu'en plein sommeil, tu t'es levé, à pété un boulon et à planté tes dents dans ma Marque.
-Je... QUOI ?
Il avait rêvé qu'il l'embrassait, qu'il l'aimait, et il l'avait mordu à l'endroit le plus vulnérable de son anatomie. Cela expliquait pourquoi il avait un bandage autour de poignet : il souffrait beaucoup plus que lui. Il aurait voulu lui dire qu'il était désolé, que ce n'était pas ce qu'il avait voulu, mais il préféra taire ce qu'il avait rêvé tant que les autres n'en avaient aucune idée. Mais il se sentit pâlir malgré tout, et demanda d'une voix chevrotante :
-Et... et ensuite ? Y a-t-il autre chose que je dois savoir sur ce que j'ai fait sans être conscient ?
Regulus ne répondit pas. Barty prit cela pour un "non". Il était déçu. C'était la deuxième fois que sa conscience lui faisait se coup-là. Une fois de trop. Reg semblait l'avoir compris et fit mine de monter. Il le suivit jusqu'à l'étage et quand il furent sûrs que personne d'autre ne les entendaient, il le prit par les épaules et le fit s'asseoir sur un siège.
-Maintenant, j'aimerais que l'on soit au clair, Barty.
Il n'y avait aucune trace de colère sur son visage. Il était étrangement calme, alors que la situation aurait dû le gêner autant que lui. Comme s'il avait décidé que ça n'avait aucune importance. Mais pour Barty, ça en avait beaucoup trop pour qu'il puisse l'avouer. Il continua :
-Entre nous, ce n'est pas la première fois que tu me fais ce genre de coup. Tu t'en souviens aussi bien que moi, soit dit en passant. Alors j'aimerais savoir.
-Savoir quoi ?
Faire l'idiot était parfois le plus utile des stratagèmes. Il risquait de s'énerver, mais Barty préférait sa colère à cette espèce de compassion doucereuse. Regulus n'était pas dupe, mais comme il était patient, il tenta une autre approche.
-Tu sais cette nuit... la première fois, j'ai été surpris, alors j'ai crié et tout le monde m'a entendu. C'est pour ça que Bellatrix riait. Mais après... Ca semblait te faire du bien, alors je t'ai laissé faire. Regarde...
Il défit le bandage autour de sa main et essuya l'essence de Murlap. Son tatouage apparaissait distinctement, aussi noir et brillant que celui de Barty. Mais la Marque était brisée par une autre, un signe d'amour qui ne tromperait personne : une demi-lune sanguinolente et profonde qui palpitait au rythme de son coeur. Barty approcha sa main pour la toucher, mais la retint à la dernière seconde.
-Je suis désolé...
-Ca va aller. Ce n'est pas grave, répondit Regulus avec un pauvre sourire. Je t'ai laissé mordre dans mon bras pour soulager ta douleur, il faut que j'assume.
-Mais pourquoi ?
Il ne répondit rien. Barty attendit la réponse, presque les larmes aux yeux. Regulus semblait aussi confus que lui. Incapable lui aussi d'assumer sa réponse. Il claqua la porte de la chambre alors qu'une larme coulait sur la joue de son ami.


Par la suite, Barty et Regulus firent comme s'il ne s'était rien passé. Ils n'avaient quasiment aucun cours en commun et s'ils restaient amis avec les mêmes personnes, quelque chose s'était cassé. Ils n'étaient plus les inséparables des premières années, même s'ils restaient en bon termes. Cela s'était décidé ensemble, quelque part, le soir ou ils avaient pour la première fois rencontré le Seigneur des Ténèbres. Ils ne se parlaient quasiment plus que pour échanger des banalités. Et si Barty vint passer Noël chez les Black encore une année, il parla plus avec Walburga Black qu'avec son ami maussade coincé entre Bellatrix et Rabastan Lestrange.
Il n'avait pas l'impression que Regulus en souffrait autant que lui. C'était toujours lui le plus joyeux de la bande alors que Barty se renfermait sur lui-même un peu plus chaque jour. Mais c'était de sa faute après tout. Il devait payer pour ses sentiments. Pourtant, un jour qu'il se promenait au bord du lac, il surprit son ami seul. Il aurait pu aller lui parler, reprendre la conversation qu'ils avaient arrêté des mois plus tôt, et lui avouer ce qu'il avait dit à demi-mot. Mais il n'en fit rien, car il voyait ce qu'il n'aurait jamais cru voir : son ami pleurait. Alors il retourna sur ses pas comme s'il n'avait jamais été là. Il voulut oublier cette vision mais celle-ci continua à le hanter toute sa vie, des années plus tard.


Arrivèrent les examens, puis l'été. Il ne supportait plus d'être chez lui, entre son elfe à la voix criarde, son père qui ne venait que pour l'engueuler et sa mère qu'il ne voulait plus voir mourir. Une famille de faibles. Mais lui même était un faible. C'est tout naturellement que Regulus lui proposa de venir chez lui. Il allait avoir dix-sept ans, et le maigrichon adolescent laissait sa place à un homme mince mais costaud. Orion Black était décédé voilà un an et demi, la maison commencait à s'en ressentir et un solide jeune homme comme lui n'était pas de trop. Walburga l'avait engagé pour refaire une partie du plancher. Travailler lui permettait d'oublier, et il se sentait meilleur que n'importe quel Mangemort à se dévouer ainsi à cette chère Madame Black. Il n'était pas un noble arrogant qui servait le Seigneur des Ténèbres par intéret. Il avait des idéaux, des valeurs, même s'il les utilisait du mauvais côté du tableau.
Bien sûr, pendant l'été, il lui arrivait de se retrouver seul à seul avec Regulus ; dans ce cas, ils se contentaient simplement de garder le silence. Mais arriva un soir. Un soir de l'été 1979. Il faisait froid pour une soirée, et Walburga s'était absentée pour aller à un genre de vernissage.
Barty lisait dans le salon et que Regulus achevait un devoir de vacances. Kreattur leur avait servi un thé bien chaud et ils n'attendaient la visite de personne. De toute manière, il était tard et il songeait à aller se coucher. Soudain, Barty avait levé le nez de son roman et murmuré :
-Reg...
-Oui ?
Son ton était froid mais sa voix tremblait un peu.
-Non... je voulais savoir...
-Quoi ?
-Ca fait un an.
-Pardon ?
-Il y a un an, jour pour jour, on s'est disputés dans ta chambre et tu es parti précipitamment sans donner de réponse à ma question. Alors je voulais savoir... Si j'aurais un jour ta réponse.
-Réponse à quoi ?
-Tu sais très bien.
Soudain, quelqu'un frappa à la porte. Barty sentit aussitôt qui s'était. En effet, la Marque des Ténèbres brûlait sous son pull. Son ami le sentit aussi. Il fit mine d'aller ouvrir, mais Barty le retint par la manche.
-Réponds-moi maintenant !
-Non, il va nous entendre ! Répliqua Reg, la peur dans la voix.
-On s'en fiche !
-Bon d'accord mais à une condition.
-Laquelle ?
-Tu fiche le camp dans ta chambre tout de suite après. Sinon on est grillés.
-D'accord.
Regulus l'attrappa par le pull et posa ses lèvres sur les siennes. Leur baiser ne dura qu'un instant, mais Barty senti des papillons exploser à l'intérieur de lui. Cette fois-ci, c'était réel. Ce n'était ni la drogue, ni l'alcool, ni un rêve. C'était la réalité, lui, Regulus, et la vie devant soi pour concrétiser... Il le relâcha et il s'écroula dans le canapé.
-Maintenant, vas-t-en !
Il ne se fit pas prier. Tandis qu'il grimpait les escaliers quatre à quatre pour se cacher dans sa chambre, son coeur battait à la chamade. RAB et BCJ, les amants maudits du côté obscur... La voix du Seigneur des Ténèbres retentit dans le vestibule. Cette voix sifflante, aiguë, qu'il adoraient tout les deux tout autant... Ils parlaient de quelque chose, quelque chose d'important. Il ne captait pas la moitié des paroles, mais quelle importance ? Tout ce qu'il saisit fut la fin, et celle-ci lui sembla si insignifiante qu'il jugea plus intéressant de se fourrer dans son édredon. Peut-être Regulus viendrait le rejoindre plus tard dans la soirée ? En plus, ce que lui demandait le Seigneur des Ténèbres était si facile, il n'avait même pas besoin de s'impliquer personnellement...
-Black, j'ai besoin de vous emprunter votre elfe de maison.








