David Tennant - The Royal Tennant Company Index du Forum
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:: Merman I ::
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Idontwanttogo_01
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Localisation: Canada ou quelque chose comme ça

MessagePosté le: Ven 8 Juil 2011 - 03:34    Sujet du message: Merman I Répondre en citant


Tout ça, c'est la faute d'une image, vraiment.        



J'ai eu l'idée d'écrire une histoire avec le Merman et il me fallait personnage de base (AKA, le Docteur) pour construire dessus. T.A.R.D.I.S., Dark Dragonne , Batcam et moi avons mis en commun plein d'idées, de pistes d'écriture, d'aventures plus ou moins agréables et terrifiantes avec une petite (soyons sincère, une MÉGA) touche de romantisme. Allons bon, il y a Rose dans l'histoire alors il ne faut pas chercher trop loin.           
 
T.A.R.D.I.S. me donne un coup de main pour les fautes et les coquilles et il s'agit (pour le moment) du texte version 1 alors il va être repris sans les fautes un peu plus tard (mais promis, j'en fais pas beaucoup).           
 
o-o-o-o-o-o-o-o           
 
SUJET-RÉSUMÉ : Le Docteur arrive sur la planête océan Shouaï avec Rose et, de fil en aiguille, il devient Merman.           
 
PUBLIC-LANGAGE : oui, il y a des allusions, alors je mets 13+, mais ça ne se rendra pas à du NC-17 (c'est déjà décidé)           
 
DISCLAIMER : les personnages appartiennent à la BBC, cette idée d'aventure à une image du Merman et le reste sort de la tête des 4.            
 
o-o-o-o-o-o           
 
N'ayez pas peur de laisser des commentaires (les 4 aiment bien) et de rêver (les histoires sont faites pour ça).            
 
Bonne lecture de la part de la part de Idontwanttogo, Dark Dragonne, T.A.R.D.I.S. et Batcam           
 
oooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo           
 
Partie I: Shouaï           
 
Citation:
 
La planète Shouaï avait ceci de particulier qu’elle était entièrement recouverte d’eau à l’exception d’une demi-douzaine d’îles moins grandes que l’Angleterre. Le sable était froid et étincelait dans des tons de roses et de bleus et le Docteur expliqua distraitement que le sable n’était pas - en fait - formé de sable, mais de poussière de coquillage, qui ne chauffait pas au soleil et qui produisait cette iridescence.          
 

« Langage très technique pour un endroit aussi magnifique. » dit Rose en déposant son attirail de plage.          
 

Le Docteur renifla devant les tongs, la serviette aux motifs Nemo et, surtout, devant le maillot de bain de la jeune femme. Il ne l’avait jamais vue aussi… aussi peu vêtue et l’effet était étrangement déconcertant. Pour sa part, il avait simplement retiré ses chaussettes et ses Converses et roulé (légèrement) les bords de son pantalon.           
 

« Vous ne voulez pas enlever votre veste? »          
 

« Pour que j’attrape un coup de soleil? Non merci. »          
 

« Vous avez une chemise en dessous. » fit-elle d’un ton moqueur.          
 

« Peut-être plus tard. » répondit le Docteur en plantant le parasol avec un soin exagéré.          
 

Un bruit d’éclaboussure le fit se retourner, mais Rose avait déjà plongé dans les vagues. Il ne s’inquiétait pas. Pas trop. Il n’avait pas à s’inquiéter. Elle savait très bien nager et ils avaient passé des heures dans les récifs australiens. C’était peut-être parce qu’ils portaient alors des bouteilles d’air comprimé et l’attirail complet du plongeur (tuba, masque, etc.) qu’il n’avait pas été si nerveux.           
 

Ou peut-être était-ce l’effet de la combinaison de plongée qui l’habillait un peu plus que ce maillot.          
 

Il se laissa tomber à l’ombre du parasol et étira chacun de ses orteils, se demandant encore pourquoi il cédait à tous les caprices de la jeune femme. Il sourit aussitôt : il aimait céder à tous ses caprices. Il adorait son rire et l’étincelle dans ses yeux quand il la mettait au défi et qu’elle renchérissait.           
 

« Elle est extra, Docteur! Vous êtes sûr que vous ne voulez pas faire trempette? »          
 

« Certain! »          
 

La tête blonde redisparut sous une vague.          
 

Et puis, de toute façon, c’était ridicule de dire que l’eau était « bonne ». Comment l’eau pouvait-elle être autrement que bonne? Dure? Amère? Triste? Coléreuse? L’océan était l’océan et il ne fallait pas chercher plus loin.           
 

Une goutte d’eau puis plusieurs autres tombèrent dans son col et il glapit de surprise, se levant d’un bond et faisant face à… une Rose qui se tordait de rire d’avoir pu le surprendre. Ses cœurs manquèrent un battement. Oui, c’était à cause du maillot, définitivement.           
 

Et puis, son rire mourut et elle pointa le large. À une centaine de mètres, on voyait poindre une tête et des bras qui leur faisaient signe. Si loin de toute civilisation, ce n’était certainement pas un simple « hello ». Rose s’élança, mais le Docteur la dépassa, la laissant bouche bée devant la vision d’un caleçon aux motifs écossais (alors il n’était pas seulement adepte des rayures bleues finalement?). Elle retint un fou rire en voyant la cravate, toujours nouée.           
 

Rose comprit rapidement que le Docteur nageait beaucoup plus vite qu’elle et elle s’avança jusqu’à ce qu’elle ait de l’eau jusqu’au menton, prête à lui donner un coup de main pour les derniers vingt mètres. Il avait presque atteint la personne et elle sautilla d’impatience.          
 

Elle ressentit une piqûre sur son mollet et sa première pensée fut qu’un serpent l’avait piquée. L’eau était d’une transparence de cristal et elle n’apercevait rien, pas même un rocher ou des algues urticantes. Et puis soudain, la piqûre devint une brûlure, quelque chose la heurta par derrière et elle but la tasse. On la piqua plusieurs fois sur les bras et les jambes et elle se débattit, sans pourtant que l’assaut ne cesse. Elle prit son élan et creva la surface en criant. Elle fit face au large, criant de plus belle pour attirer l’attention du Docteur et le prévenir d’être prudent. Mais la mer était calme, les vagues avaient même cessé leur roulis.          
 

Le Docteur avait disparu.          
 

Une nausée la saisit et elle essaya de rejoindre la plage, toujours en bute aux piqûres de son ennemi invisible. Elle se traîna jusqu’au Tardis, pleurant de douleur, trébucha jusqu’à l’infirmerie et s’évanouit dans le lit diagnostic.           
 

Le Tardis mit quelques secondes à établir un traitement approprié. Il n’avait pas besoin d’un commandement précis pour prendre soin de Rose, il aurait agi de même avec n’importe quel compagnon du Docteur. Pourtant, les circuits véhiculant l’énergie particulière du vortex du temps vibraient avec une tendresse particulière, reflétant celle du pilote de la boîte bleue.           
 

o-o-o-o-o-o-o          
 

Le Docteur avait l’impression de flotter. La tête lui tournait. Sa gorge le démangeait, mais il était incapable de se gratter. Quelqu’un lui disait de rester calme, qu’il ne fallait pas déranger ses soigneurs. Il se sentait détaché de son corps, comme s’il était en apesanteur et à des kilomètres de son propre cerveau. Il aurait pu avoir peur (même si un Seigneur du temps souffre rarement de la peur), mais quelqu’un lui disait d’avoir confiance. Alors il avait confiance. C’était si simple.          
 

Il se sentait léger et… dense, autant qu’une brique d’uranium enrichi. Ses deux cœurs battaient lentement, régulièrement, et il sentait toujours le grain de beauté sur son omoplate. Le reste… le reste se consumait. Il comprit que sans les soins qu’on lui prodiguait, cette chaleur aurait été une brûlure insoutenable.          
 

Mais il y avait autre chose d’insoutenable… une absence… celle d’une jeune femme.           
 

ROSE!          
 

Quelqu’un poussa sur son épaule pour l’obliger à se calmer. Il fallait qu’il se remette et le calme l’aiderait.           
 

Mais Rose l’aiderait. Rose le retrouverait.           
 

Quelqu’un lui demanda qui était cette Rose, s’il s’agissait de la jeune femme qui se baignait non loin de l’île.           
 

La simple image de la jeune femme effaça complètement la douleur durant quelques secondes. C’était une drogue de penser à elle. C’était perturbant de la savoir loin de lui.          
 

Quelqu’un lui demanda s’il s’agissait d’une personne importante, s’il fallait la retrouver pour les réunir.          
 

Il aurait pu répondre dans cinq milliards de langages, mais tout se résumait à un « oui ».           
 

o-o-o-o-o-o-o          
 

Rose trouvait son lit beaucoup trop étroit et n’arrivait pas à se tourner de côté. Quand elle ouvrit les yeux sur le plafond de l’infirmerie, sa première réaction fut de chercher le Docteur. Puis ses idées s’éclaircirent. Le Docteur. Il devait être encore dans la mer. Le Tardis se plaignit quand elle se leva et courut dehors malgré sa faiblesse. Rose se retint au parasol, puis l’arracha et s’en servit comme d’une béquille pour arpenter la plage. Trois heures plus tard, elle tremblait de fatigue et n’avait trouvé aucune trace. Il ne restait de lui qu’une pile de vêtements dont il s’était débarrassé en trois secondes pour aller secourir… Rose étouffa un gémissement. Elle enfouit son nez dans les plis du costume rayé et de la chemise. Les odeurs lui donnaient des papillons dans l’estomac et elle réalisa qu’elle était seule. Toute seule. L’horizon était dégagé, la mer s’étirait à l’infini. Mais le paysage idyllique était devenu un désert plat parce qu’Il n’était plus là.          
 

« Vous êtes Rose Tyler. Le Docteur vous réclame. »          
 

« Quoi? »          
 

« Je suis là. Dans l’eau. »          
 

Rose stoppa net. La vision était déconcertante. Il s’agissait d’une femme plutôt séduisante, dans le milieu de la trentaine, aux cheveux si pâles qu’ils en paraissaient blancs. Oh… et c’était une sirène, une vraie sirène avec une queue de poisson et des nageoires translucides. Une sirène.          
 

La sirène portait un collier directement sur la gorge et appuya légèrement dessus pour parler.           
 

« Je m’appelle… »          
 

Et la créature mythique prononça une longue suite de syllabes fluides. Rose hocha la tête avec politesse.          
 

« Mais vous pouvez m’appeler Adara. Le Docteur a pensé que ce serait plus facile à prononcer. »          
 

« Pourquoi l’avez-vous enlevé? »          
 

« Pour le protéger. Et le soigner. Il existe des prédateurs microscopiques dans l’eau et ils s’attaquent à la chair de créatures semblables à vous. »          
 

« Pourquoi l’avoir attiré dans l’eau dans ce cas? Nous étions hors de danger. »          
 

« Vous êtes naufragés ici. Tôt ou tard, vous auriez été attaqués. C’était une mesure de précaution. C’est vous qui auriez dû venir en premier, mais nous n’avons pas été alertés immédiatement de votre venue. Vous avez eu beaucoup de chance de n’avoir pas été blessée. »          
 

« Non, pas de la chance. Il y avait un traitement dans le Tardis. »          
 

« Qu’est-ce qu’un Tardis?... Oh, je comprends. Il ne l’avait pas mentionné. Il a surtout parlé de vous, Rose Tyler. »          
 

« Dites seulement Rose. »          
 

« Il vous appelle Rose Tyler. »          
 

« C’est une manie à lui. »          
 

« Il a beaucoup de manies. » fit Adara d’un ton sentencieux.          
 

Rose éclata de rire, puis serra les dents : « Attendez une seconde. Vous lisez dans mes pensées! »          
 

« Oui. Il a dit que ça vous poserait problème, mais je ne lis que dans votre esprit public. J’entends votre réponse au moment où vous la formulez dans votre tête. Rien de plus. Ce ne serait pas moral de faire autrement. »          
 

« Merci. » répondit automatiquement Rose. « Maintenant, si vous vouliez bien ramener le Docteur, il y a un traitement dans le Tardis et nous pourrons… euh… nous occuper de nos affaires et vous laissez… euh… aux vôtres. »          
 

« Oh, oui… j’y arrivais. Il n’a pas pu venir parce que le traitement n’est pas tout à fait complété et il s’inquiétait. Il avait peur que vous vous sentiez seule. Alors je dois vous guider vers lui. Et vous pourrez probablement bénéficier du traitement. »          
 

« Merci, mais le Tardis y a pourvu. »          
 

« Permettez que je vérifie? Tendez-moi votre bras. »          
 

Adara palpa le poignet, effleura le creux du coude et tapota deux ou trois points stratégiques. Elle hocha la tête avec surprise : « Le traitement est très efficace. Je suis surprise que vous n’ayez pas d’effets secondaires. »          
 

Rose fronça les sourcils, pensant au Docteur : « Quels effets secondaires? »          
 

« Oh, rien de grave. En fait, nous nous sommes adaptés à ces effets. On pourrait même dire que sans eux, nous ne serions pas ainsi. » Adara désigna le bas de son corps.          
 

« Et est-ce que le Docteur… souffre… des mêmes effets secondaires? »          
 

« Bien entendu. Mais il faut s’en féliciter. Nous avons eu beaucoup de difficulté à travailler avec son système cardiovasculaire double. »          
 











           
 
          
Citation:
Rose avait l’impression d’être tombée au milieu du film de Walt Disney. L’eau était si claire que même à une profondeur de plusieurs mètres, on y voyait parfaitement. Une sirène la tirait vers le seul être qui était capable à la fois de lui couper le souffle et de lui servir d’oxygène et elle s’apprêtait à voir un Docteur métamorphosé.           
 

Une part d’elle s’inquiétait, mais le Docteur ne pouvait pas avoir changé en profondeur. Il avait déjà changé de visage et elle avait réussi à… s’adapter. Elle avait envie de rire, tout en sachant que c’était la nervosité. Le Docteur ne serait probablement pas dans son état normal et c’était dans ces moments qu’il était le plus fragile et le plus inabordable. Il pourrait la repousser, jouer les indifférents, les durs, les braves. L’autre part d’elle avait peur de le revoir… de le revoir sous une nouvelle apparence. Elle rêvait de lui et envisageait avec une certaine répulsion la transformation de ses rêves. Elle voulait le Docteur, son Docteur.          
 

Et puis, soudain, Adara la poussa gentiment dans une « pièce », formée par un amalgame de « ciment ». Rose atterrit avec légèreté et… Le Docteur était là. Et Rose craqua complètement, une petite voix soupirait et hurlait « mondieumondieumondieu ».           
 

Rose avait à peine entrevue le Docteur avant qu’il se jette dans la mer. Pour dire la vérité, son attention avait surtout été attirée par le caleçon écossais. À présent, débarrassé de tout le superflu, il était… il était tout simplement… Waow.          
(*aller voir la cave de Batcamou la Salle d'exposition du Tardis  si vous manquez d'inspiration (fanart)        
 

Il était mince, pour ça, il n’avait pas changé, mais Rose voyait enfin la musculature ciselée du Seigneur du temps. Oh, il n’avait rien d’un M. Univers, mais il était… oh, mon dieu, viril. Oui, terriblement viril. Gracieux comme un danseur et terriblement viril. Rose avait terriblement chaud et devait se retenir pour ne pas glousser comme une adolescente de quatorze ans.           
 

Le Docteur eu un sourire timide. Il était indécis et il avait encore un peu de mal à digérer l’absence de jambes. En même temps, il y avait quelque chose d’enivrant à être quelqu’un d’autre. Il pouvait croire qu’il n’était plus le Docteur, qu’il était… Merman, une créature fantastique qui adorait les jeunes femmes blondes et qui ne réfléchissait pas à toutes les conséquences sur le Temps et l’Histoire avant d’agir. Pour une fois, il pouvait exister seulement dans le moment présent; pour une fois, il pouvait se perdre dans une paire d’yeux verts et envisager très sérieusement d’embrasser leur propriétaire.           
 

Rose effleura la hanche du Docteur : « Ça fait mal? »          
 

Elle se servait un peu maladroitement du « collier » que lui avait prêté Adara et qui permettait à ses cordes vocales d’émettre suffisamment de sons pour se faire comprendre malgré la présence du tuba. Les mots ne sortaient tout à fait normalement mais, dans le cas présent, ça n’avait pas d’importance.          
 

« Non. Plus maintenant. »          
 

« Il faudrait… retourner… au Tardis. »          
 

« Oui, probablement. » dit-il sans plus de conviction qu’elle.          
 

« Ou bien… »          
 

« Nous pourrions nous balader. »          
 

« Oui, tout à fait. » dit-il rapidement.          
 

« Vous avez la permission de sortir? »          
 

« Mais pas celle de trop m’éloigner. Au cas où je réagirais mal à leur traitement. »          
 

« Est-ce que le Tardis va pouvoir vous guérir convenablement? »          
 

« Convenablement? Je ne suis pas convenable? » fit-il avec une fausse indignation.          
 

La cervelle de Rose faisait plus de bulles qu’une caisse entière de champagne et elle avait un peu de difficulté à trouver ses mots. Et à se retenir de se jeter sur lui pour lui faire… des choses très inconvenantes et auxquelles le Docteur ne s’attendait probablement pas. Et d’abord, elle commencerait par l’embrasser, glissant ses doigts dans ses cheveux qui ondulaient dans les courants marins, puis descendraient le long des côtes… Il donnait l’impression d’être recouvert de soie à cet endroit. Et peut-être… Peut-être que les longs doigts de cet être l’étreindraient et…          
 

« Rose? »          
 

« Oui? » fit-elle en détournant le regard du reste de ce corps… Le visage, rester concentré sur le visage, s’ordonna-t-elle, tout en considérant le fait que son visage était une tentation en soi.          
 

« En temps normal, j’aurais eu envie de courir. Avec… vous. Euh… toi. »          
 

C’était probablement un courant d’eau chaude qui faisait rosir ses joues, décida Rose.          
 

« Mais je suis obligé de… comment est-ce qu’ils disent dans le coin… m’adapter? Alors… je pense que nous pourrions nager très, très vite. Je suis… plutôt bien équipé pour ça en ce moment. » fit-il avec un petit sourire.          
 

La longue queue recouverte d’écailles bleues (pourquoi toujours bleues, songea Rose) fouetta l’eau avec conviction.          
 

« J’ai les bouteilles d’air comprimé. » dit-elle simplement.           
 

o-o-o-o-o-o-o          
 

Rose ne pouvait pas nager aussi vite, même avec des palmes. Le Docteur ne fit ni une ni deux et la prit « sous sa nageoire », la blottissant dans le creux de son épaule. Elle était ravie d’avoir le tuba dans la bouche sinon le Docteur se serait aperçu qu’elle arborait un sourire idiot au contact de cette chair mi humaine mi… sirène. Quel serait le terme pour un homme? Il penchait la tête de temps en temps pour vérifier qu’elle allait bien et tombait toujours sur un regard pétillant. Elle poussait sur son flanc pour lui signifier de continuer.           
 

Le fond sablonneux s’éleva et le Docteur « posa » Rose sur une plage… où trônait une cabine de police londonienne. Il hésita, puis décida de ramper complètement hors de l’eau.           
 

« Vous voulez rentrer dans le Tardis? Je crois que je serais capable de vous mettre dans le lit diagnostique. Il y a un moyen de l’abaisser quasiment au niveau du sol, non? Et puis, ce n’est pas comme si vous étiez un très… euh… lourd. »          
 

Il l’observait et haussa un sourcil. Rose se mordit les lèvres. Il n’aurait pas dû avoir, en plus du reste, ce sourcil.           
 

 « Mais ce n’est pas encore l’heure de remettre le pantalon. » devina Rose.          
 

Le Docteur hocha la tête et la tête de Rose lui donnait l’impression d’être une toupie.           
 

« Il faut neutraliser ce parasite invisible avant de repartir. » dit-il gravement.          
 

