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:: Enfants du temps ::

 
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Idontwanttogo_01
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MessagePosté le: Dim 20 Mar 2011 - 23:30    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

 
Encore moi! Oui, je suis prolifique. Correction : prolifique et cinglée. Ça résume mieux.        
Bref, la suite de la nouvelle les Heures. La présente histoire ne tient pas nécessairement  compte des épisodes spéciaux, pas plus que des autres textes que j'ai publiés (disons que les autres idées d'histoire pourraient se dérouler dans des univers alternatifs).         
Idéalement, il faudrait lire Les Heures avant Enfants du temps, mais bon... j'imagine que ça n'empêchera personne de comprendre l'action... et le reste       
Comme d'habitude... bonne lecture         
 
Résumé : Alors qu'un bonheur sans nuage les attend, Rose et le Docteur voient leur avenir en péril quand Harriet est kidnappée par un ennemi qui a un compte personnel à régler.        
 
Genre : Aventure, romance et suspens, peut-être pas conseillé au moins de 12 ans        
 
Spoilers : Finale saison 4, je ne tiens pas compte des épisodes spéciaux   
 
Disclaimer : Histoire basée sur des textes et des personnages appartenant à la BBC - Doctor Who (et suite de Les Heures)       
 
      
Citation:
Après une douche et un solide petit déjeuner (enfin, le repas du matin étant donné que matin, midi et soir étaient des notions assez floues dans le vortex), Rose et le Docteur étaient revenus lentement et mus par une longue habitude, vers la console du Tardis qui pulsait de contentement grâce à ses deux pilotes.        
 

Rose avait eu le temps d’apprendre et le Docteur ne se lassait pas de voir une humaine (encore fallait-il rectifier le tir en traitant Rose de simple humaine) lancer le Tardis dans le vortex. Ce n’était pas surprenant : elle avait eu des cours durant 1000 ans! Et le Docteur de sourire de satisfaction à la pensée qu’ils avaient déjà une longue vie commune. Comme elle l’avait dit, tout n’était que pratique et c’était beaucoup mieux de tout faire en vrai. Déjà, la nuit dernière...       
 

- Qu’est-ce qu’on fait maintenant, je veux dire avec le bébé?, demanda Rose avec un sourire mutin.       
 

Le Docteur haussa les épaules, sachant pertinemment qu’il arborait air niais et ravi et tout aussi conscient qu’il ne pouvait s’en empêcher. Il avait sa Rose, il avait un long (très long) passé en commun et la routine ne semblait pas devoir s’installer, le tout conjugué avec sa future paternité le poussait à être d’un indécrottable optimisme. Et Rose ne semblait pas partie pour garder son sérieux non plus. C’était une euphorie profonde qui faisait tourner la tête : peu importe vers où ils se tournaient, le temps et l’espace les accueillaient avec bienveillance. Rien n’était impossible.       
 

- On le garde bien sûr, finit-il par répondre dans en donnant un petit coup de poing sur un bouton récalcitrant (il faudrait bien le huiler un jour ou l’autre, mais surtout un autre jour).       
 

- Ce n’était pas ma question. Il faudra bien que je prenne mes distances avec tous les dangers de l’univers et du temps quand je serai devenue aussi grosse qu’une montgolfière. Qu’est-ce qu’on va faire avec nos aventures?       
 

- Oh, nous prendrons un petit congé. Le Tardis est tellement vaste que simplement le cartographier pourrait prendre des mois.        
 

- Tu n’exagères pas un peu, là?       
 

- C’est que tu n’es jamais allée plus loin que le sixième niveau.       
 

- Tu m’avais dit que c’était le dernier!        
 

- C’était un… euh… une omission. C’est le dernier où je suis allé depuis… un sacré bon moment. Plus un Tardis vieillit, plus il grandit. Et cette bonne vieille boîte est beaucoup plus vieille que moi, alors les niveaux…       
 

- Allez, Docteur, combien?       
 

- Quinze?       
 

Rose inspira lentement. Des mois, oui, surtout si le reste du Tardis était ordonné de la même façon que les six premiers niveaux. Le Docteur avait un style chaotique et ce n’était rien de le dire.       
 

- Peut-être vingt.       
 

Elle ricana.       
 

- Mais pas plus de trente, j’en suis certain, fit-il en hochant fermement la tête, plus pour se convaincre que pour autre chose. Enfin… presque.       
 

- Il y a un ascenseur?       
 

Elle plissa les paupières, mais ce fut peine perdue : ils éclatèrent de rire. Le Docteur se demanda combien de temps ils résisteraient à force de rien faire d’autres que rire.       
 

- Oh, on s’habituera, dit Rose avec une fausse gravité. Et puis, on trouvera autre chose.        
 

- J’en doute. Nous n’avons pratiquement rien fait d’autre durant les 1000 dernières années.       
 

- Hum… J’ai souvenir de deux ou trois autres choses, mais…       
 

Le Docteur frissonna de plaisir et se retint au Tardis à la pensée de ses deux ou trois choses.       
 

- …mais je ne me fatigue pas de rire. Ou de toi.       
 

Et elle se glissa près de lui et il sentit la chaleur de son corps se mêler à la sienne. Non, lui non plus ne se fatiguait pas d’elle.        
 

- Eh bien, en attendant, il y a cette planète, Marcos Del-Orios. On dit M.D.O. quand veut être branché.        
 

- Et McDo quand on veut rigoler, j’ai compris, dit-elle avec sérieux.       
 

- Elle me semble parfaite pour un pique-nique.       
 

- Tu es sûr?       
 

- Parfaitement!       
 

- Et qu’est-ce qu’on met dans le panier? Je n’ai pas visité la cambuse de ton truc, mais je ne crois pas…       
 

- On fait un arrêt à l’épicerie bien sûr. Ou au marché. Tu as une préférence?       
 

- À Londres, décida Rose. Des chips. Et si on invitait Mickey? Il faut bien lui dire ce qui se passe.       
 

- Oh… On est obligés?       
 

- Ben… c’est Mickey. Il pourrait être le parrain.       
 

- Ouille, ça, c’est la fin du monde. Tu l’imagines prendre soin d’un Seigneur du temps?       
 

- C’est une fille, lui rappela Rose. Avec des cheveux roux, ajouta-t-elle moqueusement.       
 

- Tu imagines Mickey avec une fillette rousse de cinq ans qui ressent le passage du temps?       
 

- Hum… Il ne se débrouillait pas trop mal. Il a vaincu les Cybermen et il a fait un bon travail avec les Daleks.       
 

- On pourrait en reparler avant de le faire parrain?       
 

- Quoi, tu préférerais Jack? À Torchwood? Directement sur la Faille de Cardiff?       
 

- Hum… peut-être pas. Quoique… J’y réfléchirai.       
 

- Tu as quelques mois seulement. Et on ne peut pas tricher avec le temps, cette fois, lui fit-elle remarquer.        
 

- Des mois… Oh, à moins que…       
 

- Que quoi? Non! Ne me dis pas que ça doit durer plus longtemps avec un Seigneur du temps miniature?       
 

- Oh… euh…        
 

*       
 

Mickey hésitait entre une boîte de sardines et une autre de soupe aux légumes et s’apprêtait à ouvrir les deux quand on sonna à la porte. Il ouvrit à une jeune fille aux joues aussi roses que son nom et à un Seigneur du temps aux cheveux plus en bataille que jamais.       
 

- Chouette appart, commenta Rose en l’embrassant sur la joue.       
 

- Je me disais bien que vous finiriez par débarquer, fit il avec un petit signe de tête approbateur au Docteur. Vous avez faim?       
 

En voyant les deux boîtes de conserve sur le comptoir, le Docteur fit une grimace et lui parla de son idée de pique-nique extraplanétaire, ce que Mickey accepta sur le champ.       
 

Après un long moment à se remémorer d’anciens souvenirs et à raconter de vieilles et de nouvelles histoires, Mickey se racla la gorge et leur demanda s’ils avaient trouvé qui était la femme en rouge qui leur avait permis de sauver tout le monde. Rose eu un petit sourire et hocha la tête.       
 

- Oh, tu vas vraiment lui dire, ronchonna le Docteur.       
 

- C’est mon meilleur ami.       
 

- Et moi?       
 

Elle renifla de dérision et lui envoya une pensée. Le Docteur croisa les bras de satisfaction : il aimait bien être dans une catégorie à part.       
 

- Et alors, les pressa Mickey.       
 

- Oh, eh bien, elle fait partie de la famille, dit Rose.       
 

- Ah oui?       
 

- Oui.       
 

- Et elle s’appelle comment?       
 

Les deux futurs parents se regardèrent : ils n’avaient pas encore abordé le sujet des prénoms.       
 

- Elle est humaine au moins?, demanda Mickey. Hey, ce n’est pas drôle si vous ne pouvez rien me dire.       
 

- Ce n’est pas ça, protesta le Docteur, mais il reste deux-trois trucs sur lesquels il faut s’entendre.       
 

- Comme le nom à lui donner, compléta Rose.       
 

- Ça n’est pas très clair.       
 

- C’est une personne que je n’ai pas encore rencontrée mais de qui nous allons être très proches. Comme elle a voyagé dans le temps et pouvait causer un paradoxe, elle a préféré jouer la carte de la discrétion.        
 

- En costume de Chaperon rouge? Bonjour la discrétion!       
 

- Ouais, mais… hum… comment expliquer… ça faisait partie du message à délivrer.       
 

- Quel message?       
 

- Que nous étions… ben… que nous étions… Tu te souviens des mots qui étaient écrits un peu partout et qui étaient un message pour moi? Tu sais, sur le terrain de basket et le nom de cette centrale nucléaire qui allait être construire à Cardiff.       
 

- Euh… ouais.       
 

- Bad wolf. Méchant loup. Je suis enceinte, dit Rose. Et le Chaperon rouge, c’est notre fille.       
 

- Pardon?       
 

- C’est notre fille. Dans quelques années.       
 

- Tu es enceinte? De qui? De lui? Mais vous êtes… euh compatibles?       
 

- De toute évidence, fit le Docteur entre ses dents.       
 

Ce n’était pas faute d’avoir pratiqué. Hum… en vérité, tout s’était passé dans sa tête – à l’exception de la nuit dernière, se remémora-t-il avec un sourire – et il n’était pas « vraiment » le père, mais presque. Essayer d’expliquer que c’était son double, issu d’une métacrise biologique consécutive à son quasi assassinat ne pouvait pas manquer de surprendre. Il était encore plus simple de dire qu’il était le père. Ce n’était pas mentir : l’enfant était celui de Rose et du Docteur. Il fallait simplement éviter de mentionner qu’il en existait plus d’un. Enfin, qu’il en avait existé plus d’un.       
 

- Les mystères du temps et de l’espace, résuma Rose avec simplicité. Alors? Tu vas me féliciter ou quoi?       
 

- Bien sûr, bien sûr… simplement, sortir ça sans avertissement… Wow! Je ne t’avais jamais imaginé en mère de famille. Et le Docteur en train de changer les couches. Il sait faire ça?       
 

- Je m’adapte à presque toutes les circonstances, fit l’intéressé avec hauteur.        
 

Ils s’esclaffèrent en imaginant tous les moyens possibles, fantaisistes et hautement technologiques, de changer les couches d’un nourrisson.        
 

- Et vous allez l’appeler comment, finit par demander Mickey.       
 

Rose se tourna vers le Docteur, quêtant quelques idées.       
 

- Ne me regarde pas comme ça, tu sais à quoi ressemble les prénoms gallifreyens. Il serait probablement mieux que tu lui prennes un prénom terrien et même typiquement british tant qu’à faire.       
 

- Et si tu l’appelais Jackie, proposa Mickey.       
 

Le Docteur leva un sourcil et Rose ricana : «  Il y a déjà ma mère qui s’appelle comme ça, Jack à Torchwood et Jake dans l’autre univers. On pourrait essayer d’être original. Non, pas Jackie. Quelque chose… un nom historique… »       
 

- Élizabeth?       
 

- Mary? Catherine?       
 

- Non, il faudrait un prénom de « notre » histoire, fit Rose sur un ton amusé. Non, pas Cassandra, fit-elle en retenant un rire.       
 

- Harriet, suggéra Mickey.       
 

- Harriet? La Première ministre de l’Âge d’or… Hum…       
 

- Harriet était formidable, fit Rose avec un soupir. Je n’en connais beaucoup qui aurait affronté les Daleks comme elle l’a fait.       
 

- Dis comme ça…        
 

- Ça sonne plutôt bien.        
 

Le Docteur leva un verre de jus d’ananyane, boisson sur laquelle Mickey avait levé le nez avant d’en devenir aussi fou que Rose. Ils trinquèrent d’un commun accord à la petite Harriet-Ann Tyler-Smith.       






 
  
      
Citation:

- Je savais que je ressemblerais à une montgolfière, se plaignit Rose en se mettant de profil devant le miroir.       
 

Le Docteur leva un sourcil, tout en essayant de garder son sérieux. Les dernières semaines, sa compagne avait tendance à sauter du coq à l’âne sur le plan des émotions. Un mot de travers et patatra!        
 

- Tu ne dis rien?       
 

- J’aurais trop peur que le Tardis explose. Encore, ajouta-il tout bas tout en sachant qu’elle l’entendrait.       
 

Il fut récompensé par une moue amusée et Rose soupira tout en s’étirant.        
 

- Plus que quelques jours je suppose avant que la montgolfière ne devienne un ballon tout ratatiné, fit-il tout en l’enlaçant.        
 

Il la trouvait belle avec cet éclat que prennent toutes les futures mères. Peu importe si elles étaient humaines ou de la race des Seigneurs du temps d’ailleurs. Elle avait assimilé certaines notions temporelles avec cet instinct redoutable et elle avait lentement mais sûrement changé. Il avait dû s’ajuster à une Rose avec un sens du temps développé : la conscience du temps en mouvance et les points fixes dans la trame historique. Et elle était capable de la communion mentale.        
 

Le Docteur toussota en se rappelant la première fois où il avait reçu l’intégralité et la perfection de l’esprit de Rose – de l’esprit d’un Seigneur du temps – directement dans le sien. Le choc l’avait paralysé, puis ses genoux étaient devenus aussi mous que des chiffons. La réaction classique à un contact primitif et dense, surtout qu’il s’agissait du premier dont Rose était capable, l’avait bouleversé et il avait tendu les bras vers elle, incapable de résister à tout ce qu’il ressentait. Il n’avait d’ailleurs pas l’intention de s’y opposer une seule seconde. Et Rose avait plongé dans le tourbillon d’un esprit vieux de neuf cent ans, brillant et lumineux. Ils s’étaient accrochés l’un à l’autre, un peu perdus dans cet espace si vaste et si magnifique : c’était une symphonie et une chorale, c’était le soleil et la lune, c’était le parfum le plus doux et caressant du monde. Et c’était leurs présences qui le rendaient réel.        
 

Rose ne savait pas comment arrêter la communion et le Docteur ne vit aucune raison pour y mettre fin aussitôt. Et quand ils s’étaient finalement réveillés (deux jours plus tard!), chacun dans leur tête, ils étaient fermement enlacés, imbriqués, noués ensemble physiquement comme ils l’avaient été psychiquement. Le souffle du Docteur dans son cou avait fait tressaillir de plaisir Rose et, sentant la pulsation des deux êtres qu’il aimait le plus au monde tout à côté de lui, le Docteur avait sourit, réconforté et serein. Il ne pouvait pas sauter sur le lit comme un enfant de quatre ans, surtout qu’ils occupaient ce lit à ce moment-là, mais c’était la sensation continuelle d’avoir gagné, d’avoir vaincu tous les ennemis et d’avancer vers un avenir où il ne serait plus le Voyageur solitaire.       
 

Rose alla directement au poste de pilotage, tapota la console qui grommela amicalement, et programma le voyage pour le Jardin de l’aube, une création artistique et végétale incomparable, inimitée durant près de 3000 ans. Le Tardis avait beau être de dimensions impressionnantes, Rose avait besoin de prendre l’air. Et le Jardin de l’aube était le plus beau et le plus inoffensif du monde, l’un des rares endroits où il ne s’était jamais rien passé d’extraordinaire ou de dangereux.        
 

Le Docteur et elle avaient cherché durant longtemps ces endroits où rien n’étaient supposé se produire. Pour finir, ils s’étaient rendu compte que le meilleur endroit pour éviter l’éclair était encore l’endroit où il venait de tomber. Ainsi, ils se rendaient dans tous les endroits que le Docteur venait de quitter, sûrs et certains de ne rien y trouver d’anormal sauf peut-être un peu d’agitation par rapport à cet étranger un peu fantasque qui venait de sauver tout le monde.       
 

Le Jardin restait sa destination préférée : elle s’y était rendu une bonne cinquantaine de fois, parfois avec le Docteur, parfois seule, mais ce dernier cas était plutôt rare. Il n’aimait pas la laisser partir loin de lui et elle n’était pas non plus le laisser tout seul trop longtemps. Il avait tendance à se rappeler trop facilement les mauvais souvenirs quand elle n’était pas là. Rose se demandait souvent si ce n’était pas là une réaction élastique à sa présence : il était plus qu’heureux avec elle, il était plus que malheureux quand elle n’y était plus. Je suis une drogue, se moquait-elle. Mais alors, il fallait le prendre dans l’autre sens également : il était sa drogue à elle aussi.       
 

Elle rencontrait parfois un couple de promeneur, parfois un botaniste ou un jardinier, mais c’était, encore là, plutôt rare. Il n’y avait pas de sentier, juste des continents entiers à explorer. Rose choisit la plaine des Murmures verts tout en redemandant qui avait baptisé les lieux. L’herbe était longue et lui arrivait aux hanches, mais les brins s’écartaient sur son passage. Aux herbes étaient mélangés une bonne douzaine d’espèces de fleurs dont les parfums se combinaient astucieusement. Rose les effleurait doucement en souriant, fredonnant une comptine au ciel.        
 

Un peu plus loin avait poussé un bouquet de saules, ou des arbres ressemblant à des saules, et Rose se dit qu’elle y ferait demi-tour et retournerait au Tardis. Il ne s’agissait pas de se perdre en pleine cambrousse et avoir le bébé pendant que le Docteur tripatouillait à nouveau les entrailles du Tardis. Il s’inquièterait.       
 

Et tout à coup, elle sut qu’il y avait un problème et se retourna sèchement, enfin… aussi sèchement que son ventre disproportionné le lui permettait. Elle eu à peine le temps d’entendre un bonjour avant de se sentir perdre conscience. Son esprit hurla silencieusement.       
 

À l’instant même où Rose pressentait un problème, le Docteur bondit du Tardis et appela sa compagne. Et quand le cri silencieux lui broya le cœur, il sut qu’il allait être très, très malheureux. Et la rage flamba en lui.       
 

*       

 
Rose était ligotée dans un lit d’hôpital, les côtés du lit relevés. Une perfusion qui semblait tout à fait ordinaire était attachée à sa main droite.        
 

- Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais je suppose que je peux prétendre que je suis de la famille, non?       
 

Rose n’eu pas besoin d’être présenté à ce petit bout d’homme qui avait le même sens du temps qu’elle. Le Maître.        
 

- Le Docteur va me retrouver.       
 

- Hum… pas tout de suite. Cet endroit est, en quelque sorte, hors du temps. Une invention à moi. Vous êtes introuvable.       
 

- Pourquoi m’avoir enlevée alors? Je pensais que votre plus grand plaisir était d’échafauder un plan pour attendre le Docteur ou le prendre au piège.        
 

- Ah, la célébrité. Il vous a parlé de moi, je le savais! Je l’espérais vraiment. Pour ce qui est du piège… Cette-fois-ci, c’est le bébé qui est visé, pas son père. Mais… indirectement, je crois qu’il ne va pas me trouver très drôle. Oui, oui… Je me sentais un peu seul et je ne peux pas réformer le Docteur, avec toute cette morale et cet air de chien battu. Non, j’ai besoin d’un compagnon ou d’une compagne, mais il faut les prendre au berceau pour les former de nos jours. Et avouons que je manque un peu de choix si je veux un Seigneur du temps.       
 