Chapitre 13 : L'eau noire 


Citation:
Il était encore tôt le matin du 29 juillet 1979, quand Bellatrix, Rabastan et Rodolphus Lestrange entrèrent dans le manoir des Black. Ils furent bientôt suivi de Severus Rogue, de Mulciber et Avery, de Rosier et en dernier, Wilkins. Ils s'installèrent et se serrèrent dans le petit salon de chez les Black dans un silence de mort. Entre Rabastan et Mulciber, Walburga Black était effondrée. Elle laissait échapper des petits sanglots étouffés tandis que les autres la regardaient d'un air gêné, presque dégoûté. La réunion avait été rapide, car il n'y avait rien à dire sur se qui venait de se passer. Désormais chacun s'appliquait à faire le moins de bruit possible. Bellatrix seule osa prendre la parole :
-Où est Bartemius ?
Le nom du garçon lui rappellait tant son fils que Walburga eut un hoquet larmoyant. Ce fut Rogue qui répondit, de sa voix douce et calme habituelle :
-Il est encore endormi.
-Comment lui annoncer ? Songea Rodolphus, les yeux dans le vague et les doigts dans sa moustache.
-Pourquoi dit-tu cela ? Répliqua Bellatrix.
-Il était son ami. Même plus...
-Ah bon ? Et alors, il était aussi notre ami. Et mon cousin. Qu'est-ce que ça change ?
-Pas mal de choses, Bella ! Parce que si on lui dit maintenant il pourrait bien vouloir rompre avec nous !
Rodolphus la regarda d'un air surpris. Il venait de comprendre qu'il avait plus d'intelligence émotionnelle que sa propre femme. Même s'il ne l'avait pas épousée pour sa sensibilité, cela ne manquait jamais de le choquer. Il voulut lui expliquer mais se souvint à temps que la mère du défunt était encore dans la pièce. Il fit un signe discret à Wilkins, qui tel un brave toutou proposa gentiment à madame Black si elle voulait prendre un thé dans la pièce à côté. Dès qu'ils furent seuls entre Mangemorts, Rosier lança :
-On sait tous que Regulus à trahi. Le Seigneur des ténèbres nous l'a dit à demi-mot. Il se serait jamais "mort à ses côtés" c'est complètement débile !
-Evan ! S'exclama Bellatrix. Pas si fort, tu vas réveiller Barty.
-Justement, à propos de Barty... Qu'est-ce qu'on lui dit ?
C'était Rabastan qui avait soulevé la question, lui qui ne disais jamais rien. Il semblait s'être plus ou moins pris d'affection pour le gamin.
-La vérité, fit Rosier. Ca va pas lui faire de mal, de se secouer les puces !
-Evan ! Tu n'as donc rien suivi ?
-Si mais bon ! Il n'a qu'à être un Mangemort fidèle. En plus, ça va l'endurcir, parce que tout le monde sait que c'est une tap...
-Que je suis une quoi ?
Tout le monde se retourna vers la porte. Toute sa rage était concentrée sur le bout de sa baguette, et qu'il soit encore en pyjama ajoutait encore plus de folie à son état. Sa langue passait sur ses lèvres à un rythme frénétique, mais ce geste ne parvenait même plus à le calmer. Son bras tremblait de colère, et ses mains si cripsées sur sa baguette que les jointures étaient blanc bleuté.
-Barty... Commença Bellatrix.
-Je l'ai senti. J'ai senti qu'Il était là. Qu'Il était revenu. Où est Reg ?
Un silence glacial suivit sa question. La plupart des membres de la petite réunion commencèrent déjà à s'éclipser. Personne n'avait envie de voir ce qui s'ensuivre. Ils étaient plus habitués à voir souffrir et mourir leurs ennemis qu'à aider l'un des leurs. Seuls restèrent les trois Lestrange, Rosier et Rogue. Ce dernier prit Barty par les épaules et lui fit baisser sa baguette magique.
-Bartemius, calme-toi.
Son geste réussit à faire baisser un peu la tension, et il fit discrètement signe à Rosier de partir. Ce dernier sentant la cocotte-minute réglée sur "dangereusement explosif" ne se fit pas prier. Il savait que même s'il était plus jeune, Barty était aussi plus puissant. Et favorisé par le Seigneur des Ténèbres. Se disputer avec était une mauvaise idée. Il quitta la pièce en grognant.
-Merci, Rosier, fit Rogue d'une voix doucereuse.
-Alors, où est Regulus ? Demanda Barty, une lueur soudain desespérée dans le regard. Il est parti ? Il m'a abandonné, je savais qu'il m'abandonnerais !
Il donna un coup de pied rageur dans le canapé.
Il avait réalisé que Regulus ne reviendrais pas dormir avec lui quand il s'était réveillé entre des draps froids le lendemain matin, sa Marque des Ténèbres brûlant dans le creux de son poignet. Il avait attendu encore un peu, espéré. Les chuchotements en bas lui avaient donné l'illusion qu'il était rentré à bon port, et qu'il allait monter. Mais comme il ne venait pas, il était descendu. Et maintenant... Il commençait à sentir que quelque chose n'allait pas, mais il ne voulais pas croire ce que son instinct lui disait.
-Barty, commença Rogue, hier soir, le Seigneur des Ténèbres est venu demander un service à Regulus.
Il se souvenait de ça. Il avait dû s'endormir tout de suite après, ou bien attendre quelques minutes. Il ne se souvenait pas s'être inquiété, mais pourquoi l'aurait-il fait ?
-Le seigneur des Ténèbres est revenu avec l'elfe, ça nous en sommes sûrs.
-Comment se fait-il que je ne sois pas réveillé à ce moment-là ?
Le visage de Rogue s'éclaira soudain. Ils venaient de mettre le doigt sur quelque chose d'étrange en effet. Rogue fit soudain volte-face et quitta précipitamment la pièce.
-Que fais-tu Severus ? Demanda Bellatrix.
-Vérifier quelque chose. Je reviens dans un instant.
L'attente fut longue même s'il ne revint qu'au bout de quelques minutes.
-Ca va pas vous plaire, fit Rogue.
-Quoi ? Aboya Barty.
-Sur les draps, au niveau de ta tête, Junior. Il y a des traces de potion de sommeil. Je ne sais pas pourquoi il a fait ça, mais il ne voulais pas que tu te réveilles. Ce qui a une certaine logique, quand on sait qu'il est...
-Qu'il est quoi ?
Il pleurait presque désormais, et faisait tout pour le cacher. Même si c'était un Mangemort, un fou, un méchant, Rogue ne put s'empêcher d'avoir pitié de lui. Il fallait lui mentir, dire n'importe quoi d'autre que la vérité, que son ami était mort à cause de son dieu. Peut importait contre qui il nourrirait une haine sans merci, mais tout sauf voir son coeur déchiré entre les deux. Même s'il n'avait aucune idée en fin de compte de comment il avait disparu. Mais autant choisir ceux vers qui, implacablement, il aurait dirigé sa colère. Même s'il s'agissait de ses alliés.
Les derniers mots tombèrent quelque part dans le silence, mais Barty les entendit quand même.
-Je suis désolé Barty. Mais il est mort.