« Oh. Oui, évidemment. Euh… pourquoi? Je crois que les habitants de ce monde se sont très bien adaptés. »          
 

« Oui, mais tous les nouveaux voyageurs vont être forcés de « s’adapter ». Je n’ai rien contre… mais j’aime bien mes Converses. Ce serait une grande perte de ne plus être en mesure de les porter, non? »          
 

« Et j’ai bien aimé vos euh… mollets. » ajouta Rose avec tout le sérieux dont elle était capable.          
 

« Mais je dois dire… »          
 

« Oui…? »          
 

« Que je me demande de quoi vous auriez l’air sous cette forme… adaptée. ».          
 

Et la toupie repartit pour un tour.          
 

o-o-o-o-o-o-o          
 

Adara, Rose et le Docteur travaillèrent durant près de trois jours pour créer un élément capable de perturber le système nerveux des organismes microscopiques. Le Docteur avait commencé par visiter le labo d’Adara, puis s’était réfugié dans le sien. Disons qu’il avait voulu s’y réfugier, mais comme les paillasses n’étaient plus conçues pour lui et qu’il refusait de faire changer le Tardis pour ce détail, Rose avait fini par lui installer un laboratoire de secours directement sur la plage. Il avait « les pieds » dans l’eau et le cerveau à l’ombre du parasol. Et une vue splendide, puisque Rose portait son maillot en tout temps (à force de patauger et de faire des allers-retours dans le Tardis, elle s’était résignée sans trop de mal à son costume de bain). Quant au Docteur, il devait régulièrement prendre une pause dans son travail pour s’hydrater et, comme par hasard, Rose n’était jamais bien loin. La balade n’était jamais bien longue, quelques minutes tout au plus, et ils n’en parlaient même pas mais, justement, ce silence voulait tout dire.          
 

Ils n’étaient jamais bavards avec les choses qui les touchaient de trop près. Cette part du Docteur n’avait pas changé. Rose profitait sans trop de remords de ces moments, engrangeant du rêve pour les prochaines aventures, pour les fois où, toute seule dans sa chambre, elle rongerait son frein devant une réaction un peu rebutante du Docteur. Il était décontracté, beaucoup plus… romantique? tendre? humain?          
 

Est-ce qu’on pouvait parler d’un Seigneur du temps plus « humain » à cause d’une transformation temporaire en « merman »? Ça pouvait paraître un peu confus, mais tant pis. Rose adorait cette confusion. C’était une récréation entre deux aventures : le soleil, la plage, le Docteur, les regards qu’il avait pour elle, leurs deux corps si proches, si proches que c’en devenait étourdissant, leur deux peaux se touchant alors qu’il l’entraînait dans les courants de la planète Shouaï. Si seulement ça n’avait pas de fin!          
 

Quand il s’avéra que l’enzyme (pour diminuer la concentration des organismes microscopiques sur la planète) et le vaccin (le traitement mi-Tardis mi-Adara qui permettrait de soigner les gens sans les obliger à une adaptation radicale) étaient au point et sans danger pour les autres organismes, le Docteur, aidé par Rose, s’allongea sur le lit diagnostic et laissa le Tardis faire sa part. La manœuvre n’avait pas été très agréable pour le Docteur et Rose se contenta de la description toute technique du Docteur, retenant un frisson. Il l’avait empêché de rester dans l’infirmerie, mais elle l’avait entendu crier. Longtemps. Elle aurait pu s’éloigner, mais c’aurait été trop lui demander. Déjà, le laisser seul était une épreuve. Savoir qu’il avait mal était une tâche impossible à endurer. Mais elle l’endura, enfonçant ses ongles dans ses paumes et guettant le moment où le Tardis lui redonnerait accès au Docteur.           
 

Il ressortit comme si de rien n’était. Les cheveux soigneusement ébouriffés, la cravate nouée juste comme il faisait toujours. Rose fit un pas vers lui, inquiète, mais il haussa un sourcil intrigué et il eu ce sourire « tout-va-bien-allons-y ». Quelque chose n’avait pas eu lieu durant cette fraction de seconde et Rose sentit son cœur flancher. Il renifla et l’entraîna joyeusement vers le poste de pilotage. Il mit en marche les moteurs et lui débita un long monologue où il était question de son ami Hans qu’il n’avait pas vu depuis longtemps et de contes de fées et de complication possible dues à ses deux cœurs et à une insolation : « Et il faudra acheter un parasol pour large. Quoi? Pourquoi vous me regardez comme ça? »          
 

« Pour… pour rien. » dit bravement Rose.           
 

Aurait-elle trouvé le cran de dire que les petites pauses dans la mer de Shouaï lui manquait qu’il aurait probablement dit quelque chose comme « Oh non, on en vient à peine, on n’y retournera pas tout de suite! À la place, j’ai la planète Crocodilia où il y a de jolis reptiles mutants tout ce qu’il y a de sympathiques. Je le sais parce que, la dernière fois que j’y suis allé… ».           
 

Rose afficha un sourire et hocha la tête à chaque nouveau détail concernant une nouvelle aventure. Enfin, comme s’il était à court de mots (une impossibilité), le Docteur se laissa tomber dans le fauteuil, sursauta et gratta le bas de son dos. Une petite écaille bleue tomba et se coinça dans le grillage de plancher. Rose et le Docteur la regardèrent en silence jusqu’à ce que, finalement, les vibrations du Tardis la fassent tomber, quelque part dans les entrailles bourdonnantes de l’engin. Leurs regards se croisèrent et Rose prit une longue inspiration, refusant de lui demander d’être quelqu’un qu’il n’était pas. Il était le Docteur. Un Docteur avec des chaussures.           
 

Mais, d’une certaine façon, le Docteur qui n’en portait pas lui manquait. C’était ridicule et enfantin. Qu’est-ce qu’ils auraient fait, de toute façon, avec elle qui avait subi un traitement du Tardis et qui ne pouvait pas… s’adapter à la planète et le Docteur qui batifolait dans les vagues aussi naturellement que s’il avait fait cela durant les 900 ans de sa vie. Son petit diable intérieur lui souffla qu’il lui restait toujours la plage et le parasol et que les bouteilles d’air comprimé pouvaient aisément être remplies.           
 

« Ce sont de profondes pensées. » commenta le Docteur devant son silence.          
 

Rose rougit, mais il ne pouvait pas lire ses pensées aussi facilement. Heureusement.          
 

Il ne pouvait pas lire ses pensées, n’est-ce pas?          
 

Non, certainement pas.          
 

Enfin…          










 
          
 
Partie II : Danemark          
 
          
Citation:
« Et allons-nous maintenant? »          
 

Le Docteur prit le temps de corriger la trajectoire avant de répondre d’un ton surpris : « Je l’ai dit, nous allons voir M. Anderson. Autant rester dans l’ambiance. » ajouta-t-il distraitement.          
 

« L’ambiance? »          
 

« Il m’est venu à l’esprit, entre autres, parce que je suis passablement brillant - enfin passablement, disons que selon n’importe quel critère je suis plus que pas mal… »          
 

« Docteur. »          
 

« Oui, et donc je me disais que votre idée de sirène, à l’époque contemporaine du moins, était diablement proche de celle que s’en est faite M. Anderson. Je veux dire… »          
 

Il tourna une roue sur le tableau de commande, hésita encore, puis donna un tour de plus.           
 

« Il y a eu le mythe des sirènes depuis les Grecs, mais c’était des oiseaux. Pourquoi passer des êtres oiseaux aux êtres poissons? D’accord, d’accord, les deux sont supposés faire naufrager les pauvres malheureux avec leur chant, mais le saut est un peu gros entre les deux. Et l’idée de la Petite sirène, la description qu’en a faite Anderson est très proche de celle de nos amis, non? »          
 

« Trop proche? »          
 

« Oh yes! Alors nous allons vérifier. Si jamais il devait y avoir des problèmes… »          
 

« Autant le savoir tout de suite et se mettre les pieds dans les plats en même temps? » le taquina Rose.          
 

« Je ne cherche pas les problèmes, c’est plutôt eux qui me trouvent. Ils doivent m’aimer. »          
 

« Oh, c’est… »          
 

Rose se mordit la langue et garda pour elle-même une réflexion qui aurait mieux convenu à un Docteur sans pied. Il ne paru pas remarquer son hésitation. En fait, il ne la remarqua pas du tout pour la simple raison qu’il s’était déjà rué hors du Tardis. Rose soupira. C’était à son tour de s’adapter à la situation : elle ne pouvait pas tout avoir et il valait mieux rester dans la réalité.          
 

Elle retint un fou rire. La réalité?! Elle voyageait dans l’espace et le temps avec un type âgé de 900 ans qui venait de jouer les princes charmants à nageoire l’espace de quelques jours… La réalité, oui!          
 

« Rose, enfin, qu’est-ce vous faites? » appela le Docteur.          
 

« J’arrive! »          
 

Mieux valait tout mettre derrière elle et faire comme le Docteur : comme si de rien n’était. Elle faillit heurter deux personnes qui discutaient avec vigueur.           
 

« Enfin! Je vous présente Hans. Hans, voici Rose. Rose, il faut que vous fassiez la connaissance de sa petite amie! »          
 

« Pardon? »          
 

« Nous venons d’avoir une longue conversation et je sais qu’il a une petite amie qu’il doit rencontrer sous le pont tout à l’heure. Je me suis invité parce que je me doute du genre de petite amie qu’il doit rencontrer. » dit-il sur le ton de la confidence.          
 

Rose était stupéfaite : longue conversation? Elle avait attendu quarante secondes avant de le rejoindre! Une petite amie sous un pont? C’était Hans Christian Anderson, l’auteur de la Petite sirène?          
 

« Comment avez-vous fait pour le retrouver si vite? » chuchota-t-elle.          
 

« Le flair d’un Seigneur du temps.» répondit-il le plus sérieusement du monde.          
 

Ce qui voulait dire un pur coup de chance, se dit Rose qui reprenait du poil de la bête et qui reconnaissait tous les trucs du Docteur. Le trio s’avança vers le pont de type dos d’âne en dessous duquel attendait gentiment une jolie jeune fille, les mains sagement croisées sur ses genoux.           
 

« Oh, Hans, je ne savais pas que vous viendriez avec… de la compagnie. Vous m’aviez promis de toujours venir seul. »          
 

« Je sais que vous êtes timide, mais le… le Docteur voulait faire votre connaissance, chère Anna.»          
 

« Hello, je suis le Docteur. Voici Rose. Enchanté. Complètement. Mais cette pierre n’a pas l’air très confortable. Et c’est plutôt humide par ici. Nous pourrions faire quelques pas… profiter de ce beau soleil. » suggéra perfidement le Seigneur du temps.          
 

« Oh, non, non, ce ne sera pas nécessaire. Je préfère rester discrète. »          
 

« Fuir la foule, je comprends… Le soleil, vu votre teint de nacre, c’est sans doute préférable. Mais vous avez l’air de souffrir terriblement dans cette robe. Pourquoi ne pas l’enlever? »          
 

Hans ne fit ni une ni deux et se plaça entre son amie et le Docteur : « Mais qu’est-ce qui vous prend? Faites preuve d’un minimum de pudeur, monsieur! »          
 

« Docteur. » corrigea-t-il aussi. « Je lui offrais simplement la chance de se mettre à l’aise. » dit le Docteur de son air le plus innocent. « Regardez-la, on dirait qu’elle va étouffer dans cette robe. Arg… les corsets. »          
 

Devant le regard choqué de Hans et celui, amusé, de Rose, il précisa qu’il n’en avait jamais porté, mais qu’il imaginait très bien l’effet.          
 

« Docteur, ça ne peut pas être une… une sirène. » dit Rose qui voyait Hans et son amie pâlir à la mention de choses dont ne parlait pas la bonne société et la société tout court. À cette époque du moins.          
 

« Alors pourquoi est-ce qu’elle est aussi pâle et qu’elle blêmit encore plus à la pensée de devoir prendre un peu le soleil? Ou même de faire une balade? »          
 

Il s’avança doucement vers la jeune femme, écartant gentiment Hans et Rose l’aida en poussant l’auteur de côté tout en lui expliquant du regard que l’espèce de cinglé en costume à rayures ne ferait pas de mal à sa fiancée.          
 

« Ça ne doit pas être facile d’enfiler la robe et d’éviter de la froisser. Vous la conservez où? »          
 

« Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler, monsieur. Hans, s’il-vous-plaît, dites-leur de partir. Je… je ne me sens pas bien. »          
 

« Alors il faut le Docteur. »           
 

Le Docteur pointa son tournevis sonique vers la jeune femme qui s’inquiéta : « Mais qu’est-ce qui vous prend? »          
 

Il la poussa aussitôt dans l’eau avant qu’Hans ou Rose puissent réagir. Hans bondit sur le Docteur, déterminé à lui filer son plus beau direct au visage, mais Rose  le força à observer le lit de la rivière. Hans perdit aussitôt toute agressivité : « Anna!? »          
 

Les jupes d’Anna s’étaient relevées non pas sur un jupon, mais sur une queue écaillée aux reflets rougeâtres. Anna n’avait pas de pieds, mais bien des nageoires délicatement translucides. Le Docteur hocha la tête tout en rangeant son tournevis : « Vous étiez complètement déshydratée, mademoiselle Anna. Pour un peu, vous tombiez dans le coma. Il faut rester dans l’eau pour un petit moment. »          
 

« Mais qu’est-ce que… qu’est-ce que vous lui avez fait? » rugit Hans.          
 

« Il n’a rien fait. » dit Rose en se mettant entre lui et le Docteur, un vieux réflexe de protection. « Votre fiancée est… Enfin… Anna est… »          
 

« C’est une sirène. » dit le Docteur d’un ton sentencieux et didactique.          
 

« Pardon? » firent ensemble Anna la sirène et Hans l’auteur de la Petite sirène.          
 

« Oh, oui, bon, d’accord, quelle est votre espèce? »          
 

« Homo aquarius ».          
 

« Hum… sirène, c’est plus joli. » dit le Docteur.          
 

« Mais… mais… »          
 

« Du calme, Hans, vous avez la chance d’être tombé dans l’œil d’une gentille petite Homo aquarius. »          
 

« Mais… vos jambes! Qu’est-ce qui est arrivé à vos jambes? » s’exclama Hans, toujours abasourdi par ce qu’était Anna.          
 

« Hans… allons, vous êtes plus brillant que ça… Elle n’a jamais eu de jambes. » dit le Docteur en grommelant.          
 

« Mais… »          
 

« Je sais ce que vous allez faire. Vous allez faire une balade avec elle, d’accord? Elle va vous charmer et peut-être même essayer de vous embrasser. Un conseil : laissez-vous faire. D’accord? » dit le Docteur d’une seule traite.          
 

« Mais… »          
 

« Non, non, non, non. Faites-moi confiance, je sais ce que je dis. Anna risquait sa vie pour venir vous voir alors elle est décidément mordue… euh… attachée… euh… »          
 

« Amoureuse. » dit platement Rose.          
 

« C’est ça, c’est ce qu’elle est. Elle est amoureuse. »          
 

« Mais... »          
 

« Variez votre vocabulaire, mon vieux. Vous allez en avoir besoin pour écrire vos histoires. Allez, hop, sautez dans l’eau. »          
 

« Non, Docteur, il ne doit pas. » dit Anna.           
 

« Pourquoi? » demanda le Docteur en haussant un sourcil.          
 

« À cause de mes sœurs. »          
 

« Oh, c’est toute une famille qu’on a là. » dit-il avec entrain.          
 

« Elles ne savent pas que je viens ici pour voir Hans. Elles… ne comprendraient pas. »          
 

« Oh, je suis sûr que… »          
 

« Non, Docteur. Elles ne doivent pas l’apprendre. Elles… n’ont pas bon caractère. Elles… haïssent les humains. »          
 

« Les humains. » souffla l’auteur, toujours sous le choc.          
 

« Oui, Hans, c’est ce qu’elle a dit. Vous connaissez les humains, vous en êtes un. Surtout si vous fermez la bouche sinon vous ressemblez à un…  euh… à un… Fermez la bouche, c’est tout. »          
 

« D’où venez-vous? » demanda Rose.          
 

« De plus loin que vous pourriez l’imaginer. »          
 

« Eh bien… j’ai… beaucoup d’imagination. » rétorqua le Docteur avec un clin d’œil.          
 

« Vous n’êtes pas comme les autres. »          
 

« Qu’est-ce qui vous fait dire ça? »          
 

« Vous… semblez tout tourner à la plaisanterie. Et… vous me regardez… vous me regardez vraiment. C’est… troublant. Je ne croyais pas que les humains pouvaient regarder une autre espèce avec tant de… Vous êtes différent. »          
 

« Avec tant de quoi? » fit le Docteur avec curiosité.          
 

Rose songea qu’il devrait se rappeler plus souvent le vieux proverbe « la curiosité a tué le chat ».           
 

« D’affection. Vous me connaissez depuis quelques minutes à peine et vous agissez comme si j’étais… de votre famille. »          
 

Le Docteur toussota et Rose songea qu’elle avait rarement entendu parler avec autant de justesse du talent du Docteur à prendre en charge n’importe quelle situation, justement parce qu’il se sentait concerné par le bien de chaque être.           
 

Il se contenta de sourire et jeta un coup d’œil à Hans qui retrouvait quelques couleurs.          
 

« Qu’est-ce que vous lui trouvez à ce Hans s’il doit vous causer tant de problèmes? »          
 

« La première que je l’ai vu, il jetait des feuilles de papier sur la jetée. Il les déchirait et on avait l’impression qu’il se déchirait le cœur avec chacune d’elle. J’ai lu ces papiers et… »          
 

« Ça sait lire? » s’étonna Hans.          
 

Anna se renfrogna et le Docteur reprocha silencieusement à Hans son attitude, mais ce dernier resta sans voix et mima des excuses maladroites.          
 

« Anna n’est pas un « ça ». Anna est une personne. Et elle a aimé vos histoires. » fit Rose avec sévérité.          
 

« Et l’histoire parlait de moi. » reprit Anna. « Enfin… du peuple vivant au fond de l’eau. J’ai vu cela comme un signe. Je l’ai revu, de temps en temps, alors qu’il se promenait sur le port. J’ai remonté la rivière en le suivant il y a quelques semaines et j’ai vite compris qu’il empruntait régulièrement ce pont. Je me suis préparée et j’ai fait en sorte de le rencontrer. Mais je ne peux pas m’éloigner très longtemps de l’eau. Juste… en sortir… est douloureux. »          
 

« Et tu venais tout de même là tous les jours? Pour moi ? »          
 

Anna hocha simplement la tête.           
 

« Mais pourquoi? »          
 

« Au début, c’était pour avoir la suite de l’histoire. Et peut-être un peu pour te voir de plus près. Et j’ai appris à te connaître. Et… »          
 

« Love power. » dit doucement Rose.          
 

« Hans, je suis désolée… je me disais que tu ne comprendrais pas. Les humains ne comprennent jamais rien. »          
 

« C’est souvent vrai. » dit le Docteur entre ses dents.          
 

Rose lui donna un coup de coude.          
 

Au même instant, Anne cria de surprise et disparu. Quelques secondes plus tard, les lambeaux de sa robe flottèrent puis s’éloignèrent au fil de l’eau. Le Docteur sursauta et fit plusieurs pas dans la rivière, pointant son tournevis ça et là.           
 

« Ce sont ses sœurs. » prévint-il Rose tout en faisant biper le tournevis.          
 

Et puis, il glissa et se retrouva assis, de l’eau jusqu’au cou. Rose faillit éclater de rire, mais une sorte de tentacule noir effleura la surface et elle cria pour le prévenir.          
 

Trop tard.          
 

Le tentacule s’enroula autour des épaules du Docteur, l’attira de plus en plus loin du rivage et finit par l’entraîner sous l’eau. Rose se débarrassa de ses souliers et plongea pendant qu’Hans hésitait et faisait les cent pas en se rongeant un ongle.          
 

La rivière n’avait rien à voir avec l’océan de Shouaï : la vision était limitée à quarante centimètres et des paquets d’algues se prenaient entre ses doigts. Rose remonta, rempli ses poumons le plus possible et replongea. Et puis, quelque chose tordit sa cheville et l’attira rapidement au loin. Elle ne se débattit pas, persuadée d’être emportée au même endroit où le Docteur se trouvait. Il ne lui restait plus qu’à retenir son souffle.          
 