- Non, souffla Rose.       
 

- Eh oui. Je guettais votre passage, ma chère, ces derniers temps. J’espérais que vous feriez une dernière visite avant d’accoucher. Je n’avais pas vraiment les moyens d’enlever un bébé du berceau, surtout s’il est constamment dans un Tardis. Et pas moyen de vous corrompre : vous avez les mêmes beaux principes que lui, ajouta-t-il avec une grimace de dégoût. Tout est beau et les petits oiseaux chantent dans l’univers. Libérons les prisonniers, donnons la démocratie à tous les peuples, emprisonnons les monstres jusqu’à ce qu’ils soient réformés…       
 

- Pas Harriet, souffla Rose.       
 

- Oh, elle a déjà un nom? Harriet, Harriet, Harriet… où est-ce que j’ai déjà entendu ce nom? Oh, est-ce que ce n’était pas la femme qui était ministre avant moi? Pour le moment, reposez-vous. Je crois bien que ce sera pour bientôt.       
 

Il vint pour caresser son abdomen et elle se tendit. Il se retira sur un rictus.       
 

Dès que la porte glissa en place, Rose s’attaqua aussitôt à l’attache de son poignet gauche, essayant de se casser le pouce pour le sortir du bracelet. Pas le meilleur moment de sa vie. En même temps qu’elle s’acharnait à se libérer, elle appelait le Docteur de toutes les fibres de son être.        
 

Au bout d’une demi-heure (son sens du temps ne pouvait pas être détraqué par sa prison), Rose avait presque réussi à libérer sa main gauche quand une violente contraction la renversa. Au bout de quelques secondes, le souffle lui revint, mais la pression du temps était insoutenable. Le Docteur ne l’avait pas avertie que l’accouchement provoquait de tels effets. Mais c’était un homme. Peut-être que c’était implicite pour toutes les femmes sur sa planète. Il faudrait penser à l’avertir…        
 

La porte glissa et l’homme sautilla auprès d’elle, tout content. Il arrangea le bracelet de sa prisonnière sans y prêter attention et approcha un moniteur. Il brancha quelques électrodes sur sa tête, sa poitrine et son ventre qui était devenu aussi dur que la pierre. Il avait à peine fini qu’une nouvelle contraction la saisit. Sa tête fut martelée impitoyablement comme si le temps entier essayait de se frayer un chemin en elle.        
 

- Oui, je sais, ce n’est pas très confortable, fit doucement le Maître.       
 

- Vous savez ce que c’est?       
 

- Évidemment, fit-il comme si on l’offensait. Un Seigneur du temps est un poids pour la trame du temps. Quand un nouveau Seigneur du temps vient au monde, le temps se concentre sur lui. Et comme la mère est fortement liée à l’enfant… C’est un choc, la naissance. On ne vous a jamais appris ça? Oh, c’est vrai, une simple humaine… Je ne sais pas comment vous pouvez donner naissance à un Seigneur du temps quand même. Il faudra qu’il m’explique comment il a fait. À moins que cela vous tente? Une façon de passer le temps…       
 

Il ricana quand une nouvelle contraction lui coupa le souffle, mais il se montra prévenant et elle le rejeta en frissonnant.        
 

- C’est pour vous aider, fit-il en lui injectant quelque chose dans la perfusion.       
 

- Ne vous donnez pas cette peine.       
 

- On supporte toutes les douleurs, c’est ça? J’aurais dû m’en douter, avec un mari comme le Docteur. Quoi? Pas mariée? Vilaine fifille.       
 

- Une longue histoire, grommela Rose avec peine. Est-ce que ça ne devrait pas être plus espacé?       
 

Elle n’avait pu empêcher la question de sortir et même s’il s’agissait d’un mégalomaniaque, elle avait besoin d’un peu de certitude.        
 

- Les contractions? Oh non, vous êtes dans les temps. Enfin, ce petit est dans les temps, fit-il avec satisfaction en lisant les données sur le moniteur. N’oubliez pas de bien respirer, c’est essentiel.       
 

Une autre contraction lui procura de nouvelles visions multicolores et elle comprit que le Docteur ne serait pas là. Elle retint de son mieux ses larmes tout en faisant son possible pour mener à son terme ses mois d’attente.         
 

*       
 

Le Maître enveloppa le nourrisson dans une couverture et l’emporta rapidement après avoir injecté une bonne dose de calmant dans la perfusion de la jeune femme toujours sous le choc de la naissance et de la dernière bouffée de visions. Il hésita un instant, mais décida au dernier moment de ne pas la tuer. Ce serait comique qu’elle essaie de lui courir après et que l’enfant soit déjà sous sa coupe. Il embarqua dans sa navette, avec le même bouclier particulier qui le dissimulait au Docteur, déposa le bébé dans le berceau qu’il avait préparé et désactiva le champ entourant Rose.       
 

Il ne resta pas un seul instant de plus, sachant qu’il entendrait bientôt un aspirateur asthmatique ronronner. Le bébé renifla de contentement et le Maître commanda aussitôt un biberon à la cuisinette électronique.       
 

- Tête ça, mon petit, fit-il en insérant la tétine dans la petite bouche rose. Tu sais, tu me plais bien. Il faudra qu’on te trouve un nom. Harriet, ça fait tellement... terrien! Mais pas tout de suite… Il y a plus important à faire. Par exemple, mettre de la distance entre toi et ton ancien papa.       
 

Le Maître vérifia les commandes du brouilleur et éclata de rire. Le bébé ne broncha pas et le fixa de ses yeux bleus.       
 

*       
 

Le Tardis n’avait jamais voyagé si vite et le Docteur était dehors en moins d’une seconde. Emporté par son élan, il trébucha contre une patère médicale et se rattrapa au lit où Rose était allongée. Il vérifia rapidement la solution de la perfusion et l’arracha agressivement avant de s’occuper des attaches de ses mains.       
 

- Rose?       
 

Il ne pouvait s’empêcher de remarquer que le bébé avait disparu et il se préparait déjà mentalement à faire toutes les recherches possibles. Et il faudrait attendre que Rose soit en meilleure forme… Il imaginait déjà les problèmes à la faire se reposer avant d’entreprendre les recherches. Après tout, ils avaient un peu de temps grâce au Tardis.       
 

- Rose?       
 

Elle gémit et finit par ouvrir les yeux. Elle se jeta dans ses bras en pleurant et le Docteur soupira. Il l’avait retrouvée.       
 

- Il a pris Harriet.       
 

Et Rose était à ce point bouleversé qu’elle imprima le nom en lettres de feu dans son esprit et dans celui du Docteur tout en le disant à voix haute : « Le Maître! ».       
 

Elle éclata en sanglots et le Docteur l’enlaça plus fort.        
 

- Nous la retrouverons, lui promit-il.       
 

- Je vais le tuer, jura-t-elle.       
 

Et malgré toute la réprobation et l’immoralité à tuer l’autre Seigneur du temps existant, il hocha la tête. Il fallait aussi comprendre comment il avait pu ressusciter et trouver un moyen de l’empêcher de recommencer. Ce jeu devenait lassant au bout de huit cents ans.       
 

Mais il fallait avant tout retrouver Harriet. Et consoler Rose.       
 

Mais Rose sécha ses larmes, renifla et serra les poings. Les mots flottèrent entre eux et le Docteur s’inquiéta un peu, mais juste un peu, de la violence qui les portait : « On le retrouve, on reprend Harriet et on lui fait payer tout ça! ». La vengeance n’était pas tellement dans le caractère des Seigneurs du temps, mais les événements étaient trop graves pour la traiter comme une question éthique. On ne joue pas avec la susceptibilité d’une maman.       






       
      
Citation:

Le Docteur étudia le fonctionnement de la prison conçue par le Maître, essayant de comprendre comment il pouvait localiser une autre poche de non-temps.       
 

- Tu connais son travail, tu vas le retrouver, dit Rose avec conviction.       
 

- Ce n’est pas seulement son travail, dit le Docteur tout en continuant à jouer du tournevis sonique, il a eu de l’aide.       
 

Rose examina les circuits hérissés de pinces et de déviations électroniques.       
 

- J’aurais cru que son résultat aurait été plus…        
 

- Élégant?       
 

- Ouais.       
 

- Moi aussi. C’est ce qui me fait dire qu’il a probablement travaillé en se basant sur quelque chose qui existait déjà.        
 

- Mais tous ces circuits sont très ordinaires : je pensais qu’il fallait des alliages bizarres et, de préférence, un Tardis, pour manipuler le temps.       
 

Le Docteur se frappa le front et claqua le boîtier, avant de l’arracher. À une époque, Rose aurait sursauté et demandé pourquoi il attaquait aussi sauvagement une mécanique, mais elle se contenta de sourire et d’attendre, les bras croisés.       
 

Le Docteur se mit à tapoter de la jointure le mur sur le bord de la porte, grogna et renifla précautionneusement la porte elle-même avant de soupirer de déception : « Non, ce n’est pas des parois de jaspumrah. »       
 

Rose poussa le lit d’hôpital et gratta le plancher. Le Docteur l’observa brièvement, puis bondit vers le lit qu’il renversa. Dessous, soudé grossièrement, se trouvait un boîtier bien propre et net que le Docteur ouvrit délicatement. À l’intérieur, les circuits étaient bien alignés et les soudures minutieusement exécutées. Les puces étaient reliées en un circuit rond autour d’une minuscule particule tachée de rouge. Rose plissa le nez en reconnaissant l’infime odeur : du sang.       
 

- Le mien, demanda-t-elle au Docteur.       
 

- Pas seulement.       
 

- Harriet, souffla-t-elle.       
 

Il hocha la tête.        
 

- Il ne l’a pas blessée, finit-elle par ajouter pour se rassurer. Il ne lui fera pas de mal physiquement. Il m’a dit… il m’a dit qu’il voulait en faire sa compagne.       
 

- Quoi?       
 

- Il t’envie beaucoup et il veut un compagnon pour voyager avec lui. Il va… il va plier l’esprit d’Harriet à sa convenance.       
 

- Il aurait pu faire la même chose avec toi.        
 

- Et tu penses que je me serais laissée faire?        
 

- Probablement pas, reconnu-t-il.       
 

- Mais un enfant, lui, sera sans défense.       
 

Sa voix était enrouée et elle retenait des larmes de rage et d’impuissance.       
 

- Maintenant, qu’est-ce que c’est comme machine? Ne t’occupe pas de moi, je vais très bien, le rembarra-t-elle comme il faisait mouvement vers elle.       
 

Ça ne servait à rien de gémir et de s’arracher les cheveux sur le problème, mieux valait s’en occuper de la façon la plus logique et la plus rationnelle possible. Ils enfermèrent leurs émotions dans un casier, donnèrent un tour de clé et démontèrent l’engin avec précaution, les doigts aussi sûrs et précis qu’à l’habitude. On n’aurait jamais soupçonné la tempête qui les secouait.       
 

Rapidement, ils comprirent que l’engin avait été conçu pour contrebalancer le poids de l’existence d’un Seigneur du temps sur la trame du temps. Si le Docteur avait été suffisamment proche de Rose, en termes de distance physique, il l’aurait ressentie, mais quand les dimensions mettaient en jeu l’envergure d’une galaxie, c’était tout simplement impossible de retrouver la petite.        
 

- Est-ce qu’il aurait un Tardis, s’effraya Rose. Comment l’aurait-il obtenu ou fabriqué? Est-ce qu’il aurait… fait pousser son propre Tardis à partir d’un morceau du tien?       
 

Le Docteur hocha la tête : le Tardis le lui aurait dit.        
 

- Probablement pas un Tardis, mais un bracelet de téléportation… C’est rare et la technologie est quasiment perdue sauf pour l’Agence du temps qui veille sur ses gadgets avec soin. Il aurait pu mettre la main sur un téléporteur, oui. C’est probablement ça. Nous sommes très loin des Jardins de l’aube, Rose. Et lui… non, il doit être dans le coin encore, ce n’est pas conseillé de téléporter un bébé. Et s’il veut vraiment un compagnon de voyage, il ne prendra pas ce risque.       
 

- Et si nous faisions un tour autour de cette planète? Nous les trouverions sans doute…       
 

- Oui, sauf qu’il peut être très, très loin. Nous sommes juste à côté d’un trou noir.       
 

Rose frémit en repensant à l’autre trou noir qu’ils avaient visité.        
 

- Et il est normal, ce trou noir?       
 

- Oh oui, complètement. Monitoré depuis des années. Mais le Maître est parfaitement capable de l’emprunter pour aller à l’autre bout de la galaxie. Ou dans une autre galaxie. Ou à une autre époque pour ce que j’en sais.        
 

- Avec Harriet.       
 

- Yep. Et une fois dans ce labyrinthe…       
 

- Nous pourrions mettre des années à le retrouver, dit Rose horrifiée.       
 

Le Docteur la fixa silencieusement. Ils pourraient tout aussi bien retrouver leur Harriet éduquée selon la discipline du Maître. Il n’osa pas envisager le pire cas de figure : qu’elle puisse être manipulée au point de les haïr autant que le Maître…       
 

Et puis, entre eux, passèrent certaines idées et Rose soupira. Elle n’aimait pas laisser le Docteur tout seul, mais l’autre solution était de perdre Harriet pour toujours, pire, de la perdre aux mains du Maître. Alors, elle hocha la tête. C’était la seule solution pour gagner un temps qui leur avait échappé.       
 

Main dans la main, ils revinrent vers le Tardis, descendirent jusqu’au septième niveau, qui était définitivement mieux rangé que lors de leur première visite. Là, dans un coin servant d’atelier mécanique et recouvert d’une bâche les attendait un lit de stase. En le découvrant la première fois, Rose avait fait une crise de nerf en pensant à ce qui aurait pu arriver s’ils en avaient eu un dans le premier Tardis. Elle avait insisté pour le réparer et ils y avait passé près de trois semaines, ce qui était vraiment bien considérant qu’ils y avaient consacré toute leur intelligence et leur expérience. N’importe qui d’autre se serait contenté de recycler les pièces et au diable tout ça. Ils n’avaient pas discuté de la possibilité de l’utiliser, ni des circonstances qui les y forceraient : ils avaient traité ce travail comme un passe-temps et une pause apprécié dans le rangement de tout le chaos du Tardis. Et quand ils avaient eu terminé, ils étaient passés à autre chose, comme si de rien n’était.       
 

Aujourd’hui, le caisson paraissait être le cœur de leurs existences. Rose souleva le couvercle de transparacier et ôta ses vêtements un à un avec un frisson, comme si elle sentait déjà le froid l’envahir. Le Docteur défit la longue tresse blonde en la peignant entre ses doigts. Elle ne les avait pas coupés depuis des mois et, avec l’ajustement hormonal et son passage à un état de Seigneur du temps, ils avaient poussé tellement vite! Elle avait l’air… engloutie dans cette masse dorée.        
 

Elle s’enveloppa dans sa robe de chambre en soie, un vêtement d’un blanc très pur qu’ils avaient acheté en Chine en pleine dynastie Ming. Rose n’avais pas été capable de la porter depuis des mois et elle effleura son ventre vide avec tristesse. Elle aurait préféré jeter au feu le vêtement soyeux et avoir Harriet dans ses bras. Et voilà quelle était obligée d’abandonner le Docteur.       
 

- Je suis désolée, dit-elle.       
 

Elle effleura son esprit en même temps que son front, un aurevoir. Elle lui projeta l’image du conte de son enfance où la princesse dormait durant 100 ans. Le Docteur sourit tristement en programmant la stase. Il préférait cent fois son Méchant loup à toutes les princesses de l’univers.        
 

- Je ne serai pas loin, promit-elle doucement.       
 

- Nous serons là, promit-il à son tour. Harriet et moi.       
 

- J’y compte bien.       
 

Il l’embrassa légèrement, délicatement, la sentant fragile tout à coup. Mais elle pressa ses lèvres contre les siennes avec force et il l’enlaça, se perdant dans cette chevelure de fée.       
 

Elle s’allongea et comme la coupole s’abaissait, il ne la lâcha pas, se retirant au dernier instant avant d’être coincé par le mécanisme. Ses yeux se fermèrent, mais ses lèvres conservèrent le fantôme d’un tendre sourire et sa dernière pensée caressait encore l’esprit du Docteur : je t’attendrai toujours.       
 

Le Docteur ajusta les capteurs et resta un long moment à côté du lit de stase. Il était seul, il redevenait le Voyageur solitaire et il avait peur. Jamais rien de bon ne lui était arrivé alors qu’il était seul. Il avait besoin d’être avec quelqu’un. Et puis, comme il ne parvenait pas à détacher son regard du caisson, il ricana tristement. Non, il n’avait pas besoin de quelqu’un, ce qui revenait à dire qu’il avait besoin d’un gaz pour respirer. Pas n’importe quel gaz et pas n’importe qui. Il avait besoin d’oxygène et de Rose et pas nécessairement dans cet ordre. Mais Rose était figée dans le temps et l’espace, elle et tous ceux qui partageaient le même ADN qu’elle. Et, dans tout l’univers, il n’y avait qu’un seul être avec un peu de cet ADN particulier.       
 

Le Docteur leva les yeux au ciel : la bataille venait de s’engager.       
 

*       
 

L’alarme réveilla en sursaut le Maître qui se précipita sur le berceau. Le bébé ne respirait plus. Il le prit dans ses bras et cracha de colère en comprenant ce qui s’était passé. Le nourrisson était figé dans le temps. Ce n’était plus qu’une poupée inerte que les plus subtils capteurs ne pouvaient considérer comme vivante. Il fallait les sens surdéveloppées d’un Seigneur du temps pour capter l’écho d’une conscience engourdie, bloquée, figée par un verrou génétique impossible à percer.       
 

À moins d’avoir la clé ayant fermé ce verrou.       






       
      
Citation:

Les choses évoluaient un peu plus vite qu’il l’avait prévu, mais ce n’était pas pour lui déplaire. Le Docteur faisait un redoutable et si agréable adversaire. C’était presque un plaisir de lui préparer un nouveau traquenard, sachant qu’il n’avait pas le choix de s’y laisser prendre, quand bien même une pancarte géante indiquait : « Piège pour le Docteur ».       
 

Il fallait bien s’amuser avec ce qui restait. Et il en restait, somme toute, fort peu au Maître. Il avait perdu sa planète, sa vie, les rares individus qui auraient pu se mesurer à son intelligence se faisaient assez rares. Il avait aussi pas mal perdu la raison. Il prétendait que la folie faisait partie de son charme, mais c’était là une réponse facile pour les imbéciles. Le Docteur savait, lui. Oui, il savait. Mais il était constamment en train de vouloir l’aider. C’était insupportable. Le Maître aurait voulu le secouer, le frapper et le blesser, le faire saigner, mais ça n’aurait servi à rien. Le Docteur gardait toujours assez de contrôle pour vouloir l’aider. Il acceptait la moindre souffrance comme le prix à payer pour le « sauver ». Comment raisonner avec quelqu’un qui ne réfléchissait pas, qui fonctionnait seulement à grands coups d’émotions déguisés sous le couvert de la charité. Car il ne fallait pas se cacher, le Docteur avait pitié du Maître. Risible. Comment pouvait-on avoir pitié d’une telle intelligence, d’une telle ruse, d’un tel savoir? On ne peut pas prendre en pitié un être tel que lui : c’était la pire insulte au monde! L’aider? Lui pardonner? Lui pardonner quoi? D’exister? Ri-di-cule!       
 