Barty ne pleura pas. Il ne s'évanouit pas non plus. Il n'eut même pas un étourdissement. La nouvelle le frappa en plein dans le coeur, comme un coup de poignard, mais aucune émotion physique ne vint le soulager. Il encaissa debout, comme un homme. Dans sa tête, la nouvelle résonnait encore et encore. Comme s'il ne réalisait pas encore ce qui venait de se passer. Il s'efforcçait de rester froid. De ne rien montrer. Ses yeux étaient secs et ses jambes tenaient mieux que jamais, ce qui l'aidait beaucoup. Mais quelque part, c'était pire. Pour une fois qu'il aurait voulu se montrer plus sensible, c'était comme si tout son corps avait décidé d'encaisser. C'est à peine si sa voix chevrotait lorsqu'il demanda :
-On a... On a retrouvé un corps ?
-Non, soupira Rogue.
-Alors peut-être est-il... commença Barty, soudain rempli d'un morceau d'espoir.
-Non.
-Et pourquoi ?
Rogue ne répondit pas, mais c'était évident. Il ne serait pas parti sans lui laisser le moindre signe de vie. Parce qu'il l'aimait, réalisa soudain Barty. Il l'aimait plus que lui ne l'aimait, même s'il l'avait mieux caché. Il s'aimaient et ils ne se l'étaient jamais dit. D'un coup, il en voulut beaucoup à son ami. D'être parti sans lui. Regulus Black et Bartemius Crouch, les amants maudits du côté obscur... Il y repensait en demandant, presque froid :
-Je peux rentrer chez moi ?




En vérité il ne rentra pas tout de suite. Il passa un certain temps à traîner dans les rues de Londres, autour du Square Grimmaud. Il songeait à tout ce qu'ils avaient fait ensemble, à toutes ces années qui ne reviendrait jamais. Il espérait qu'à force de se faire souffrir il finirait pas s'épuiser et s'écrouler, pour ne plus y penser, plus jamais... A son bras droit était encore attaché le Bracelet Communicant. Il l'avait gardé sur lui sans jamais l'enlever même s'il y avait bientôt un an qu'il ne l'avait pas utilisé. La chaîne était toute usée et il ne fonctionnait peut-être plus depuis longtemps. Mais la voix de Reg ne s'en éléverait plus jamais, c'était certain... Il n'avait même pas la force de lever la baguette pour appeller le Magicobus, alors il grimpa dans un vieil autobus puant rempli de Moldus crasseux et erra en ville le long des arrêts, hagard et dépassé par les évenements. Il parvint jusqu'en lointaine banlieue, ou les champs et les maisons de briques se mélangeaient en un vaste paysage marronasse. Il sortit du bus sans payer le moindre centime et continua sa route, le plus loin possible, comme si s'éloigner de ce manoir lui permettait de s'éloigner de la mort. La nuit commencait à tomber, mais il se sentait moins mal. Mais la nuit était fraîche et il n'avait emporté que ses quelques maigres affaires au Square Grimmaud, ne prévoyant de récupérer sa valise complète chez lui à la rentrée. Il n'avait même pas de manteau, qu'une vieille veste en cuir qu'il enfila prestement. Peut-être était-il temps de rentrer, mais il ignorait à quelle distance se trouvait la route la plus proche. Ses jambes éreintées tremblaient et il finit par flancher. Il était parvenu à un petit parc vaguement forestier dans un village de banlieue. La grande majorité de sa surface était occupée par un lac d'eau rouge sous le soleil couchant.
Il eut une soudaine envie de plonger dans l'eau froide. Peut-être que cela réveillerait ses sensations. Ou peut-être que ça anésthésierait les larmes. Tout sauf ce semi-état de deuil inachevé. Pour faire les choses bien, il ôta soin T-shirt et son pantalon pour se retrouver en sous-vêtements sur le bord. Il inspira un grand coup et plongea.
L'eau était plus froide que ce à quoi il s'attendait, coupant sa respiration sans qu'il ne s'y attende. Comme si toute vie à l'intérieur de son corps venait de le quitter. Après un bref instant de panique, il retrouva l'usage de ses jambes et de ses bras. Mais il se rendit compte qu'il n'avait plus envie de remonter. Là, sur le dos, entre surface et fond, à contempler le ciel trouble, il ne souffrait plus. Il ne pensait plus. Il allait se noyer tout seul mais il n'avait pas peur.
Il ne sut jamais au juste ce qui le fit revenir à l'air libre. Quel souvenir l'avait ramené dans le monde des vivants. Peut-être le fait de devoir tenir le fil pour lui.
Il sortit de l'eau, remit sa veste de cuir, son T shirt et son pantalon, ses grosses bottes de cuir de dragon. Avant de rentrer chez lui, il voulait vérifier son apparence et matérialisa un miroir dans le soleil couchant. Il vit son image et eut un choc.
Ses cheveux étaient presque châtain à présent, et trop longs, désordonnés, mal lavé depuis qu'il s'était baigné dans se lac pollué. Sa langue passait de temps en temps sur ses lèvres sans même qu'il ne la contrôle vraiment. Son visage anguleux, sa peau pâle et mouchetée, un peu trop grasse et floconneuse lui donnait l'air trop vieux. Et dans ses yeux, une ombre noire flottait dangereusement.
Il n'était pas l'heure de rentrer, réalisa Barty. Il était l'heure de se rendre à Poudlard, parce qu'il ne savait comment, il ne savait pourquoi, mais il était temps de rendre visite à son double du passé.