Elle heurta un rocher et si elle réussit à dévier le choc, sa tête reçut un coup suffisant pour la faire perdre connaissance.           










          
 
          
Citation:
Rose reprit connaissance dans le plus merveilleux paradis du monde étant donné que les lèvres du Docteur étaient posées sur les siennes.           
 

Mais elle le repoussa aussitôt pour tousser une certaine quantité de liquide. Ah. Du bouche à bouche. Et bien… au moins, il ne l’avait pas laissé étouffer.           
 

Le Docteur l’aida à se mettre de côté, puis l’adossa à une paroi de pierres.          
 

« Où sommes-nous? »          
 

« Une caverne sous-marine. »          
 

Elle aurait pu s’en rendre compte seule, à l’odeur, à l’humidité… et aux créatures étranges qui les fixaient avec impatience… comme si l’heure du dîner était arrivée.          
 

La première était une chauve-souris géante à figure humaine. Ses « ailes » traînaient dans l’eau et Rose réalisa que la créature était plus faite pour nager que pour voler. Son museau se plissa et elle dévoila une paire de crocs en crachant. Elle ne sembla pas particulièrement aimer Rose.          
 

Mais cela valait également pour l’espèce de crocodile à visage humain qui se trouvait à côté d’elle. La chose claqua des mâchoires et manqua arracher la jambe de Rose qui la retira juste à temps. Elle gronda avec amusement.          
 

Le Docteur fit un mouvement pour protéger la jeune femme, mais il fut arrêté par un tentacule… appartenant à une gigantesque pieuvre, qui le retint par le cou. Non, une femme. Enfin… la partie humaine pour le haut du corps et le bas… était un entrelacs de tentacules caoutchouteux.           
 

« Inutile, petit homme, de se battre. Nous avons plus urgent à faire. Anna, ne nous interrompt pas! Dragonne, je t’avais dit de la surveiller! » rappela la pieuvre avec colère.          
 

Dragonne, une sirène, était assise (littéralement) sur Anna et l’empêchait de bouger. Elle saisit une poignée de boue et la fourra dans la bouche d’Anna.           
 

« Et vous êtes? » demanda poliment le Docteur.          
 

« Vous pouvez m’appeler Stradi. Je vais parler pour mes sœurs. »          
 

« Vos sœurs? » s’exclama Rose.          
 

« Anna, que vous connaissez, Dragonne, Mosgo la grand gueule et Batcam aux jolies canines. »          
 

 « Bonjour! » fit Rose avec une fausse joie. « J’aurais préféré que nous ayons cette discussion ailleurs. À l’air libre par exemple. »          
 

«  C’est la faute d’Anna alors ne vous plaignez de rien. Cette petite idiote savait très bien ce qu’elle avait à faire et ne l’a pas fait. ».          
 

« Hello Stradi, je suis le Docteur. Et elle, c’est Rose. »          
 

« Non. »           
 

« Pardon? »          
 

« Vous êtes le plat principal. Et elle, l’entrée. Ou vice-versa. Nous verrons. »          
 

« Oh, nous ne verrons rien du tout. »          
 

« Exactement. Batcam, ici présente, raffole des yeux. Je crois que c’est ce qu’elle gobera en premier. Jolis yeux bruns. Doivent être succulents, pas vrai? »          
 

La chauve-souris plissa le museau et montra des crocs inquiétants. Rose frissonna, mais il en fallait plus pour émouvoir le Seigneur du temps, qui lui fit un clin d’œil et inspecta les lieux à sa manière bien spéciale. Il marchait de long en large, fourrant son nez partout, effleurant un rocher ici, une mousse là, soufflant sur une algue collée à son revers, remettant en place une mèche de cheveux avec une indifférence calculée.           
 

Rose admirait le spectacle, car c’en était un, du grand Seigneur du temps accumulant suffisamment d’informations pour mettre K.O. ces monstres. Manger le Docteur? Et quoi encore? Elles pouvaient bien prétendre n’importe quoi, elles n’avaient jamais fait la connaissance de cet être.          
 

« Ce n’est pas mon ami. » hurla Anna qui s’était débarrassé de son bâillon de boue. « Je l’ai rencontré il y a moins d’une heure! »          
 

« Ne dis pas n’importe quoi, soeurette. Nous avons vu comment il te regardait. Et l’autre navet était terrifié par toi. »          
 

« Ce n’est pas un navet, il s’appelle Hans! »          
 

« Je ne relâcherai pas ce docteur. Je suppose que tu croyais qu’il pourrait te guérir? Croyez-vous que vous pourriez la guérir, Docteur? Lui donner des jambes comme les bêtes immondes qui vont sur la terre? »          
 

« Je n’ai jamais été traité de bête immonde auparavant. » dit le Docteur comme s’il avait réfléchi longuement.          
 

« La ferme! » ordonna Dragonne, qui s’adressait autant au Docteur qu’à Anna. Pour faire bonne mesure, elle sauta légèrement sur place, ce qui enfonça sa sœur un peu plus profondément dans le cloaque où elle était prisonnière.          
 

« Elle a des rêves. » se moqua celle avec une tête de crocodile.          
 

« Elle rêve de marcher. » ajouta la chauve-souris en sifflant de mépris.           
 

« N’importe qui a le droit à des rêves, mais les siens sont… dégoûtants. » dit la pieuvre géante en frappant le sol de ses tentacules. « Nous ne frayons pas avec les humains. »          
 

Ce qui était certainement pour le mieux, vu leur niveau de sociabilité, songea Rose.          
 

« Alors, vous nous invitez à… dîner… » dit Rose.          
 

« Elles ne vont pas nous manger pour vrai, Rose. » la contredit le Docteur.          
 

« Vous n’êtes dégoûtants que lorsque vous êtes vivants. Morts, vous êtes… délicieux. » dit le crocodile en faisant claquer ses mâchoires à quelques centimètres du Docteur.          
 

Il hocha la tête et se gratta l’oreille gauche. Rose sentait le moment venir, celui où il leur clouerait le bec… la gueule… la mâchoire… enfin, le truc.           
 

« Le seul problème… c’est… eh bien, que je ne suis pas humain. » fit le Docteur avec légèreté. « Je suppose que je dois être savoureux, mais… Je préfère passer mon tour. Oh, et je crois que Rose va également passer son tour. »          
 

Les créatures firent soudainement un boucan d’enfer et il fallut quelques secondes à Rose pour comprendre que… elles riaient.          
 

« Je ne crois pas. Nous vous avons déjà assaisonnés. » dit Dragonne qui avait repris son sérieux la première.          
 

« Je suis désolée. » murmura Anna. « C’est ma faute. »          
 

« Assaisonnés? Avec quoi? Persil, basilic, piment fort? Je ne suis pas allergique à l’ail, mais… »          
 

« Notre recette spéciale. Et nous savons que ça fonctionne. » gronda amicalement Musgo en agitant fébrilement ses courtes pattes et sa longue queue écailleuse.          
 

« Sur lui, oui, mais elle.... » objecta Batcam en agitant ses ailes.           
 

Elle se laissa tomber directement sur Rose, qui poussa un petit cri et essaya de la repousser. La chauve-souris renifla profondément le cou de la jeune femme qui retint une réaction de dégoût à cause de la truffe glacée. Entre autres.           
 

« Ça ne marche pas sur elle. Il faut lui en redonner. »          
 

« Qu’est-ce que vous êtes? »fit la pieuvre géante. « Vous n’êtes pas humain, mais vous réagissez… normalement. Elle, par contre, est humaine et n’y réagit pas. C’est très étrange. »          
 

« Qu’est-ce qui arrive au Docteur? » demanda Rose.          
 

« Il devient meilleur. »          
 

« Oh, c’est moi qui rend les gens meilleurs. » fit le Seigneur du temps avec un sourire de gamin déçu. « Je...  je… »          
 

Il fit les yeux ronds et vacilla.           
 

« Docteur! »          
 

« Je… me sens… bizarre. »          
 

Il était tout pâle et perdit soudain l’équilibre. Rose le rattrapa et l’allongea. Elle dénoua la cravate et les deux premiers boutons de la chemise. En posant une main sur sa poitrine, elle constata que ses deux cœurs battaient à tout rompre.          
 

« Cet assaisonnement, c’est quoi? Je vous préviens, je ne plaisante pas! »          
 

« Nous non plus. Poussez-vous. Il est temps de dîner. »          
 

« Rose, c’est… c’est… Shouaï… »          
 

Les créatures reculèrent tout ensemble. Même Anna semblait perplexe.          
 

« Il connaît notre planète. » souffla Dragonne.          
 

« Il dit qu’il n’est pas humain… » s’étonna Musgo.           
 

« Comment est-ce possible? » ragea Stradi en tordant ses tentacules.          
 

« Il faut le manger tout de suite. » décida Batcam.           
 

« Rose… » gémit le Docteur.          
 

« Je suis là, ne vous inquiétez pas. »          
 

« C’est… Shouaï. C’est… le Tardis vous protège… mais pas moi. Il faut… gagner du temps. »          
 

Une longue convulsion le saisit, faisant sursauter tout le monde. Rose entendit qu’il fallait manger le Docteur immédiatement, mais c’était bien la dernière chose qu’elle laisserait faire. Anna parvint finalement à attirer son attention et dirigea son regard vers une anfractuosité dans la grotte. La sortie?           
 

Anna repoussa brutalement sa sœur Dragonne et Rose en profita pour rouler le Docteur dans l’eau. Elle le tira plus facilement jusqu’au creux de rochers, d’autant qu’Anna surgit et l’aida. Dès qu’elles eurent franchi l’arche, Anna donna un coup de poing sur le côté du mur et un panneau s’abaissa.           
 

« Nous sommes venues dans cette navette. C’est notre moyen de quitter cette planète quand nous serons prêtes. »          
 

« Vous avez eu de la chance de trouver cette caverne. »          
 

« Pas vraiment. » dit Anna. « Nous avons créé cette caverne. »          
 

« Oh. Maintenant, quel est ce truc que vous nous avez donné? »          
 

« Il faut me pardonner. Je suis désolée. »          
 

« Je vous pardonne. Maintenant, dites-moi que vous avez un antidote. »          
 

« Ce n’est pas un poison. » dit Anna en tremblant. « Ce n’est pas même… dangereux. »          
 

Rose flamba de colère : « C’est dangereux. Le Docteur ne serait pas dans cet état si… »          
 

« C’est un concentré de notre propre ADN. » fit Anna en détournant le regard.          
 

« QUOI? »          
 

« Il va… simplement… devenir comme nous. » grommela Anna.          
 

« Et vous alliez le manger? Vous alliez vraiment…? Non, ce n’est pas possible. Vous cannibalisez votre propre espèce! Vous transformez les gens en créatures comme vous pour les manger! C’est… c’est indécent ! »          
 

« Je ne mange pas les gens, je ne suis pas comme elles. »          
 

« Encore heureux étant donné que vous auriez un buffet juste pour vous dans votre navette de secours. » répliqua Rose.          
 

Anna semblait au bord des larmes et Rose fit un effort de sang froid.          
 

« Désolée. Je ne m’attendais pas à figurer au menu de la Petite sirène. Et quand il est en danger, j’ai tendance à être plutôt concernée. »          
 

« Il va passer par un période d’adaptation pour… »          
 

« Je sais. Nous venons de quitter Shouaï. »          
 

« Vous… venez de quitter…? Mais il y a combien d’années? »          
 

« Oh, à peu près deux heures, je dirais. »          
 

« Impossible. »          
 

« Juste improbable. » répliqua automatiquement Rose. « Je devrais lui enlever son pantalon. »          
 

« Pardon? Je crois que ce n’est pas bien vu. »          
 

« Vous avez drôlement bien étudié nos coutumes, n’est-ce pas? J’espère qu’il va rester du côté poisson. J’aurais de la difficulté avec une tête de crocodile. »          
 

Comment embrasser une tête de crocodile après tout?          
 

Elle hésita et finit par lui enlever le pantalon, remarquant que des écailles avaient déjà commencé à pousser le long de ses hanches et autour de son nombril. Les bas étaient déjà déchirés et ses souliers glissèrent sans effort, tant ses pieds étaient déjà déformés. Elle dissimula rapidement une certaine partie de son anatomie : ce n’était pas le temps d’avoir des idées.          
 

« Oh. » fit Anna avec un petit rire.          
 

« Quoi? »          
 

« Finalement, vous avez un minimum de pudeur. »          
 

Rose rougit.          
 

« Et maintenant? Elles pourraient défoncer la porte? »          
 

« Elles ne pourraient pas la réparer. La navette est plus importante que nous. Nous sommes en sécurité. »          
 

Oui, mais comme pour toute forteresse, il y avait une faiblesse. Les montres ne pouvaient pas entrer, mais Rose, Anna et le Docteur ne pouvaient pas sortir.           
 

« J’imagine que ça ne vous dis rien si je trouve que ça rappelle Downing Street et les Slitheens? »          










 
          
 
       
Citation:
Le Docteur entra en convulsion à quelques reprises et Anna fut incapable d’expliquer pourquoi.       
 

« Elles ne laissent pas la transformation se poursuivre si longtemps. Je ne sais pas ce qui se passe, si c’est normal ou pas ou… Dès les premiers signes de changement, elles… enfin… elles… »       
 

« Mangent. » compléta Rose avec un frisson.       
 

Anne hocha la tête.        
 

« Il a déjà été dans cet état. Et vous étiez sur Shouaï. C’est… presque irréel. Comment est-ce qu’il a reçu des jambes? »        
 

« Il en a toujours eu. C’est une vermine sur votre planète qui obligeait les gens à s’adapter à la vie marine. Le Docteur y a eu droit. Mais lui et Adara ont mis au point un traitement pour éviter l’obligation que… que tout finisse en queue de poisson. »       
 

« Alors il n’y a pas d’espoir pour moi. »       
 

« Il y a toujours de l’espoir. Même pour lui. Mais je voudrais bien savoir quel est son plan. Ne faites pas ces yeux-là, Anna, il a toujours un plan. »       
 

« Il est malade. »       
 

« Non, il est en train de changer. De s’adapter. Il l’a déjà fait. Tout va bien aller. Il… il change. C’est tout. »       
 

« Et pourquoi pas vous? Elles ont dû vous donner une dose aussi massive qu’à lui. »       
 

Rose réfléchit : le Docteur lui avait dit que le Tardis la protégeait. Il ne fallait pas chercher bien loin l’explication, car c’était le Tardis et uniquement le Tardis qui l’avait soignée. Le Docteur, Adara et les autres bénéficiaient d’un traitement mi Shouaï, mi Tardis. Il y avait peut-être des lacunes. Il y avait peut-être une fragilité, une faille dans leur traitement qui faisait en sorte que le Docteur soit atteint et pas elle.        
 

En fin de compte, c’était probablement mieux ainsi. Ça ne servait à rien qu’ils tombent tous les deux dans un piège et soient en pleine transformation, quoique Rose puisse regretter de ne pas savoir ce que ça faisait de filer dans l’eau comme une fusée. Elle avait vu le film avait imaginé, comme toutes les petites filles sans doute, qu’elle était capable de devenir une sirène. Il y a avait une part de magie dans l’aventure.       
 

Elle reporta son attention sur le Docteur, qui avait pratiquement retrouvé l’apparence qu’il avait eue sur Shouaï. C’était lui qui était magique. Avec une espèce de perversion, elle enleva la veste et la chemise, soupirant devant la peau qui semblait attendre une caresse. Elle se mordit les lèvres. Non, non, non, elle ne pouvait pas en profiter, ce serait abuser et s’il s’en rendait compte, elle mourrait de honte. Alors elle se contenta de regarder. Avec un nouveau soupir.       
 

« Il est beau. » dit Anna.       
 

Rose la foudroya du regard.       
 

« C’est sur un plan purement esthétique. Je préfère Hans. Et si je me fie à lui, ce Docteur, c’est vous qu’il préfère. »       
 

Rose eu un petit sourire navré. Oui, il l’aimait bien, mais il ne se rendait pas compte à quel point elle l’aimait et était parfois blessée de ses réactions envers elle. Elle pouvait tout pardonner, d’autant plus facilement qu’ils n’appartenaient pas à la même espèce, qu’il était beaucoup plus vieux qu’elle et qu’elle n’était, après tout, qu’une gamine née sur une planète arriérée. Elle pouvait pardonner à quelqu’un d’aussi… magique. On ne peut pas demander à un Seigneur du temps de s’abaisser au niveau des humains. Pas même pour une Rose.       
 

« Vous ne vous êtes pas adaptée, n’est-ce pas? Vous n’avez pas nagé sur Shouaï comme les miens. »       
 

« J’ai nagé avec lui. »       
 

« Je veux dire, si jamais vous aviez adopté cette apparence, vous auriez su. Pratiquement tout de suite, je n’en doute pas. »       
 

« Je ne comprends pas. »       
 

« Ce n’est pas grave. Vous avez eu votre traitement alors ça ne se produira jamais. Mais vous l’auriez su. »       
 

« Télépathe? »       
 

« Oh, non, rien de tout ça. Ne vous en faites pas, il vous aime. »       
 

Sous le prétexte de vérifier qu’il n’avait pas de fièvre ou quelque chose du genre, Rose osa toucher la joue et le front du Docteur, un geste caressant appartenant bien plus à une amoureuse qu’à une infirmière. Elle sursauta lorsque  les paupières frémirent et se pencha vers lui : « Docteur? »       
 

« Rose? » parvint-il à chuchoter.        
 

Le ton dénotait de la surprise. Quoi? Il avait pensé qu’elle l’abandonnerait? Qu’elle en profiterait pour s’enfuir? Est-ce qu’il ne comprenait pas qu’on peut tout abandonner dans sa vie… sauf sa propre vie? Qu’il était, lui, cet espèce d’idiot à nageoires trop séduisant, ce qui comptait le plus et tant pis pour le reste de la galaxie?       
 

« Tu n’es pas atteinte. » ajouta-t-il avec soulagement.       
 

Il se redressa un peu trop vivement et Anne et elle durent le soutenir pour lui redonner un peu d’équilibre. Il considéra un bref moment la partie transformée de son corps, agitant doucement le bout d’une nageoire, comme s’il n’était pas sûr que toutes ces nouvelles pièces lui appartenaient. La surface de sa peau irisée de bleue lui était à la fois familière et étrangère et il ne la retrouvait pas sans un certain malaise. Il hocha la tête, acceptant l’inévitable. Pas question de remettre ses Converses dans l’immédiat.        
 

Il fallait maintenant s’occuper des sœurs d’Anna et le Docteur utiliserait toutes les cartes de son jeu. Déjà, en ayant cette forme, il ne risquait pas d’être noyé. Juste mangé.        
 

Rose frissonna et le Docteur soupira en lui faisant signe d’approche. Elle obéit, incertaine de la raison qui le poussait à… Il la fit asseoir directement sur lui et elle se raidit. Il l’enlaça et frictionna ses bras. Ah. Il avait remarqué qu’elle avait froid.       
 

Elle continua à trembler, mais pas nécessairement de froid. Le Docteur ne remarqua pas le changement et elle n’était pas prête à lui dire qu’elle avait soudainement beaucoup, beaucoup plus chaud, là, serrée contre lui. Ce n’était pas tricher de rester et de profiter de son contact, n’est-ce pas? Pas vraiment puisque c’était lui qui lui avait demandé de le rejoindre. Et il ne la touchait que pour mieux… la réchauffer.       
 

Il réussissait très bien et pas seulement là où il la frictionnait.        
 

« Vous avez de la fièvre finalement? »       
 

« Je génère plus de chaleur que la plupart et la… transformation active encore plus l’échange cellulaire, le mouvement des cellules produisant l’énergie, rapidement transformée en chaleur. Rien que très normal. »       
 

Rose suffoqua. Normal? Magique? Voyage dans le temps?       
 

Oh, et puis après tout, il s’agissait du Docteur.       
 

o-o-o-o-o-o       
 

Ils firent une sortie en force, précédés par la stridulation la plus désagréable que le tournevis sonique était capable de produire. Le Docteur se plaignit de ne pouvoir le ranger dans sa poche (il préférait définitivement nager sans vêtements) mais refusait de l’abandonner. Il le tenait donc entre ses dents.       
 