Non, le Docteur ne comprenait rien ou il faisait semblant. Il était très fort à ce jeu-là, faire semblant. Ce cher Docteur… il ne tuerait jamais le Maître. Oh, il disait que c’était parce qu’il en était incapable, mais c’était là une ruse grossière qui ne pouvait passer qu’auprès des humains. Il était loin d’être un tendre, un pacifiste. Il pouvait prétendre, avec un rien d’honnêteté, qu’il ne pouvait pas tuer le seul autre Seigneur du temps de l’univers. C’était également un mensonge, plus par omission toutefois. Non, la vérité toute simple, nue et crue, comme aurait dit… qui déjà? Peu importe. La vérité, c’était que le Docteur ne pouvait pas tuer le Maître, car ce serait, en partie, se tuer lui-même, car il avait cet espoir sincère, désespéré et méprisable qu’il pourrait se faire aimer du Maître.       
 

Le Maître s’aperçu qu’il tapotait le même rythme à quatre temps sur le bord de la console et en arracha ses doigts avec agacement. L’amour, la grande réponse du Docteur. Ce dernier avait fini par comprendre qu’il se devait d’être discret et faisait montre de beaucoup plus de pudeur qu’avant. Mais il était un temps, à une époque où ils étaient condisciples à l’Académie, où le Docteur n’était pas connu comme celui qui rendait les gens meilleurs, mais plutôt comme celui qui ne détestait personne. L’autre nom était tellement « gentil »! Il avait bien fait d’en changer. Il pouvait au moins devenir un adversaire valable.       
 

Et quel adversaire! Le Maître se retint de tapoter à nouveau la console, conscient, comme chaque fois, que la pression se faisait plus intense parce qu’il pensait à Lui. Non, le Docteur n’avait rien compris. Rien du tout. Le Maître l’avait piégé des dizaines de fois, il l’avait fait chanté, il avait joué avec lui comme le chat avec la souris, mais sans jamais l’achever. Quelque chose l’avait toujours retenu, peut-être la certitude que le Docteur était le seul capable de l’amuser et de le distraire. Il était terriblement agaçant, mais il apportait un grain de sel à toute cette bouillie d’univers fade. Combien de fois le Docteur lui avait-il proposé d’admirer les merveilles du monde avec lui? N’avait-il pas compris que rien n’était beau aux yeux du Maître?       
 

Non, le Docteur n’avait rien compris du tout et il faisait probablement exprès d’ignorer le véritable désir du Maître. C’était évident, écrit en toute lettre dans son esprit et il lui suffisait d’un simple effleurement psychique pour le découvrir. Le Docteur savait, mais il ne ferait rien. À l’insulte suprême de « vouloir l’aider et lui pardonner », il ajoute celle de le garder en vie.       
 

Tout ce que le Maître souhaitait, c’était d’en finir une fois pour toute : tirer sa révérence, casser sa pipe, baisser le rideau, etc. et adieu amis et voisins.       
 

Oh, attention, mourir, c’était assez facile. Il suffisait d’ouvrir le sas de la navette et de se laisser suffoquer. Ou de programmer une trajectoire dans le plus proche soleil. Mais le Maître commençait à être habitué à mourir et il savait que ce n’était jamais fini. Il finissait toujours par revenir, comme si son existence était un prétexte calculé, une justification pour embêter le Docteur. Avouons que c’était là un rôle de pauvre valeur. Mais pas si déplaisant. Faire souffrir le Docteur était assez jouissif. Et le Maître savait très bien comment.        
 

Il pouvait menacer sa planète préférée : ces humains qui ressemblaient superficiellement aux Seigneurs du Temps.        
 

Il pouvait attendre qu’il se fasse un ami, un compagnon comme ce cher Docteur disait, et le massacrer. Mieux encore, faire en sorte qu’il se sacrifie pour ce bien-aimé Docteur.       
 

Il pouvait inventer une machine diabolique qui attirait le Docteur simplement par le haut degré de sophistication et le piéger. Il s’agissait simplement de jouer un certain temps avec lui avant de le libérer, puis l’écraser une bonne fois.       
 

Il pouvait lui offrir une raison d’espérer en lui : lui faire croire qu’il avait véritablement une chance de faire s’amender le Maître redoutable et redouté…  La rédemption du Maître…       
 

Tant de possibilités… tant de plans savamment orchestrés.       
 

Et tout ça pour finir avec un bébé à moitié vivant sur les bras.       
 

Son plan prévoyait de narguer le Docteur en s’offrant une compagne à la mesure de ses attentes : un être capable de sentir le passage du temps, un être en mesure de lui tenir tête (un peu, mais pas trop). Il n’envisageait pas d’être aimé : l’amour et toutes les émotions sont, au mieux, un frein, au pire, un détonateur à plasma de catégorie 12. Non, autant se tenir loin des émotions. Rien qu’à voir où « l’amour » avait mené le Docteur avait de quoi lui donner des sueurs froides. Très peu pour lui. La satisfaction d’un plan bien réfléchi ou d’un travail bien effectué, la sensation d’avoir accompli le plan selon ce qui était prévu… c’était là bien suffisant pour le Maître.       
 

Mais cette Rose… Et ce bébé… Harriet (ce nom stupidement terrien)…. Elles représentaient quelque chose de nouveau. Oui, elles signifiaient le retour à la vie du Docteur. Le Maître grimaça : il se souvenait du temps où ce cher Docteur avait une vie de famille. Certains sont faits pour la grandeur, d’autres… pour faire chauffer les biberons. Mais bon, en dehors de l’impact émotionnel sur son vieil adversaire, il y avait cette possibilité de « créer » des Seigneurs du temps. Évidemment, il fallait trouver comment c’était possible. Et aussi trouver une personnalité qu’il pourrait supporter, sinon en mesure d’être détruite facilement avant de devenir gênante.        
 

Il aurait bien essayé avec cette Rose, mais elle ressemblait beaucoup trop au Docteur : elle ne se serait jamais avouée vaincue. Tout de même, peut-être que s’il avait joué avec l’instinct maternel : le bébé contre… quoi? Tant pis… Sa personnalité était formée et bien trop… amoureuse du Docteur pour changer pour le Maître.       
 

Était-ce du regret? Absolument pas.       
 

Mais le Maître était capable d’admirer de si fortes personnalités. C’était rafraîchissant d’en rencontrer de ce genre : ça faisant changement de ces artichauts pour qui la récompense suprême est l’argent ou un titre ronflant. Il fallait être débilement humain pour aspirer à de tels cadeaux. Et il fallait être divinement stupide ou s’appeler le Docteur pour croire que le grand remède miracle était l’amour!       
 

Il soupira et vérifia les commandes. Il ne s’agissait pas de foncer tête baissée dans un trou noir : même un Seigneur du temps traitait avec un minimum de respect ces irrégularités spatiotemporelles. Il veilla à ce que le bébé soit enfermé dans son berceau : il avait beau être figé, il pouvait encore servir.       
 

Les moteurs rugirent et la navette s’engouffra dans le goulot mouvant. Déjà, le Maître avait un plan. Il ne pouvait évidemment pas aller chercher la « clé ». Cette Rose était en stase, probablement dans le Tardis, sous la surveillance attentionnée de son bien-aimé imbécile. Pas moyen de mettre la main dessus. Mais il y avait cette combine… le truc de montagnais… non, Mahomet. C’est ça. Pourquoi allait-il soudainement chercher ses idées chez les Terriens? C’était dégoûtant! Mais ce Mahomet avait le truc : si la montagne ne vient pas à toi, va à elle.       
 

Il suffisait d’un plan pour appâter le Docteur. Et pour cela, le Maître n’avait que l’embarras du choix!       






       
      
Citation:

Elle lui manquait déjà et il devait se faire violence pour ne pas rester à côté d’elle, simplement pour se persuader qu’il n’était pas seul. Au moins, il y avait l’écho de sa présence : elle n’était pas morte, elle était simplement inaccessible. Mais on ne peut pas aimer un écho quand on a eu des vies entières pour rire et s’aimer. Un fantôme ne remplacerait jamais ce qu’il avait été.        
 

Mais il ferait avec. Comme toujours. Pour elle. Et pour la petite Harriet. Et plus vite, il la retrouverait, plus vite il pourrait réveiller sa Belle. Espérons tout de même que ça ne prenne pas 100 ans, car il doutait fortement de pouvoir tenir jusque là sans devenir fou. Enfin… un peu plus fou qu’il l’était déjà. Enfin… Il renifla. Rose aurait compris.        
 

Il ne se cacha pas qu’il lui fallait quelqu’un pour l’aider, ne serait-ce que pour lui éviter de faire des trucs pas possibles. Il pouvait faire appel à d’anciens camarades, mais comme le Maître était impliqué, cela restreignait considérablement le choix. Par exemple, il ne demanderait jamais à Martha. De toute façon, elle avait décidé que sa vie se déroulerait sur Terre et non plus dans les étoiles. Il ne pouvait pas l’en blâmer, surtout après l’avoir obligée à autant en faire pour lui… sans même l’aimer un petit peu en retour. Il avait beau avoir un cœur de plus que les humains, il était tout aussi incapable de choisir pour qui ils battaient qu’eux. Et ils battaient pour une princesse endormie…       
 

- Du nerf, s’exclama-t-il en s’ébouriffant les cheveux dans tous les sens.       
 

Il ne fallait pas tomber dans la dépression sinon il ne s’en relèverait jamais. Il s’imagina rampant vers le septième niveau, ouvrant la stase et avouant son échec et Rose qui hurlerait de douleur à l’idée d’avoir définitivement perdue le bébé. Non, il ne lui ferait pas ça. Il avait promis qu’ils seraient deux à son réveil. Et il tiendrait sa promesse.       
 

De l’aide. Il fallait trouver quelqu’un de fiable, qui ne s’effarouchait pas à l’idée d’une virée dans la galaxie, qui avait un peu d’expérience de trucs pas ordinaires, qui savait dans quoi il s’engageait en montant à bord et en suivant un cinglé appelé le Docteur. Il fallait aussi qu’il connaisse Rose et tout ce qu’elle impliquait et donc qui n’allait pas faire preuve d’un romantisme dégénéré à son égard. Le Docteur n’avait pas le temps de gérer les émotions d’un autre tant en gardant en main les siennes.       
 

Bon, finalement, il n’y avait qu’une personne capable de tout ça. Il s’était juré de le laisser tranquille, mais comme il était immortel, du moins pour les cinq millions d’années à venir, il trouverait bien un moment de tranquillité tout seul. Plus tard.       
 

Il enclencha la commande principale et le Tardis bondit en direction de la Terre.       
 

*       
 

- Fais-le tourner à droite, cria Jack. Gwen, à droite!       
 

Il n’entendit pas de réponse dans son oreillette, mais le fracas de la poursuite se déplaça effectivement vers le hangar délabré où il venait d’installer un truc à sa façon. Jack Harkness vérifia à nouveau les informations données par son bracelet, puis s’engouffra à nouveau dans le hangar, se dissimulant derrière une pile de caisses pourries et de débris divers. Gwen déboucha depuis l’entrée, dont la porte était arrachée de son cadre, et couru vers le mur nord, droit vers Jack.       
 

Trois secondes derrière elle arriva un machin velu, grognant et bavant et qui n’obtiendrait jamais une licence d’animal de compagnie sur Terre. La créature hésita avant de pénétrer dans l’endroit qui dégageait des odeurs assez violentes pour ses sens surdéveloppés, mais il renifla Gwen et siffla de contentement en galopant vers elle. Après quelques bonds, il stoppa net. Jack devina qu’il venait d’être repéré et se mit à courir vers Gwen. Dès qu’il l’eu attrapée, il l’obligea à se coucher, tout en déclenchant le piège. Une chaîne aux maillons d’acier-cristal passa à quelques pouces au-dessus d’eux et s’enroula prestement autour des hanches musclées de la créature. Ça ne la retiendrait pas très longtemps, mais…       
 

Gwen se releva sur un genou et tira plusieurs rafales d’une arme qui, elle non plus, n’obtiendrait pas de licence terrienne, en tout cas pas avant quelques siècles. Jack l’imita et les curieux serpentins bleu vif que crachaient les armes s’emmêlèrent et se solidifièrent en un filet indéchirable. Les mailles se resserrèrent sur les membres et même la gueule se retrouva immobilisée, obligeant la créature à grogner de dépit plutôt qu’à pousser un de ses sifflement assourdissant. L’arrière d’un camion réfrigérant s’ouvrit en arrachant définitivement la porte du hangar et Ianto apparu presque aussitôt sur la rampe de déchargement, lança un câble muni d’un crochet vers Jack et amorça le treuil. Jack s’empressa de glisser le crocher dans les maillons de la chaîne et leur prisonnier fut tiré à l’intérieur du camion. Gwen ferma les battants et poussa le verrou.        
 

- Wow, fit-elle en se laissant tomber sur la rampe. Il courrait drôlement vite, ce truc.       
 

- Ce truc s’appelle un Gigwalosorus nain.       
 

- Nain?       
 

- Le vrai fait quatre mètres de haut et il n’a pas de dard venimeux.       
 

- Tu n’as pas mentionné qu’il avait un dard venimeux, lui reprocha Gwen.       
 

- Je l’ai mentionné à Ianto sur la fréquence générale.       
 

- Ianto n’était pas en train de courir comme une défoncée en essayant de ne pas se faire dévorer. La prochaine fois, c’est moi qui vais voler le camion.       
 

- On ne l’a pas volé, juste… emprunté, corrigea Ianto avec calme. Le propriétaire le retrouvera demain matin devant chez lui. En meilleur état qu’avant si je puis me permettre. Le thermostat du frigo était sur le point de lâcher et j’ai dû le bricoler un peu. Je ne voulais pas que notre invité se réveille au centre-ville. Et si je puis vous faire remarquer l’heure…       
 

- Oui, il faut y aller, acquiesça Jack. Il faut ramener la voiture aussi.       
 

- Tu t’en occupes? Je vais l’aider à décharger notre ami. J’ai rendez-vous pour le petit déjeuner avec Reese. Je complèterai mon rapport cet après-midi, d’accord?       
 

- J’irai rapporter le camion, dit Ianto.        
 

- Parfait. Beau travail, les enfants!       
 

Les « enfants » eurent un sourire en coin. Il n’y avait que Jack qui pouvait les traiter de cette façon sans avoir l’air bizarre. Le camion s’éloigna en bringuebalant. C’était un coup de chance d’être passé devant lors de leur poursuite. Pour un peu, il aurait fallut enferme la bestiole dans le congélateur de ce restaurant chinois et les cuistots auraient eu une drôle de surprise en cherchant les brochettes de poulet!       
 

Jack s’étira de satisfaction. Oh, il ne fallait pas oublier de rapporter le contenant de la chaîne à ressort. Il fit le tour de l’entrepôt en enroulant autour de son coude et de son épaule une fine gaine de plastique de l’épaisseur du pouce. On pouvait y mettre presque n’importe quoi et il suffisait d’une simple pression pour que la gaine « crache » son contenu. Au départ, il s’agissait de poussière empoisonnée et Jack l’avait découvert d’une façon un peu pénible. Encore heureux qu’il l’ait expérimenté tout seul. Mais les réservoirs de poison s’étaient vidés d’un coup alors Torchwood avait pu récupérer la gaine pour autre chose.       
 

- C’est du recyclage intéressant, fit une voix reconnaissable entre mille (voire un million) pour Jack. Contente de savoir que Torchwood a effectivement de meilleures manières.       
 

- Docteur, s’exclama-t-il avec surprise.       
 

Le Seigneur du temps se dressait dans le cadre de porte, les mains enfoncées dans les poches de son éternelle gabardine marron. Jack termina d’enrouler l’espèce de câble et le rangea dans sa mallette, emporta le tout jusqu’au véhicule noir qui commençait à avoir sa réputation dans les rues de Cardiff et referma le coffre.        
 

- Est-ce que c’est la fin du monde?, demanda-t-il.       
 

- Vous viendriez avec moi?       
 

- Quelle question!       
 

Il ouvrit son cellulaire d’une main, mit en marche l’alarme antivol de la voiture de l’autre, informa Ianto qu’il prenait un ou deux jours de congé et qu’il comptait sur lui et sur Gwen pour s’en tirer très bien avec le Gigwalosorus nain, puis raccrocha sans écouter son commentaire.       
 

- J’ai toujours adoré joué les chevaliers pour sauver les demoiselles en détresse, fit-il sur un ton de confidence. Il y a bien des demoiselles en détresse dans votre histoire?       
 

- La demoiselle en détresse est un bébé de moins de six heures, alors…       
 

- Alors, rien du tout! Si c’est le bébé d’une amie, nous allons le lui rendre et plus vite que ça.       
 

Le Tardis grinça quand le Capitaine Jack Harkness passa le seuil. Le Docteur murmura silencieusement quelque réconfort à son vaisseau préféré et s’empressa de le faire décoller.       
 

- Docteur…? Ce bébé enlevé mis à part, tout va bien? Je veux dire… il n’y a personne d’autre dans le Tardis? Vous n’avez plus personne? Ça ne vous ressemble pas.        
 

Jack hésitait à poser toutes ces questions et redoutait encore plus les réponses. Le Docteur n’avait pas souvent fait appel à lui, mais c’était toujours au beau milieu de catastrophes épouvantables. Oh, il s’en sortirait sûrement, question d’immortalité, mais il préférait savoir dans quoi il mettait les pieds. Une fin du monde passe encore, mais s’il pouvait prévenir à l’avance certaines personnes de ce qui allait leur tomber dessus…       
 

- Rose est à bord, dit le Docteur d’un ton las.       
 

Jack s’illumina comme un sapin de Noël durant trois secondes, puis cassa son sourire.        
 

- Elle va bien?       
 

- Elle est… en sécurité.       
 

Ce n’était pas un mensonge, mais Jack l’observait avec méfiance.       
 

- Oh, d’accord. Allons la voir, fit le Docteur en soupirant et en prenant la direction du septième niveau.       
 

Il n’entra pas dans la pièce et se contenta de pointer le caisson de stase en silence.       
 

Jack s’en approcha lentement. Rose était blessée, mortellement blessée peut-être, suffisamment en tout cas pour être placée en stase. Mais pourquoi est-ce qu’il ne l’avait pas conduite dans un hôpital? Il n’avait qu’à sélectionner un endroit moderne, capable de tout guérir en une fraction de seconde! Pourquoi…?        
 

La jeune femme qui dormait là était touchante et attirante. Elle avait quelque chose de magique et Jack eu le coup de foudre. C’était peut-être cette splendide chevelure d’or ou ce sourire à la Mona Lisa. Et puis l’inquiétude prit toute la place quand il réalisa qu’il s’agissait de Rose. Le sarcophage enchanté était là pour préserver sa vie. Il tomba à genoux et contempla la courbe de sa joue, la main qui reposait, délicate, la peau trop pâle, figée par la technologie de la stase.        
 

Il sursauta quand le Docteur effleura son épaule et se redressa.        
 

- Elle nous gagne du temps. Tant qu’elle est en stage, tous ceux qui possèdent une fraction de son schéma biologique le sont également.       
 

- Tous ceux…       
 

- J’exagère, dit doucement le Docteur. Il ne s’agit que d’un seul être. L’enfant née d’elle.       
 

- D’elle…?       
 

Et Jack fit immédiatement le lien. Rose n’avait jamais aimé qu’une seule personne. Il ne fallait pas être un génie pour deviner qui avait fourni l’autre moitié des gênes au bébé. Les félicitations auraient été d’usage, mais le Docteur avait l’air si fatigué qu’il était préférable de s’en passer. Ça attendrait le retour du bébé.       
 

- Qui a enlevé…quel est son nom?       
 

- Harriet. Elle s’appelle Harriet.       
 

Jack fut ému du choix. Il se souvenait très bien comment l’ancienne Première ministre avait donné sa vie afin de faire venir le Docteur. Sans elle, toute la création aurait été perdue par la faute des Daleks. C’était un juste retour des choses que son nom ne se perdre pas dans l’Histoire.        
 

- Nous retrouverons Harriet.        
 

- Pour ça, il faut retrouver le Maître.       
 

- QUOI?        
 