Chapitre 14 : Mort et Renaissance

Citation:
Mais ce n'était pas la fin. Il sentit son dos cogner contre une surface dure. De l'air ! Il lui fallait de l'air ! Il aspira à plein poumons l'oxygène qui s'offrait à lui avant d'ouvrir les yeux. Mais ses sauveteurs le lui en laissèrent pas le temps. Avant qu'il n'ai eu le temps de comprendre ce qui ce passait, on lui jettait une large bassine d'eau en pleine figure et une voix hurlait :
-Debout !
Il papillonna des paupières. Il était allongé à même le sol, et trois sorciers étaient penchés sur lui, l'air passablement agacés. Deux d'entre eux lui étaient inconnus. Mais le troisième – Barty retint une exclamation – était Rockwood. Celui-ci restait cependant impassible, et annonça d'une voix de stentor :
-Bartemius Crouch Junior, c'est bien cela ?
-Je... Oui, c'est bien moi, répliqua Barty en recrachant l'eau, dégoûté. Il avait eu sa dose d'eau pour la journée.
-Quel âge avez-vous ?
C'était quoi cette question ?
-J'ai seize ans, bientôt dix-sept, répondit-il de mauvaise grâce.
-C'est le bon ! S'exclama le deuxième homme. Barty reconnut sa voix : c'était lui qui avait lancé le sort.
Il les regarda tout les trois d'un air confus, ce qui les fit rire doucement. Il sourit à son tour, même si c'était plus par soulagement qu'autre chose. Il s'attendait à être arrivé en Enfer, et il était accompagné de trois idiots. Rockwood lui fit un clin d'oeil. C'était dans la poche.
-Où est-ce que je suis ? Fit-il d'une vois faussement innocente.
-Oh... bienvenue au départements des mystères.

-Tu as eu de la chance de t'en tirer avec un simple avertissement, fit Rockwood. Mais qu'est-ce qu'y t'as pris d'aller te rencontrer toi-même.
Il renfilait son manteau : l'affaire Crouch était la dernière de la journée. Barty reprit sa veste avec des gestes plus lents – il avait encore du mal à réaliser ce qui venait de se passer.
Il avait disparu pendant quatre jours avant que quelqu'un ne s'inquiète. C'était Rosier qui avait signalé sa disparition, ce que Barty trouvait étrange car s'il y avait une personne qui ne se souciait pas des autres, c'était bien Rosier. Ils avaient d'abord cru qu'il s'était suicidé. Ce qui n'était pas très loin de la vérité. Mais c'est alors qu'ils avaient détécté une activité suspecte d'un Retourneur de Temps. Ils savaient que tu avais un sablier, alors ils ont fait le lien et t'on récupéré. Tu as eu beaucoup de chance que se soit toi qu'ils aient ramené. Si ça avait été l'autre toi, j'imagine pas le bazar...
Ils avaient refusé de lui en expliquer plus. Ce n'était pas le département des Mystères pour rien. Mais en fait, il préférait ne pas savoir. Après tout, il avait même eu le droit à du thé. Et Rockwood ne lui avait pas posé plus de questions que cela. C'est ce qui lui plaisait chez lui. Il ne posait pas trop de questions.
-Bon, vas-y, je vais pointer et discuter avec les autres collègues.
Il ne se fit pas prier. Il faisait froid dans les couloirs du département, il avait les cheveux trempés et cet endroit lui rappellait de mauvais souvenirs. Il monta dans l'ascenseur pour se rendre au rez-de-chaussée et oublier toute cette histoire dans quelque chose de plus fort que l'eau. Mais l'élévateur était terriblement lent, et il s'arrêtait à presque tous les étages pour prendre des personnes ou des notes de service. A un moment, au niveau quatre, il se crut enfin libéré de tout intrus quand deux employés, un homme et une femme entrèrent dans la cabine. La mine grave, ils se parlaient à voix basse. Barty ne prêta aucune attention à ce qu'il disait jusqu'à ce que le nom "Black" le fisse sursauter.
-Oui... à ce qu'on m'as dit... leur fils, Regulus... fit l'homme d'une voix attristée.
Le sang de Barty se glaça dans ses veines. Il tendit l'oreille pour écouter leurs messes basses. La femme répondit :
-Oui... une histoire horrible, à ce qu'on m'a raconté... le fils cadet des Black...enrôlé chez les Mangemorts... Il n'avait que dix-sept ans...
Barty n'en avait que seize encore, mais il ne savais pas si cette idée devait lui apporter de la fierté ou de la peur.
-On a retrouvé son corps ce matin, annonça soudain l'homme. Des Moldus l'ont repêché au large des côtes Ecossaises. Il n'était décédé que depuis quelques heures. Une histoire sordide, je te dis, Kathleen.
Le cerveau de Barty se mit à tourner à toute allure. S'il était mort quelques heures auparavant, dans la nuit, et que lui était parti depuis trois quatre jours, alors cela signifiait que... Non.
-Voilà ce que l'on obtient à devenir un serviteur de Tu-sais-qui, Campbell, fit la femme d'un air sombre.
Ils descendirent de l'ascenseur au niveau un, du même pas vif et autoritaire. Barty restait statufié, collé à la paroi de la cabine pour ne pas s'écrouler. Parce que si ce que disait cet homme était vrai, alors cela ne pouvait avoir qu'une seule signification.

En sortant à l'Atrium, Barty vit qu'il y avait énormément de monde qui partait du Ministère à cette heure-là. Mais parmi tout ce monde se trouvait la seule personne qu'il n'avait aucune envie de croiser : son père.
Il tenta de se cacher derrière la fontaine, mais il l'avait déjà vu et marchait vers lui aussi vite que son âge le permettait. Mais cette fois-ci, Barty était résolu à faire face à la dispute qui poursuivrait. Cependant, rien ne l'avait préparé à ça.
Bartemius Senior lui lança une claque. Barty s'écroula par terre, sonné.
-BARTEMIUS CROUCH JUNIOR ! S'exclama son père.
Il ne l'avais jamais vu comme ça. Une vraie furie. Tous les regards s'étaient tournés vers eux. Barty se releva sans en tenir compte, et épousetta sa veste comme s'il avait été bousculé par un vulgaire manant. Il ouvrit la bouche pour parler mais les hurlements hystériques de son géniteur l'en empêchèrent.
-NON-RESPECT DE LA LOI – COMPLETEMENT IRRESPONSABLE - PREND TROP DE RISQUES – ET LES PARADOXES TEMPORELS, TU Y AS PENSE ? compris Barty au milieu de son charabia. Il écouta jusqu'à ce qu'il se taise mais la fontaine de paroles ne tarissait pas. Il remonta alors calmement ses manches, et rendit le coup d'un air désinvolte.
Barty Sr. Fut tellement choqué qu'il se tut sur le coup. Barty renifla avec mépris en voyant son nez en sang. Le père se reprit quasi-instantanément.
-Qu'est-ce qui te prend, fils indigne ?
Dès qu'il l'avait dit, il sut qu'il était allé trop loin. Il l'avait humilié à le corriger comme un enfant alors qu'il était déjà un homme. Et il l'avait insulté. Barty avait une fierté, et il transportait avec lui le nom du Seigneur des Ténèbres sur sa main. Il planta son regard dans celui de son vieux père et il lança :
-J'aurais préféré que cette scène ai lieu à la maison. Mais je suppose que tu n'as pas pu résister à l'idée d'attendre l'année prochaine ?
Le trait d'humour avait eu l'effet escompté : un nerf se contractait sur la tempe de son père. Il le sentait prêt à le couvrir d'injures.
"Allez, vas-y, donne-moi un coup de poing" fulminait-il. "Rend mes coups comme un homme". Mais Senior n'en fit rien. Mais les mots font souvent plus mal que les actes.
-Tu me déçois beaucoup, Bartemius.