Anna se chargea de Dragonne en la plaquant sur quelques rochers bien pointus tapissaient le fond du lac. Elles disparurent  dans un nuage de boue en suspension, de bulles et de couinements suraigus       
 

Le Docteur se jeta sur Musgo et pressa les mâchoires de crocodile de toutes ses forces. La créature ne fit ni une ni deux et adopta la stratégie classique : elle roula dans l’eau et essaya de se débarrasser du Merman. Ce dernier s’enroula autour du corps reptilien et tint bon, guettant le moment où elle se fatiguerait et où il pourrait obliger une narine à s’ouvrir. Pour ne pas mourir noyée, la femme crocodile serait obligée de refaire surface et le Docteur savait déjà ce qu’il ferait ensuite.       
 

Rose fut attaquée immédiatement par Stradi, qui avait définitivement une dent… enfin, un tentacule, contre elle, mais la jeune femme se défendit avec un minuscule laser chirurgical emprunté à la trousse de secours de la navette. Elle taillada les tentacules, faisant saigner la pieuvre en une douzaine d’endroits. Mais la douleur donna un surplus d’énergie à la créature qui projeta un de ses membres comme un fouet et fit tomber Rose dans l’eau.       
 

« Rose! » cria le Docteur.       
 

La jeune femme remonta en grimaçant de douleur et fit signe qu’elle allait bien. Mais le crocodile profita de son attention pour donner un coup de queue et se débarrassa de la prise du Docteur… qui bouscula Rose et ils coulèrent.        
 

Le Docteur empoigna la taille de la jeune femme et lui donna un élan suffisant pour reprendre pied sur le bord du lac sous-terrain. Mais le crocodile ne l’entendait pas ainsi et il ouvrit une gueule énorme, suffisante pour couper Rose en deux. La jeune femme réagit instinctivement et braqua le laser. Le mouvement combiné de la femme crocodile pour éviter le laser et celui de Rose d’écarter sa main de la terrible morsure… arracha toutes les dents de la mâchoire du bas, cautérisant la gencive en même temps. Rose cilla, puis fit la même manœuvre pour la mâchoire du haut en profitant du fait que le crocodile était complètement désemparé par ce résultat inattendu.       
 

Le Docteur éclata de rire… jusqu’à ce que la chauve-souris, faisant fi de la douleur auditive, lui plante ses griffes dans le cou comme un vampire et dévoile ses crocs… très capable de le décapiter. Il cria et plongea instinctivement.       
 

Rose n’eu pas le temps de s’inquiéter pour lui, car Stradi voulait sa revanche et glissait rapidement vers elle, laissant des traces de sang sur son passage. Durant le premier round, c’était surtout la pieuvre qui était intervenue. À présent, c’était la partie humanoïde qui agissait. Rose fut giflée, cognée, griffée et mordue. Une poignée entière de cheveux fut arrachée de son crâne. Alors que la jeune femme chercha à reculer, ne serait-ce que pour reprendre son souffle, les tentacules se saisirent d’elle et la soulevèrent, immobilisant à la fois ses bras et ses jambes.        
 

« Vous! » cracha Stradi en tremblant de rage.       
 

Et la pieuvre écarta ses tentacules, encore et encore et Rose comprit qu’elle serait écartelée à mort. Son épaule se déboîta et elle cria de douleur et de surprise. La prise de la pieuvre était incroyablement puissante.        
 

Rose ferma les yeux, persuadée d’entendre sa chair se déchirer.        
 

« Laisse-la tranquille! » ordonna Anna en sectionnant proprement le tentacule qui s’était enroulée autour de la cheville droite de Rose. La sirène avait ramassée le laser chirurgical et s’était placée de façon idéale pour porter un coup direct.        
 

Rose tomba et se retrouva en tas, à moitié dans l’eau, pleurant de douleur à cause de son épaule. Le Docteur surgit à ses côtés en la faisant sursauter, pris en plein combat avec la chauve-souris. Il finit par mettre l’aile-nageoire de la créature dans sa gueule et la força à mordre.        
 

« Batcam! » cria Stradi en retenant son moignon avec un autre tentacule.       
 

Rose assista à la mort rapide (mais certainement pas assez rapide pour cette Batcam) par empoisonnement.        
 

« Le truc du scorpion. » dit le Docteur en reprenant son souffle. « Son poison est mortel, y compris pour elle. »       
 

Sa gorge et son torse portaient des marques de griffures et il perdit son air satisfait en voyant Rose pleurer silencieusement, tout en faisait de son mieux pour avoir l’air brave.        
 

Stardi se tourna vers lui, agitant furieusement tous ses membres et hurla… hurla…hurla. Le Docteur se boucha les oreilles et Rose cria de douleur en essayant de faire de même. Le cri de la pieuvre était grave, de plus en plus grave et prenait aux trippes. La caverne vibrait de plus en plus et… une partie du mur s’effondra.        
 

Le Docteur attira Rose contre lui, essayant de la protéger. Quand l’éboulement cessa, Stardi était enfouie sous suffisamment de rocs pour interdire tout espoir de la sauver. Il hocha la tête en soupirant. Son léger mouvement pour libérer Rose la fit gémir. Il aperçu alors l’os sorti de son logement. Après s’être assuré qu’elle était capable de tenir le bord avec son autre main, il s’enfonça sous l’eau et revint, quelques secondes plus tard, avec sa chemise. Il l’entortilla autour de l’épaule blessée et, sans avertissement, tira sur les bords. Rose hurla et s’enfonça dans l’eau. Le Docteur la maintint à la surface, le temps qu’elle reprenne son souffle.        
 

« C’était nécessaire de la remettre en place le plus rapidement possible. » dit-il doucement en parlant de son épaule déboîtée.       
 

« Je sais. » dit simplement Rose.        
 

Elle était fatiguée, elle avait mal, elle avait froid, ses vêtements étaient trempée et l’alourdissaient. Et le Docteur était là, calme, ses bras l’enlaçant, sa peau aussi chaude que s’il était en plein soleil. Rose s’abandonna complètement contre lui, ses doigts effleurant les blessures sur le torse de l’homme poisson. Il embrassa son front et la blottit contre lui.        
 

Anna fut à côté de lui et il fit un signe de ne pas faire de bruit. Elle hocha la tête et chuchota que Dragonne était emprisonnée sous une avalanche de cailloux au fond de l’eau.       
 

« Il est impossible de la dégager à moins d’être deux. Je ne pouvais pas… la tuer. C’est mieux ainsi.»       
 

Elle vit Batcam et Stradi et retint une larme.       
 

« C’étaient mes sœurs. » dit-elle simplement. « J’aurais tellement aimé qu’elles soient… meilleures. »       
 

Anna examina les lieux et demanda où était Musgo.        
 

« Je l’ignore. Mais sans ses dents, elle risque de trouver la vie beaucoup moins drôle. »       
 

Anne eu un sourire désolé.       
 

« Et maintenant? Je devrais peut-être… Je devrais peut-être rentrer à la maison. Et j’amènerai Dragonne avec moi. Il y a assez longtemps que nous sommes parties. Les choses auront peut-être changé. Peut-être que je saurai… m’adapter comme vous avez pu le faire. »       
 

« Vous n’êtes pas obligée de partir. »       
 

« Pardon? »       
 

Rose ouvrit un œil et sourit en répétant : « Vous n’êtes pas obligée de partir. Le Tardis a un traitement pour vous. »       
 

« Mais Dragonne… »       
 

« Rien n’empêche Dragonne de retourner sur Shouaï. Je programmerai la navette et elle fera le voyage de retour en stase. Les autorités de votre planète agiront comme elles le jugeront. » dit le Docteur.       
 

« Mais je ne peux pas rester… »        
 

« Et pourquoi pas? Vous ne serez pas le premier alien à trouver son bonheur sur Terre. Et je connais un certain auteur de contes de fées qui aurait bien besoin d’une conseillère pour ses histoires. » dit le Docteur.       








       
 
       
Citation:
Un problème se posa rapidement quand Anna leur appris que la grotte se trouvait à plusieurs dizaines de mètres sous l’eau et à des kilomètres du premier rivage. Pas étonnant que Rose tremble de froid et qu’elle ait manqué être asphyxiée à l’arrivée!       
 

« La grotte bénéficie d’un système de chauffage. » commença Anna.       
 

« Et il est en panne? » grogna Rose qui rêvait à une petite île tropicale.       
 

« Non, mais il consomme beaucoup d’énergie et comme nous sommes moins sensibles au froid que vous… »       
 

Rose jeta un coup d’œil à Anna et au Docteur qui baignait dans une eau glacée et qui ne semblaient pas en être incommodés.  Le Docteur essaya de lui communiquer un peu de chaleur, mais les lèvres de la jeune femme bleuissaient rapidement.        
 

« Il n’y a pas que le problème de la température, n’est-ce pas? » dit Rose en claquant des dents. « Je ne peux pas remonter sans pallier de décompression. »       
 

« La maladie des caissons. Vous connaissez ? »       
 

« Maman est sorti avec un instructeur de plongée. Il n’arrêtait jamais de parler de toutes les précautions qu’il fallait prendre. » fit-elle avec un petit sourire en coin.       
 

« Il y a un moyen de lui faire faire une remontée graduelle, mais il faut absolument la maintenir au chaud. » expliqua le Docteur à Anna. « Il n’y a rien dans la trousse de secours? »       
 

Anna lui rappela que rien n’avait été pensé pour des humains. Le Docteur se renfrogna tout en notant avec inquiétude que Rose commençait à cligner des paupières.       
 

« Ne vous endormez pas, surtout! »       
 

« Je sais. »       
 

Mais le simple fait de l’avoir mentionné rendait le sommeil autrement désirable. Le danger était passé, les monstres s’étaient éloignés et le Docteur était là, faisait de son mieux pour la réchauffer et la tirer, une fois de plus, de ce guêpier… plein de sirènes. Quand le Docteur était là… elle n’avait plus rien à craindre.       
 

« Rose! »       
 

Elle était fatiguée et l’effort de garder les yeux ouverts lui demandait toute sa volonté. Le Docteur prit son visage en coupe, soufflant sur ses joues, son front, son cou, le haut de son dos. Elle appuya son front contre son épaule, lasse, si lasse, heureuse de s’abandonner… ne serait-ce qu’un instant. C’était un massage fait par une plume.       
 

La plume d’un « merman »… Une part d’elle-même ricana.        
 

Son souffle était une caresse et Rose oublia la température de la caverne… et le reste. Il s’approcha le plus près possible et l’obligea à se coller à lui, comme s’il était une bouillotte géante. Elle ne résista pas une seule seconde, savourant le bonheur de pouvoir s’envelopper de lui, du moins essayer, en ayant bonne conscience. Il lui sauvait la vie, n’est-ce pas? Et qu’importe, alors, si les gestes étaient empreints d’une telle tendresse… il était chaud.       
 

« Vous ne pourrez pas rester longtemps ainsi. » chuchota Anna en voyant le Docteur devenir de plus en plus inconfortable puisqu’il était hors de l’eau.        
 

Mais le Docteur fit semblant de n’avoir rien entendu et Anna en fut intriguée. Il souffrait visiblement, mais semblait en faire abstraction… comme s’il y était habitué. Bien sûr, il devait faire son possible pour réchauffer son amie, mais il n’y avait pas que ça. Lorsqu’il effleura les cheveux blonds d’une main tremblante et qu’elle se blottit instinctivement contre lui, Anna comprit et sentit son cœur se serrer. Ils s’aimaient. Ils s’aimaient profondément et, par quelque hasard inexplicable, ils ne le disaient pas, murant l’émotion dans le secret. Ils n’avaient que ces quelques gestes sous le couvert d’un sauvetage ou d’une complicité toute fraternelle.        
 

Et pour le voir endurer l’inconfort de sa position, et c’était là un euphémisme puisque son corps supportait très mal d’être tiré du milieu aquatique, et elle oublier ses propres blessures et l’hypothermie qui la guettait, Anna déduisait qu’ils étaient tout, l’un pour l’autre. Dans son langage, ils étaient nés pour la même vague.        
 

Rose retrouvait des couleurs un peu plus saines et le Docteur était de plus en plus pâle. Il finit par se crisper à cause d’une crampe, et sa compagne devina aussitôt de quoi il était question. Elle se recula et lui pointa l’eau. Il hésita, mais Rose insista, toujours silencieusement, et il soupira en disparaissant dans l’eau. Devant l’air émerveillé d’Anna, qu’elle prit pour de la stupéfaction, Rose expliqua qu’il en faisait toujours trop et ne connaissait pas ses propres limites. La sirène hocha la tête, refusant de se mêler de leur vie privée.       
 

N’empêche, si elle avait eu son mot à dire…       
 

Le Docteur prit soin de refaire surface doucement, en ne projetant pas d’eau sur Rose. Elle avait toujours froid, mais elle était à nouveau capable de produire de la chaleur toute seule. Pas suffisamment longtemps cependant pour qu’ils puissent aller chercher du secours. Et puis, de toute façon, quel secours pouvaient-ils espérer en 1800 et des poussières? Non, comme d’habitude, ils ne pouvaient se fier qu’à eux-mêmes… sauf…       
 

« Je peux aller demander l’aide de Hans. » suggéra Anna. « Je nage très vite vers le pont - il y passe deux fois par jour - et… Je ne sais pas. Il pourrait emprunter une barque et venir nous attendre au-dessus d’ici. »       
 

« S’il y avait un moyen qu’il entre dans le Tardis pour prendre les bouteilles et la combinaison de plongée. Tout est encore dans l’entrée, il me semble. » soupira Rose.        
 

« Je ne lui confierai pas une clé du Tardis. » objecta aussitôt le Docteur.       
 

« Et pourquoi pas? »       
 

« Parce qu’il est Hans Christian Anderson. »       
 

Devant l’incompréhension des deux « femmes », il expliqua que Hans était gentil, rêveur, adorable avec les enfants, formidable avec les sirènes et d’une maladresse désarmante.        
 

« Je l’imagine déjà échapper une des bouteilles d’air comprimé devant la console de pilotage. L’explosion, dans le meilleur des cas, une bosse. Non, non, non, j’ai un moyen pour l’air. Ce qu’il faut, c’est juste une combinaison. »       
 

« Quel truc pour l’air… » commença Rose.       
 

« Juste la combinaison. » répéta fermement le Docteur sans répondre à sa question. « Il doit être possible d’en fabriquer une avec des morceaux de la navette. Une sorte de scaphandre. »       
 

« Oui, mais si on démolit la navette, pas moyen de renvoyer Dragonne sur Shouaï. »       
 

« Oh, je reviendrai réparer. Ou je déposerai cette Dragonne moi-même. Ce n’est qu’un détour. »       
 

Rose s’esclaffa : depuis qu’elle connaissait le Docteur, sa vie entière n’était faite que de détours… suprêmement divertissants!       
 

La navette pouvait être entièrement remplie d’eau, mais comme le Docteur avait besoin de donner des instructions à Rose et qu’il n’y avait pas de « collier-parole », ils durent se partager le travail. Anna leur montra comment remplir en partie d’eau la navette et activa le thermostat. L’eau n’était pas très chaude mais, au moins, elle n’était plus froide. Comme la navette allait, de toute façon être abandonnée ou incapable de voler, la quantité d’énergie n’entrait plus en ligne de compte. En plus, il ne fallait chauffer qu’une partie du contenu liquide de la navette, ce qui suffisait à Rose.        
 

Sur les instructions du Docteur ou d’Anna, Rose s’occupa de prélever des pièces et des morceaux de la navette se trouvant en hauteur, pendant que les deux autres travaillaient avec les pièces se trouvant sous l’eau. Quand Rose tomba sur la partie « cantine » de la navette, elle suggéra d’aller porter quelques « barres nutritives de secours » à Dragonne, toujours prisonnière sous l’éboulis.       
 

Anna se porta volontaire et revint, l’air chagriné. Sa sœur n’était pas blessée, seulement immobilisée, mais elle ne pardonnait pas à « sœur traîtresse » de venir la narguer. Elle avait tout de même pris les rations et les avait avalés aussitôt.        
 

« Pourquoi sont-elles devenues cannibales ? » finit par demander Rose tout en pestant contre l’absence d’un vrai pied de biche. « Il y avait des rations disponibles. »       
 

« Elles ont un goût atroce. Batcam s’est rendue compte la première que son venin améliorait le goût des poissons, alors elle s’occupait de toutes nos prises. Nous prenions la nourriture dans la mer, comme à la maison, mais c’était plus difficile parce qu’il fallait les lui amener vivants, pour que le poison imprègne tout l’organisme. Et puis, nous avons croisé un bateau de pêcheur et l’un d’eux est passé par-dessus bord. Je ne sais pas s’il a cru que nous étions des femmes à sauver ou s’il avait vu comment… nous sommes faites à la place de vos jambes. Batcam s’est jeté sur lui et il s’est défendu. »       
 

Anna ralentit son débit.       
 

« Il avait son harpon. Je crois que Mosgo a très mal pris la chose et elle lui a arraché une jambe. »       
 

Rose fut surprise de l’absence de commentaire du Docteur.       
 

« Et comme Batcam l’avait mordu et qu’il… qu’il… «        
 

« Pouvait être comestible… » suggéra le Docteur d’un ton plat tout en continuant à faire bliper le tournevis devant un panneau électrique.       
 

Anna rougit.        
 

« Stradi a toujours été protectrice et je crois qu’elle s’est sentie responsable de la blessure de Batcam. Pendant un temps, nous avons continué à chasser le poisson, mais le gibier a appris à nous connaître et à nous redouter. Il fallait aller toujours plus loin et je crois qu’ils nous sentaient venir. C’est peut-être parce que nous ne sommes pas de cet océan. »       
 

Rose toussota : « Vous aviez un rôle à jouer, mais vous ne l’avez pas fait. C’est que votre sœur a dit tout à l’heure. »       
 

« Ah. Oui. Le rôle. Eh bien, puisque j’étais celle qui pouvait passer le plus facilement pour l’une des vôtres, je servais d’appât. » expliqua Anna d’une petite voix.       
 

Rose essaya de se concentrer sur le bout de tuyau en caoutchouc (ou l’équivalent), mais c’était difficile d’ignorer cette version remaniée de la Petite sirène.       
 

« Mais j’avais déjà rencontré Hans et je n’ai jamais été capable de… de me nourrir de cette façon. »       
 

Rose fut soulagée de ne pas avoir inclus une cannibale parmi ses amies. Elle tordit le morceau de plastique souple et il se déchira juste au bon endroit. Elle le jeta dans la pile et le Docteur l’examina brièvement avant de déclarer qu’il lui en fallait un second, identique.        
 

« Regardez dans cette console. C’est le système d’évacuation des eaux usées. »       
 

Rose fit la grimace, mais le Docteur lui appris qu’il s’agissait simplement de rejeter les eaux qui n’étaient plus respirables. C’était déjà moins repoussant.       
 

Trois heures durant, le Docteur colla et souda les éléments et, à l’étonnement (relatif) de Rose, directement sur elle.        
 

« Il faut que tout soit étanche et on n’a pas le temps de faire un système d’ouverture. L’important est que vous soyez au sec et au chaud le plus possible. Votre visage sera déjà suffisamment découvert comme cela. »       
 

Le scaphandre était absolument étanche et recouvrait tout son corps à l’exception de sa tête. Un bourrelet de plastique souple l’étranglait un peu et s’arrêtait juste sous son menton. Le costume était incroyablement lourd et elle pouvait à peine faire un pas seule. Pour ajouter au poids, le truc était rempli d’eau chauffée par un minuscule circuit.       
 

« Dès que nous serons sur la plage, j’ouvrirai cette boîte de conserve et vous pourrez nous aider à rejoindre le Tardis. L’eau chaude vous fait ressembler à un sachet de thé en pleine infusion, mais c’est ce qu’il a de plus efficace. Il faut que vous puissiez tenir plusieurs minutes dans l’océan et il y aura une importante déperdition de chaleur par la tête. »       
 

Il rangea le tournevis sonique dans une petite poche qu’il avait collé sur le scaphandre : « Ne le perdez pas sinon nous aurons d’autres sortes d’ennuis. Le scaphandre n’est pas sensé exister avant quelques décennies, et surtout pas dans un ce genre d’alliages. »       
 

« Je ne comprends pas le quart de ce que vous dites. » s’impatienta Anna, un peu perdue devant les risques de paradoxes.       
 