- Je ne viens jamais pour chercher pour des broutilles, il me semble, fit remarquer le Docteur.       
 

- Non, mais j’aimerais bien une fois de temps en temps. Donc le Maître est de retour.       
 

- On dirait qu’il ne peut pas s’en empêcher. Il n’a pas de Tardis et il ne peut pas refaire le coup des Toclafanes, fit-il doucement.       
 

- Encore une chance! J’ai dit que je prenais un jour de congé, pas une année de prison à manger de la purée de navet moisi!       
 

- Je suis désolé.       
 

Durant quelques secondes, il n’y eu plus que le silence, puis le Docteur demanda : « Il vous a vraiment fait manger de la purée de navet moisi? ».       






       
       
Citation:
Comment trouver un Seigneur du temps? Tout le monde savait que c’était impossible. Enfin, la plupart du temps. On pouvait laisser des messages dans des endroits convenus ou faire des folies et se faire remarquer de l’Histoire, question d’attirer son attention. Mais ça pouvait demander plus de patience que n’ont de vie la plupart des gens. On pouvait aussi avoir un lien spécial avec l’un d’entre eux et le faire apparaître simplement en le souhaitant très fort. Mais ça ne fonctionnait qu’en cas de fin du monde, voire pire, alors il fallait être économe de ce genre de lien. La meilleure solution consistait sans doute à être soi-même un Seigneur du temps et à faire preuve de flair, dans tous les sens du terme. Mais là encore, si deux galaxies vous séparaient, cela demandait un peu de doigté.        
 

Le Docteur n’avait pas l’intention de « chercher » le Maître. Il n’avait qu’à attendre un peu et il finirait bien par tomber sur un indice. C’était immanquable. Le Maître préparerait un plan, lui laisserait quelques indices, le capturerait et ils finiraient par avoir une bonne discussion. Ça n’était pas arrivé depuis très longtemps. On ne pouvait pas qualifier l’échange de dix phrases en douze mois comme une conversation, n’est-ce pas? D’autant plus que le Maître faisait planer son ombre, littéralement, sur toute la Terre à ce moment-là. L’année qui n’existait pas. Le Docteur fronça les sourcils. C’était l’année de Martha, l’année où il avait eu beaucoup trop de temps pour réfléchir et espérer que, peut-être cette fois-ci, il sauverait le Maître de lui-même.       
 

- Qu’allez-vous faire de lui quand vous l’aurez retrouvé, le Maître?       
 

- Rose et moi allons nous occuper de lui.       
 

- En même temps que de la petite Harriet? Ce n’est pas dangereux de les laisser ensemble? Si vous me laissiez m’en charger, je pourrais…       
 

- Non. Il est sous ma responsabilité. Et celle de Rose. C’est un Seigneur du temps alors il revient aux Seigneurs du temps de s’en occuper.       
 

- Alors il n’a pas à répondre devant un immortel, c’est ça, bougonna Jack. Je suis sensé faire quoi exactement? Quel est votre plan?       
 

- Oh, attendre qu’il nous capture et nous menace de mort. C’est son truc.       
 

- Il ne menacera pas longtemps avec moi, il me connaît.        
 

- Oui, et je pense que vous allez le déconcerter suffisamment longtemps pour que je puisse m’occuper de lui.       
 

- Et j’aimerais bien voir ça, compléta Jack. En attendant, je serais plus à l’aise si nous allions faire un tour sur Ractoplas, disons vers le milieu du 74e siècle.       
 

- Je n’ai rien à faire sur Ractoplas, fit le Docteur avec méfiance.       
 

- J’y ai laissé quelques babioles, ça remonte assez loin, il faut dire, et je pense que c’est le bon moment de les déterrer.       
 

- Vous avez « enterré » sur Ractoplas? Mais c’est illégal! La moindre parcelle de terre est utilisée pour les cultures d’ipnosopos!       
 

- Oui, et ce que j’y ai enterré est encore plus illégal, précisa Jack avec un large sourire. Mais vous m’aimez bien quand même, Docteur. Vous n’avez pas la moindre arme dans le Tardis et…       
 

- Faux.       
 

- Un pistolet à eau ne compte pas.       
 

- Je n’aime pas les armes.       
 

- Nous allons affronter le Maître et je veux disposer d’une puissance de feu nécessaire.       
 

- Prenez un briquet, répliqua le Docteur.       
 

Jack se renfrogna. Jamais moyen de lui faire entendre raison. Il n’avait vraiment pas changé : il s’était précipité vers les Daleks avec un grand sourire lors de l’affaire du Satellite V, il avait fait face à la fin de l’univers sans même un gadget et avait défendu qu’on utiliser les missiles pour faire sauter la planète (Jack ne regrettait pas trop d’avoir la Terre débarrassée du système Hosterhagen) ou la warp star offerte par Sarah Jane. Pas d’arme. Jamais d’arme. Mais il était zinzin aussi. C’était peut-être son « truc » à lui. Le Maître le piégeait et il se laisser aller dans la nasse avec un sourire. Drôle de Docteur.       
 

- Et si jamais il n’a pas Harriet avec lui?       
 

- Elle est avec lui. Il ne prendra pas le risque de l’éloigner de lui.       
 

- Et pourquoi est-ce que vous ne le cherchez pas?       
 

- Non-temps.       
 

- Hein?       
 

- Il se dissimule dans une poche de non-temps. Il est indécelable. Mais comme j’ai dit…       
 

- Il va vous attirer dans un guet-apens. Et ça ne vous fait rien?       
 

- Il ne me tuera pas.       
 

- Il pourrait.       
 

- Il ne me tuera pas, répondit le Docteur avec une conviction telle qu’il était impossible d’en discuter.       
 

Ils passèrent tous deux sous silence le mal qu’il pourrait lui faire tout en le laissant en vie. Il avait eu assez d’imagination pour Jack durant tous ces mois. Le Maître n’était jamais à court d’idées de ce genre. Et s’il avait la petite Harriet avec lui… Il pourrait faire chanter le Docteur, le menaçant de jeter le petit corps dans un soleil. Jack se secoua. Il n’aimait pas avoir ces idées, mais le Maître en avait des pires. Il fallait bien être prêt à l’affronter.       
 

- Vous ne voulez pas que je lui fasse du mal, vous ne voulez pas que j’intervienne… pourquoi êtes-vous venu me chercher, au juste? Vous auriez pu aussi bien tout faire vous-même, non?       
 

Le Seigneur du temps cilla et lui reprocha en silence ses accusations.       
 

- Rose vous manque, je le sais, reprit Jack avec douceur, mais…       
 

- J’ai appris, coupa le Docteur, que je ne pouvais pas me permettre de rester seul trop longtemps. C’est Donna qui me l’a dit. Je suis différent quand je n’ai pas de chaperon.       
 

- Moi? Un chaperon? Pour votre vertu? Il est un peu tard pour ça.       
 

Le Docteur eut un sourire triste.        
 

- Pour me rappeler les limites. Pour m’obliger à ne pas les dépasser.       
 

Il détourna le regard, s’occupant avec beaucoup trop d’attention et de concentration à piloter le Tardis.        
 

- Vous? Vous qui dépassez toujours les limites? Et il faudrait que JE vous en empêche?       
 

- Vous ne savez pas de quoi les Seigneurs du temps sont capables, gronda le Docteur.       
 

- J’en connais au moins deux, riposta Jack aussitôt. Trois avec Rose. Et je sais que vous êtes horriblement entêtés et qu’il est pratiquement impossible de vous faire changer d’avis. Vous voulez tout pardonner au pire criminel de toute l’histoire : vous convainquez ses victimes de ne pas tirer sur lui. Bravo.  Vous voulez transformer une simple Terrienne de 20 ans…       
 

- Elle était plus âgée que ça, protesta le Docteur.       
 

- … en un Seigneur du temps, encore que je me demande comment, et vous le faites! Vous ne supportez pas ma présence parce que vos trippes vous disent que je ne suis pas normal, mais vous ne pouvez rien faire contre. Et puis vous avez fait un bébé avec Rose, qui vous a été enlevé et vous refusez que je fasse du mal à ce type?        
 

Les yeux de Jack lançaient des éclairs.       
 

- Oui, dit simplement le Docteur, toujours à son pilotage.       
 

- D’accord, dit Jack avec tout le sang-froid dont il était capable.        
 

Le Docteur leva un œil étonné vers lui. Jack hocha la tête et s’approcha de la console.       
 

- D’accord, répéta-t-il. Mais…       
 

Il leva un doigt menaçant.       
 

- Ne me demandez pas de vous obliger à respecter les règles! Vous ne le faites jamais! Répondez à ma question : qu’est-ce que je fais ici?       
 

- Vous êtes devenu beaucoup trop perspicace.        
 

- J’ai droit à une réponse sincère?       
 

- Rose et Harriet. Je sais qu’elles survivront. Mais il n’est pas dit que moi je puisse. Il faudra ramener le bébé ici et réveiller Rose. Elle saura quoi faire.       
 

- Je…       
 

- Je sais qu’Harriet et Rose survivront parce que Rose est toujours allongée dans ce caisson de stase en bas.       
 

- Je ne vous suis pas du tout.       
 

- Question de paradoxe. Mais, j’y pense, vous avez déjà croisé Harriet!       
 

- Pardon?       
 

- Cette femme en rouge qui vous a amenés, Mickey et vous, dans l’entrepôt d’Anton… Vous vous souvenez?       
 

- Évidemment, c’était le mois dernier.       
 

- Pour vous. Pour… nous (il avait du mal à articuler le pronom incluant Rose), c’était il y a un peu plus de six mois. C’était Harriet.       
 

- Vous voulez dire que votre fille est venue vous sauver?       
 

- C’est parce qu’elle était enceinte d’Harriet que Rose est devenue une Dame du temps. Le lien entre mère et fœtus lui a permis de… Quoi?       
 

Jack avait saisi son cellulaire et pianotait sur le petit clavier.       
 

- Vous ne pouviez pas le dire plus tôt?       
 

- Dire quoi?       
 

- Que c’était votre fille? J’ai reçu ce courriel il y a deux semaines, non signé, et évidemment je ne savais pas. Pas une seule seconde je n’avais songé qu’il y avait une connexion. Pourquoi est-ce que cette femme m’aurait envoyé un courriel si vous étiez sain et sauf? Et vous m’annoncez que ce Chaperon rouge est Harriet, votre bébé, née il y a quelques heures? J’ai déjà voyagé dans le temps, mais là, c’est dingue.       
 

- Comme j’ai dit, question de paradoxe. Elle vous a envoyé un courriel? Mais…       
 

- Lisez, ordonna Jack en lui mettant l’écran sous le nez.       
 

Quand la Belle aux bois dormants dort, le Chaperon rouge vit à Noël le jour de Valentin.       
 

Le Docteur s’éclaira : « Allons la chercher! »       
 

- Pardon? Mais où est-ce qu’on va?       
 

- À Noël, bien sûr.       
 

- Quoi?       
 

Le Tardis tangua et Jack trébucha vers la rambarde.        
 

- Vous dites n’importe quoi.       
 

Ce qui était typique du Docteur, ajouta Jack en pensée. La Belle aux bois dormants, c’était évidemment Rose. Et le Chaperon rouge, c’était Harriet. Mais se rendre « à Noël »? Combien de Noël pouvaient exister dans l’univers et le temps? Un par année et par planète, sans compter les Noëls autres que celui du 25 décembre. Les Chewalibanais fêtaient Noël le 18 janvier et les Adorateurs de New Liberty le fêtaient le 7 décembre. Mais le jour de Valentin… La St-Valentin? En même temps que Noël? Ça avait de quoi donner la migraine.       
 

Mais le Docteur se fichait complètement des Chewalibanais et semblait savoir vers où et quand se diriger. La pompe asthmatique redevint silencieuse et le Docteur plongea sous la console avec son maillet en caoutchouc. Il tapota délicatement sur une des conduits de la console et en arracha un circuit grisâtre.        
 

- Docteur…?       
 

Mais Jack aurait tout aussi bien pu ne pas exister. Le Docteur fonça à l’extérieur avec son circuit long comme la main et creusa le sol avant d’y laisser tomber le circuit. Il donna une tape à son remblayage et revint au pas de course à la console. Jack n’avait même pas pu le suivre.       
 

- Mais… Docteur!       
 

- Elle sera amenée ici.       
 

- Et « ici », c’est?       
 

- Christmas Island.       
 

- Vous venez de l’inventer, accusa Jack.       
 

- On peut aussi dire Kiritimati. Ne me regardez pas comme ça : ce n’est pas ma faute si vous ne connaissez pas votre géographie terrienne. Australie. Ou presque. Océanie. Enfin, ça s’appellera l’Océanie d’ici quelques siècles. Quel rapport, vous allez demander? Christmas Island (désolé, il y a trop de « i » dans l’autre version) est un bout de terre perdu en plein Pacifique. Hawaï est dans cette direction si vous savez nager. Et quel meilleur endroit pour cacher mon enfant (il faillit éclater de fierté et d’angoisse en utilisant le terme) qu’ici? Le Maître déteste la Terre. C’est le dernier endroit où je l’aurais imaginé se rendre. Mais c’est brillant!       
 

- Harriet n’est pas ici.       
 

- Pas encore, corrigea-t-il avec fougue. Mais elle sera ici. Nous allons prendre un peu de distance et attendre.       
 

- Attendre quoi?       
 

- Vous ne voulez pas avoir la surprise? Vous n’aimez pas les surprises?       
 

- Ce circuit, c’était une alarme?       
 

- Mieux que ça, rétorqua le Docteur qui avait retrouvé son allant normal, ce qui était un état de surexcitation qui aurait condamné n’importe qui d’autre à une double dose de calmants et à des vacances prolongées. Le Maître détecterait une alarme. Mais le circuit fonctionnera tant et aussi longtemps qu’il ne ressentira pas la présence d’un autre Seigneur du temps. C’est délicat, ces circuits. Le moindre effleurement, le moindre examen, le moindre changement de son environnement au niveau temporel le fera fondre. Et dès qu’il ne sera plus actif, le Tardis le saura. C’est une partie de lui. Oui, je sais, fit-il en flattant la console, j’aurais dû te prévenir, mais c’est pour retrouver Harriet et il n’y avait pas de temps à perdre.       
 

- Mais… la portée de ce truc…       
 

- À peine plus de 100 kilomètres, justement. Et je ne suis jamais venu ici. M’étonnerais que quoi que ce soit d’étrange ce soit jamais passé ici de toute façon. Non, la seule chose susceptible de faire fondre le circuit serait l’annonce de l’arrivée d’un Seigneur du temps.       
 

- Mais il doit vous sentir. Il doit déjà avoir fondu.       
 

- Ne soyez pas stupide. Je l’ai enterré et le temps qu’il commence à faire vraiment son effet, le Tardis s’était dématérialisé.       
 

- Et maintenant? Qu’est-ce qu’on fait?       
 

- Le pire, fit le Docteur en se renfrognant. On attend.       
 
* À noter que Christmas Island existe bel et bien (appartient à l'Australie, se situe en Océanie). J'ai donné ce nom à l'île, puis j'ai vérifié si ça existait pour vrai. Surprise! Je ne peux pas y garantir le débarquement du Tardis cependant...       







       
      
Citation:
Le Tardis avait beau être beaucoup plus grand à l’intérieur, le Docteur et Jack se marchèrent beaucoup sur les pieds durant les interminables heures qui suivirent. Cent quatre heures et dix-sept minutes, très exactement.       
 

Jack avait parié que le Docteur passerait tout son temps au niveau sept. Au contraire, il était resté collé à la console du Tardis comme une moule à son rocher. À deux reprises, il avait piqué du nez sur les commandes, mais il s’était redressé en sursautant comme si on l’avait électrocuté.       
 

- Vous pourriez aller piquer une petite sieste, lui avait suggéré Jack qui avait eu droit à un Regard du Docteur. Il n’avait pas insisté.      
 

Le Docteur, de son côté, avait supposé que Jack ne cesserait de « jack-asser », mais le chef de Torchwood s’était refermé comme une huître.      
 

Autant dire qu’à eux deux, ils faisaient une drôle de paire de mollusques et l’attente les rendaient à moitié dingue (ou au trois-quarts, mais quand même). Ce n’était pas leur nature de patienter, d’attendre, de guetter. Pas durant des jours entiers en tout cas. Ils n’osaient pas s’éloigner de la console et se brûlaient les yeux à force d’observer l’écran. Jack n’osait pas rappeler au Docteur qu’il était connecté au Tardis et qu’il n’avait donc pas forcément besoin de passer la moindre minute devant le poste de pilotage. Un Regard par semaine suffisait.      
 

Quant au Docteur, la tension que créait l’absence de Rose lui donnait envie de courir l’enlacer, mais, il l’admettait franchement, c’était là l’attitude d’un gamin de trois ans pour son nounours en peluche. Idiot. Tout bête. Totalement irresponsable et hors décorum. Alors le Docteur se retenait, littéralement, à la console pour s’empêcher de faire des bêtises. Il ne fallait pas la réveiller maintenant. Mais ça n’aidait pas, pas du tout, de ne pas l’avoir à ses côtés. Sans le petit écho qui trahissait son existence, sans la dernière caresse psychique qu’il avait emmagasinée comme un trésor, il n’aurait pas tenu le coup. Et puis… pas question de faire tout ça en face de Jack. Il fallait garder un peu de respectabilité dans toute cette histoire. Un minimum en tout cas.      
 

Finalement, l’événement tant attendu se produisit. Le Tardis fit sonner toutes ses alarmes et bondit dans le vortex sans presque attendre l’ordre du Docteur, qui dérapa vers la gauche tout en se retenant au fauteuil de pilotage.      
 

- Il fait souvent ça, votre Tardis, protesta Jack qui s’était retrouvé cul par-dessus tête.      
 

- Quand il a une bonne raison, répliqua le Docteur, qui ne pouvait cacher son impatience et au diable la respectabilité! Le Tardis avait l’air de vouloir se déglinguer à force de filer à toute vitesse dans le vortex, mais il aurait tout aussi bien pu jouer les tortues pour ce qu’en savait Jack. C’était sans doute son imagination (ou pas du tout vu les circonstances), mais Jack aurait pu jurer que le Tardis était tout aussi pressé à retrouver Rose et Harriet que le Docteur. Décidément, cet engin avait son caractère. Mais ça ne l’empêchait pas de rouler comme une boîte bleue complètement saoule, songea Jack avec ironie.      
 

Et puis tout cessa. Il fallut quelques secondes à Jack avant de se rendre compte que le Docteur s’était rué à l’extérieur. Sans la moindre précaution évidemment. Il se dépêcha de le suivre, vérifiant machinalement la présence de son arme dans son holster. Il avait pu tricher avec le Docteur, mais seulement parce qu’il était trop occupé, autrement il l’aurait probablement désactivé avec un soupir de consternation. Pas d’arme avait-il dit. D’accord. Pas d’arme pour le Seigneur du temps. Mais Jack n’était pas un Seigneur du temps. Il vérifia que la sécurité était enlevée et le chargeur plein tout en refermant la porte du Tardis. Son mouvement passa inaperçu du Docteur.      
 

Christmas Island était certainement un piège.       
 

Christmas Island était…      
 

Déserte.      
 

Il faisait très chaud, l’équateur n’était pas très loin. Les palmiers flottaient paresseusement dans la brise relativement forte, les oiseaux rendaient sourds à force de crier et la plage était comme toutes les plages des îles… À l’exception d’un Seigneur du temps têtu et imprudent qui essayait de courir malgré le fait que ses espadrilles s’enfoncent jusqu’aux chevilles dans le sable.       
 

Quelqu’un sortit des buissons (pas si déserte que ça en fin de compte), une vingtaine de mètres plus loin, et fit signe au Docteur qui s’arrêta tout net. Jack ne reconnu pas les traits du Maître, mais peut-être qu’il s’était régénéré entre temps? Le Docteur ne l’avait pas mentionné, mais il avait oublié de lui mentionner qu’Harriet était le Chaperon rouge alors… Il avait beau faire, il était plutôt distrait en ce moment.      
 