Le Square Grimmaud était bien maussade en ce matin de juillet gris. Dans l'appartement gris, les funérailles déchantaient. La moitié des invités étaient au courant parce qu'ils étaient des Mangemorts, et la moitié des invités avaient passablement abusé du vin de citrouille. Malheureusement, certains faisaient partie de chacune des moitiés. Evan Rosier, passablement aviné, s'était écroulé dans le canapé et avait commencé à proférer des insultes à mi-voix contre le défunt, mais plus personne ne songeai à l'arrêter. Les masques s'étaient fissurés depuis longtemps. Soudain, la porte d'entrée claqua, faisant trembler les murs de la maison Black.
Bellatrix, qui traînait dans l'entrée, sentit son souffle dans son dos. Elle se retourna et comprit aussitôt. Il savait.
Il ne cria pas, ne piqua pas de crise apocalyptique. C'était peut-être le plus effrayant. Le silence accusateur. Il y eut un long instant de blanc, le temps que les autres Mangemorts se regroupent dans l'entrée. Tous retenaient leur souffle, et le murmure calme de Barty fut parfaitement audible.
-Il était vivant.
Rodolphus ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma. Il avait raison, parce que dans sa tête, Baryt venait de dire "la ferme Rodolphus". Rabastan pris alors la parole. Sa grosse voix disais toujours la vérité.
-Nous ne voulions pas que tu ais à le traquer, gamin.
La lèvre de Barty eut un frémissement, et il passa sa langue sur ses lèvres. La tension était palpable. Le garçon répliqua :
-Vous auriez au moins pu me dire la vérité. Me laisser choisir mon camp.
-Tu n'aurais pas eu la force de choisir, fit soudain Bellatrix d'une voix mieilleuse. Petit bébé Barty.
Barty fut prit d'une soudaine envie de la gifler, malgré tout le désir qu'il éprouvait pour elle. Il n'était pas un bébé. Il ne l'avait jamais été. Il avait bien trop vécu pour cela. Il planta son regard dans celui de Bellatrix.
-Je l'aurais tué. Parce que je déteste les lâches. Les lâches et les traîtres. Mais ça ne change rien, hein ? Parce qu'au final, il est mort tout seul.
Il jetta un coup d'oeil circulaire à l'assemblée qui se tenait là et renifla avec mépris. Il les haïssait tous. Pour toujours. Une forme déboula soudain à toute vitesse vers lui, petite, sale et maigrichonne. Elle se prit dans sa robe et atterit les quatre fers en l'air. Personne ne rit. La chose se releva péniblement, fit une courbette et tendit un parchemin à Barty, les larmes aux yeux.
-De la part du... du maître Regulus... Pour vous maître Ba... Barty...
Barty prit la lettre dans ses mains. Il distinguait l'écriture de son ami au milieu des fibres jaunes du papier. Cette écriture de fille, avec des petits ronds à la place des points, lui donnait soudain envie de gerber plus que de larmoyer. Il l'ouvrit devant un Kreattur plein d'espoir.

Cher Barty...

Il déchira la lettre sous les yeux ébahis.
-Mes hommages à Madame Black.
Et il tourna les talons.


Quand Barty rentra chez lui ce soir-là, un silence de mort régnait dans le manoir des Crouch. La porte s'était refermée derrière lui en grinçant, comme un mauvais présage. Il déposa la clef spéciale dans le vase de l'entrée et commença à monter les escaliers. Il n'y avait personne au rez-de chaussée, comme il s'en était douté. Il se rendit dans sa chambre, ôta sa veste noire et ses chaussures cirées, se débarassa de son sac bandoulière et jetta le tout dans un coin de la pièce. Il allait commencer à se déshabiller quand il aperçut une lumière dans le couloir. Il entendit la voix de son elfe qui murmurait :
-Ca va aller comme ça maîtresse ? Vous voulez que j'éteigne la lumière ?
-Oui, murmura Aloïs d'une voix faible.
Barty se cacha derrière la porte pour que l'elfe ne le voit pas. Celle-ci souffla sur une bougie et ferma délicatement la porte. Barty retint son souffle et attendit cinq minutes que sa mère s'endorme. Puis, il rouvrit précautionneusement la porte et la referma sans bruit.
Dans la chambre, il faisait noir comme dans un four. Barty chercha à tâtons les bords du lit ; quand il les eut trouvé, il défit la couverture et se glissa entre les draps. Sa mère respirait profondément, un sommeil de malade peuplé de rêves fiévreux. Il la prit dans ses bras ; il lui sembla qu'elle était encore plus légère que la dernière fois.
-Maman, c'est moi, chuchota-t-il. Ton Barty.
Elle ne répondit pas. Il fourra son nez dans ses boucles de cheveux emmêlés. L'odeur de son shampooing était toujours là, identique à celle qui peuplait les souvenirs de ses nuits insomniaques d'enfance et d'adolescence ou elle venait dans son lit et le berçait jusqu'à ce qu'il s'endorme. Ce parfum lui rappellait tant de souvenirs, mémoire d'une époque qu'il avait oubliée, une époque innocence, sans Mangemorts, sans souci... et sans Regulus.
Sans s'en rendre compte, Barty se mit à pleurer. Là, sa mère malade entre ses bras, il se mit à sangloter sur la mort de son ami. Les larmes qu'il avait gardé à l'intérieur de lui-même pendant toute la journée, devant les autres Mangemorts, devant les gens du ministère, et enfin devant la famille, il les lâchait là, dans le noir, sous les draps du lit des parents, et elles se perdaient dans la chevelure de sa maman mourante.
Il ne sut combien de temps il resta là à pleurer. Toujours est-il qu'à un moment il entendit un drôle de craquement, et sa Marque se mit à lui faire plus mal que jamais. Il se glissa hors du lit et sécha immédiatement ses larmes.
-Barty...
La voix du Seigneur. Dans sa tête. Il se précipita dans le salon. Là, dans le fauteuil de velours de son père, face aux flammes de la cheminée, un homme était assis. Son visage lisse et blanc reféltait presque les flammes de l'enfer dans l'âtre. Tout en lui, de sa mince robe noire à son masque de serpent, respirait la puissance. Il méritait sa place dans ce trône plus que n'importe qui d'autre. Barty tomba à genoux devant lui, tête baissée, lui présentant son bras marqué. Un sourire fendit sa face marmoréenne et il lui serra le poignet entre ses doigts glacés.
-Monseigneur... gémit Barty sous la douleur.
Il n'appellait pas ses autres fidèles, Barty le sentait. Ce contact n'était destiné qu'à lui.
-Relève la tête, fils, que je puisse voir le visage de mon plus fidèle serviteur.
Barty se tourna vers le Seigneur des Ténèbres. Dans ses prunelles se lisait l'admiration du sacré.
-Est-il vrai que Regulus, ton ami, a trahi le Seigneur des Ténèbres ?
-Oui, monseigneur, balbutia Barty. Mais je l'ignorais.
-Oui... je le vois dans ta tête... Tu es resté fidèle malgré le fléau qui vous a ravagé...
Il devait parler de leur amour. Mais Barty n'éprouvait plus rien pour Regulus, le Seigneur des Ténèbres en était persuadé. Barty lui-même en était persuadé, comment aurait-il pu en être autrement ? A moins que... Etait-il possible qu'il y ai des choses que nous-mêmes ne sachions pas à notre propos ?
-Je resterais fidèle jusqu'à ma mort, murmura Barty.
Il plaçait toute sa confiance dans le Seigneur des Ténèbres. Comme un Dieu inconnu et absolu dans lequel on place sa foi et ses fardeaux – et Dieu seul sait quels étaient les fardeaux de Barty Crouch.
-Me promets-tu que tu me seras fidèle ? Que tu resteras même quand tout les autres seront partis ? Quand bien même je serais réduit à une masse de chair sanguinolente, à peine vivante, me viendras tu en aide, Bartemius Crouch Junior ?
-Yes, My Lord.