« Oh, il ne voyage pas seulement dans l’espace, mais dans le temps aussi. » expliqua Rose tout en vérifiant une dernière fois qu’elle pouvait (un peu) bouger les espèces de monstrueuses mitaines de métal. « Il ne faut pas provoquer des incidents temporels sinon il va se faire taper sur les doigts. Docteur, je peux savoir comment je suis supposé respirer? »       
 

Il le lui expliqua, d’un ton parfaitement scientifique.        
 

Dans les moments où son imagination battait la campagne sur la plus lointaine planète que Rose puisse imagine, elle n’avait jamais, jamais pensé qu’il était prêt à faire… ce qu’il avait prévu de faire.       
 

« Mais… »       
 

« Vous préférez que ce soit Anna? »       
 

« Non! » s’indigna-t-elle.       
 

Anna éclata de rire. Ces deux-là n’en finissaient plus de se tourner autour et toutes les excuses étaient bonnes pour se fuir et se rapprocher. C’était… comme s’ils dansaient.       
 

« Allez, sautez dans l’eau, il est temps de vérifier si ça flotte. Christian Dior pourrait être jaloux de mon style. » ajouta le Docteur avec un sourire torve devant le patchwork bizarroïde.       
 

Rose n’avait plus le choix, perdit volontairement l’équilibre et tomba comme une pierre dans l’eau.        
 

« Vous passez devant et je la tire. Quand nous serons sortis de la caverne, vous m’aiderez à la remonter. Lentement. Rose, prête? »       
 

Il s’attachait déjà à elle.        
 

« Oui. » murmura-t-elle, pensant déjà son « moyen infaillible de lui fournir de l’oxygène » durant la remontée. Une corde ne lui semblait pas tellement justifiée. Il ne s’éloignerait pas d’elle, c’était une certitude.       
 

Anne partageait sa confiance, tout en se disant que le plus puissant des courants sous-marins serait incapable de l’éloigner d’elle. La corde n’était là que pour faire joli. Elle se fit la réflexion que s’il n’en profitait pas pour… il était idiot.       
 

Il se laissa couler avec elle et il fallut moins de quinze secondes pour qu’il colle ses lèvres aux siennes, lui insufflant un pourcentage presque parfait d’oxygène, d’azote et de carbone.        
 

Rose gardait les yeux fermés, comme il le lui avait conseillé. Elle le sentait nager vigoureusement et par à coup. La remontée se fit plus en douceur quand Anna se plaça derrière elle pour la stabiliser. Ils s’arrêtèrent pour un premier pallier de décompression et le Docteur replaça bien inutilement une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle aurait dû penser à les attacher.        
 

Ils s’arrêtèrent une première fois à quinze mètres de la surface et patientèrent durant quelques minutes, puis continuèrent jusqu’à six mètres de la surface. Il fallait près de trois quarts d’heure avant de poursuivre jusqu’à trois mètres et comme le soleil était levé, « l’arrivée » les narguait.        
 

Le Docteur avait été horriblement responsable durant toute la remontée et jamais il n’avait eu un geste déplacé, malgré les craintes et les espoirs de Rose. Il était impossible de ne pas faire QUELQUE CHOSE vu la situation. Elle était terrifiée à l’idée d’une telle initiative, mais encore plus de laisser passer cette chance. Elle l’aimait mais c’était là un terme tellement, tellement insignifiant comparativement à la profondeur de son attachement. Il comprenait toujours tout et pardonnait n’importe quoi, y compris aux plus méchants. Il pardonnerait certainement son initiative.        
 

Ou y réagirait positivement.       
 

Juste à l’imaginer, Rose sentit sa tête tourner et le Docteur se tendit, se rapprochant pour ne pas perdre le lien vital. Rose absorba une nouvelle goulée d’air, puis… se décida.       
 

Elle détourna la tête, rompant le « contact buccal  respiratoire », puis chercha à nouveau ses lèvres d’une façon qui n’avait rien à voir avec un sauvetage ou une méthode de réanimation, rien à voir avec la raison ou la science. Le Docteur ne comprit pas, d’abord, ce quelle faisait, mais lorsque leur regard se croisèrent – car Rose ne voyait aucune raison de rester aveugle en un pareil moment – tout s’éclaira. Il ne pouvait pas lui expliquer que… Il ne pouvait pas s’éloigner et la priver d’air… Il ne pouvait rien faire d’autre que… « subir » son initiative.        
 

Et il ne sembla pas en souffrir trop, bien qu’il soit pris au dépourvu et encore plus surpris par l’enthousiasme qu’elle mettait.        
 

Ils émergèrent à quelques brasses de la rive et le Docteur se retrouva « libre »… à regret. Il hésita, puis chercha le tournevis sonique pour désassembler le scaphandre. Rose se laissa faire, sans un mot, sans une excuse, le sang bouillonnant dans ses veines. Quand il enleva la pièce maîtresse et qu’elle pu se faufiler hors de sa carapace (même si elle y laissa une partie du dessus de son pied), elle ne fit pas attention à l’océan, pas plus qu’à la présence d’Anna qui affichait sa satisfaction et son soulagement.        
 

Rose se sentait délicieusement libre et vivante, légère comme un nuage et avec encore moins de retenue. Elle nagea vers le Docteur – Merman – et se suspendit à son cou. Il essaya de protester qu’elle allait prendre mal… que l’océan était trop froid… que la grève était toute proche… Il se déplaça d’ailleurs vers le rivage pour la mettre en sécurité. Il la déposa dans un pied d’eau et la poussa loin de lui. Elle se mit debout et recula lentement sans le quitter des yeux.        
 

C’est pourquoi elle seule aperçu la gueule cauchemardesque qui s’ouvrit juste derrière lui. La femme crocodile le happa à la taille et disparu en un clin d’œil. Rose chercha Anna et vit deux queues de poissons géantes en train de se tordre dans les vagues. Dragonne!       
 

Moins d’une minute plus tard, tout avait retrouvé son calme.        
 

Rose était seule.       








 
       
      
Citation:
Elle courait dans la petite ville côtière, bousculant les passants et n’entendant pas leurs protestations. Une jeune femme en jeans boueux et déchirés, pieds nus, avec un chandail décidément moulant (mouillé lui aussi) et visiblement sans corset ou sous-vêtement décent dans dans un petit village de 1800 et des poussières au Danemark avait de quoi causer un émoi.       
 

Rose s’en fichait. Elle reconnu le ponceau où ils avaient rencontrés Anna et obliqua vers le Tardis. Elle se précipita dans sa chambre, abandonna un tournemain ses vêtements qui empestaient et qui ne pourraient jamais être autre chose que des chiffons désormais, enfila le costume de plongée qu’elle avait ramassé dans l’entrée, attacha ses cheveux avec un élastique et remonta le capuchon de caoutchouc sur sa tête d’un coup sec. Elle retourna à toute vitesse dans le poste de pilotage. Les palmes, le tuba, le masque, les gants, la bouteille d’air comprimé… Elle vérifia le niveau, hésita brièvement, puis  relia les deux bouteilles, ce qui lui donnait le double de l’autonomie. Si elle ne trouvait pas la caverne immédiatement, il faudrait revenir et remplir les bouteilles.      
 

Quelle idée stupide. Il fallait qu’elle trouve. Elle ne pouvait pas le perdre!      
 

Elle retint ses larmes et s’obligea à garder son sang froid. Ce n’était pas le temps d’être une simple Terrienne. Elle était Rose Tyler et avait sauvé le monde. Sauver le Docteur, elle en était parfaitement capable!       
 

Elle refit le chemin en sens inverse et les passants s’écartèrent cette fois, inquiets devant ce déguisement et cette matière inconnue. Il y eu même quelqu’un pour murmurer un sort de protection datant d’avant les Lumières. Mais Rose n’en tint pas compte et continua à courir.       
 

Si seulement le Docteur était là! Il adorait courir!      
 

C’était curieux de penser que c’était vers lui qu’elle courait et non pas avec lui.       
 

Elle se heurta à un passant, se glissa vers la gauche en s’excusant à nouveau, mais l’homme la retint. Elle leva le nez et reconnu…      
 

« Hans! »      
 

« Vous êtes mademoiselle Rose, c’est bien ça. Eh bien, curieux… costume. »      
 

« Je n’ai pas le temps de vous expliquer. Le Docteur et Anna sont en danger. Vous savez où je peux emprunter un bateau? »      
 

« En danger? Comment ça, en danger? »      
 

« Je n’ai pas le temps de vous expliquer! Si vous n’avez pas de bateau, je vais nager! » s’impatienta Rose.       
 

Pour le Docteur, elle aurait nagé jusqu’à la lune.      
 

« J’ai bien ma petite barque… » céda l’auteur.      
 

« À la bonne heure. Prenez ça et ne l’échapper pas. » ordonna-t-elle en lui mettant les bouteilles d’air comprimé dans les bras. « Ne demandez pas ce que c’est, suivez-moi. »      
 

« Je vais… »      
 

« Oh, oui, vous allez. Et tout de suite, mon petit vieux! » ajouta Rose en l’obligeant à courir pour rester à sa hauteur. « Ne vous occupez pas des gens qui nous regardent. Plus vite nous passerons, moins ils nous dévisageront. Allez, Hans, il est temps de sauver votre petite sirène! »      
 

« Ce n’est pas ma petite sirène. » protesta-t-il.      
 

« Non, non, non, ne vous arrêtez pas! »      
 

L’écrivain avait ralenti pour essayer de lui parler.      
 

« Mes oreilles fonctionnent en même temps que mes pieds et les vôtres aussi sans doute. Bien, je suppose qu’il faut aller à la marina? Au port? »      
 

« Euh… »      
 

« Et c’est par où? »      
 

Dix minutes plus tard, Rose jetait son attirail dans la barque, fit asseoir Hans, arracha pratiquement l’amarre et lui mit une rame dans la main.       
 

« Dommage qu’il n’y ait pas de moteur… » soupira-t-elle en se mettant à ramer.      
 

« Et où allons-nous? »      
 

Et Rose réalisa qu’elle ignorait où se trouvait la grotte sous-marine. Comment localiser une grotte à partir de la surface alors qu’elle n’avait pu prendre le moindre repère? Et puis lui revint une phrase d’Anna.      
 

« Est-ce qu’il y a un endroit où les pêcheurs avaient l’habitude de se rendre et qu’ils ont déserté? »      
 

« Pardon? »      
 

« Anna. Ses sœurs chassaient le poisson, mais elles ont dépeuplé toute la zone. J’ai besoin de savoir s’il y avait une zone favorable à la pêche qui ne l’est plus. »      
 

« Eh bien, il y a bien le bout de mer à la pointe de… »      
 

« Et c’est par où? » coupa-t-elle.      
 

Hans lui donna des instructions sommaires et Rose se remit à ramer, essayant d’épargner sans beaucoup de succès l’épaule que Stradi lui avait déboîtée. Le Docteur avait besoin d’elle et c’était tout ce qui comptait.      
 

Deux heures plus tard, ils étaient dans l’ancienne zone de pêche et Rose s’équipait.       
 

 « Comment allez-vous faire pour les retrouver? C’est grand, l’océan! » protesta Hans en voyant que Rose était tout à fait sérieuse dans sa décision de nager jusqu’à la grotte.       
 

« Elles vont me retrouver. » répliqua-t-elle sèchement. « Elles doivent bien se douter que je n’abandonnerai pas le Docteur. Sinon, dès qu’elles me verront, elles penseront à se venger. C’est à cause de moi que la… euh… leur moyen de transport a été cassé. »      
 

« Est-ce que… qu’elles vont faire du mal à Anna? »      
 

Rose s’interrompit. L’auteur danois semblait soudainement mal à l’aise. Ce n’était plus le cri instinctif qui le faisait protester envers tout cet équipement et les idées de Rose sur la plongée. C’était le souffle d’un homme inquiet, acceptant timidement l’idée qu’une créature qu’il avait toujours cru imaginaire puisse avoir un pouvoir sur lui. Et Rose se radoucit. D’accord, Hans avait fait son choix, ou presque, pour Anna. S’il s’inquiétait pour elle, son amour devait être suffisamment fort pour lui faire ignorer toutes les difficultés que la petite sirène lui poserait, le moindre étant son origine et sa culture totalement non humaine.      
 

Rose tapota chaleureusement l’épaule de Hans.      
 

« Je regrette que vous ne puissiez pas venir. »      
 

« Pardon? Vous avez deux de ces bouteilles d’air et… »      
 

« Je n’ai qu’une combinaison. Vous mourrez de froid avant d’avoir fait cinquante mètres. »      
 

« Et comment êtes-vous descendue la première fois? »      
 

« J’ai été enlevée par les sœurs d’Anna. »      
 

« Alors il suffit de les attirer pour qu’elles nous emmènent en bas. »      
 

« Je ne sais pas si… »      
 

Soudainement, un monstre s’accrocha à son dos et le jeta à l’eau. Rose saisit la rame restante et faillit assommer Batcam, se rappelant à la dernière seconde qu’elle avait besoin d’être amenée dans la grotte. Elle visa délibérément mal en portant son coup et Batcam siffla de plaisir devant sa maladresse. Elle la mordit et Rose hurla. Hans essaya de remonter dans la barque, mais Mosgo bondit sur lui et le força à mettre sa tête sous l’eau. Elle n’était plus capable de capable de mordre, mais ses mâchoires étaient toujours aussi puissantes et Hans ne pouvait se libérer.      
 

Rose bénit le ciel d’avoir déjà enfilé le harnais et les bouteilles d’oxygène et se débattit pour la forme pendant que Batcam l’entraînait dans les ténèbres. Vers le Docteur.      
 

o-o-o-o-o-o      
 

Le Docteur était suspendu tête en bas, une position plus qu’inconfortable pour l’extrémité de sa queue de Merman. Sans doute que ses chevilles auraient mieux tenu le choc. Le moindre soubresaut déclenchait des éclairs de douleurs jusque son crâne mais  il lui était impossible de rester complètement immobile puisqu’il était poussé comme un pendule bizarre et méthodiquement battu et mordu.       
 

Ce qui le soulageait au plus haut point, c’était que Rose n’était pas là. D’accord, il s’inquiétait un peu (beaucoup) pour elle, mais elle était sur la terre et ces damnés femelles ne pourraient pas la retrouver facilement. Au pire, le Tardis la reconduirait à la maison. Restait que Rose n’était pas du genre à l’attendre patiemment non plus. Ses compagnons de route avaient rarement choisi de rester passif face à une situation, encore moins quand « leur » Docteur était impliqué, Rose moins que les autres. Il se disait qu’il était plus que probable qu’elle finisse par « débarquer », encore qu’il ne savait pas trop comment.       
 

Il s’en voulait beaucoup d’avoir été aussi négligent Stupide cerveau de poisson.      
 

Les soeurs n’étaient pas mortes. Le Docteur se serait méfié. Merman était sans doute trop optimiste pour l’envisager. Mosgo était revenue après leur départ et avait pu libérer Dragonne. Quand à Batcam, elle se portait comme un charme. L’éboulis où Stradi avait « trouvé la mort » n’était plus le même et le corps de la femme-pieuvre avait disparu. Il n’y avait pas de quoi se trouver brillant après une conduite pareille. Son cerveau devait avoir pris l’eau, blagua-t-il silencieusement. Mieux valait en rire…      
 

Il aurait dû savoir. Mosgo n’aurait pas pu abandonner ses sœurs ou même la navette. Bien entendu qu’elle était revenue! C’était une évidence! Et Dragonne savait par où ils étaient partis. Quand Rose s’était blessée suffisamment pour saigner, tout près du bord, l’une des sœurs avait dû le renifler. Leur instinct de chasseresses était suffisamment développé pour cela. Quant à Batcam, il s’en voulait beaucoup d’avoir oublié que son venin n’était PAS un poison, mais un moyen de transformer la chair vers une forme homo aquarienne. De toute évidence, la femme-chauve-souris aquatique possédait des talents d’actrice pour si bien feindre les convulsions et la mort. S’il n’était pas attaché, il se serait probablement giflé.       
 

Anna n’était pas attachée avec lui, mais il ne doutait pas qu’elle passe un mauvais quart d’heure. Les sœurs étaient folles de rage : non seulement leur dîner s’était fait la malle, mais « le dîner » avait également complètement démoli leur précieuse navette. Il fallait ajouter l’humiliation qu’elles avaient subie. Il n’était pas trop sûr du sort qu’elles lui réservaient… sauf que ça ne lui plairait pas. Pas du tout.      
 

Mosgo gronda et imprima un nouveau mouvement de balancier qui lui arracha un cri de douleur pendant que Batcam déchiquetait lentement sa nageoire principale.      
 

« Ça suffit, soeurette. » ordonna Stradi en déroulant une partie de ses tentacules hors de la navette. « Nous devons lui donner une chance de réparer ses erreurs. »      
 

La femme pieuvre stoppa brutalement le mouvement de pendule et dénoua un des liens. Le Docteur se retrouva dans l’eau et retint un soupir de soulagement, qui fut interrompu quand la pieuvre tira sur la « laisse » et le rapprocha d’elle.      
 

« Ne comptez pas vous évader. La seule raison pour laquelle vous avez encore votre tête, c’est que nous en avons besoin pour réparer notre navette. »      
 

« Je suis désolé… »      
 

« Vous pouvez l’être. » menaça Stradi avec un grondement. « Si vous n’êtes pas en mesure de nous servir comme mécanicien, ce sera l’option du dîner. »      
 

« Ooookay. »      
 

Mosgo apporta un étui rempli d’outils et Batcam sautilla impatiemment sur place pendant que Stradi poussait l’étui vers le Docteur.      
 

« Au travail. » ordonna-t-elle d’un ton sans appel.      
 

Elle recula dans un coin, pressant ses tentacules blessés contre elle. Le Docteur fit un geste vers l’étui, espérant que Batcam saurait se contenir. Ses petits yeux brillaient de convoitise et il s’en écarta le plus rapidement possible. Il sentit au même instant un anneau de métal se refermer sur son cou et un verrou jouer. Dragonne dévoila son sourire triomphant : « Je commence à vous connaître. Vous pourriez fort bien sacrifier votre capacité à nager - ou à marcher - si ça pouvait vous  permettre de vous évader. Je crois pourtant que vous ne pourrez pas vous passer de votre petite tête. Si vous vous éloignez de plus de cinq mètres de la navette, le collier explose. »      
 

La sirène se laissa couler avec un petit sourire mutin, laissant le Docteur médusé et pas tout à fait certain d’être confortable avec la situation. Musgo ouvrit une gueule dépourvue de dents et grogna de façon menaçante. Sans la promesse qu’il puisse réparer la navette, elle l’aurait probablement dévoré tout cru. Dents ou pas.      
 

« Je suis désolé pour vos dents. Je sais que ce n’est pas génial de changer  de… euh… de dentier. »      
 

« Au travail. » gronda-t-elle encore.      
 

Dans leur hâte à fabrique le scaphandre pour Rose, Anna et lui avaient emprunté la plupart des pièces importantes et saccagé une bonne partie du reste. Il retrouva pourtant une grande partie des pièces, entassées dans un coin. Les sœurs devaient avoir récupéré les restes du scaphandre, ce qui n’augurait rien de bon. Pour être motivées à ce point, il fallait s’attendre à tout de leur part.       
 

Qu’est-ce que la navette pouvait avoir de si important si les sœurs étaient décidées à rester sur Terre? Ce ne pouvait être seulement un lien vers leur planète. Il y avait quelque chose d’anormal dans tout cela.      
 

Il réinstalla tout ce qu’il pouvait, mais il se retrouva bientôt à court… de hauteur. Il ne pouvait se tenir debout et même en se mettant « à genoux », il ne pouvait pas tenir longtemps : ses muscles tremblaient et le soutenaient avec peine. Il n’était pas une créature capable de vivre hors de l’eau très longtemps. Dire qu’il faisait plus de six pieds dans son « format Docteur »! Il grinça et fit comprendre à sa gardienne, Dragonne, qu’il ne pouvait compléter les réparations sans aide.       
 