Jack se dit qu’il ne ferait pas beaucoup mieux à sa place.      
 

Il s’avança prudemment, la main près de son arme sans trop en avoir l’air, et rejoignit le Docteur qui avait figé sur place, sans même s’apercevoir que la marée montante avait déjà mouillé tout le bas de son pantalon. Jack lui donna une bourrade pour le tirer de son état de stupeur et continua à avancer, mais le Docteur le retint. Jack se retourna et les yeux ébahis du Docteur lui indiquèrent qu’il avait effectivement droit à une surprise.      
 

- C’est le Maître, demanda-t-il. Il s’est régénéré? Ou c’est un type tout ce qu’il y a de plus normal qui prend un bain de soleil dans le sud?      
 

- Pas le Maître, murmura le Docteur.       
 

- Quel est le problème alors?      
 

- C’est aussi un Seigneur du temps.      
 

- Il en sort de partout, on dirait. Ça doit être la saison, fit Jack qui essayait de prévoir l’impossible : un méchant Seigneur du temps ou un gentil?      
 

- Oui, oui, je suis aussi un Seigneur du temps, dit l’inconnu avec politesse tout en se rapprochant lentement.       
 

Mais ce nouveau Seigneur du temps arborait une casquette, des shorts kaki et une paire de sandales en cuir. Pas le look du méchant et Jack s’y connaissait en look. Pas le look d’un Seigneur du temps non plus d’après la mine du Docteur.      
 

- Ehm… comment dire les choses poliment tout en vous faisant rougir?      
 

- Je ne rougis pas, fit le Docteur.      
 

- Ce n’est pas son truc, approuva Jack.      
 

- Allons bon… Je m’appelle Val, Valentin en fait, mais dites Val.       
 

- Comme le jour?      
 

- C’est plutôt l’inverse, répondit-il de ce ton indiquant qu’il était habitué – peut-être un peu las aussi – de répondre à la question. Les voyages dans le temps ont des effets assez comiques parfois. C’est moi qui ai donné son nom au jour…  Je vous raconterai cette histoire, sinon vous pouvez attendre environ…      
 

- Vous voyagez dans le temps, le coupa Jack.      
 

- Évidemment. Ne me regardez pas comme si j’étais le premier Seigneur du temps que vous rencontrez. Dites-moi plutôt bonjour. Fermez la bouche. Et appelez-moi Val. Un peu d’enthousiasme ne ferait pas de mal ici, plaisanta-t-il.      
 

- Évidemment, imita Jack. Et d’où sortez-vous?      
 

- Du buisson, là. Évidemment.      
 

- Évidemment. Et que faisiez-vous dans ce buisson?      
 

- Je vous attendais, évidemment.      
 

- Évidemment, grinça Jack qui était l’image même de la méfiance.      
 

- Arrêtez ça tout de suite, ordonna le Docteur qui avait retrouvé son aplomb.      
 

- C’est le Capitaine qui a commencé, répliqua Valentin avec un large sourire.      
 

- On se connaît?, demanda le Docteur qui fit le tour de Val en l’examinant sous toutes les coutures, beaucoup plus près que la courtoisie habituelle le permettait généralement.      
 

Étrangement, l’autre ne semblait pas s’en étonner ou être mal à l’aise.  Soit il était habitué au Docteur, soit cela faisait partie du rituel de politesse des Seigneurs du temps. Plutôt que de se serrer la main, on comptait le nombre de pores du nez et les plis des coudes, c’est ça?       
 

- Pas encore. Ça viendra, ajouta-t-il avec un autre large sourire. Dans quelques années, je dirais.      
 

Le Docteur recula d’un pas. Il y avait quelque chose dans ce sourire…  Et puis Val éclata de rire en enlevant sa casquette, dévoilant une tignasse blonde emmêlée. Jack se fit la réflexion que, sans les favoris, il avait exactement la même coiffure que… et que son sourire était quasiment le même que… et s’il était un Seigneur du temps…   - et il n’y en avait tout de même pas trois millions dans l’univers - ça voulait dire que…       
 

Le Docteur se mit à cracher un flot de paroles incompréhensibles que le Tardis ne traduisit pas à Jack. Des jurons? Ce n’était pas son genre. Il ne rougissait pas, mais il jurait? Nouveau, ça. Mais Val fit un clin d’œil à Jack avant de repartir pour un nouveau fou rire. Et Jack comprit. Oui, évidemment. É-vi-dem-ment.      
 

- J’imagine que vous venez nous donner un coup de main pour sauver votre grande sœur, dit Jack en se détendant.      
 

- Évidemment, rétorqua Val en continuant à sourire. Je veux dire, oui, mon Capitaine. On pourrait continuer longtemps avec ça, mais je vais arrêter parce qu’il est en train de péter un plomb.      
 

Il indiquait d’un pouce désinvolte le Doctor qui s’arrachait les cheveux en jurant.      
 

- Est-ce que j’ai au moins essayé de vous en empêcher, fit le Docteur avec emportement. Est-ce que je ne vous ai jamais parlé du danger des paradoxes? Ne me dis pas « jamais » parce que… D’abord Harriet et maintenant…. Et vous jouez avec le temps comme si c’était… Et je ne vous aurais JAMAIS MENTIONNÉ À QUEL POINT C’ÉTAIT DANGEREUX? ET COMPLIQUÉ? ET…      
 

- Oh, des tas de fois. Mais comme, dans la foulée, vous donniez les événements d’aujourd’hui en exemples, ce n’était pas très efficace pour nous empêcher de faire en sorte que les choses se passent comme prévu.      
 

- « Vous »?       
 

- Maman et toi, vous deux. Oh, oui, c’est le message que j’étais venu porter.      
 

- Un bout de papier aurait suffi, fit Jack qui trouvait très amusante la réaction du Docteur.      
 

- Il n’aurait plus manqué que ça. Je suis venu pour le prévenir que…      
 

- Et ça annonce l’avenir sans précaution, gémit le Docteur. Non, non, non! Décidément, il va falloir que je vous fasse entrer ça dans la tête : on ne joue pas avec les lignes du temps de sa famille! C’est dangereux. Il va falloir que je vous fasse la leçon mieux que ça. Rencontrer ses enfants avant même qu’ils…      
 

- Oui, Papa, mais il fallait que je vienne, fit Val calmement.      
 

- C’est fait. Tu t’en vas, ordonna-t-il sévèrement.      
 

- Pas sans Maman.      
 

- Pardon?      
 

- Tu n’arriveras pas à surprendre le Maître avec Maman dans le Tardis, il te sentira venir à l’avance. Et ce qu’il veut par dessus tout, c’est réveiller Maman pour avoir Harriet en vie avec lui. Déjà, il se doute que tu as demandé de l’aide à Jack Harkness. Il ne fallait pas être devin pour le prévoir, ajouta-t-il en levant les bras. Tu ne peux pas aller te jeter dans son piège en lui donnant tout ce qu’il souhaite! Quand il aura réveillé Maman, il la tuera. C’est presque certain. Et s’il la tuait, je n’existerais pas. Et s’il a Harriet, elle ne viendra pas vous prévenir de ce que prépare Anton et…      
 

- J’ai compris.      
 

- Et Rose ne deviendra jamais…      
 

- J’ai compris, redit le Docteur avec une pointe d’exaspération.      
 

- Et c’est là que tout deviendrait a-tro-cement compliqué, compléta Val.      
 

- D’accord, je crois qu’il a saisi, dit Jack en donnant une bourrade amicale au jeune homme.      
 

Mais le Docteur n’en avait pas fini : « Je ne laisserai pas Rose ici. ».      
 

- Ta seule chance est de lui tomber dessus à l’improviste et tu dois laisser Maman ici. Je suis là pour la protéger. Il n’y a personne de plus motivé et de mieux placé que moi. S’il y a un problème, j’ai un bracelet de téléportation.      
 

- Qui n’est probablement pas suffisamment puissant pour emporter le caisson de stase avec toi, répliqua vertement le Docteur.      
 

- C’était prévu d’avance, expliqua Val en lui mettant son poignet sous les yeux. Il y a même un circuit du Tardis dans ce truc. On pourrait emporter la moitié de cette île si on le voulait.      
 

- Je t’ai donné un téléporteur?      
 

- Ben… pas vraiment.      
 

- Tu as VOLÉ un téléporteur?      
 

- Non, c’est Maman.       
 

- Et à qui elle l’a volé, hein?      
 

- À Jack. Et elle ne l’a pas volé, juste emprunté, ajouta aussitôt Val en voyant que Jack devenait bleu. Réparé. Amélioré. Utilisé. Mais elle va le lui rendre. Euh, vous le rendre.      
 

- Après l’avoir débranché à nouveau, j’espère!, insinua le Docteur.      
 

- Hé!      
 

- Je vous l’ai déjà dit : pas question que vous vous baladiez dans l’univers avec un téléporteur. Je vous connais, répliqua le Docteur avec un Regard qui fit se tenir tranquille Jack. Arg! Je déteste marcher sur les lignes du temps comme ça.      
 

- Évid…Ehm. Oui, exactement, Papa. Et puisque je suis là également, c’est que le plan se déroule à la perfection. C’est… c’est Harriet qui a eu l’idée du message électronique, dit-il à Jack. Il fallait bien qu’on se donne rendez-vous.      
 

- Et pourquoi ici?      
 

- Une idée de Maman. Elle a toujours adoré les Noëls, surtout le premier avec toi. Elle voulait que je te dise ça, expliqua Val en voyant le Docteur lever les yeux au ciel - et peut-être rougir un tout petit peu.      
 

Le Docteur fit demi-tour et reparti vers le Tardis, en continuant à jurer tout bas. Jack s’approcha du jeune Val et lui demanda la traduction des jurons. Val se mordilla les lèvres et hocha la tête : « Mieux vaut pas. Il se passe des drôles de chose chaque fois que j’essaie d’en traduire un. La dernière fois, le Tardis est tombé en panne durant une semaine. Maman ne l’a pas trouvé drôle. ».       
 

- Val!, appela le Docteur d’un ton impérieux.      
 

- Il faut que j’y aille, on dirait, fit le jeune homme. Papa a horreur d’attendre.      
 

- Il a surtout horreur de laisser Rose partir loin de lui.      
 

- Je m’en doute. Ils sont encore comme ça, vous savez, ajouta-t-il après un temps.      
 

- Comme quoi?      
 

- Vous savez bien… comme si la lune de miel avait eu lieu la veille. Techniquement, comme leur lune de miel a eu lieu dans le Tardis, je me dis que c’est le « lendemain de la veille » n’importe quand, mais… Ils sont assez…       
 

- Et… ehm… est-ce que j’ai droit de demander depuis combien de temps, de leur temps à eux, ils sont ensemble?      
 

- Je ne pense pas que je peux vous le dire. Oh, je connais la réponse, mais il entendrait, expliqua-t-il en faisant une grimace devant le dépit du chef de Torchwood. On a beau dire, c’est vrai qu’il était vieux jeu avant que j’arrive. Il a peut-être empiré avec le temps, mais il était comme ça depuis le début.      
 

- Je ne suis pas vieux jeu, cria le Docteur depuis l’intérieur du Tardis. Enfin, pas tant que ça…       
 

Jack éclata de rire.       
 

- Vous comprenez ce que je veux dire, dit Val avec un soupir amusé.      
 

- Au moins je ne suis pas comme ça.      
 

- Oh, ne vous en faites pas, vous ne changerez pas de sitôt.      
 

- Oh, parce qu’on se connaît dans mon futur également?      
 

- Bien entendu. Mes parents vont avoir besoin d’une nounou de temps en temps. Et devinez à qui ils vont penser?      
 

Les yeux de Jack devinrent ronds comme des billes.      






      
     
Citation:
Val attendit que l’étrange cabine de police se soit dématérialisée et appuya sur une touche de son bracelet. Immédiatement, un très anachronique photomaton apparu, bien niché des les buissons d’où Val avait surgit un peu plus tôt. Si on se concentrait un peu dessus, avec l’envie pressante de se faire prendre en photo (ce qui était un passe-temps plutôt rare en ce début de VIIe siècle), on remarquait rapidement la pancarte indiquant que l’appareil était hors d’usage. De toute façon, la mince cloison ne s’ouvrait pas sans une clé et le plus habile des serruriers aurait été bien en peine d’en forcer l’ouverture, même au marteau-piqueur.     
 

Néanmoins, la porte s’ouvrir depuis l’intérieur. Une jeune femme sorti à demi et sourit tristement au caisson de stase qui reposait entre elle et son frère.     
 

- Je ne pensais pas qu’il te laisserait Maman si vite, dit Harriet en rejetant une mèche d’un roux éclatant derrière son épaule.      
 

- Il était vraiment fâché. Il jurait.     
 

- Comme si nous avions le choix! Ce n’est pas juste pour Maman, c’est pour nous aussi. Tu crois qu’il fait exprès pour se faire attraper par le Maître?     
 

- Qui? Papa?     
 

- Qui d’autre?      
 

- Si Maman était avec lui, il aurait mieux réfléchi, dit Val. Quand il est tout seul, c’est comme si la moitié de son cerveau lui faisait défaut.     
 

- Je te rappelle qu’ils ont décidé de ce plan ensemble. Maman gagnait du temps et lui…     
 

- Se faisait tuer, compléta le jeune homme en se grattant nerveusement l’arrière du cou, un tic paternel.     
 

- Ce n’est pas certain. Tu es là, après tout. Il y a encore une chance que tout se passe bien. Est-ce qu’il a cru au téléporteur?     
 

- C’est celui d’oncle Jack, bien sûr, qu’il y a cru. J’espère que nous faisons la bonne chose, Harriet. Je veux dire, réveiller Maman. Dès que nous le ferons, tu sais, le Maître…     
 

- Il ne peut pas plier mon esprit tant que je suis un nourrisson, n’est-ce pas? Il aura besoin de beaucoup plus de temps pour le faire.     
 

- Oui, mais…     
 

- Je sais. Il y a la possibilité qu’il soit assez brillant pour nous jouer le même tour à rebours.      
 

- Et il tiendra Maman en son pouvoir. Et toi aussi, enfin, ton toi « bébé ». Il nous faudrait de l’aide.     
 

- C’est déjà assez compliqué comme ça, rétorqua Harriet en se massant les tempes. Quand il va savoir ce qu’on a fait, on va en entendre parler longtemps. Passé, présent et futur. Il ne l’oubliera pas, celle-là. J’image déjà…     
 

- Moi aussi : « Irresponsables! Insensés! Téméraires! Graine de canaille! »     
 

- « Graine de canaille »? D’où est-ce que tu sors ça?     
 

- Un petit arrêt en France. C’était très impressionnant quand on l’entendait de la bouche… de l’ambassadeur espagnol, je crois. Quoi? Tu n’aimes pas? C’était à la mode au 18e siècle.     
 

- Essaie de ne pas la ressortir trop souvent, d’accord?     
 

- D’accord, dit Val en faisant le grand salut de Cour, mais l’effet était légèrement curieux avec une casquette et des sandales.     
 

Harriet vérifia les commandes du caisson de stase sans tenir compte des pitreries de son frère. Il était toujours le même. Et puis, quand les termes pénétrèrent son cerveau, elle sursauta. France? 18e siècle?     
 

- Tu es allé voir cette Pompadour, l’accusa-t-elle en se relevant d’un bond.     
 

- Je ne suis pas allé là « exprès », se défendit le jeune homme. C’était… un accident.     
 

- Un accident, mon œil! Tu l’as vue?     
 

- Ben… oui. Très belle. Gentille. Mais je l’ai vue de loin seulement, je te jure, dit Val en reculant au fur et à mesure que sa sœur avançait toute voile déployée.     
 

- Comment peux-tu savoir qu’elle était « gentille » alors, demanda-t-elle en plissant les yeux et en enfonçant un doigt dans la poitrine de Val.     
 

Elle grommela, puis ajouta le nom complet de son idiot de frère en pur gallifreyen, ce qui le saisit et le fit blêmir.     
 

- Je suis désolé. Je ne voulais pas, mais le Tardis a braqué directement sur ce siècle pendant que… Du calme, Harriet! Ce n’est pas ma faute si le Tardis aime bien la France de Louis XV. Tu sais combien il a sa personnalité.      
 

- Et tu sais ce qui se serait passé si Papa t’avait « senti »? Tu sais très bien qu’il était là-bas!     
 

- Il n’y a pas passé plus de dix heures sur une période de près de cinquante ans. Pour cinq malheureuses minutes… que j’ai passées dans le Tardis, si tu veux savoir. J’ai juste dirigé une caméra sur elle. J’étais curieux, c’est tout. Et Papa ne m’aurait pas « senti » comme tu dis. Le Tardis bloque les sens des Seigneurs du temps.     
 

- Ne me fais pas la leçon. Et puis, tu sais bien qu’il ne bloque pas tout. La seule solution pour être complètement indétectable…     
 

Ils levèrent lentement les yeux vers l’appareil qui ressemblait au casque d’écoute d’un excentrique et qui était suspendu dans l’ombre du plafond. Ils frissonnèrent. Aucun d’eux ne l’avait encore expérimenté, mais la leçon du Docteur avait été très claire et très détaillée. Ils n’étaient pas pressés de s’en servir.     
 

- J’espère que ton petit détour au 18e siècle ne t’a pas fait oublier de prendre le nécessaire en 2005, dit Harriet en déglutissant.     
 

- En 2006, corrigea doucement son frère, les yeux toujours fixés sur l’appareil. Il a le visage qu’il avait lorsqu’il s’est régénéré pour le Noël de 2006. Autant respecter les détails. Donne-moi la montre, je vais préparer l’arche. N’oublie pas le shimmer.      
 

- Je sais.     
 

- Tu ressembles trop à grand-mère Jackie et si Rose…     
 

- Je sais.     
 

- Et…     
 

- Je sais, fit Harriet avec agressivité avant de se reprendre.      
 

Val soupira, l’air morose : « Oui, moi aussi, je suis inquiet. ».     
 

Quelques minutes plus tard, ils s’apprêtèrent à réveiller Rose.      
 

- Peut-être qu’il faudrait la faire passer sous l’Arche avant qu’elle soit consciente? Ce serait moins douloureux, dit Val.     
 

- Rien à faire, objecta Harriet avec regret. Il faut qu’elle soit consciente pour indiquer à l’appareil quels souvenirs enlever. Il ne peut pas juste « écraser » le tout et télécharger la nouvelle mémoire, pas si on veut qu’elle se souvienne des tonnes de détails de sa vie d’avec le Docteur. Non, Maman et le Tardis vont devoir travailler ensemble pour extraire les bons souvenirs et implanter les faux de façon convaincante.     
 

- Je sais, je sais. C’est juste que…     
 

Il baissa les yeux et observa l’énigmatique jeune femme dans son sarcophage de haute technologie. Enveloppée de la brume glacée de la stase, immobile comme une statue de marbre, recouverte de cette soie blanche, elle semblait… hors du temps, mystérieuse, magique. Val ne s’était pas attendue à trouver à la Rose du passé d’autres qualités que celles qu’il avait toujours vues en sa mère, mais il avait été ému de la voir ainsi. Il devait s’avouer que sa mère était belle et attirante et c’était là une chose étrange à admettre pour un enfant. Quand on est un enfant, on n’a pas consciente de ces choses-là. Bien sûr, quand, soudainement, les deux générations avaient, techniquement, le même âge…      
 

Ils partageaient le même sourire (il se l’était fait assez dire!) et elle lui avait donné sa couleur de cheveux. Elle lui avait raconté des histoires pour l’endormir et lui avait fait visiter des mondes merveilleux. Elle lui avait chanté des chansons, l’avait disputé, lui avait fait confiance à d’autres moments. C’était sa mère. Et il savait qu’elle ne reculerait pas quand viendrait le moment, mais Val s’en voulait terriblement pour obliger Rose à utiliser l’Arche. Faire du mal à sa mère, même si elle l’acceptait, même si c’était la chose à faire, était une épreuve. Val ne reculerait pas, pas plus que Rose, mais il avait beau l’accepter, il n’aimait pas du tout cela.     
 