FIN DE LA PREMIERE PARTIE

Chapitre 15 : Le Bus

Citation:
C'était un soir de juillet, en 1981, un de ces soirs ou le soleil à tapé si fort toute la journée que quans la nuit tombe on croit qu'il tape encore. Dans une obscure rue de Londres ignorée du monde de la magie, quelque peu épargnée par la chaleur étouffante, apparut un bus. C'était le bus le plus improbable que l'on ait jamais vu dans cette rue de moldus. Bleu, à trois étages, il avait surgi de nulle part, valdingué sur le pavé comme s'il était ivre et freiné avec fracas avant de s'arrêter net devant le nez de trois sorciers qui semblaient attendre depuis longtemps.
Ils étaient deux hommes et une femme devant la porte du bus. L'un des deux hommes, celui qui avait appellé le bus, avait un air de fouine et jettait des regards nerveux de tous les côtés du trottoir. A ses côtés, sa femme, une brune aux paupières lourdes semblait bouder. Derrière eux, une espèce d'armoire à glace à tête de veau et au regard vide portait deux grosses valises dans ses mains immenses.
La porte du bus s'ouvrit dans un grincement comico-sinistre, et un marchepied mécanique se déroula jusqu'au bout des semelles du nerveux. Un grand dadais couvert de tâches de rousseur, ses cheveux blond-châtain coincés sous une casquette de contrôleur, se tenait dans l'entrebâillement, l'appareil de vente des billets accroché à sa taille. Il avait l'air de s'ennuyer ferme dans son uniforme d'employé, mais son visage s'éclaira quand il vit les trois sorciers.
-Bienvenue à bord du Magico... oh ! Bella, Stan, Rod' ! Quel plaisir de vous revoir !
Il eut un sourire de cynique, un peu moqueur. Son ton et ses manières familières énervèrent Rodolphus, qui sururra entre ses dents :
-Barty, tais-toi, tu vas nous faire repérer.
-T'inquiètes pas Rod', chuchota le garçon. Il n'y a que nous dans le bus. Enfin, nous et le vieux Ern'. Je le garde, il sait conduire le bus et puis ça évite les ennuis, mais ça fait longtemps qu'il est sous mon contrôle. Pas vrai, vieux ? S'exclama-t-il à l'intention du conducteur.
Le vieux grommela quelque chose. Rodolphus répliqua :
-Tu le gardes surtout parce qu'il te fournit en substances, petit idiot. Et s'il t'échappe, hein ?
Barty fit une grimace. Il détestait quand Rodolphus avait ce genre d'attitude condescendante, comme s'il était son mentor ou on ne sait quoi. Et il trouvait cela encore plus humiliant de faire ça devant Bellatrix.
-Il ne m'échappera pas. Et même s'il le fait, il a un tel dossier au Ministère pour distribution de drogue qu'il est grillé. Il est fou, ils prendront jamais son témoignage en compte.
Il lécha ses lèvres nerveusement. Rodolphus haussa les sourcils. Il planta son regard de fouine dans celui de la belette.
-Des fois, je me demande lequel de vous deux est le plus fou.
-J'suis fou, j'm'en fouts, des comme moi il y en a foule ! Chantonna Barty d'une voix de cinglé. Allez, Stan, amène les valises, j'vous fait un prix d'ami sur les tickets de bus !
Il attrappa leurs bagages et les fit monter. Bellatrix renifla méprisement face à la propreté douteuse de l'endroit.
-Ca fait combien de temps que vous n'avez pas fait le ménage, toi et Ernie ?
Barty rougit honteusement. Sa moue était plus douloureuse que toutes les remarques possibles de Rodolphus. Mais au fond, elle avait raison : le bureau-chambre était l'endroit le plus désordonné du monde. Il ressemblait plus à un océan de papiers qu'à autre chose. Indifférent Au bordel ambiant, Barty s'écroula sur son lit.
-Installez-vous où vous voulez, soupira-t-il.
Bellatrix s'asseyit sur un petit coin d'un siège. Rabastan et Rodolphus prirent place sur un canapé. Il y eut un instant de silence. Rodolphus feuilleta quelques parchemins éparpillés d'un air intrigué.
-Tu veux devenir juriste, Barty ? Je croyais que tu voulais être Médicomage !
-Ouais, mais tu sais, la famille...
Il y eut un silence gêné. Dans une tentative de changement de sujet, Rabastan demanda :
-Mais si tu fais encore tes études, pourquoi tu travailles ici ?
-Les études, ça se paye pas tout seul, Rab', répliqua Barty. Et "père" veut que je me débrouille tout seul.
-Tu aurais pu être le greffier.
Barty le regarda comme s'il allait le manger. Rabastan comprit sa boulette : voir son père tout les jours pendant une audience ne devait sûrement pas être très agréable pour Barty. Il s'alluma une cigarette.
-J'ai choisi d'être contrôleur ici parce que c'est le meilleur job d'infiltration du monde, fit-il d'une voix négligente. Personne ne se soucie de ce qu'entend le contrôleur.
Il eut un sourire machiavélique et laissa tomber quelques cendres sur le parquet. A cet instant, il avait encore l'air d'un fou, mais d'un fou intelligent et stratège. Donc dangereux. Il tira une bouffée de sa Whizzy.
-Qu'est-ce qu'on fait, alors ? Demande soudain Rabastan de sa grosse voix qui le fit sursauter. Le mégot lui échappa des mains et finit sur le parquet. Il siffla de rage et j'écrasa avec la pointe du pied.
-Pour l'instant, rien du tout. On attend les ordres du Seigneur des Ténèbres, répondit Barty. Il nous a dit de retrouver les Longdubat, on retrouve les Longdubat.
-Mais les Longdubat sont introuvables ! S'exclama Bellatrix.
Elle donna un petit coup de pied nerveux. Son talon aiguille résonna sur le sol en pin. Elle avait l'air d'une enfant capricieuse dont on avait ôté le jouet des mains. Barty trouvait ça sexy. Ce qui l'était moins, c'était Rodolphus et son regard noir de serviteur dévoué mais jaloux. Il était ridicule... Elle méritait mieux que cette fouine abrutie...
Barty sortit une petite bouteille de sous sa cape et en but une gorgée. Il sentit la brûlure de l'alcool lui transpercer la gorge, juste sur la chair fraîchement retournée par la fumée de cigarette. Le mal qui faisait du bien. Il tituba et essuya sa bouche du revers de sa manche.
-Si les Longdubat sont introuvables, c'est parce que le vieux les aide.
-Les Malefoy n'ont pas réussi non plus, fit remarquer Rodolphus, comme s'il s'agissait d'une preuve de quoi que ce soit.
-Les Malefoy sont des crétins.
-Pour toi, tout le monde est crétin, rétorqua Bellatrix.
La réplique était cinglante. Barty la reçut en pleine figure, comme une claque, sauf que celle-ci n'avait pas la même saveur que celles du père. Elle sentait plutôt le sucre et la séduction. Il voulait lui répondre quelque chose, mais le bus émit un "ding" caractéristique.
-Merde, un client ! Cria Barty. Restez là tous les trois, je descends pour l'accueillir !
-Surveille un peu ton langage, gamin ! Le réprimanda Rodolphus à travers la cage d'escaliers tandis qu'il dévalait les deux étages à toute vitesse.
Il ouvrit la porte et descendit le marchepied. Un jeune homme entra dans l'allée principale. Il avait à peu de chose près l'âge de Barty, mais on ne pouvait imaginer plus différent. Petit, replet, les joues rondes et le regard fuyant. Ses petits yeux de rat s'agitaient de tous côtés. Barty le reconnut aussitôt, et son visage s'éclaira d'un sourire mauvais.
-Bonjour, bienvenue à bord du Magicobus. Le tarif est de 9 Mornilles, et pour deux Mornilles de plus vous pouvez avoir un chocolat chaud et une brosse à dents de la couleur de votre choix.
-Je... je ne veux rien d'autre, bredouilla Peter Pettigrew en lui tendant maladroitement les neuf pièces d'argent. Je veux simplement aller... à l'allée des Embrumes. S'il vous plaît...
Barty se rapprocha doucement de lui. Pettigrew, allée des Embrumes ? Voilà qui promettait d'être intéressant. Le garçon était faible, et indécis. Ce serait facile, trop facile. Il lui suffisait de laisser parler le charme, et Pettigrew lui dirait tout ce qu'il voudrait. Il secoua sa mèche de cheveux blonds et s'assit sur le lit à côté de Queudver. Un peu trop près, juste ce qu'il fallait pour le mettre mal à l'aise.
-Alors, Peter, sursurra-t-il, pourquoi tu veux te rendre dans un endroit si mal fréquenté ?
Il passa sa langue sur ses lèvres.
-Je dois aller trouver le Seigneur des Ténèbres.