« La navette a été conçue pour être remplie d’eau. Si vous pouviez… »       
 

« Impossible. Vous avez endommagé l’arrivée d’eau. Idiot. Vous n’aviez pas remarqué? Il faudrait remplir manuellement l’engin et comme le champ de force capable de retenir l’eau à l’intérieur a été vandalisé, c’est tout simplement impossible puisque l’unique sas accessible est le sas principal. L’eau ne peut pas rester à l’intérieur. »      
 

« Je ne pourrai pas réparer la navette sans aide. Ou sans des échasses. »      
 

« Ça, nous allons vous trouver de l’aide. Nous sommes justement en train d’en chercher. » annonça-t-elle avec sarcasme. « Retournez à l’intérieur si vous ne voulez pas avec de problèmes. »      
 

Des problèmes, il en avait déjà suffisamment, mais il craignait de comprendre ce que les sœurs avaient en tête en parlant de « trouver de l’aide ».       
 

Rose. Rose ne devait pas être loin.      
 

Quelques minutes plus tard, trois personnes furent jetées dans la navette.       
 

Rose, Hans et Anna.      
 

Tous trois portaient le même genre de collier détonateur que le Docteur. Ce dernier ne put s’empêcher de soupirer en voyant Rose, tout en ignorant si c’était de soulagement ou de colère à l’idée qu’elle avait tout fait pour se remettre en danger.      
 

La jeune femme reprit ses esprits la première et se jeta sur le Docteur pour l’enlacer férocement. Leurs colliers tintèrent en se touchant et Rose le tripota distraitement.       
 

« Mieux vaut ne pas trop y toucher. » conseilla-t-il. « Je ne sais pas si elles sont si habiles que ça en mécanique et ces bijoux peuvent être délicats et… et exploser facilement. »      
 

Rose blêmit en comprenant qu’ils étaient tous les quatre des détonateurs. Le Docteur lui expliqua qu’ils ne pourraient s’éloigner de la navette sans tout faire exploser.       
 

« Et maintenant que tu es là et que j’ai deux paires de jambes à ma disposition, j’ai un plan. Puisque nous ne pouvons pas sortir de la navette, nous allons utiliser la tactique de l’escargot. »      
 

Rose comprit la première et lui dédia un sourire éclatant et rusé. Tant pis pour les sœurs!      
 

Ils allaient partir avec la navette. Et tant mieux s’ils se rapprochaient du Tardis. Le Docteur avait hâte de retrouver ses jambes. Et puis… ses hanches recouvertes d’écailles étaient plus larges que les siennes et l’impression était… bizarre. Il était habitué à être un grand tout maigre et son immense nageoire était plutôt musclée. C’était comme s’il perdait un peu plus ce qui faisait de lui le Docteur au profit du Merman. Il fallait mettre un terme à tout cela.      
 







 
      
 
     
Citation:
 
Au bout de trois heures, Rose décida de prendre une pause. Elle était étourdie, elle avait mal au cœur et alternait entre des bouffées de chaleur et des tremblements de froid. Elle avait mit sur le compte de ses plongées successives ses malaises. Son épaule récemment déboîtée la brûlait et, comme de malchance, c’était justement celle que Batcam avait mordue.      
 

Et elle mourait de faim.     
 

Anna n’était pas en très grande forme non plus et Hans essayait de comprendre les instructions du Docteur pour reconstruire les mécanismes compliqués de la navette tout en jetant un œil sur elle. Anna avait été sévèrement battue, plus encore que le Docteur. De profondes plaies traçaient des lignes rouges sur son torse et ses bras et plusieurs écailles manquaient sur sa queue, là où ses sœurs l’avaient punie. Anne n’avait plus dit un mot et acceptait avec une certaine réticence la présence d’Hans.      
 

Le Docteur, quand à lui… eh bien, il n’avait pas perdu son pouvoir de séduction sur Rose. Cette dernière ignorait si elle était attirée par Merman ou par le Docteur, mais les « deux » étaient présents. Le Docteur dirigeait les réparations et avait ce sourire satisfait dès qu’un nouvel appareil était remis en état et frappait l’eau de sa queue avec impatience quand il devait trouver un vocabulaire adapté pour Hans afin qu’il place tel tuyau à tel endroit.      
 

Le Docteur. Merman.     
 

L’homme qui voyait dans les étoiles et qui réparait une navette en se battant contre ses nageoires qui réclamaient de l’eau régulièrement pour ne pas le rendre malade, qui portait un collier détonateur à cause de monstres marins qui voulaient (ou ne voulaient pas, ce n’était pas clair) rentrer à la maison. La situation était typiquement celle convenant au Docteur. Mais ils avaient Merman pour s’en sortir. Rose se demandait si ce serait suffisant. Elle se haïssait pour ce doute.     
 

« Rose? Vous allez bien? »     
 

« Oui. » dit-elle si doucement qu’il n’avait probablement rien entendu. « Oui, je vais bien. Je suis seulement un peu fatiguée. Et j’ai faim. »     
 

« Inutile de leur rappeler qu’il est l’heure de manger, je crois. » dit le Docteur en plissant comiquement le nez.     
 

« Probablement pas. Mais j’ai faim. » redit-elle avec un sourire en coin.     
 

« Nous aussi. » intervint Stradi en regroupant ses tentacules pour passer le sas.     
 

« Ah! C’est comme ça que vous avez fait! Votre corps est élastique et vous pouvez vous comprimez pour… »     
 

Le Docteur s’interrompit sous les regards furieux de la femme pieuvre.      
 

« Avez-vous terminé? » demanda Stradi.     
 

« Presque. » dit Rose. « La plupart des pièces sont remises en place et le Docteur a bricolé des épissures. »     
 

« Et je ne peux pas garantir qu’elles vont tenir très longtemps. »     
 

« Raison de plus pour que je parte. »     
 

« Quoi? »     
 

« J’en ai assez de cette planète arriérée. Le poisson est infect. Les humains se reproduisent comme des kavarekars. Les océans sont noirs et il fait tellement froid qu’il faudrait installer un thermostat partout où il faut rester plus de cinq minutes. Je déteste cette planète. »     
 

« Et donc vous retournez chez vous? » dit Rose.     
 

« Oui. Et grâce à vous, la navette n’est pas en mesure de soutenir une stase pour plus d’une personne. Et j’ai décidé que ce serait moi qui en bénéficierais. Dehors. » ordonna-t-elle.     
 

« Non, attendez, il faut nous enlever les colliers! » protesta Rose.     
 

« Pourquoi faire? Pour que vous disiez ce que j’ai fait? Pour que mes sœurs m’en veuillent? Non. Je pense que le départ de ma navette va provoquer de magnifiques dégâts et mon départ sera dissimulé. Par contre, je n’ai pas du tout besoin de témoins. Donc, pouf! Nettoyage en règle. »     
 

« Mais nous avons réparé cette chose pour vous! » s’exclama Hans.      
 

« C’est inutile, Hans. Tu ne pourras rien faire pour qu’elle change d’avis. »     
 

Rose foudroya Anna du regard : « Alors c’était pour ça que vous ne disiez plus rien. Vous saviez. Et ça ne vous dérange pas, même deux minutes, que Hans soit avec vous et partage votre sort? »     
 

Elle hocha la tête sans pourtant lever les yeux.      
 

« Nous, ça nous pose problème. » dit Dragonne en grinçant.     
 

Derrière elle se tenaient Mosgo et Batcam, l’air tout aussi furieux. Stradi failli échapper le détonateur, mais Anna s’en empara vivement et recula près de Hans.      
 

« Anna est peut-être une idiote et une imbécile de s’être attachée à un humain, mais toi, tu as trahi tes sœurs bien plus qu’elle n’a pu le faire! » dit Dragonne.     
 

« Pourquoi as-tu fait ça? Tu étais plus que notre sœur, c’est toi qui nous a proposé de venir, c’est toi qui nous a trouvé de quoi manger quand les choses ont mal tourné! » dit Mosgo.     
 

Batcam semblait blessée et tellement en colère qu’elle se contenta de cracher.      
 

« Il y a un moyen, pourtant, de retourner sur votre planète. Toutes les cinq. » précisa le Docteur. « Il faut simplement me ramener à mon vaisseau. Avec Rose et Hans. »     
 

« Pourquoi feriez-vous cela? » s’étonna Dragonne.     
 

« Parce qu’il se soucie de tous ceux qu’il rencontre. » répondit Anna. « C’est pour ça qu’il a voulu m’aider en premier lieu. Et c’est pour cela qu’il avait l’intention de revenir réparer la navette après avoir pris tout ce qu’il lui fallait pour sauver son amie. Il n’avait pas l’intention de nous faire du mal. »     
 

« C’est plutôt raté. » grinça Stradi en agitant ses tentacules coupés.     
 

« C’est vous qui avez commencé. » dit Anna. « Vous avez voulu le manger! Toi, Stradi, tu l’as enlevé et toi, Batcam, tu l’as transformé. Et Mosgo l’a encore enlevé alors qu’il n’y avait plus de raison… »     
 

« Plus de raison? Et notre navette? »     
 

« Si vous aviez pris le temps de DEMANDER, vous auriez su qu’il serait revenu! Je vous le dis! »     
 

« Le Docteur est là pour offre de l’aide. » confirma Rose.     
 

« Ne les écoutez pas, ils disent n’importe quoi! » s’écria Stradi.     
 

« Vraiment? En attendant, c’est toi, qui voulais partir en nous laissant ici! » siffla Batcam.     
 

« La navette ne peut emmener qu’une de nous. C’est moi qui avais le plus de chance de trouver une autre navette et de revenir vous chercher. » répliqua Stradi.     
 

« Ce qui est un argument un peu faible étant donné que tu voulais filer sans nous prévenir. À quoi pensais-tu? Nous ne tenons que grâce à toi! » s’exclama Anna.     
 

« Et c’est toi qui dis ça? »     
 

« Oui, moi. Je n’ai pas approuvé tes plans concernant les humains, mais tu restes ma sœur quand même! »     
 

Stradi sembla confuse et… honteuse. Elle fit signe qu’elle abandonnait toute prétention et Dragonne nagea vers eux pour les libérer des colliers.      
 

« Tenez votre parole, humain. »     
 

« Seigneur du temps. » corrigea-t-il automatiquement.     
 

« Et homme-poisson. » ajouta moqueusement Rose.      
 

« Et maintenant, j’ai besoin de retourner au Tardis - à mon vaisseau - pour guérir et je reviendrai vous chercher. Je ne peux pas piloter avec une nageoire. C’est déjà suffisamment compliqué de le faire tout seul. » expliqua-t-il.     
 

« Non. » dit Mosgo. « Vous allez en profiter pour vous enfuir. Votre amie doit rester ici pour garantir votre retour. »     
 

« Non, non, non, non, non. »     
 

Batcam bondit sur Rose et la plaqua au mur. Elle parvint à retenir un cri. La chauve-souris semblait prendre un malin plaisir à la mordre au même endroit. Elle se détendit malgré les crocs plantés dans son épaule et essaya de faire bonne figure.     
 

« Je vais rester ici. Je peux attendre. Je vais bien. Vous savez que je ne réagis pas au venin de Batcam. C’est… seulement… douloureux. »     
 

« Lâchez-la! »     
 

« Nous la lâcherons quand vous serez revenu, Docteur. Amenez Hans si vous avez vraiment besoin d’une paire de jambes. »     
 

« Les bouteilles sont à moitié pleines, Hans. Vous avez vu comment mettre le harnais? Ne vous inquiétez pas, le Docteur va veillez sur vous. Et vous, veillez sur lui, d’accord? » dit Rose.     
 

« Je ne vais pas vous laisser ici avec elles! »     
 

« Je vais veiller sur elle, Docteur. » promit Anna. « Elles savent que vous êtes leur seule chance de rentrer à la maison. Quand revenez-vous? »     
 

« La dernière fois, il m’a fallut près de dix heures. »     
 

« La dernière fois? Décidément, vous êtes un personnage. Je souhaiterais que nous puissions discuter de tous les détails à votre retour. » dit Anna. « Batcam, lâche-la. Elle ne pourra pas s’enfuir sans oxygène, sans combinaison de plongée et sans quelqu’un pour la guider. Docteur, je vais veiller sur elle. Et vous, prenez soin de Hans. »     
 

o-o-o-o-o-o-o     
 

Le Docteur se sentait dans son élément, sans jeu de mots. Il avait passé les dernières heures à bricoler dans quelques pouces d’eau et il devait reconnaître qu’il faisait bon de pouvoir se sentir libre de ses mouvements dans un univers en trois dimensions. Il devait reconnaître que la mer du Nord avait moins de charme que les océans de Shouaï et qu’il y faisait, effectivement, plus sombre, mais il ne s’en portait pas plus mal. D’une certaine façon, il avait affronté des ténèbres et des températures bien plus extrêmes. Les sœurs n’avaient probablement jamais contemplé un trou noir et leur idée de ténèbres devait sans doute être réévaluée.     
 

Hans gargouilla dans le tuba et le Docteur lui jeta un coup d’œil. L’auteur danois pouvait se compter chanceux que la combinaison ait été fabriquée dans un matériau élastique, car sa longue silhouette osseuse (qui n’était pas sans rappeler celle du Docteur sur deux jambes) n’aurait pas pu entrer dans un vêtement fait aux mesures de Rose Tyler. Hans lui tendait le petit moniteur de plongée : il restait moins de trente minutes d’air et il leur faudrait encore quinze minutes de plus, au minimum, avant de pouvoir atteindre la surface. Le pauvre homme était certainement terrifié et respirait trop vite. Le Docteur soupira. Il ne pouvait risquer que Hans souffre. Il comptait sur lui pour le ramener au Tardis et le mettre dans le lit diagnostic. Il n’y avait pas cinquante solutions différentes aussi posa-t-il les doigts sur les temps de l’homme. Il essaya de lui faire comprendre que tout irait bien, qu’il ne fallait pas avoir peur.      
 

Et il entra dans l’esprit de l’humain pour l’hypnotiser afin de ralentir le débit de sa respiration. L’auteur se laissa bientôt porter comme une poupée géante. Comme il était à moitié endormi, le Docteur devait s’assurer que l’embout reste bien dans sa bouche, mais au moins, il respirait lentement.      
 

Il émergea et prit le temps de déposer son fardeau sur une plage de galets avant de le réveiller. Hans cracha l’embout de plastique et gesticula maladroitement.      
 

« Où sommes-nous? »     
 

« J’ai essayé de nous rapprocher le plus possible du village. Il faudrait trouver une façon de me ramener au Tardis. Si vous pouviez trouver une charrette ou un carrosse… »     
 

« Je croyais que vous ne supportiez pas de rester hors de l’eau. »     
 

« Pas très longtemps, non. Mais si nous atteignons le Tardis, tout ira bien. Si vous ramenez une charrette, prenez une bâche, n’importe quoi pour me couvrir. Il ne faut pas faire panique les gens avec un homme-poisson. Dans le pire des cas, je crois que je pourrais rester assis quelques minutes, mais il faut absolument cacher… »     
 

Il indiqua la queue de poisson bleue qui n’appartenait définitivement pas à une espèce terrestre.      
 

« Je ne peux pas me promener en ville habillé comme ça! » protesta Hans. « C’est moi qu’ils vont prendre pour un poisson bizarre! »     
 

Le Docteur désirait plus que tout retourner chercher Rose, déposer les sœurs sur Shouaï et remettre son costume rayé, mais il comprenait les inquiétudes de Hans. Ils attendirent la nuit, qui n’était, après tout, quand dans quelques heures.     
 

Hans revint avec une carriole légère, une couverture et un pardessus pour le Docteur. Pour essayer de mettre toutes les chances de son côté, le Docteur mouilla le pardessus et la couverture et s’en recouvrit. Peut-être qu’il tiendrait plus longtemps que s’il restait entièrement au sec.      
 

Hans parvint à le rouler et à le pousser dans la carriole, en dételant complètement et en inclinant la carriole - qui était plus une sorte de chariot à deux roues qu’un carrosse - jusqu’au sol. Une fois le Docteur installé, il mouilla à nouveau la couverture et le pardessus et ils s’éloignèrent de l’océan.      
 

Le Tardis fut enfin en vue et le Docteur en fut soulagé, car il commençait à voir double.      
 

« C’est ça, votre vaisseau? Mais c’est minuscule! Et… et bleu! Il y a un rapport avec la couleur de vos écailles? »     
 

« Hans, s’il-vous-plaît, ouvrez la porter portez-moi à l’intérieur. »     
 

« D’accord, oui, désolé. »     
 

Il poussa la porte.      
 

Il essaya de pousser la porte.     
 

« Docteur, on dirait que c’est fermé. Vous avez la clé? »     
 

« Oui, elle est… »     
 

Il s’interrompit. La clé était dans la poche de son pantalon. Non, dans la poche de sa gabardine. Qui se trouvait dans le Tardis. Oh, non! Mais il restait un moyen : Rose. Rose avait également une clé. Il devrait néanmoins retourner à la grotte. Il l’annonça d’une voix un peu piteuse à Hans qui s’empourpra : « Vous n’auriez pas pu y penser avant? »     
 

« J’ai toujours eu des poches à mes pantalons pour n’avoir pas besoin d’y penser. Là, je suis un peu pris… au dépourvu. Vous n’avez pas besoin de revenir avec moi et je serai très rapide. Reconduisez-moi à la plage, s’il-vous-plaît. »     
 

Moins d’une heure plus tard, le Docteur émergeait dans la grotte et la trouva déserte. Il pénétra dans la navette pour y trouver les sœurs rassemblées autour de… Rose.     
 

« Je suis désolée, Docteur, mais il y a eu un… problème. »     
 

« Quel problème? Rose…? »     
 

Il les écarta et se pencha sur Rose.      
 

Qui n’était plus tout à fait comme il l’avait laissée.     
 

« Finalement, je crois que le Tardis ne m’a pas protégée complètement. » dit Rose d’une petite voix.     
 

Rose était devenue une sirène. Des rangées et des rangées d’écailles dorées avec un curieux reflet bleuté avaient remplacé ses jambes.      
 

« D’accord, ce n’est pas grave, le Tardis va également vous guérir. J’ai juste besoin de votre clé pour ouvrir la porte. »     
 

Rose pâlit et lui annonça l’impossible : « Docteur, j’ai laissé ma clé dans la poche de mon jeans, dans ma chambre. Je… je n’ai pas pensé que vous n’auriez pas la vôtre. »     
 

D’accord, là, ils avaient un problème.     
 

o-o-o-o-o-o-o     
 

Mosgo partit prévenir Hans des derniers événements pendant que le Docteur construisait un nouvel appareil à partir des composants de la navette. Anna empêcha ses sœurs de mal réagir, leur rappelant que le Docteur avait besoin de son vaisseau pour les ramener sur Shouaï. Rose passa un certain temps allongée dans l’eau, le temps que les dernières « adaptations » soient complètes.      
 

Finalement, le Docteur annonça qu’il avait retrouvé une clé aux États-Unis et, comble de chance, dans les parages de Elis Island, ce qui laissait présager une aventure relativement facile… comparativement à ce qui aurait pu se passer.      
 

« Au moins, elle n’est pas au Texas ou dans les Rocheuses. » commenta Rose. Et je vais pouvoir vous accompagner jusque là-bas. »     
 

« Euh… quoi? »     
 

« Nager jusque là-bas. Vous ne comptez pas prendre un bateau… ou l’avion, non? Il va falloir nager. Et je suis… plutôt bien équipée pour ça en ce moment. » fit-elle en reprenant les paroles du Docteur et en agitant sa queue de la même manière.     
 

« Mais… »     
 

« Pas de mais. » répliqua Anna. « Nous avons besoin que vous ayez votre vaisseau. Partez chercher votre clé. Nous attendrons. »     
 

« Tu ne vas pas les croire! »     
 

« Suffit, Batcam! Tu as mordu cette femme si souvent qu’elle a fini par devenir l’une des nôtres. En conséquence, le Docteur et elle appartiennent à notre espèce. En bonne partie en tout cas. Ils ont promis qu’ils nous aideraient. Alors nous leur feront confiance. »     
 

« Et c’est toi qui décide? »     
 

La sirène se tourna vers sa sœur et lui demanda muettement si elle l’approuvait. Dragonne hocha la tête.      
 