- Active le shimmer tout de suite. Elle pourrait avoir un écho après avoir été… traitée. Elle ne doit pas se souvenir de toi du tout.     
 

Et sa voix était un peu plus sèche que nécessaire. Harriet hocha la tête et appuya sur le cadran de sa montre (un modèle tout à fait banal) : un rideau glauque l’enveloppa de bas en haut durant trois secondes puis se dissipa. À la place de la rouquine aux traits trop familiers se tenait une brunette aux yeux graves. Mignonne, mais sans rien de vraiment remarquable : une jeune femme avec une queue de cheval et des jeans comme il y en avait des millions sur Terre.     
 

- Et si je peux me permettre, lui fit-elle remarquer, j’irais me changer. Des sandales ne sont pas l’idéal pour courir. Papa te l’a déjà dit : « Ça déforme le pied et après…     
 

- …tu es obligé d’attendre ta prochaine régénération pour en avoir des neufs ». Je sais.     
 

Il revint, ayant en plus échangé ses shorts kaki et son t-shirt contre les jeans (l’univers n’avait pas encore créé de meilleur tissu : résistant, pratique, confortable) et un chandail. Il songea que sa mère aurait été satisfaite de son apparence, mais que son père aurait critiqué ses espadrilles (pas la sorte qu’il préférait).     
 

Harriet inspira un grand coup, quêtant un peu de réconfort à son frère, et désactiva la stase. Des vapeurs glacées s’échappèrent des côtés et ils se mirent en retrait après avoir soulevé le couvercle transparent.      
 

Rose claquait des dents et avait les membres aussi raides qu’une barre de fer, mais elle essaya quand même de sortir seule du caisson. Puis la dernière synapse se remit en place et elle appela, avant de ravaler le nom et de se heurter au caisson. Elle reconnaissait sans l’ombre d’un doute un Seigneur du temps, mais le visage n’avait rien à voir avec celui auquel elle s’attendait… Et l’autre, la jeune femme, était également un enfant du temps! Est-ce que le Docteur s’était régénéré? Mais qui était l’autre femme? Et pourquoi est-ce qu’elle se dissimulait sous un déguisement virtuel? Harriet?     
 

- Des explications et plus vite que ça, ordonna-t-elle.     
 

Il était impossible de ne pas lui obéir quand elle employait ce ton. Val et Harriet n’avaient pas l’intention, de toute façon, de s’y dérober.     
 

- Je ne suis pas le Docteur. Je suis… Val. Et elle, c’est…     
 

- Jane, répondit Harriet en tendant la main.      
 

- Où est le Docteur?, demanda Rose en ne répondant pas au salut de « Jane ».     
 

- Il est avec le Capitaine Jack Harkness.     
 

- Et Harriet?     
 

- Harriet va… bien. Pour le moment. Mais comme vous êtes réveillée, elle l’est aussi.      
 

- Elle est toujours avec le Maître, résuma Rose avec angoisse. Et le Docteur est avec elle? Il est prisonnier? C’est ça?     
 

- Pas… pas encore. Mais c’est inévitable. Le plan…     
 

- Pourquoi m’avoir réveillée? C’est gâcher la seule chance d’Harriet, coupa Rose.     
 

- Il faut empêcher le Maître d’utiliser Harriet contre vous en même temps que contre le Docteur. Le plan est de vous faire passer par l’Arche. Tout est prêt.     
 

- Et à quoi sert ce shimmer? C’est pour essayer de me tromper? Ça ne marche pas, les menaça-t-elle.     
 

Il fallait admettre que Rose, malgré sa « décongélation » et sa stupéfaction n’en perdait pas une miette.     
 

- Non, c’est parce qu’il est préférable que vous nous voyiez immédiatement sous cette apparence et avec ces noms plutôt que d’avoir à remplacer nos identités en même temps que le reste. Vous pouvez nous faire confiance.     
 

- C’est à voir, dit-elle avec une moue.     
 

Val posa une question muette à sa sœur qui hocha la tête. Autant tout dire. Enfin, tout dire ce qu’il était possible de dire.     
 

- Si tu peux me faire confiance, c’est parce que je suis le pilote d’un Tardis créé à partir de celui que tu connais. Tu n’as qu’à vérifier, les mémoires te sont accessibles.      
 

Rose resserra son peignoir et avança vivement jusqu’à la console principale. Après avoir jeté un coup d’œil, elle hocha la tête.     
 

- L’autre raison, poursuivit Val, c’est que… Eh bien… C’est que nous nous connaissons, de mon point de vue, depuis… eh bien depuis ma naissance…     
 

Il hésita un peu et ajouta : « Maman. ».     
 

Rose blêmit : « Non, je ne peux pas avoir été absente si longtemps! Et j’étais en stase, ça n’aurait pas été possible que tu… Et je suis certaine que j’attendais une petite fille. Pas un garçon! Oh, mon dieu, il doit être devenu fou depuis le temps! ».     
 

Les deux jeunes gens comprirent qu’elle parlait du Docteur et sourirent. Harriet la rassura : « Cela ne fait pas si longtemps. Moins d’une semaine, je crois. C’est nous qui avons voyagé dans le passé et… »     
 

- Mais c’est dangereux de traverser les lignes temporelles de sa propre famille! Et personne ne vous a empêché de faire des bêtises? C’est incroyablement stupide! Vous avez de qui tenir décidément!     
 

- Nous savons, Maman, nous savons, dit Val avec douceur. Nous avons un plan et il faut l’exécuter rapidement, avant que le Maître puisse le tourner à son avantage. Je sais que ce que je te demande n’est pas facile. Il faut que tu sois complètement indécelable aux sens du Maître et à ceux du Docteur. Et il n’y a qu’un moyen pour cela.      
 

Il désigna du menton l’Arche caméléonesque qui attendait au bout de son fil, telle une araignée prête à sauter sur sa victime.      
 

- Mais je serai sans défense, je ne pourrai rien faire pour lui! Ni pour Harriet!     
 

- Le fait d’être une simple humaine ne t’a jamais empêchée de sauver le monde, il me semble. Tu t’es habituée à sentir le temps, mais ça ne te manquera pas… Tu vas oublier. Temporairement.     
 

- D’accord, n’en rajoute pas, et surtout pas sur ce ton. Je sais très bien comment fonctionne ce truc. Je ne l’ai jamais essayée, mais ça ira très bien. Je peux faire face.     
 

- Oui, Maman, je suis désolé, s’excusa Val d’un ton penaud. Ah, j’oubliais, je dois passer un coup de fil.     
 

Il composa un numéro sur un cellulaire (il fait les longues distances sans problème, assura-t-il avec malice). Deux sonneries plus tard, la voix de Jack Harkness se faisait entendre.     
 

- Salut, oncle Jack, c’est Val. Non, nous ne sommes plus sur Christmas Island. Rose va bien, d’accord? Dis-lui qu’elle va bien, c’est important. Et dis-lui aussi d’activer le programme 7878. C’est moi qui l’ai programmé tout à l’heure pendant que vous aviez le dos tourné. C’est le trajet pour la cachette de Maître. Et surtout, dis au Docteur que Rose va très bien.     
 

Il raccrocha sans donner plus d’explication et fit face sans broncher à l’air sombre de Rose.      
 

- Il y a une autre chose, intervint Harriet en lui tendant une pile de vêtements et un coffret. Pour redevenir la Rose de l’époque, il va falloir faire quelques changements. J’ai des vêtements, du maquillage et une paire de ciseaux de coiffeur. En provenance directe de Londres en 2006.     
 

Rose prit les ciseaux avec résignation, puisqu’il n’y avait pas de temps à perdre, et attrapa une première mèche.      
 

- Comme dirait un Seigneur du temps de ma connaissance, « Allons-y ».     






    
Citation:
Le Tardis tourbillonnait dans le vortex pour une direction inconnue, mais le chaos du temps et de l’espace qui l’entourait n’était rien à côté de celui qui s’amplifiait à l’intérieur.    
 

Après le coup de fil express, il fallait bien reconnaître qu’on avait sur les bras un Seigneur du temps sur le point de faire une crise de nerf (ou l’équivalent) et un humain souffrant curieusement d’immortalité ajoutant argument sur argument à propos d’un « crétin d’enfant du temps » qui « a kidnappé sa propre mère » et qui avait « honteusement volé son oncle préféré ». La scène aurait pu durer jusqu’à la fin du trajet que « ce petit malin » avait programmé en cachette. Le Docteur avait une moue dégoûtée comme si le Tardis l’avait trahi en acceptant le programme pirate et il pianotait un peu trop durement les touches. Si le Tardis s’en offusquait, il avait au moins l’intelligence de suivre le programme sans un rot de trop.    
 

Jack Harkness se reprit le premier. Il n’en était pas à la première bêtise de gamin. Il en avait commis sa juste part (et probablement un peu plus s’il fallait tout dire) et ses amis de Torchwood n’avaient jamais été en reste. Le comportement de Val, même s’il était surprenant, n’était pas, au fond, si épouvantable. Mais voilà, Rose était concernée et le Docteur avait tendance à perdre un peu plus facilement les pédales quand elle était concernée. Jack tripota le téléphone au fond de sa poche. Dès que le Docteur avait entendu que Val et Rose n’étaient plus sur l’île, il s’était emporté et, maintenant, il ravalait tout et le silence dans le poste de pilotage mettait Jack un peu mal à l’aise. Avec le Docteur, plus il parlait, mieux c’était : il fallait s’inquiéter (et pas qu’un peu!) quand il se taisait. Jack fit pourtant une tentative pour détendre l’atmosphère : « Une idée d’où - et de quand - on va atterrir? ».    
 

Le Docteur était sur le point de répondre quand l’impensable se produisit. Ses doigts se crispèrent sur la manette de régulation et le piston axial. Ses pieds devinrent deux enclumes. L’espace d’un instant (et ce genre d’instant pouvait durer éternellement pour un Seigneur du temps, un enfer!), il cru que l’un de ses cœurs cessait de battre. Il se retint, dans le même instant, de se frapper la poitrine pour le faire redémarrer. Ce n’était pas son cœur qui s’était arrêté. C’était le fragile écho d’une présence aimée qui venait de disparaître, comme une chandelle que l’on a soufflée. Quelque chose tomba sur ses épaules : une chose froide et visqueuse qui pesait sur lui, telle une planète géante, s’enroulait jusqu’à l’étouffer. Il pouvait presque entendre la moquerie : « Je suis là, je suis là, je ne t’avais pas oublié, me revoilà. » Le temps. Le vide. La solitude. Le regret. Ils venaient de le rattraper. Il n’avait pas couru assez vite. L’univers venait de perdre sa lumière. L’avenir s’était rendu aux ténèbres, vaincu par la disparition de cet écho. Il était perdu. Il avait perdu Rose.     
 

Non, il y avait une explication, il y avait TOUJOURS une explication. Rose saurait, Rose comprendrait. Rose n’était plus. C’était elle qui avait disparu. Envolée. Effacée. Volatilisée.    
 

Jack finit par s’apercevoir que le silence du Docteur n’était pas le même et essaya d’attirer son attention, claquant des doigts sans provoquer de réaction.    
 

Sa gorge était paralysée et ses yeux fixaient le vide. Elle était partie. Il se retrouvait seul pour la première fois depuis 1000 ans. Non, ce n’était qu’un rêve! Il avait rêvé qu’il était heureux. Tant de vide l’entourait tout à coup.  Plus de présence, plus de chaleur, plus rien. Il n’osait pas bouger, ne serait-ce qu’un doigt : il était si gelé qu’il se briserait en morceaux, qu’il craquerait et cèderait comme une poutrelle poussée au-delà de son point de rupture. Le moindre instant où il avait failli revenait le frapper durement : il n’avait pas pu sauver telle personne, celle-ci avait disparu, une autre l’avait oublié… Des soleils étaient morts… Des galaxies avaient brûlé. Une planète avait été perdue (par sa faute, sa faute à lui, il l’avait fait et il ne servait à rien de regretter, d’autant que c’était à cause de lui). Tous ses échecs. Tous ses regrets. Toutes les fois où il avait bluffé le temps. Le temps demandait vengeance, paiement, rétribution. Ce ne serait pas douloureux. Ce ne serait pas pire que ce qu’il ressentait. Il se sentit mourir (c’était donc ça, la mort, la vraie mort?) et il ne se régénèrerait pas. La vie ne quittait pas son corps, elle quittait… tout le reste. C’était sa raison qui se désintégrait et contre ça, la régénération ne pouvait rien.     
 

Jack le gifla à toute volée : c’était là une médecine de choc qui avait fait ses preuves dans les cas les plus extrêmes.    
 

Il tomba lourdement, sans faire le moindre effort pour se retenir ou amortir la chute. Sa tête heurta le plancher et il resta là, sans bouger, aussi raide qu’un pantin. Il s’était mordu la lèvre sous le choc et une goutte de sang glissa silencieusement le long de son menton.     
 

La bonne vieille médecine ne fonctionnait apparemment pas pour un Seigneur du temps en état de choc, considéra Jack.    
 

- Allons, debout, Docteur!    
 

Le Docteur cilla, battit lentement des paupières une fois. Ne répondit pas.     
 

C’était fini. Tout était fini. Il respirait, mais ce n’était qu’une habitude à perdre. Plus rien d’autre à perdre. L’essentiel était perdu depuis bien longtemps. Il était temps d’en finir, de les rejoindre de la seule façon qui restait. De la rejoindre, Elle. Tout le reste était… vain. Last call, on ferme.    
 

Jack le redressa presque tendrement. Quoi qu’il ait pu se produire, il fallait garder son sang froid et réfléchir à ce qui était envisageable. Le Docteur finit par bouger. Il se tourna sur le côté, les genoux ramenés contre lui. On aurait dit une fleur fanée, recroquevillée. Sa joue virait à l’écarlate là où Jack l’avait frappé, mais il se tenait la poitrine, comme s’il était en train de faire une crise cardiaque. Est-ce que c’était possible pour un Seigneur du temps avec un appareil cardiovasculaire double? Allons donc! Le corps du Docteur n’avait que quelques années et était bien plus solide que ça. Mais comme il ne bougeait toujours pas, Jack décida que c’était un cas de « fin du monde » ou de « mort de l’univers ». Rien d’autre ne pouvait toucher le Docteur comme ça, n’est-ce pas? Il l’installa sur la banquette un peu à l’écart, ce qui avait un parfum de déjà-vu. Quelques semaines auparavant, c’était justement à cet endroit qu’il avait déposé une Rose inconsciente. Il vérifia qu’aucune alarme ne bipait sur la console. Il ne savait pas piloter, mais si quelque chose clochait, ce n’était pas du tout dans le Tardis. Et rien ne pouvait arriver quand ils étaient dans le Tardis.    
 

D’accord, il y avait eu cette fois où ils avaient été transmatés à bord du Satellite V, mais le Docteur avait certainement prévu et mis en place une parade depuis le temps, alors ça ne comptait pas vraiment.    
 

Tout devint brusquement silencieux et Jack jeta un coup d’œil méfiant au poste de pilotage. Que se passait-il? Il comprit finalement que le Tardis était arrivé à destination, peu importe quelle destination d’ailleurs. Il n’était pourtant pas question d’abandonner le Docteur tout seul, pas dans son état. Jack pouvait attendre qu’il se reprenne et, même s’il avait apparemment les capacités pour le faire, il espéra que ça ne prendrait pas 10 000 ans.     
 

Puis on cogna à la porte. Jack se figea.    
 

Après quelques secondes, on frappa à nouveau.    
 

Puis la serrure joua et Jack sortit instinctivement son arme et visant…     
 

- Val, s’exclama Jack avec soulagement.    
 

Le jeune homme cassa son sourire en apercevant le Docteur réduit à l’état d’éponge décérébrée. Il bondit à ses côtés, poussant vigoureusement Jack hors de son chemin.    
 

- Que s’est-il passé? Qu’est-ce que vous avez fait?    
 

- Moi? Rien! On discutait et puis il est devenu tout bizarre.    
 

- Lui avez-vous fait le message que Rose allait bien?    
 

- Je crois… Lui ai dit que tout allait bien. Je crois…    
 

- Il ne faut pas CROIRE, Capitaine Jack Harkness. Il faut SAVOIR! Quel gâchis, grimaça-t-il. Heureusement que j’ai décidé de venir vous chercher sinon…    
 

- Il va s’en sortir?    
 

- Il n’aurait pas eu besoin de se mettre dans cet état si vous aviez fait le message, répliqua-t-il. C’était si simple : « Elle va bien »! Maintenant, silence!    
 

Val posa le bout de ses doigts sur les tempes du Docteur, un geste qu’il n’avait pas accompli depuis des années. Le contact était très intime, surtout pour un Seigneur du temps qui était catatonique et ne faisait pas attention à ce que son esprit émettait. Quand Rose était devenue humaine grâce à l’Arche caméléonesque (ou fallait-il dire redevenir?), le lien avec le Docteur avait été interrompu. Sans le message que Val avait demandé à Jack de faire passer, le Docteur avait dû croire qu’elle était morte.    
 

Val fut emporté par le torrent d’émotions du Docteur sans pouvoir y faire face. La seule solution était de se laisser porter par le courant, en espérant ne pas s’y noyer. Le jeune homme avait toujours su que ses parents avaient un lien très fort, mais il découvrait des ramifications étranges, profondes, qui n’auraient pas dû être. C’était comme une bizarre symbiose et Val s’en effraya. Peut-être qu’il s’agissait d’une particularité des Seigneurs du temps, mais si c’était le cas, il n’était pas très pressé d’y faire face. Est-ce qu’ils savaient à quel point ils étaient liés? Est-ce qu’ils savaient toutes les conséquences de ce lien? Sans doute pas, si on prenait le cas du Docteur. Val calcula rapidement : ils n’étaient ensemble que depuis quelques mois, mais on aurait dit qu’ils étaient ensemble depuis toujours. Puis il se souvint de l’étrange rêve qu’ils avaient partagé et qui avait duré, de leur point de vue, un millier d’années. Oui, d’accord, la connexion pouvait s’expliquer. N’empêche…    
 

Se rendre compte du pouvoir qu’une autre personne avait sur soi avait quelque chose de terrifiant, mais de découvrir que le Docteur était si dépendant d’un autre être! Le Docteur, bon sang! Le Docteur! Le dernier Seigneur du temps (passons sur les accidents et les régénérations spontanées du Maître)! L’unique (bon, disons celui avec le plus d’expérience) véritable voyageur du temps et pilote d’un Tardis! Celui qui avait été capable de sauver l’univers entier à dieu seul savait combien de reprises (ça ne comptait pas s’il avait eu de l’aide, n’est-ce pas?)! Le Docteur! Et il se retrouvait là, aussi vivant qu’un pot de cornichons!    
 

Val s’arma de courage : il devait rejoindre la part consciente de l’esprit du Docteur. C’était seulement là qu’il pourrait lui faire entendre raison, lui faire comprendre que Rose n’était pas morte et… Et puis soudain, au lieu du chaos et de toutes les idées qui virevoltaient dans une danse barbare, il n’y eu plus rien : le vide. Val glissa dans une longue chute, comme en apesanteur, sans rien à quoi se raccrocher. Il faillit sourire en se rappelant la chute infinie d’Alice dans le terrier du Lapin blanc, mais c’était un peu trop effrayant maintenant, car il était entraîné par les forces mentales d’un esprit bien trop puissant et qui n’avait plus de résistance, qui se laissait aller. Et pour le Docteur, cet état revenait à se suicider. On ne savait que trop de quoi un Seigneur du temps était capable, celui-là surtout, et quand ils avaient un but, il l’atteignait généralement. Particulièrement celui-là, rageait Val en essayant de refaire « surface ». Mais il n’y avait plus de surface, il n’y avait plus rien d’autre que le vide béant.     
 