Chapitre 16 : La fin d'une époque...
Citation:

-Tu es sûre de ce que tu dis, Bellatrix ?
-Oui. Malheureusement. Je suis désolée, Barty.
-Je... je vois.


Sa voix tremblait dans le bracelet communicant récupéré par Bellatrix. Il n'arrivait pas à y croire. En quelques heures, tout avait basculé. C'était comme si l'ensemble de son monde venait de perdre son référentiel zéro. C'était pire que la perte de Regulus, pire que la maladie de sa mère, pire encore que n'importe quoi d'autre. Il se sentait mis à nu, sans repère, pendant que son bras gauche, pâle et inutile, sur lequel le Seigneur des Ténèbres et son symbole n'étaient plus qu'une fumée, pendouillait tristement le long de son torse. Perdu, il errait a travers la maison, sans aucune raison de vivre. C'était comme s'il avait perdu Dieu, son père, et son idéal en même temps.

Il posa sa baguette contre sa tempe. Oserait-il le faire ? Oserait-il comme certains serviteurs faisaient après la mort de leur maître ? Certains disciples de Grindewald s'étaient suicidé en buvant du poison quand leur maître avait été vaincu. Pourrait-il prononcer les mots impardonnables ?

En même temps, c'était idiot. Son maître ne pouvait pas être mort. Il avait été "réduit à quelque chose d'à peine vivant". Tout espoir n'était donc pas perdu. Cette bande de vermines traîtres à leur sang l'avait enfermé quelque part. Mais comment faire ? Il y avait tant de serviteurs qui avaient abandonné leur maître... Ah, les traîtres, les traîtres ! Il en avait assez, pourquoi c'était toujours les mêmes qui prennaient les risques ?

Parce que les plus fidèles sont toujours récompensés.

La réponse lui était venu naturellement. C'était en effet une évidence : seule la recherche du Seigneur des Ténèbres pouvait lui apporter bonheur et satisfaction. Mais par où commencer ? Il ne pouvait faire ça tout seul... Il n'en avait pas les moyens... Il fallait s'organiser. Et commencer par se rendre sur les lieux où on l'avait vu en dernier. Parce que c'était là que cette folie avait commencé.

* * *

Il faisait encore nuit, mais le mois de juillet était mort. Un sorcier vêtu d'une robe de magie boutonnée bizarrement, apparut sur la place principale de Godric's Hollow dans un craquement sonore. Il fut aussitôt suivi d'un autre, tout aussi peu réveillé.

-Ha, salut Barnes, fit le premier. Ça va comme tu veux ?
-Moyen, répondit l'autre. Tu sais, Hopkins, j'aurais préféré aller faire la fête avec les autres.
-Je sais bien vieux, moi aussi. Mais il faut bien qu'il y en ait qui le fassent...
-...Et ceux qui doivent le faire le font, compléta son ami.

Ils prirent tous deux la direction de l'ouest de Godric's Hollow. Au loin, de la fumée s'élevait d'une maison en ruines. Les Moldus n'allaient pas tarder à s'agiter, et il fallait faire vite.

Une atmosphère très particulière régnait sur les restes de la maison des Potter. Ce n'était pas le soulagement qui planait sur ces ruines, mais plutôt une sorte d'attente. Barnes et Hopkins, occupés à les contempler, ne virent pas les buissons s'agiter de l'autre côté de la rue. Trois paires d'oreilles attentives et mal intentionnées. Soudain, un homme jaillit du fond de l'allée. Il était aussi impeccable que les deux autres étaient dépenaillés. Sa moustache taillée en brosse à dents étincelait sous la lune. Les deux employés du ministère le saluèrent avec respect.

-Bonjour, Mr Crouch.

Crouch renifla avec mépris et ne répondit pas tout de suite.

-Il me semble que Dumbledore s'est chargé d'amener le fils Potter en lieu sûr, murmura Hopkins. Ça valait mieux pour lui, avec tous les Mangemorts qui traînent. L'un d'eux serait bien capable de finir le boulot...

Il y eu un nouveau craquement. Tous se turent, figés dans la surprise d'une nouvelle arrivée. Une légère fumée caractéristique des voyageurs très occasionnels ou récemment autorisés jaillit, et Bartemius Crouch Junior apparu sur le trottoir, les yeux écarquillés, sa peau blanche étincelait sous la lune. Il tremblait un peu, avec pour seuls vêtements qu'un jean et une chemise blanche large flottante. Son père lui jetta un regard étonné :

-Bartemius ! Qu'est-ce que tu fais ici ?
-Je suis venu voir si je pouvais aider, père.

Il lui jeta un drôle de regard, qui signifiait qu'il n'avait toujours pas digéré son coup de poing, même après un an et demi de bouderie. Il y avait des marques qui ne s'effaçaient jamais.

-Alors, que s'est-il passé ? demanda Barty d'une voix blanche. Qu'est-il advenu de... de... On-sait-qui ?
-Il a disparu, répondit Bartemius Senior. Il a été vaporisé. Dumbledore dit qu'il n'est pas mort. Je n'en croit pas un mot.