« Mosgo? »     
 

« Je n’aime pas ça. Mais je crois qu’ils vont nous aider. Il faut leur laisser du temps, c’est tout. »     
 

« Stradi? »     
 

« J’ai encore droit à la parole? »     
 

Anna la fixa jusqu’à ce que la femme pieuvre s’incline.      
 

« Et toi, Batcam? »     
 

« Je veux rentrer à la maison. Et ils semblent être les seuls à pouvoir nous fournir un transport. Je suis comme Mosgo, je n’aime pas trop ça… Mais j’attendrai leur retour. »     
 





 
     
 
Partie III: Le Nouveau Monde    
 
    
Citation:
Rose et le Docteur fendaient l’eau à toute vitesse, filant aussi droit qu’il était possible de le faire sous l’océan, visant la côte est des États-Unis. Le Docteur s’était dit qu’ils pourraient utiliser le Gulf Stream pour remonter vers le nord plutôt que de se battre pour passer au travers. Plusieurs animaux marins faisaient de même et ça semblait plus logique ainsi. À Rome, faire comme les Romains, en ayant une nageoire, faire comme un poisson.    
 

Ils ne pouvaient pas parler tout en nageant. Leurs cordes vocales ne pouvaient vibrer à cause de l’eau et ils n’avaient pas de collier-parole, ce que Rose trouvait légèrement agaçant. Elle aurait été étonnée d’apprendre que le Docteur désespérait de ne pouvoir monologuer tout son saoul sur la situation. Il nageait très vite, plus vite qu’il était capable de courir mais, au final, il avait plus besoin de parler que d’aller vite. Cette forme était sans doute très belle (Rose ne l’avait pas taquiné une seule fois et elle avait tendance à le regarder du coin de l’œil à tout bout de champs alors il n’était sans doute pas trop mal) et pratique (vu les circonstances), mais elle ne servait pas complètement ses buts. Si encore il avait pu choisir le moment où il avait des nageoires et celui où il avait des pieds! Mais ça ne fonctionnait pas ainsi. Il essayait d’ignorer le traitement que le Tardis effectuerait sur lui – dès qu’il aurait une clé – et qui serait atrocement douloureux. Il préféra ne pas penser à ce que Rose vivrait. Ou plutôt à ce que lui vivrait pendant que Rose perdrait ses écailles dorées. Parfois, le pire qui pouvait arriver à quelqu’un… était d’assister à ce qui arrivait à un autre.    
 

Il essaya de renifler (impossible sous l’eau) et songea qu’elle était décidément magnifique sous sa forme aquatique. La courbe de sa nageoire était pleine de grâce et le léger éclat bleuté de son corps l’électrisait d’une façon qu’il ne comprenait pas.     
 

Il se demandait également pourquoi elle arborait cette couleur. Ce n’était pas qu’elle avait le choix, c’était sa biologie, mais Adara sur Shouaï et Hans avaient soulevé la question concernant ses propres écailles. L’auteur danois aurait sans doute compris plus vite en le voyant dans son costume à rayures. Bleu. Le Docteur vibrait en bleu; ce qui était fondamentalement lui était bleu. Rose... à la quantité de vêtements roses dans son garde-robe, à cause de son nom, de sa féminité… aurait due être… rose! Mais elle était dorée. Avec un éclat bleu.    
 

Le Docteur se renfrogna à la pensée qu’elle avait « hérité » du bleu à cause de lui.    
 

Ridicule. On ne choisit pas la couleur de ses cheveux ou de ses yeux pour faire plaisir à ses parents et toute la volonté du monde ne pouvait rien y changer. Sauf peut-être une teinture. Il retint un rire à la pensée qu’il aurait pu se retrouver avec une queue « à rayures ». Rose aurait certainement fait un commentaire!    
 

Évidemment.    
 

Quoi?    


 
Ils s’immobilisèrent en même temps, puis remontèrent d’un commun accord.    
 

 « O.K. Je sais au moins que je n’entendais pas des voix à cause de la faim. » dit Rose. « Je comprends ce que voulait dire Adara. »    
 

« Quoi? »    
 

« Adara. Sur Shouaï. Elle était capable d’entendre mes paroles avant que je les prononce. »    
 

« Et vous n’avez pas pensé à me le dire! »    
 

« On communiquait très bien sans que vous ayez une corde de plus à votre arc! »    
 

Le Docteur cilla et Rose rougit. Elle avait vendu la mèche en l’embrassant, mais ça ne voulait pas dire qu’elle avait envie qu’il sache TOUT ce qui lui passait par la tête. Certaine pensées étaient… eh bien, certaines pensées étaient… disons que certaines pensées devaient rester privées.     
 

« Je ne tiens pas particulièrement à ce que la moindre de mes idées rebondissent dans votre tête. » dit le Docteur en déchiffrant son sourire un peu crispé. « Vous n’imaginez pas combien j’ai d’idées! » plaisanta-t-il.    
 

Sans compter celles qu’il était définitivement préférable qu’elle ne sache pas. Pas pour le moment. Pas tout de suite. Peut-être même jamais, devait-il s’avouer avec un pincement aux cœurs.     
 

« Adara disait qu’elle n’entendait que les paroles que j’allais prononcer. »    
 

« Et j’ai seulement entendu votre « évidemment ». Je suppose que vous avez beaucoup pensé depuis que nous sommes partis? Alors c’est qu’il faut projeter volontairement les mots que l’on veut faire entendre… Euh… communiquer. »    
 

Et c’était aussi bien comme ça, se dit-il.     
 

« Ça devait être leur façon naturelle de s’exprimer avant qu’ils inventent le collier-parole. »    


 
« On aurait dû penser à en emporter avec nous. » renvoya Rose.    
 

« Pourquoi faire? On se débrouille très bien. Et ce n’est pas comme s’il y avait un moyen de prévoir la situation. » fit le Docteur en haussant un sourcil.    
 

D’un autre côté, ils ne prévoyaient pratiquement jamais rien et c’était tout aussi bien, étant donné le nombre de complications qu’ils semblaient générer à chaque fois. Bon… complications… disons des « détours » intéressants.    
 

Rose s’éloigna à reculons avec un clin d’œil et un « Tu adores les imprévus, je l’ai toujours su! » silencieux. Le Docteur plongea et sa queue fouetta la surface, lui envoyant une vague sur le nez. Rose se laissa couler, tira malicieusement sur une de ses nageoires et s’enfuit à toute vitesse. Ils se poursuivirent durant quelques instants, roulant et s’effleurant d’un doigt ou d’une nageoire. Chaque contact avait le même effet qu’un feu d’artifice et ils cessèrent bientôt de jouer pour simplement nager, l’un à côté de l’autre, sans penser. Ils s’effleuraient de temps en temps, comme par hasard, mais aucun d’eux semblaient y faire attention. Le silence déguisait parfaitement leur mensonge.    
 

Quelle étrange situation se disait Rose. Il y avait quelque chose d’irréel à voir le Docteur entre deux eaux, un Merman bleu avec un sourire à faire fondre un iceberg. Il semblait heureux et libre et dégagé de toute responsabilité. Et il la regardait comme s’il n’y avait plus qu’elle. Et, en vérité, dans cet immense océan, qui d’autre y avait-il qui comptait? Tout au fond d’elle-même, Rose commençait à se dire que s’ils ne retrouvaient jamais de clé pour le Tardis, la vie ne serait pas si… désagréable. Ils pouvaient difficilement être plus loin de cette « vie domestique » qui semblait déplaire au Docteur. Ils avaient eu l’espace et le temps, ils auraient désormais…tous les océans…     
 

Quelle étrange situation se disait le Docteur. Il pouvait à peine croire que Rose était cette créature fuselée et gracieuse, la même jeune femme qui portait un jeans et des baskets et qui se trouvait autant à l’aise enfermée dans cette forme… fascinante. Sa nageoire principale était presque transparente, le soleil qui pénétrait faiblement à cette profondeur faisait scintiller les écailles comme autant de minuscules pièces d’or. Un trésor. Son trésor. Il pouvait prétendre la garder tout à lui, comme un pirate égoïste et cruel, et il savait qu’elle ne refuserait pas, qu’elle se tendrait vers lui et qu’ils pourraient avoir… tous les océans…    
 

« Tous les océans… »    


 
Leurs regards se croisèrent.     
 

« Non. » dit simplement le Docteur.    
 

Ce n’était pas qu’il en avait envie, mais il fallait bien que ses 900 ans puissent démontrer un minimum de sagesse et de réalisme. Il était supposé donner l’exemple! Rose nagea avec un rien plus de raideur et n’essaya plus de le toucher. Il la laissa prendre un peu d’avance, regrettant de lui briser le cœur une fois de plus. C’était pourtant mieux ainsi. Toute cette histoire n’était pas faite pour finir… en queue de poisson.    
 

Le Tardis lui manquait. Il restait d’abord un Seigneur du temps même s’il avait un peu de difficulté à survivre hors de l’eau en ce moment. Et Jackie manquerait fatalement à Rose à un moment donné. En l’absence de téléphone, elle ne pouvait même pas la prévenir! Non, ce n’était qu’une aventure de plus, une jolie histoire à mettre dans leur mémoire. Le Docteur savait déjà qu’il se souviendrait de ces moments avec une joie mélangée de mélancolie. Pendant quelques instants, il s’était pris à croire que rien d’autre n’existait, seulement l’océan, Rose et lui. Certains vivent toute une vie sans avoir un rêve aussi magnifique. Lui avait goûté au rêve, ce qui n’était pas si mal.    
 

o-o-o-o-o-o-o    
 

Il leur fallu quatre journées pour arriver à bon port (littéralement!). Le Docteur avait prévu trois jours sans tenir compte qu’ils devraient bien dormir à un moment. Ils s’étaient relayés, l’un nageant pour celui qui dormait et ils avaient essayé de ne pas tenir compte de l’impact spectaculaire que chaque contact provoquait. Après plusieurs secondes, l’effet s’atténuait et ils étaient capables de « faire avec ». Un peu.    
 

Ils avaient aussi dû se nourrir et Rose s’était étonnée en dévorant les résultats de leur « chasse ». Après la première bouchée, c’était passé tout seul. Est-ce que ce n’était pas un sushi très, très frais au fond?    
 

Ils avaient commencé à croiser (et à dépasser) des frégates de plus en plus régulièrement en s’approchant des côtes américaines.    
 

« Comment avez-vous fait pour nager en ligne droite? En tenant même compte de ce courant chaud? »    


 
« L’instinct. »    


 
« Ne me dites pas que vous avez déjà nagé tout l’Atlantique. » protesta Rose.    
 

« J’ai piloté dans l’espace et le temps et j’ai traversé je ne sais plus combien de dimensions. L’Atlantique, c’est beaucoup plus petit. Facile. » crâna-t-il.    
 

Sa nageoire supérieure gauche remuait machinalement et Rose devina que c’était son tic de remplacement jusqu’à ce qu’il puisse placer un reniflement au bon moment.    
 

« J’ai hâte de voir la statue de la Liberté. Je n’ai eu droit qu’à des images. »    


 
« Eh bien, c’est dommage. Elle n’est pas encore montée. Nous sommes un peu en avance pour l’inauguration. Il est même possible que nous ayons croisé la frégate qui amène les pièces! C’est ce qui s’appelle voyager avec une grande dame! »    


 
Il agita sa queue en souriant à la plaisanterie.    
 

« Et que dit votre super détecteur? J’espère qu’il n’a pris l’eau… »    


 
« Nah… impossible. Il est enfermé dans un boîtier à fermeture magnétique. Complètement étanche. »    


 
« Et où devons-nous aller au juste? New York, c’est grand. Et il n’y a pas nécessairement de l’eau dans toutes les rues. Vous auriez peut-être pu égarer une clé à Venise. C’aurait été moins compliqué à gérer. »    


 
« Et penser à la garder sur soi aurait été encore moins compliqué. »    


 
« Je suis désolée. »    


 
« Je suis tout aussi coupable. »    


 
« Ça ne vous ai jamais arrivé de vous embarrer à l’extérieur du Tardis? »    


 
« Ben… euh… non. »    


 
« Jamais? J’ai dû oublier mes clés une douzaine de fois. Au moins. »    


 
« Et vous n’avez pas plus de 20 ans, ce qui n’est pas une excellente moyenne, ma foi. »    


 
« Oui, mais je pouvais toujours entrer par le vasistas de la salle de bain. Ou demander à la voisine le double qu’on lui avait laissé. »    


 
« Le Tardis n’a pas de vasistas. Et pour ce qui est des voisins, je ne crois pas que leur laisser un double de la clé est très judicieux. »    


 
« Exact. » reconnu Rose en pendant à toutes les espèces qui se seraient fait une joie de mettre l’univers et le temps en désordre.     
 

« Mais comment avez-vous pu égarer une clé? »    


 
« On ne se plaint pas, d’accord? Je ne comprends pas non plus, je ne me souviens pas d’être passé à New York récemment… Je veux dire l’original. Enfin, le NEW York original. »    


 
« J’avais compris. » dit Rose en retenant un rire.    
 

Le Docteur régla son détecteur sur la vibration émise par les pièces du Tardis et annonça joyeusement que la clé se trouvait sur Liberty Island.    
 

« Je devrais dire Bedloe’s Island. Ils ne changeront pas le nom avant près d’un demi-siècle. »    


 
« C’est l’île de la statue? Toute une coïncidence! »    


 
Le Docteur évita de lui rappeler que les coïncidences n’étaient jamais totalement le fruit du hasard dans leur vie. Rose dû le réaliser, car elle se mordit les lèvres et nagea avec plus de détermination.     
 

« Et une fois rendus à l’île? On fait comment pour trouver la clé? On peut fouiller la plage, mais je me vois difficilement ramper partout sans tomber dans les pommes et alerter les autorités par l’apparition de la petite sirène. »    


 
« Qui n’a pas encore été publiée. Ils vous nommeraient plus probablement femme poisson. Hans n’a pas encore eu le temps d’écrire ce conte, vous savez… »    


 
Une ombre les surplomba soudainement et un bruit d’éclaboussure leur fit relever la tête. Un filet tomba sur Rose et se referma sur elle. Le Docteur se débattit et faillit perdre le détecteur. Rose le rattrapa, mais le filet fut brutalement remonté.     
 

« Docteur! »    


 
Celui qui venait de pêcher Rose ne s’attendait certainement pas à ce genre de butin, pensa le Docteur. Et pourquoi n’avait-il pas fait plus attention? Si au moins il avait eu un couteau, un laser, n’importe quoi pour couper le filet! Le tournevis sonique aurait suffi!    
 

Rose donna des coups de queue, ne réussissant qu’à se prendre un peu plus dans le filet et à coincer le détecteur contre elle.    
 

« Essayez au moins de reprendre le détecteur, espèce d’idiot! Si vous ne parvenez pas à retrouver la clé, tout est perdu! »    


 
Le Docteur essayait d’arracher les cordes sans se soucier du détecteur. Est-ce qu’elle ne savait pas que ce n’était pas cette stupide machine qui comptait? Que s’il la perdait, il perdait tout… avec ou sans clé?    
 

Rose fut tirée hors de l’eau et le Docteur n’avait, pour le moment, pas moyen d’agir. Il se contraignit à la patience… mais sa queue battait l’eau avec nervosité. Et s’il ne pouvait pas la retrouver? Il fallait guetter sa chance. Peut-être que les pêcheurs la jetteraient à l’eau… la peur et les superstitions font faire de ces choses!    
 

o-o-o-o-o-o    
 

Rose était tellement bien ligotée dans le filet que les pêcheurs crurent d’abord avoir une pauvre noyée sur les bras. Ils la délièrent et la créature qui tomba sur eux les firent jurer. L’un d’eux s’approcha et toucha d’un doigt hésitant les écailles dorées. Rose répliqua par une tape vigoureuse et un froncement de sourcils.    
 

« Ça, c’est pas un cabillaud. »    
 

Son ami le gifla avec sa casquette : « C’est tout ce que tu trouves à dire? »    
 

La demi-douzaine d’hommes se rassembla et observa Rose, qui fit de son mieux pour ne pas laisser paraître sa peur. Et s’ils la prenaient pour une nouvelle sorte de poisson et essayaient de se découper une tranche pour y goûter?    
 

« Qu’est-ce qu’on fait, patron? »    
 

« On retourne à la maison. Ramenez les autres filets. »    
 

« Oui, mais je voulais pour elle? »    
 

« C’est juste un poisson bizarre d’accord? »    
 

« Ouais, ben, en partie seulement, OK? La partie du haut est tout à fait regardable… »    
 

Rose devint écarlate.    
 

« Et en plus, ça nous comprend. Est-ce que tu ne parlerais pas, des fois? » demanda l’homme en essayant de lui faire une risette au menton.    
 

« Des fois. » rétorqua Rose en écartant la main.    
 

L’homme sursauta.     
 

« J’ai vu un type, une fois, dans une fête foraine. Il était tout déformé et aussi laid que le fils du Diable. Il fallait payer pour le voir. Je crois qu’on va pouvoir prendre un petit congé de la pêche… »    
 

Rose jeta un coup d’œil au bastingage : en poussant très fort avec ses bras et en se donna un élan le mieux possible avec sa queue, en s’en servant comme d’un ressort, elle arriverait sans doute à retourner dans l’eau. Ce côté du bateau était bas, justement pour faciliter la remontée des filets. Mais celui qui portait une casquette et qui semblait servir de capitaine jeta à nouveau le filet sur elle, comme s’il avait deviné ses intentions.    
 

« Pas de ça, ma jolie. Je connais le réflexe des petits poissons. »    
 

Un autre homme tenait le détecteur et demanda ce qu’il fallait en faire au capitaine.     
 

« Ce n’est pas à moi. Jetez-le à l’eau. C’est juste un déchet. » dit Rose avec assurance.    
 

« Bien essayé, mademoiselle sardine, mais tu avais ce truc avec toi. Et si tu veux qu’on le jette à l’eau… je pense qu’on va faire exactement le contraire. En attendant, tu vas rester bien sagement sur le pont. »    
 

« Je ne peux pas. » dû reconnaître Rose. « J’ai besoin… d’être dans l’eau pour survivre. »    
 

« D’accord. La cale est encore presque vide. On va te mettre là. Et pas de mauvais tour. Je peux aussi bien présenter une attraction empaillée que vivante. »    
 

Ils refermèrent la trappe et Rose se retrouva dans l’eau croupie et pleine de déchets de poissons morts. L’odeur était terrible. Bravo pour les sushis…    
 

« Vous n’êtes pas seule. » dit le Docteur. « Vous entendez? »    


 
« Alors ce truc fonctionne même quand je ne suis pas dans l’eau. » soupira Rose avec soulagement. « J’espère que vous avez un plan parce qu’ils vont me faire jouer les vedettes de foire. »    


 
« C’était bien essayé avec le détecteur. »    


 
« C’aurait été mieux si ça avait réussi. »    








    

   
 
Citation:
Coney Island, l’endroit à la mode pour s’amuser. On était loin de la simple fête foraine! La foule était nombreuse, mais réussissait à ne pas trop se bousculer. Les chapeaux à plumes côtoyaient les pieds nus sans plainte. Les baraques s’alignaient et présentaient tous les numéros et les spectacles possibles. Grande roue, carrousels, jeux d’adresses, jongleurs et animaux savants, chacun pouvait y trouver son bonheur, les enfants autant que les plus grands.
Il était rare de croiser des yeux tristes sur Coney Island : si on n’y trouve pas le bonheur sur l’île des plaisirs, c’est que quelque chose de terrible arrivait ou bien… qu’on n’était pas tout à fait du coin. Ce qui correspondait tout à fait au capitaine Jack Harkness. Il errait de kiosque en kiosque, sans se laisser déconcentrer par les pétards qui éclataient à ses pieds, par les déchets qui roulaient sous ses bottes ou par les appels des bonimenteurs.


Trois semaines qu’il était arrivé dans la mauvaise époque et il rongeait son frein. Pas moyen de réparer son manipulateur de vortex, pas moyen de donner un petit coup de fil au Docteur et pas moyen de scanner toute la planète pour trouver une technologie capable de l’aider. C’était enrageant.