Sauver une planète demandait de l’imagination, une bonne dose de courage et deux-trois trucs technologiques : facile pour un Seigneur du temps. Mourir, c’était encore plus facile. Il suffisait d’un peu de volonté. Et le Docteur n’en avait jamais manqué. La dernière étincelle d’intelligence du Docteur était capable de s’autodétruire aussi facilement?! Val se demanda s’il était capable de le ramener ou bien s’il ne venait pas de signer leur arrêt de mort à tous. Sans lui, pas moyen de sauver Harriet. Pas de Val non plus. Et Jack ne savait pas piloter un Tardis. Rose n’avait aucune chance d’ouvrir le pendentif qui gardait sa conscience, d’autant que c’était Harriet qui l’avait et qu’elle avait juré de ne pas mettre un pied hors de leur propre Tardis. Ils étaient pris au piège, tout ça parce que le Docteur croyait Rose morte. Quelle situation stupide!    
 

Val essaya à nouveau de faire marche arrière, mais il continua à se perdre un peu plus dans la psyché du Docteur, tombant toujours dans le vide. L’esprit tenait à mourir et ne lésinait pas sur les moyens pour y parvenir, quitte à entraîner quelqu’un d’autre avec lui. Et les profondeurs de ses tourments étaient… infinies, au point où Val commençait à avoir quelques difficultés à garder son sang-froid. Le contact avec des émotions aussi fortes ne l’aidaient absolument pas. Il essaya de hurler qu’elle était vivante, que Rose n’était pas morte. Mais le « son » ne portait nulle part. Et le Docteur ne pouvait absolument rien entendre.     
 

Rose entra dans le Tardis, impatiente devant l’absence de Val et inquiète pour le Docteur. En apercevant leur figure aussi blanche que la craie, elle s’alarma franchement et essaya de les séparer.     
 

Au moment où les mains de la jeune femme effleurèrent celles de Val, un courant électrique parcouru les trois participants et Val se retrouva d’un coup dans son propre esprit, le souffle coupé. Il repoussa Rose qui battit des paupières : quelque chose venait de se produire, mais quoi? Le jeune homme fit un geste pour revenir près du Docteur, mais Rose se planta entre eux.    
 

- Laissez-le tranquille, ordonna-t-elle en refusant de tenir compte de son étourdissement.    
 

- Rose…?, fit une petite voix.    
 

Jack soupira de soulagement : d’accord, le Docteur s’en sortirait. Mais c’était passé très proche. Il se rapproche de Val qui clignait des yeux, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. Il était en train de se perdre dans la tête du Docteur, puis quelque chose l’avait rezappé dans sa propre caboche. Jack l’aida à s’asseoir et à reprendre ses esprits, tout en jetant un œil vers le Docteur, qui reprenait lentement des couleurs.    
 

Le Docteur attira Rose dans ses bras. Par-dessus son épaule, la jeune femme foudroya Val qui se remettait peu à peu du choc. L’étreinte était forte et Rose se demanda ce qui s’était passé. On aurait dit que le Docteur ne l’avait pas vue depuis des mois, ce qui était ridicule.    
 

Le Docteur se dégagea brusquement de l’étreinte, la tenant néanmoins à bout de bras.    
 

- Mais… Rose…?    
 

- Docteur, vous allez bien?    
 

- Je vais toujours bien, répondit-il d’une voix rauque en se forçant à sourire.    
 

- Vous êtes un peu pâle, lui reprocha-t-elle doucement.    
 

- Manque de soleil.    
 

- Il y a un soleil dehors, dit-elle doucement. Enfin, je crois. Il y en avait un la dernière fois. Une petite balade? Sinon, je suis sûre que l’on pourrait vous trouver un « hôpital ». Mais cette blessure de guerre ne nécessitera probablement pas de soins prolongés, ajouta-t-elle en désignant son menton.    
 

L’emphase humoristique qu’elle mettait sur le terme fit lever un sourcil au Docteur. Il la lâcha complètement. Elle en profita pour nettoyer la trace de sang avec un mouchoir en papier.    
 

- Je n’aime pas les hôpitaux, dit un peu mécaniquement le Docteur, qui essayait de se repérer dans tout cela.    
 

Rose n’était pas elle-même, mais c’était Rose. Les cheveux, les vêtements, l’allure… c’était la Rose qu’il avait rencontrée, celle pour qui il s’était régénéré et était devenu ce type qui parlait trop et qui préférait définitivement les costumes rayés et les Converse rouge pompier. Rose. Il avait failli se laisser mourir pour elle. Mais elle était là. Enfin, presque. Mais vivante.    
 

- Vous n’aimez pas les hôpitaux, vous n’aimez pas les chats et vous ne voulez pas vous baladez dans le coin? Pourquoi être revenu ici alors?    
 

- Ici?    
 

Val intervint adroitement : « Il faudrait avertir… Jane. Rose, tu veux bien? »    
 

- Oui, oui, je vais le lui dire. Eh bien, on peut dire que vous avez changé, Capitaine, fit Rose en mettant les poings sur les hanches. Quoi? Même pas un câlin?    
 

Jack l’embrassa (sur les joues) et elle sortit en gambadant : « Ne tardez pas, je crois que c’est encore plus chouette que la dernière fois! ».    
 

Le Docteur resserra son nœud de cravate, vérifia les commandes et l’écran. Quand il se redressa, rien de la catastrophe qui s’était jouée. Il renifla, ajusta son nœud de cravate à nouveau et Val eu des sueurs froides à l’idée que le Docteur avait failli se suicider à cause d’un malentendu. Perdre le Docteur! Ça avait de quoi donner des cauchemars durant quelques années.    
 

- Qu’est-ce que tu as fait à Rose, Val?    
 

- L’Arche caméléonesque. Elle est humaine.    
 

- Oui, ça, je pouvais m’en rendre compte par moi-même. Pourquoi l’avoir réveillée? Pourquoi l’avoir amenée ici? Le Maître peut lui faire n’importe quoi. Ce n’est pas ce que tu as fait de plus intelligent.    
 

- Tu as besoin d’elle.    
 

Le Docteur serra les dents.    
 

- Je veux dire que tu vas avoir besoin d’elle pour défaire le Maître.    
 

- Je peux m’en sortir sans la mettre en danger.    
 

- Non. C’est elle qui me l’a dit. Elle était là. Et si elle était restée « normale », le Maître n’aurait eu qu’à mettre bébé Harriet en stase pour que Rose soit touchée. Le seul moyen, c’était qu’elle redevienne humaine. Tu ne l’as pas perdue, tu l’as juste échangée contre une autre version.     
 

- Une version qui vous apprécie autant, fit remarquer Jack en haussant les sourcils.    
 

- Le Maître connaît Rose. Dès qu’il comprendra qu’elle est humaine…    
 

- Il ne s’en rendra pas compte.    
 

- Moi, je m’en rends compte et tu sais très bien comment : les énergies ne sont pas les mêmes pour un Seigneur du temps et un humain.    
 

- Ou un immortel, ajouta Val avec un clin d’œil à Jack. Je sais, Papa. Mais j’ai un truc. Enfin… disons que c’est un truc que tu as fini par trouver et que… Jane et moi avons amélioré.    
 

- Qui est Jane, au fait?    
 

- C’est… euh… eh bien, c’est Harriet.    
 

- QUOI?    
 

- Harriet? Mais c’est un bébé, objecta Jack. Oh, attends, tu veux dire qu’il a la version adulte d’Harriet ici? Ce n’est pas un peu dangereux ça?    
 

- Oui, oui, mais elle ne sortira pas du Tardis.    
 

- Pardon?, fit Jack.    
 

- Nous avons aussi un Tardis, expliqua brièvement Val. Il est stationné un peu plus loin. Si vous croisez un photomaton hors d’usage… C’est le plus rapide de son genre.    
 

Le Tardis fit un BONG sonore.    
 

- Tu disais?     
 

- Mais il y a toujours des exceptions : certains sont uniques, expliqua Val qui savait comment adoucir l’humeur du vieux Tardis.    
 

Les deux Seigneurs du temps échangèrent un regard complice, comme s’il avait suffit de flatter un Tardis pour les décider à se faire confiance une fois pour toute.    
 

- Je devrais aller lui dire bonjour, fit Jack en pensant à Harriet.    
 

Quelque chose dû transparaître dans son ton, car le Docteur lui jeta un avertissement muet et même Val se raidit. Jack se dit qu’il avait intérêt à marcher sur des œufs. Mais quel était l’avantage de voyager dans le temps et de rencontrer de jolies filles si on ne pouvait pas les… ehm… courtiser?    
 

- Ça va aller, dit Val avec un sourire timide au Docteur.    
 

- Bien sûr, ça va toujours bien, répliqua-t-il un peu sèchement en vérifiant sa cravate. Et où sommes-nous exactement?    
 

Il fit tourner l’écran vers lui et haussa un sourcil en lisant leur point de chute. Jack aurait probablement intérêt à ne pas sortir du Tardis : « On dit que la troisième fois est la bonne. Jack, vous devriez…    
 

- … aller rejoindre Rose, ajouta rapidement Val en fixant le Docteur. Après tout, il nous faudra du renfort puisque le Maître est ici. Oh, et ne t’en fais pas pour les trous de mémoire : il y avait beaucoup à faire et il nous a semblé préférable de complètement effacer certains souvenirs. La dernière fois que Rose t’a vu, c’était à bord du Satellite V, d’accord? L’immortalité et tout ça… connaît pas. Allez-y mollo. Quand à toi, dit Val en faisant face au Docteur, les événements de Canary Worf ne se sont pas produits. N’en rajoute pas, c’était suffisamment difficile comme ça sans impliquer de multiples dimensions et des univers parallèles. La prochaine fois, je te laisserai tout faire.    
 

- On verra, fit le Docteur en ajustant sa cravate pour la énième fois.     
 

Les deux Seigneurs du temps devinrent subitement silencieux et Jack, comprenant le sous-entendu, les quitta.     
 

- Donc tu as amené Harriet ici alors qu’il y a déjà une version d’elle. Est-ce que le terme « paradoxe » t’est complètement inconnu? Et Harriet était persuadée que Rose la reconnaîtrait immédiatement à cause de sa ressemblance avec Jackie.    
 

- Harriet utilise un shimmer. Et puis, nous serons très prudents. Et pour ce qui est d’être affectée par tout ça, Harriet ne le sera pas. Nous avons… effectué un petit brassage génétique qui rend le lien stasique impossible. Et elle a promis de ne pas mettre un pied hors du Tardis. Question d’éviter de se le faire piquer par Vous-savez-qui. Elle surveillera aussi celui-ci.    
 

Le Docteur leva les yeux au ciel. Val crâna un peu, fier d’avoir tout prévu.    
 

- Quant à Rose, je la suivrai comme son ombre. Nous avons bricolé une combinaison de carolstène avec un mini générateur multi-illiusionique.     
 

- Ça te rendra invisible, dit le Docteur tout en analysant les possibilités. Oh, mais si tu la suis…    
 

- Il ne verra et ne sentira qu’une seule personne avec le potentiel de Seigneur du temps. Logiquement…    
 

- … il croira qu’elle est toujours une Dame du temps.    
 

- Et je pourrai la protéger, surprendre le Maître, reprendre Harriet et sauver la situation.    
 

- Ça fait beaucoup.    
 

- Il faut voir grand dans la vie. C’est Maman qui le dit. Et ça ne t’a pas trop mal réussi non plus.    
 

- Mouais. N’empêche, je n’aime pas trop ça. Pourquoi ici, hein? Jack est ici en deux exemplaires. Harriet aussi. C’est la deuxième fois que Rose vient ici, la troisième pour moi et tout ça dans une période de temps relativement courte. Ça commence à faire beaucoup, tu ne trouves pas? Et pourquoi le Maître viendrait-il justement ici?    
 

- Parce qu’il a senti les perturbations, suggéra le jeune homme. Comme tu as dit, Jack se trouve ici en deux exemplaires, tous deux immortels. Tu sais l’effet qu’il a, ajouta-t-il avec une grimace d’exaspération. Et je ne parle pas de flirt. Mais il n’y a pas que ça : il va se produire quelque chose et ça se répercute sur toute la trame du temps. Ce n’est pas une coïncidence. C’est souvent le cas quand il y a plus d’un Seigneur du temps d’impliqués.    
 

- Tu avais vraiment besoin d’amener Harriet?    
 

- Comme si j’avais pu l’en empêcher!     
 

- Et Rose?    
 

- C’est elle qui m’a raconté l’histoire. Elle était là. Et c’était le seul moyen pour qu’elle soit là et puisse nous sauver.    
 

- Tu ne crois pas que…?    
 

- Je ne crois rien du tout. Je suis juste les instructions de Maman.    
 

- Et pas les miennes, s’offusqua le Docteur.    
 

- Oh, ça m’arrive. De temps en temps, ajouta Val après réflexion.    




   
   
Citation:
La cité de New New York ressemblait en tous points à celle dont Rose se souvenait et elle se demanda s’il n’y aurait pas enfin la possibilité de la visiter. La dernière fois, ils étaient partis assez rapidement, d’autant plus que les Nonnes avaient rapporté que c’était « l’humaine aux cheveux blonds » qui avait provoqué l’incident à l’hôpital. Essayer de leur expliquer qu’il s’agissait de Cassandra qui avait possédé son corps aurait été un peu trop ardu. De toute façon, il fallait reconduire Cassandra à sa dernière demeure et, vu son état, pas question de perdre du temps.
Rose était donc heureuse de revenir et de respirer à nouveau l’odeur de l’herbe-pomme que le vent lui ramenait depuis les hauteurs des falaises de la baie. Elle reconnu, au loin, l’endroit où ils avaient atterri la première fois. Elle s’éclaira en voyant sortir le Docteur à la suite de Jack et de Val.


Le Docteur jetait un œil méfiant vers l’hôpital où les nonnes avaient travaillé en secret avec un cheptel humain, puis décerna un soupir mélancolique à la cité. Rien ne paraissait, mais une catastrophe se préparait. D’ici quelques mois, une nouvelle humeur en patch serait créée et distribuée, suivi de près par la mort de tous ceux qui l’utiliseraient. Il se passerait alors près de 25 ans avant qu’une ancienne infirmière criminelle avec des moustaches et une tête gigantesque dans son bocal libèrent les survivants avec l’aide enthousiaste d’un nouveau venu muni d’un tournevis sonique. Il hocha la tête. Quelque part, la version âgée (terriblement plus âgée) de Jack se préparait sans doute déjà, sachant tout ce qui se déroulait à cet instant. Paradoxe.


Était-ce la principale raison qui avait poussé le Maître à venir se réfugier ici, à cette époque précise? Il tramait déjà ses pièges et la situation ne manquait probablement pas de piquant pour lui. Le Docteur soupira. Il voulait bien se jeter dans un piège, mais y entraîner d’autres (Rose) avec lui demandait un sang froid qu’il ne se savait pas posséder. Il se rassurait en songeant à toutes les fois où on (Rose) lui avait sauvé la mise. Interventions désespérées parfois, devait-il ajouter. Il voulait seulement retourner dans le Tardis, refermer la porte sur tout cela et s’évader. Avec Elle. Et Elle ne reviendrait que quand tout serait terminé, quand elle pourrait ouvrir le boîtier d’une montre de gousset mystérieuse et que le temps lui murmurerait tous ses secrets. Et il y avait Harriet. Il fallait avancer, c’était encore (toujours!) la seule solution.


Jack avait dégainé son arme sans que le Docteur le remarque, du moins lui sembla-t-il. Val s’en était peut-être aperçu, mais n’avait rien dit. S’il avait une chance, rien qu’une, de mettre une balle dans la tête du Maître, il ne se gênerait pas. Tous ces beaux Seigneurs du temps avaient peut-être un petit côté jeu vieux à ne pas vouloir tuer le Maître, mais Jack savait de quoi était capable ce type. Pas question de le laisser faire mu-muse avec l’univers!


- C’est là qu’il faut aller, souffla Val C’est une annexe de la faculté médicale où l’on produit les patchs d’humeur, vous savez, comme les timbres de nicotine.


- Des drogues?, dit Rose avec mépris. On ne se refait pas, décidément.


- Des drogues légales, expliqua Jack. Je suis déjà venu et c’est assez chouette. Ici et à cette époque, ce n’est pas pire que de se cuiter avec de la bière ou l’équivalent. C’est même inoffensif comparativement. Il y a des tas de réglementation pour la fabrication et la distribution. Il faut vraiment être stupide pour avoir des problèmes avec les patchs d’humeur.


Oui, il fallait vraiment être stupide, pensa le Docteur. Mais c’était là un trait humain caractéristique. Rose avait bien raison en disant qu’ils ne se refaisaient pas. Toujours à répéter les mêmes erreurs, y compris sur une nouvelle planète.


Le bâtiment était quasiment vide hormis deux ou trois gardiens qui préféraient de loin surveiller les caméras qu’arpenter les longs tunnels et les salles où étaient fabriqués les patchs. Jack, après avoir pianoté sur son bracelet, les informa que tout était automatisé ou presque et supposa que, vu la distance depuis la ville, personne ne devait vraiment envie de flâner dans le coin.


- Oh, mais il n’est pas venu ici seulement à cause de ça, dit Jack en se renfrognant à la lecture de nouvelles informations. Je n’ai pas parlé des laboratoires abandonnés dans les sous-sols? Les plans sont très clairs. Le Maître y a trouvé son content! Quand je pense qu’il a traîné un bébé jusqu’ici.


- Ah, oui, Harriet, s’exclama Rose. Il faut la sauver. Mais je me demande pourquoi il s’est attaché à un bébé. D’après ce que vous avez dit, ce n’est pas le genre à s’accommoder d’un enfant. Qu’est-ce qu’elle a de spécial, cette Harriet, à part son nom?


- Plus tard, il faut d’abord la retrouver.


- D’accord. Seulement, je me demandais comment on pouvait « perdre » un bébé, grommela Rose sans s’apercevoir que le Docteur serrait les dents.


- Vous auriez dû emporter des gadgets, dit Jack en tentant vainement de détendre l’atmosphère. Vous ne réussirez pas à le raisonner avec un tournevis sonique.


- Oh, j’ai très bien vu le genre de « gadgets » que vous auriez voulu me voir choisir, dit le Docteur qui, malgré les apparences, savait fort bien ce que Jack cachet dans les plis de son manteau. Je ne suis pas de ce genre-là.


- Si j’avais au moins emporté la chaîne à ressort, répliqua Jack. On pourrait le capturer sans lui faire de mal si c’est ce que vous voulez. Et puis, le temps que vous essayez de le réformer…


- Silence, murmura Val. Nous approchons. Il est dans le labo 533.


- Comment le sais-tu?


- Maman me l’a dit.


Soudain, les deux Seigneurs du temps sentirent la présence d’un troisième se révéler un peu plus loin. Le Maître avait désactivé la bulle de non-temps.


- Il sait que nous sommes là, dit le Docteur.


- Votre mère aurait pu venir si elle était si certaine de tout cela, rétorqua Rose avec acidité. Ce n’est pas elle qui va être capturée par un cinglé.


- Une personne de plus ne changerait rien, Rose, dit le Docteur. De toute façon…


- Il va tous nous capturer!


- Ehm… oui. Il va tous nous capturer. Mais j’ai un plan.


- Lequel?


- Oh… comme d’habitude : je verrai au fur et à mesure.


Il avait ce petit sourire en coin et les yeux brillants et Rose, tout en sachant qu’ils allaient avoir des problèmes (en quoi est-ce que ça changerait de n’importe quel autre jour?), sourit à son tour et le suivit, son ami invisible sur les talons. Jack leva les yeux au ciel tout en enlevant la sécurité de son arme. Il ne changerait jamais, ce Docteur.