Barty blêmit. Pour une fois, il avait bien envie de croire le vieil ahuri, surtout qu'il avait sûrement plus de connaissances à ce sujet que son abruti de père. Ce dernier continua :

-... Même s'il n'est pas mort, il a dû être très affaibli et doit se cacher quelque part ?
-Où ? aboya Barty, qui perdait presque son extrardinaire contrôle de lui-même.
-Je n'en sais rien. Et puis, même si je le savais, ça ne te regarderais pas ! répliqua Bartemius Senior. Qu'est-ce que tu fais ici ? Retourne étudier les textes de loi magiques au lieu de flâner comme ça !
-Je ne cherchais qu'à aider, répliqua Barty.

Il tourna les talons et poussa un soupir avant de disparaître dans la brume. Il n'avait rien appris, ça l'énervait. En plus, il entendait presque son père discuter avec Hopkins et Barnes.

-...Il y a un problème, monsieur le directeur ?
-Non, aucun. C'est juste... c'est ce garçon. Il m'a toujours déçu.


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Dernière édition par Angel le Lun 4 Juin 2012 - 10:20; édité 25 fois
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MessagePosté le: Lun 20 Fév 2012 - 20:02    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Mar 21 Fév 2012 - 11:29    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Humm, pas mal du tout, impatiente de lire la suite!
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MessagePosté le: Mer 22 Fév 2012 - 04:21    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Oh, pauvre petit! On voit déjà que sa mère est folle de lui, que son père est un bourreau de travail et qu'il n'a pas eu assez de bisous même s'il n'a que quelques heures. Quand on dit que l'enfance est cruelle... Hâte de lire la suite
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2012 - 17:00    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

ce début est prometteur... à quand la suite ?
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2012 - 17:40    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Très bien, on sent que ce petit est....particulier ! ^^
Yep', vivement la suite !
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2012 - 17:53    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Ca y est, nouveau chapitre sorti !
Vous vouliez que Barty fasse des bêtises ? Vous allez être servies ! Je me suis pris des galères pour cet épisode, mais j'espère qu'il sera à la hauteur de vos attentes ! 


PS : j'ai trouvé deux fansvids qui correspondaient bien à cette fiction. je vous les fait partager en en-tête, en ce moment c'est ce que j'écoute en boucle ^^
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2012 - 18:12    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Hummmm, pauvre petit avec tout plein de taches de rousseur : trop mimi.
On dirait que tu me fais découvrir un nouveau personnage. En lisant le livre, j'avais l'impression que Barty avait toujours été sombre, mais tu le présentes (merveilleusement d'ailleurs) comme un enfant tellement rempil d'enthousiasme! J'ai peur de ce qui s'en vient, quand il va se passer un truc vraiment pas chouette qui va le briser. Pour devenir cet être vicieux, il a bien fallu un événement terrible.
Je me demande si Barty senior a frappé junior aussi fort et a montré aussi peu de scrupules parce qu'il avait utilisé la magie (pas le droit de le faire en dehors de l'école), parce qu'il a voulu écouter leur conversation ou parce qu'il est tout simplement insensible à l'égard de son fils. Je me dis que la mère aurait pu protester un peu plus et que c'est peut-être l'usage de la magie qui doit être découragée absolument qui fait qu'elle s'est tenue plutôt tranquille. Mais même là... à 11 ans, je me dis que Barty aurait compris et assimilié l'espèce de tabou. Alors je vote pour l'insensiblité de papa. Pas bien, ce papa. C'est avec l'indifférence et ce genre de gestes qu'on détruit un enfant. C'est juste moi où il faudrait lui rendre la monnaie de sa pièce, à ce Barty Senior?

Et puis, il a maltraité un enfant qui ressemble à David Tennant! Non, sincèrement, je ne le supporte pas!

Tout ça pour dire que ça fait réfléchir. J'apprécie les histoires avec plusieurs niveaux de compréhension. Bravo!
J'attends la suite avec grand plaisir
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2012 - 18:18    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

En fait cette histoire à pour but de réhabiliter Barty, de montrer qu'il n'est pas mauvais de base... c'est progressif, mais les passages ou il est méchant, ben il sera vraiment méchant... 'fin, vous verrez bien.


En tout cas merci de ces compliments, il me vont droit au coeur ^^ surtout que j'ai eu des difficultés à écrire ce chapitre (Batcam témoignera).
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MessagePosté le: Jeu 23 Fév 2012 - 18:28    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

oh non ! pauvre poussin !!
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MessagePosté le: Sam 25 Fév 2012 - 16:35    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Nouveau chapitre sorti. Un peu plus joyeux, un peu plus sympa aussi.


Hé, pourquoi personne n'a remarqué ça ? la taille de la baguette magique est de 25,4 cm... faites la conversion en pouces, et vous aurez une surprise !
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MessagePosté le: Sam 25 Fév 2012 - 17:58    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Hummmm, vivement la suite!
Bon, ça y est, il vient de faire la première coupure d'avec papa : devenir comme papa, non merci!
J'aime bien la façon dont il se trouve ami avec un Black. Wow! Ça semble évident (non, mais, tu peux le dire que JK t'a raconté ce qu'elle n'a pas écrit, tu sais).
Mais je me demande quand même comment ils sont devenus amis aussi rapidement (l'amitié au premier coup d'oeil?). Regulus a l'air gentil, mais est-ce qu'il n'y a vraiment personne (à part maman Crouch) qui a été gentil avec ce pauvre petit Barty? Pauvre petit... non, sincèrement, il lui aurait fallu un Ron Weasley pour tourner comme il faut (comment tu veux mal tourner avec un Wealsey?).

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MessagePosté le: Sam 25 Fév 2012 - 18:17    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Je suis contente que ça te plaise ^^ 


J'avais pas vraiment envie qu'il se parlent beaucoup, mais n'as-tu jamais ressenti ça : tu es seul, c'est la première fois, et là, tu rencontre une personne avec laquelle tu "sens" que tu es bien. Hé bien tu reste avec elle quoi qu'il arrive. En plus il n'a que onze ans, il ne se rend peut-être pas compte de tout ce que ça implique d'être ami avec Regulus, à quoi ça va le conduire plus tard... et puis, être à Serpentard n'implique pas forcément d'être un méchant bonhomme...

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MessagePosté le: Mar 28 Fév 2012 - 14:16    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

ouais, un nouveau chap!
brr, j'aime pas le choix de l'école... (quand on connait le nom de ceux qui y sont passés...), sinon pour la baguette, je pige pas en quoi "1.574" pouces devrait être surprenant.
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MessagePosté le: Mar 28 Fév 2012 - 21:25    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

Nan, en fait ça fait dix pouces (normalement, je ne sais pas ce que tu as utilisé comme convertisseur mais moi quand je l'ai fait j'avais ça), siç tu vois la référence... mais c'est un peu court pour une baguette magique (ça dépend cependant de quelle baguette magique on parle... hemhem)
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MessagePosté le: Mer 29 Fév 2012 - 10:02    Sujet du message: The Rueful fate of Barty Crouch Répondre en citant

ok, je vois mieux la réf, je sais pas du tout pourquoi j'ai eu cette réponse... je l'ai refait et effectivement, j'ai bien 10 inches.
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