Jack Harkness gardait pourtant son calme. Au moins, il était sur Terre, ce qui était déjà assez bien. Le Docteur avait tendance à revenir régulièrement sur cette planète et l’environnement était plutôt sympa. Il n’y avait pas de nuages de méthane, de plantes carnivores géantes et aucune invasion alien n’était prévue avant un certain nombre d’années.


Deux jeunes femmes passèrent près de Jack et lui firent les yeux doux. Il leur répondit, un pur automatisme, par un sourire et elles gloussèrent tout en continuant à marcher.


Yep. Il aurait pu tomber sur pire planète. Au moins, son physique était attirant et il n’avait pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour trouver de la compagnie. Mais encore là, la seule compagnie qui lui aurait plu portait un manteau de cuir et des bottines ou bien un chandail rose et un jeans. Et ça n’allait pas être inventé tout de suite.


Jack se répéta qu’il était au moins sur la bonne planète. Le Docteur reviendrait. Le Docteur le chercherait.


N’est-ce pas?


Son attention fut soudainement attirée par un bip-bip assourdissant en provenance du kiosque, un son qui n’avait absolument rien à voir avec l’époque et le lieu et qui lui réchauffa le cœur. De l’électronique à Coney Island… Eh bien, c’était certainement un précédent, vu le siècle!


Le vendeur secouait un boîtier métallisé et Jack le lui enleva promptement. L’engin émit une pulsation encore plus aiguë et rapide et Jack l’éteignit d’une chiquenaude. Le vendeur avait un air ahuri sincère et Jack entreprit de savoir où il avait obtenu l’appareil.


« Il n’a jamais fait ce bruit-là avant, je vous jure! C’est quand vous êtes passé devant… Vous n’auriez pas quelque chose à voir là-dedans des fois? »


« Je suis un simple acheteur. » dit Jack avec beaucoup de calme et de charme.


L’homme bafouilla et finit par concéder qu’il ne savait pas quoi faire de l’objet et qu’il ne l’avait acheté que parce que…


« C’est un truc qu’il a trouvé dans la mer l’autre jour. Le vieux Dan ne savait pas quoi en faire… Et moi non plus, mais ce n’était pas cher et je pensais le revendre à un collectionneur… On dirait une boîte à musique, mais je n’ai jamais entendu de musique de ce genre… Et ça ne veut pas s’ouvrir…»


Pour le faire taire, Jack lui acheta le détecteur, ajouta un pourboire et s’en fut à l’autre bout de l’île, avec l’intention bien arrêtée de discuter avec le vieux Dan. On ne trouve pas un détecteur par hasard et encore moins un détecteur s’affolant au passage d’un visiteur du 51e siècle!


Cette section de l’île était réservée aux curiosités et aux gadgets. Quand il demanda où se trouvait le vieux Dan, on lui indiqua immédiatement la tente de la femme-poisson. Jack soupira : il s’agissait peut-être d’un simple costume ou bien… un visiteur d’une galaxie très, très lointaine qui trouvait probablement la Terre moins sympathique maintenant qu’il s’y trouvait. Qu’elle s’y trouvait. Une « femme » poisson.


Jack dû payer pour entrer sous la tente malgré ses dénégations qu’il voulait simplement poser une question au vieux Dan.


« Le vieux Dan, il quitte pas d’un poil sa jolie petite sardine. Si vous voulez lui parlez, faut entrer et vous rentrez pas sans un billet. C’est vingt cents. »


Jack jeta les pièces, trouvant le prix exorbitant pour l’époque. Le costume avait intérêt à être de qualité… ou la fille suffisamment jolie!


L’intérieur de la tente était éclairé par de multiples lampes à pétrole, ce qui le surprit. Ces endroits étaient généralement gardé dans l’ombre pour pouvoir dissimuler un peu mieux les défauts du maquillage ou du costume. Mais dans ce cas-ci, on semblait vouloir prouver que ce n’était pas un « truc ».


Un bassin carré en bois d’environ deux mètres de côté était placé au centre de la tente. Un rideau passé sur un fil de fer entourait le bassin et le recouvrait. Un léger bruit d’éclaboussures lui prouva qu’il y avait quelque chose – ou quelqu’un – dans le bassin. Un visiteur lui conseilla de passer derrière les estrades, de simples banquettes de trois étages (mais encore une fois, ici?), et de se choisir une place quelque part au fond.


Finalement, un homme dont le physique (et l’odeur) criait « pêcheur » annonça en crachant un jet de salive brunâtre et en chiquant en même temps qu’il présentait la créature exotique qui vivait au fond des mers. Il raconta sa petite histoire de trésors et de prise merveilleuse, puis dévoila le bassin.


La moitié des gens se levèrent d’un bond et Jack fut bousculé sans pouvoir apercevoir la femme-poisson. Enfin, la cohue diminua, car le spectacle avait de quoi stupéfier, et Jack sentit son ventre se tordre.


Ce n’était pas un costume.


Et ce n’était pas un alien.


C’était RoseTyler.


Jack chercha frénétiquement un homme aux grands oreilles et au manteau de cuir parmi la foule, mais Rose avait l’air si tendue que Jack su que le Docteur n’était pas parmi l’assistance, avant même d’avoir obligé à se retourner le dernier spectateur.


Les gens se pressaient autour du bassin et tendait le doigt. Le pêcheur donnait des coups de baguette aux impatients et défendaient qu’on toucha son trésor.


« Ce n’est qu’un costume! » cria un gringalet en pointant la femme-poisson.


« Il en fallait bien un pour douter! Approche-toi et tu vas toucher si c’est un costume! »


La foule lui fit une place et le gringalet fut poussé contre le bassin. Le pêcheur saisit le poignet de l’incrédule et le plongea dans l’eau en criant qu’il pouvait toujours essayer de décoller le costume d’écailles de la femme-poisson! Après quelques essais, le gringalet rougit et retira son bras en rougissant. Rose n’avait pas réagi. Jack attendit que le numéro soit terminée et prit enfin le vieux Dan à part. Il n’était cependant plus question de lui poser de question sur le détecteur.


Il essaya de capter l’attention de Rose, mais le rideau avait été rapidement replacé autour et sur le bassin.


« Je la vendrai pas. Et je la loue pas non plus. De toute façon, elle a pas ce qu’il faut pour satisfaire un homme. » dit aussitôt le vieux pêcheur avant que Jack n’ouvre la bouche. « C’est mon trésor à moi. T’as qu’à t’en trouver une à toi. Et pis, si tu veux une fille, y’en a plein autour de toi et j’crois pas que tu sois le genre à leur faire peur. »


« Je veux juste rester avec elle trois minutes. Je n’entrerai pas dans le bassin. Vous pouvez rester dans l’entrée. Et je peux payer. »


L’autre hésita, mais devant les billets que Jack sortit de sa poche, il hésita et mâchouilla sa chique en réfléchissant. Il tendit la main, mais Jack mit l’argent hors de portée.


« Je suis prêt à doubler mon offre si vous me dites où vous l’avez trouvée. »


« Je l’ai pêchée tout près de Bedloe’s Island. » répondit-il en empochant la cagnotte.


« Est-ce qu’il y avait quelqu’un d’autre avec elle? Un homme? »


« Un autre comme elle? Certainement pas! Votre trois minutes s’écoule, mon gars. Et je ne sais pas combien va vous coûter le prochain rendez-vous… »


Il s’éloigna et Jack se dépêcha de découvrir le bassin.


« Je n’étais pas certaine d’avoir reconnu votre voix! Jack! » s’écria-elle en se pendant à son cou.


« Rose! Je vais vous sortir de là. Où est le Docteur? »


« Pas très loin. Mais il ne peut pas beaucoup m’aider en ce moment. »


« Je fais tout ce que je peux! »


« Je sais, mais Jack a des pieds, lui. »


« Des pi… Jack? »


« Et… qu’est-ce qui vous est arrivé? Ce n’est pas seulement un bon déguisement holographique, n’est-ce pas? »


Quand elle s’était jetée à son cou, il avait senti les muscles et la chaleur sous les écailles. Un déguisement, même très sophistiqué, ne pouvait pas aller jusqu’à un toucher si réel. Jack n’avait ressenti aucun picotement, n’avait entendu aucun bourdonnement, rien n’indiquait l’usage d’une technologie quelconque… et Rose n’aurait certainement pas joué les sirènes devant un tel public. Enfin… pas sans raison. Et pas sans le Docteur.


« Nous sommes à l’extrémité de l’île. Il n’y a pas de plancher, seulement la passerelle de bois de la jetée. Est-ce que vous avez encore votre machin pour zapper les murs? »


« Ça fait longtemps que j’ai dû le jeter! Vous ne vous rappelez pas? IL a échangé l’usine produisant les chargeurs contre une bananeraie! »


« Dommage. Mais c’est le seul moyen de sortir d’ici. Il y a bien trop de monde dehors et vous ne parviendriez pas à faire trois pas avec moi… Oui, je suis un peu plus lourde qu’avant. »


« Mais comment…? »


« On n’a pas le temps, Jack. Revenez avec une hache pour démolir le plancher et je pourrai me glisser dans l’eau. Après ça, tout ira bien. »


« La clé est probablement celle de Jack! »


« Et pendant que j’y pense, il me faudrait la clé du Tardis. »


« Pardon? »


« La clé. Nous… nous sommes enfermés à l’extérieur du Tardis. »


Jack éclata de rire et le vieux Dan revint, stupéfait de voir sa créature souriante et si ouverte. Rose le foudroya du regard en murmurant à Jack de garder précieusement la clé : « C’est le seul moyen pour nous de redevenir... »


Jack nota le « nous » et manqua s’étouffer. Le Docteur avait le même… euh… problème?


« Ça suffit. Sortez! » ordonna le pêcheur.


« Il n’y a pas un homme-poisson comme attraction par hasard? » demanda-il avec autant de charme que possible.


Le vieux pêcheur fut incapable de résister à l’allure, au sourire et… aux phéromones du 51e siècle qui se dégageaient de Jack. Il cassa son humeur de chien et répondit fièrement qu’il avait l’exclusivité de ce genre d’attraction.


Jack prit congé et ce bon vieux Dan commença à se poser des questions sur cet étrange visiteur plusieurs minutes après son départ, bien trop tard pour le harceler et découvrir la vérité à son sujet. Il découvrit le bassin et demanda à la créature marine des renseignements sur le beau capitaine.


« Pensez-vous vraiment que je vais vous répondre? »


« Tu le connais, la Sardine. »


« Et alors? »


« Alors, juste au cas où tu aurais un plan pour t’échapper et ce gugusse prêt à t’aider, je pense qu’on va te mettre en sécurité. »


Il arracha complètement le léger rideau et alla chercher plusieurs lourdes planches au fond de la tente. Quand il entreprit de les clouer et de sceller le bassin, Rose  n’eut d’autre choix que de s’enfoncer sous l’eau. L’espace entre le couvercle et la surface de l’eau n’aurait pas permis à un chat de respirer plus d’une minute.


Le couvercle ne recouvrait pas entièrement le « bocal à poisson » et il lui restait la lumière des lampes à pétrole, mais Rose savait que le vieux pêcheur les éteindrait en partant. Elle n’avait pas peur d’être enfermée. Avoir un « toit » au-dessus de la tête ne la perturbait pas, de toute façon, son univers faisait deux mètres cubes. Elle pouvait difficilement être plus prisonnière qu’elle l’était! Mais le manque de lumière l’inquiétait un peu plus.


Elle ferma les yeux et se raccrocha à la présence, toute proche, qui était capable de la rassurer.


« Je suis là. » dit simplement le Docteur.


« Je sais. »


Le temps passa comme il le faisait toujours durant la nuit : à la fois trop lentement et trop vite.


Lentement parce que les heures n’en finissaient plus de s’étirer et Rose rêvait, justement, de pouvoir s’étirer! Être confinée dans son bocal à poisson après avoir traversé l’Atlantique était désagréablement ironique.


D’autre part, le temps se contractait comme par magie à cause du Docteur. Il ne dormait jamais et il était capable de parler jusqu’à ce qu’elle s’endorme… pour reprendre dès qu’elle se réveillait. Le plus souvent, elle passait directement de la dernière phrase du Docteur à un rêve, qui le mettait généralement en scène. Rose se demandait s’il continuait à parler même quand elle n’écoutait plus.


Il ne disait rien de trop personnel. Il lui décrivait les mondes qu’il voulait visiter avec elle, lui racontait des blagues et des histoires concernant ses aventures passées. Ils s’amusèrent en récitant toutes leurs répliques préférées des Simpsons. Ils débattirent de la poutine en essayant de découvrir comment un assemblage aussi monstrueux de sauce brune, de frites et de fromage pouvait être aussi savoureux et comment les ingrédients avaient été mis ensemble la première fois. Une nuit, alors que Rose était à demi-endormie, elle cru l’entendre fredonner… quelque chose qui ressemblait à l’air de la Petite sirène de Disney.


Rose guettait le moment où Jack reviendrait. Comme ses oreilles étaient dans l’eau, elle n’entendit pas les frôlements contre la toile de la tente. Elle sentit les chocs provoqués par un instrument alors que le couvercle de bois était décloué. Il faisait toujours aussi noir et quand Rose pu se redresser, elle mit quelques secondes à s’apercevoir qu’il y avait bien trop de monde autour d’elle.


« Ce n’est pas Jack! » projeta-t-elle vers le Docteur.


« Qui est-ce? »


« Je ne sais pas, mais ils sont une douzaine. »


Elle hésita, mais quand ils déployèrent un brancard de tissu et installèrent un système de cordes et de poulies, elle ravala sa salive : « Je crois… qu’ils sont là pour m’enlever. »




« Quoi? »   
 
 



 
 
   
 
 

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Dernière édition par Idontwanttogo_01 le Sam 6 Aoû 2011 - 02:51; édité 10 fois
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MessagePosté le: Ven 8 Juil 2011 - 03:34    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Ven 8 Juil 2011 - 10:13    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

J'adore, je veux vite savoir la suite! Quelle bonne idée que vous avez eu là

Idontwanttogo_01 a écrit:

« Vous ne voulez pas enlever votre veste? »
« Pour que j’attrape un coup de soleil? Non merci. »



J'imagine très bien le Docteur réagir de cette façon. Dommage que Rose n'est pas pensé à lui passer de la crème solaire

Idontwanttogo_01 a écrit:

Rose s’élança, mais le Docteur la dépassa, la laissant bouche bée devant la vision d’un caleçon aux motifs écossais (alors il n’était pas seulement adepte des rayures bleues finalement?). Elle retint un fou rire en voyant la cravate, toujours nouée.

Ah, je me demandais quand le caleçon écossais aller faire son apparition et en plus la cravate est toujours là. Ton imagination et en ébullition Idontwanttogo, continue j'adore

Idontwanttogo_01 a écrit:


« Oh, rien de grave. En fait, nous nous sommes adaptés à ces effets. On pourrait même dire que sans eux, nous ne serions pas ainsi. » Adara désigna le bas de son corps.
« Et est-ce que le Docteur… souffre… des mêmes effets secondaires? »

« Bien entendu. Mais il faut s’en féliciter. Nous avons eu beaucoup de difficulté à travailler avec son système cardiovasculaire double. »



Je me pose une question importante là. Mais où est passé le caleçon écossais? 


C'est une très belle histoire. J'aurais bien imaginer un épisode "The Doctor's Mermen" mais attention, avec Ten pas avec Eleven. Les écailles ne lui irait pas beaucoup au teint à ce dernier. Bon OK, j'arrête mes délires maintenant 
En tout cas, je suis très curieuse de connaître la suite
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MessagePosté le: Sam 9 Juil 2011 - 01:25    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Nouveaux chapitres. Merci à T.A.R.D.I.S. et son oeil de... pieuvre orthgraphique et grammatical pour les coquilles et les fautes.
Bonne lecture avec le Merman!

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MessagePosté le: Lun 11 Juil 2011 - 02:40    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Chapitres 5 et 6 disponibles.
Bonne lecture !

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MessagePosté le: Lun 11 Juil 2011 - 09:46    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

 J'ai passée un bon moment à lire cette fic! Je trouvais le début avec latransformation du Docteur un peu trop rapide. Mais comme toute la fic est rapide, le rythme passe.
Et le reste de la fic est simplement...
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MessagePosté le: Lun 11 Juil 2011 - 13:44    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Merci! C'est vrai que l'arrivée de Merman est un peu rapide, mais on n'en pouvait plus de l'attendre! La suite s'en vient
et pas pour dans 5 milliards d'années si vous voulez un aperçu...

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MessagePosté le: Mar 12 Juil 2011 - 00:46    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Un chapitre de plus!
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MessagePosté le: Mer 13 Juil 2011 - 02:58    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Et un autre... Quand l'inspiration (et le Merman) est au rendez-vous...
Bonne lecture!

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MessagePosté le: Jeu 14 Juil 2011 - 12:50    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Whaouuu, j'en suis au chapitre 4 et re whaoouuuu c'est excellent!!!! Bon, allons-y, je me replonge dans l’histoire ( sans mauvais jeu de mot )
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MessagePosté le: Sam 16 Juil 2011 - 20:04    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

3e partie - Chapitre 9
Bonne lecture
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MessagePosté le: Jeu 28 Juil 2011 - 01:58    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

2 chapitres supplémentaires et le retour d'une vieille connaissance...
 

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MessagePosté le: Lun 1 Aoû 2011 - 13:04    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

J''adoooooore la suite la suite!!! Mr. Green
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MessagePosté le: Mar 2 Aoû 2011 - 01:14    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Suite postée et l'histoire continue... Sincèrement, il y a une partie complète à venir (4e partie) et je pourrais trouver d'autres idées pour poursuivre dans une 5e partie (mais rien de garantie). Tout ça pour dire que ce n'est pas fini! 
Comme mentionnée dans "*" au début de ce chapitre, j'ai modifié 4-5 lignes dans le chapitre précédent pour que Rose n'ait pas de problèmes à parler (idée qui n'a pas abouti et que j'avais oublié d'enlever). Promis, ça ne change rien. 

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MessagePosté le: Ven 12 Aoû 2011 - 09:37    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

Je viens de finir la 2ème partie!!!! Vivement que j'attaque la 3ème
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MessagePosté le: Dim 28 Aoû 2011 - 18:42    Sujet du message: Merman I Répondre en citant

waouh!
mais comment est né cette idée ??

j'ai dévoré les 10 chapitres sans m'en rendre compte... a tel point que je n'ai même pas relevé la moitié des phrases que je voulais commenter...


Pourtant, les circuits véhiculant l’énergie particulière du vortex du temps vibraient avec une tendresse particulière, reflétant celle du pilote de la boîte bleue.
-> oh, so sweet!
j'adore le fait que le Docteur ne soit pas expressément nommé ici, ça rend la phrase encore plus sublime.

(même si un Seigneur du temps souffre rarement de la peur)
-> on le voit pourtant bien flipper dans 42, il dit meme qu'il est effrayé... ca donne envie de le réconforter.

Et Rose craqua complètement, une petite voix soupirait et hurlait « mondieumondieumondieu »
-> on ne peut mieux décrire une telle scène !

La longue queue recouverte d’écailles bleues (pourquoi toujours bleues, songea Rose)
-> parce que rose à poids violets ça le fait pas

Je n’ai rien contre… mais j’aime bien mes Converses
-> il n'est pas le seul...

l’espèce de cinglé en costume à rayures
-> tiens, un surnom de plus à ajouter à son palmares, après Oncoming Storm...

« J’imagine que ça ne vous dis rien si je trouve que ça rappelle Downing Street et les Slitheens? »
-> et là la sirène brandit une Carte d'identité en disant : Arielle Jones, petite sirène!

L’eau chaude vous fait ressembler à un sachet de thé en pleine infusion,
-> hum c'est romantique... mouarf

Son cerveau devait avoir pris l’eau
-> attention, il va rouiller!

Il nageait très vite, plus vite qu’il était capable de courir
-> c'est possible ça?

Ce qui correspondait tout à fait au capitaine Jack Harkness
-> ce bo,n vieux Jack... toujours là où il faut quand il faut lui. C'est bien pratique ça!

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