Le labo 533, contrairement aux précédents, était pleinement fonctionnel : éclairage, écrans informatiques, machines bourdonnantes de toutes les sortes avec voyants multicolores… et deux personnes.


Le Docteur se retint de faire un mouvement vers le couffin posé près du Maître et concentra plutôt son attention sur ce dernier.


- Ça faisait longtemps, dit-il simplement en guise de salutations.


- Docteur! Toujours le même! Et Rose! Rebonjour! Par tous les navets moisis de l’univers, Jack, est-ce vous? Je vous manquais?


- Pas vraiment.


- Rendez-moi Harriet, dit le Docteur avec calme.


- Oh, mais bien sûr. Pourquoi pas? On se sent un peu seul quand on n’a pas sa dame à ses côtés, c’est ça?


Le Docteur ne fit pas un mouvement : certainement, le Maître ne pouvait pas savoir. Même lui devait faire un effort pour ne pas croire que Rose était redevenue… Et si lui ne pouvait pas détecter Val, l’autre en n’était certainement incapable!


- Oh, mais je SAIS! Si vous vous concentrez un peu sur cette charmante petite chose dans son berceau, vous constaterez qu’elle n’a rien d’extraordinaire. Non, absolument rien.


Le Docteur parvint à masquer sa réaction. Il n’y avait rien d’extraordinaire chez Harriet, il est vrai. Rien du tout. Des cellules complètement humaines, sans la moindre trace du Temps. Comment était-ce possible?


- J’aurais dû savoir, dit enfin le Docteur avec un soupir triste. C’est à cause de Rose.


- Exactement, dit le Maître avec satisfaction. Telle mère, telle fille. Et je ne vois vraiment aucune raison de garder un enfant humain à mes côtés. Totalement inutile. Temps perdu. Mais vous ne pourrez pas ravoir votre compagne non plus, Docteur, pas si vous voulez que cette petite chose survive.


- Qu’avez-vous fait?


- Oh, j’étais très déçu, il faut comprendre, de m’être fait avoir si facilement. J’avais oublié la connexion biologique entre les Seigneurs du temps. J’ai quelques excuses, je n’ai jamais eu l’occasion de l’éprouver. N’empêche, dans ce merveilleux laboratoire, j’ai joué les savants fous - non, non, ne riez pas, c’est une simple métaphore - et je suis parvenue à créer la perfection. Enfin… qui s’en rapproche le plus à part moi. Et maintenant, si Harry Potter sous sa cape d’invisibilité voulait bien se montrer, je crois qu’il sera très satisfait de la surprise que j’ai préparé pour lui.


- Ce n’est pas une cape d’invisibilité, protesta froidement Val en éteignant le diapositif.


- Oh, mais on ne se connaît pas! Et pourtant, un peu, pas vrai? Oui, oui, oui… Je ne m’attendais pas à vous. Cette structure de visage. L’attitude… Pas de doute. Et vous vous appelez?


- Val.


- Oh, non, ne me dites pas… comme Valentin? Oh, c’est trop! Pourquoi pas un prénom moins terrien la prochaine fois? C’est dégoûtant et tellement TERNE! Je ne vous demanderai pas d’où vous venez, ça saute aux yeux. L’attitude surtout, je dirais, oui. Vous lui avez donné des leçons, lança-t-il au Docteur.


- Rendez-moi Harriet et je promets…


- Que vous m’aiderez?


- Oui.


- Je ne veux pas de votre aide. J’ai tout ce qu’il me faut et j’ai même la prime de pouvoir m’amuser avec vous. Et de revoir notre chère Rose.


- Vous pourriez venir avec moi.


- Avec vous? Oh non, c’est inutile. Je n’avais plus besoin que d’une chose et vous venez de me la donner. Le Tardis, expliqua-t-il comme à un demeuré. Je n’allais tout de même pas m’amuser avec les trous noirs jusqu’à la fin des temps. Il n’y en a jamais un là où le faut. Quant aux bracelets de l’Agence du temps, je n’ai qu’une chose à dire : beurk! Non, définitivement, le Tardis est le moyen le plus classe et le plus confortable de voyager. Le confort de la maison et l’avantage de pouvoir être déplacé discrètement. Qui résisterait?


- Vous ne pourrez pas voler le Tardis cette fois, dit Val.


- Je prendrai le vôtre alors.


-Pardon?


- Vous êtes venu dans deux Tardis, inutile de le nier, mon petit. J’avais une caméra braquée sur tous les alentours et je n’ai eu qu’à me repasser le film. Un photomaton, vraiment? Qui a eu l’idée?


- Vous ne pourrez pas le voler, lui non plus, dit Rose.


- Oh, je sais, je sais, vous avez probablement laissé des tas de systèmes de surveillance, peut-être même… je ne sais pas… un gardien? Et puis les contrôles sont probablement isomorphiques ainsi, même si je réussis à m’introduire dans l’un de vos Tardis, je ne pourrai aller nulle part.


- Exactement, firent ensemble Val et le Docteur.


- Alors, j’ai exactement ce qu’il me faut.


Le Maître fixait un point derrière eux et, soudain, un quatrième enfant du temps se révéla. Jack la mit en joue, mais hésita. Il ne pouvait pas tirer sur elle, c’était… Le Docteur songea qu’elle avait décidément de qui tenir : elle avait promis de rester dans le Tardis et voilà qu’elle se présentait. Elle n’avait même pas de déguisement holographique! L’un des cœurs de Val rata un battement : « Harriet? ». Rose broncha devant la silhouette qui, brusquement, les menaça d’une arme: « Harriet? C’est elle, Harriet? C’est elle le bébé que nous devons sauver? ».


Et l’idée (absurdement et complètement dingue) l’effleura qu’elle avait un air de ressemblance avec sa mère, Jackie Tyler, qui se trouvait à cinq milliards d’années et un demi-univers de là. Sans les cheveux roux…


- Chérie, tu peux tuer Jack tout de suite. Et ton frère aussi, tant qu’à faire.


- Tu avais promis que tu ne leur ferais rien.


- Et tu mets les deux autres dans ma salle de jeu. Je suis « d’humeur » à m’amuser.


- Mais…


- Toujours en train d’argumenter. Comme ton père. Il faut vraiment que tu acceptes les conséquences de tes choix, ma petite.


- Je…


- Fais ce que je t’ai dit. Tu sais, sinon, ce qui t’attend.


Val songea que le plan du Docteur était parfait jusque là : ils s’étaient fait capturés et ils allaient mourir. Mais pourquoi Harriet les trahissait-elle? Ça n’avait pas de sens! Il chercha un signe, un clin d’œil, n’importe quoi qui lui indiquerait que c’était un jeu, mais Harriet évita son regard et poussa Rose et le Docteur vers le fond du laboratoire.






   
Citation:
La pièce avait un air d’aquarium. Elle était parfaitement étanche avec une large baie vitrée et un éclairage violent. Même l’odeur avait un petit quelque chose du chlore rappelant à Rose les deux poissons rouges qu’elle avait reçus pour son sixième anniversaire. Un système de filtration permettait à l’air de circuler et il ne faudrait pas beaucoup d’imagination au Maître pour les faire mourir : il suffisait de couper l’aération. Ou de remplir le laboratoire d’eau. Ou injecter dans la ventilation une concoction chimique mortelle. Beaucoup trop de choix, en vérité, pour que Rose reste calme.
Mais elle n’avait pas peur. Enfin, pas trop. Elle espéra que Jack n’était que blessé, que Val n’avait rien. C’était un Seigneur du temps, il devait pouvoir se régénérer. Quant à Harriet…


Juste y penser lui donner lui donnait la migraine. On lui avait parlé d’un bébé (est-ce qu’il n’y avait pas un enfant dans le couffin?). Harriet qui était la sœur de Val? Et Jane, dans tout ça? Est-ce que Val aurait deux sœurs? Pourquoi ne pas l’avoir dit? Pourquoi est-ce que Jane ne pouvait pas sortir de l’autre Tardis? Rose essaya d’ordonner ses pensées, mais la migraine lui donnait soudainement mal au cœur. Étourdissement. La lumière était réellement trop vive. Elle se rapprocha discrètement du mur et s’y adossa, mine de rien.


Mais le Docteur n’en perdait pas une miette et s’inquiétait. Il se rapprocha, inquiet malgré lui et n’osant pas le montrer ouvertement. Le Maître avait deux versions d’Harriet, la plus jeune pouvant encore affecter la biologie de Rose. Il se demanda pourquoi est-ce que Rose n’avait pas retrouvé les sens du temps. Est-ce qu’il était possible qu’Harriet ne les ait pas trahis, en fin de compte? C’était à elle que Rose et Val avaient confié la montre de gousset renfermant toute la partie Seigneur du temps de sa personnalité. Et la montre n’avait pas été ouverte puisque Rose était toujours humaine. Et bébé Harriet aussi. Est-ce qu’il était possible de détruire un dispositif caméléonesque? Le Docteur ne l’avait jamais tenté et la simple idée le mettait profondément mal à l’aise. Cela revenait à tuer un Seigneur du temps car, après tout, ce qui faisait un Seigneur du temps se retrouvait enfermé dans le dispositif. Et si le Maître venait à briser la montre, que se passerait-il? Est-ce que l’essence de celle qu’était Rose lui serait retournée et retransformerait Rose? Ou bien est-ce que Rose vieillirait et mourrait, sans jamais savoir l’être incroyable qu’elle avait le potentiel d’être? Et le Docteur finirait par la perdre, d’ici quelques décennies, voir moins, puisque leurs aventures semblaient chaque fois plus périlleuses Ou bien… est-ce qu’en « tuants » celle qu’elle pouvait être on la tuait physiquement et réellement? Vu sous cet angle, le Docteur était alors susceptible de la perdre à tout instant. Pas rassurant.


Le Maître pouvait lui faire beaucoup de mal, mais il pouvait faire pire encore en s’en prenant à Rose.  Est-ce qu’il savait que seule Rose maintenait à distance tous ses démons? Il avait eu un aperçu de l’enfer à la simple idée de l’avoir perdue et il devait envisager la possibilité qu’on puisse la lui arracher aussi facilement. Pas agréable.


Et Jack dans tout ça? Et Val? Est-ce que Val était mort? Est-ce qu’il avait la possibilité de se régénérer ou si le Maître avait suffisamment à faire pour ne pas lui en donner l’occasion? Et si Jack parvenait à se libérer?


Et Harriet… Il avait reconnu la jolie rouquine qui avait joué les Chaperons rouges pour lui rendre Rose. Pourquoi est-ce qu’elle était passée du côté du Maître? Ils semblaient bien se connaître, comme s’ils étaient complices. Depuis combien de temps?  Et le Maître avait finalement sa compagne. Mais comment est-ce qu’il avait fait pour manipuler aussi facilement la version âgée d’Harriet? Elle avait assisté Rose lors du passage dans l’arche caméléonesque. Est-ce que c’était une manœuvre supplémentaire, une obéissance aux ordres du Maître?


Il essaya de ne pas penser à tout ce qu’ils pouvaient faire à Val et à Rose. Jack, lui, finirait invariablement par s’en sortir. C’était un grand garçon. Mais Val… Et Harriet. Et Val. Et Harriet. Et Rose. Et Rose. Le Docteur ne savait pas trop quoi en penser. Et le fait que le Maître ait à sa disposition un Tardis manœuvrable ne le réconfortait pas. Il avait évidemment tout fait pour rendre les commandes de son Tardis isomorphiques, mais est-ce que Val avait fait de même avec le sien? Douteux. En tout cas, Harriet pourrait piloter et, au pire, changer les codes pour permettra au Maître de piloter. Et cette fois, il n’y avait pas de Martha pour les sauver si jamais le pire se produisait.


Pourquoi est-ce qu’Harriet les trahirait? Pourquoi ferait ça? Si Val semblait suivre les ordres d’une version plus âgée de Rose… est-ce qu’Harriet suivrait ses ordres à lui? Une version plus âgée de lui? Il songea à la façon dont ils avaient débarqué : Jack prêt à tirer, Rose décidée à faire face à n’importe quoi parce qu’il y avait un bébé en danger et qu’il fallait le sauver, Val qui était bien décidé à récupérer sa sœur qui avait été kidnappée par un sadique et à renvoyer sa mère en sécurité… Et lui, qui avait envisagé certaines solutions plus ou moins agressives pour libérer son enfant des griffes du Maître. Hum… Pas nécessairement des pacifistes. Pas son genre.


Il se souvenait fort bien qu’Harriet avait eu la mission de lui rappeler certains faits qu’il avait mis de côté, lors de cette fois, au marché de Torilchachad. Il se souvenait comment le moindre mot avait déclenché en lui une vague de souvenirs, comment l’action de la jeune femme avait remis les pendules à l’heure. Est-ce qu’elle avait encore cette mission?


D’accord. Supposons qu’Harriet avait trahi sur les ordres d’un Docteur qui savait de quoi il retournait. Supposons que le plan prévu n’avait pas dévié de ce qu’il FALLAIT qu’il se produise. Supposons que tout irait bien parce que, comme par hasard, il y avait un agent infiltré dans le camp de l’ennemi?


Rose finit par s’asseoir et le Docteur l’imita, autant parce qu’il s’en faisait pour elle que pour éviter de donner une indication au Maître au sujet d’un quelconque ennui. Il hésita, mais il s’agissait d’une autre Rose, qui ne comprendrait pas forcément de la bonne façon un geste destiné à une femme qui avait partagé son quotidien durant 1000 ans. Il se retint. C’était curieux de reprendre les manières d’avant. Avant, c’était le moment où il jouait les aveugles et les idiots, celui où le moindre sourire de l’autre les faisait fondre de bonheur et où les courses n’avaient de sens que main dans la main. Une étreinte fraternelle et complice de temps en temps, question de retarder l’inévitable. Avant, c’était il y avait très longtemps, mais tout lui revenait avec tant de facilité. Ça lui donnait le cafard.


Comme de penser à Harriet. Arg! Et pire encore était le fait de ne pas savoir ce qu’Harriet avait prévu. Elle avait fait en sorte que Rose soit humaine, la privant d’une bonne partie de ses moyens de défense. Le simple fait de ne pas pouvoir communiquer mentalement avec le Docteur posait problème. Et une Rose qui n’était pas sensible à toutes les variations temporelles, à tous les dangers que posaient le temps (et le non-temps du Maître) et à toutes et chacune des possibilités du futur… Bon, étant donné que le Maître était impliqué, cela pouvait avoir ses avantages. Enfin, il DEVAIT y avoir des avantages pour qu’Harriet ait obligé Rose à jouer avec l’arche caméléonesque. Si Harriet n’avait pas trahi. Il se mordit l’intérieur de la joue : il adorait quand il y avait beaucoup de suppositions et de conditionnel, mais ça ne l’aidait pas nécessairement à sortir du… comment est-ce que le Maître avait dit?... ah oui, la salle de jeu.


- Dans vos poches, il n’y aurait pas de l’aspirine, murmura Rose. Et une bouteille d’eau tant qu’à faire.


- Désolé.


- Pour un Docteur, vous ne faites pas un très bon médecin, soupira-t-elle moqueusement.


Il s’esclaffa doucement. C’était ce qu’il aimait chez elle : jamais défaitiste et assez de ressort dans les pires situations pour faire décoller la navette spatiale américaine.


- Jack? Val?


- Je ne les vois pas. Il doit les avoir installés ailleurs.


- « Installés » ne convient sans doute pas.


- Non, sans doute pas.


- Est-ce que… Jane pourrait nous aider?


- Elle est dans le Tardis. Elle a promit de ne pas venir.


- Mais elle doit bien comprendre que nous avons un problème.


- Elle ne viendra pas, Rose.


Elle hocha la tête, se frotta les tempes et se blottit dans le coin du mur. Le Docteur effleura ses doigts et, les trouvant glacés, lui mit son manteau sur les épaules. Elle s’enveloppa dedans et sembla s’endormir. Est-ce que le Maître pompait déjà un gaz empoisonné dans leur prison? Il inspira profondément, testant la qualité de l’air. Il ne percevait rien de dangereux. Ce qui ne voulait pas dire qu’il n’y avait RIEN de dangereux.


Sortir d’ici devenait urgent. Il bondit et se colla le nez dans la vitre, qui donnait directement sur les chaînes de montage des patch. Durant plusieurs minutes, le seul spectacle fut celui des petits timbres de plastique mit sous emballage stérile et empaqueté. L’étiquette de ce groupe était jaune, mais impossible de lire son nom. Lorsqu’une demi-douzaine de caisses furent pleine, un bras robotique les poussa sur une palette mobile qui roula jusqu’à l’entrepôt. Du coin de l’œil, le Docteur aperçu Jack qui était roulé sur une palette hâtivement convertie en civière et sous la supervision d’Harriet. Jack se débattait comme un beau diable, vit le Docteur et redoubla d’efforts pour se libérer. Au moment où il parvenait à faire glisser son poignet hors de la sangle, Harriet, saisit un des patch jaunes et le colla sur Jack qui se mit à pleurer comme un gamin. Il n’essaya même pas de se défendre quand Harriet ajusta à nouveau la sangle sur son bras et testa la résistance. Il l’observa, les yeux débordants de larmes incompréhensibles.


Le Docteur tapa dans la vitre, mais Harriet poussa la palette du pied et Jack continua à sangloter comme si on venait de lui apprendre la plus triste nouvelle du monde. Harriet enfonça nerveusement le bouton de l’intercom.


- Qu’est-ce que vous lui avez fait?


- Mélancolie. Je comprends pourquoi on ne l’a jamais commercialisé, celui-là. Qui voudrait être mélancolique?


- J’ai déjà vu Jack être mélancolique. Ce n’est pas le bon patch, grinça le Docteur.


- Oh, c’est juste de vieux restes. Les composants chimiques doivent s’être éventés ou bien ils se sont mélangés avec autre chose… Toute cette partie des installations est plutôt vieille. Hum… C’est vrai que pour un mélancolique, notre Jackie Boy en verse des larmes de crocodiles. Alors, mon grand… raconte à Harriet le gros chagrin.


Mais Jack serrait les dents et n’entendait probablement pas la question. Harriet haussa les épaules avant de pousser Jack vers une autre pièce.


Le Maître bondit devant la vitre et fit sursauter le Docteur. C’était agaçant, ces bulles de non-temps, car on ne savait jamais où se trouvait le Maître.


- Oh le joli poisson dans son bocal!


- Si vous m’écoutiez une minute…


- Oh, silence, Docteur! Si vous pouviez seulement changer de disque de temps en temps. Mais j’ai trouvé exactement ce qu’il vous fallait!


- Laissez partir Rose.


- Et bébé Harriet. Et Val. Et Jack. Rendez-moi le Tardis et soyez sage, fit le Maître en singeant le Docteur


- Maître...


- Non, c’est mon tour de parler! Chut, chut, écoutez bien tranquillement. Cet endroit est rempli de tous les bons sentiments du monde : Joie-joie 101, Honnêteté 32, Flashback 77… j’ai même trouvé… Bliss version 0. Sérénité. Je pense qu’ils étaient en train de le tester. Sérénité. Cela vous conviendrait si bien. Vous allez être tellement bien après un traitement pareil!


- Non, écoutez, ne touchez pas au patch de Bliss. J’ai vu ce qu’il peut faire!


- Oh, mais moi aussi. Et je trouvais que c’était… insignifiant. Je l’ai amélioré. 


- Non…


- Oui! C’est si triste quand on y pense, fit le Maître avec une fausse moue de regret, que vous soyez toujours si… Enfin, toujours si…


- Maître…


- Chut, chut, j’ai dis. N’interrompez pas le Maître quand il parle, vilain garçon. Vilain! Vous allez au coin maintenant!


Il utilisa les gants télécommandés et deux bras robotisés immobilisèrent fermement les épaules du Docteur. Ce dernier jeta un coup d’œil à Rose et le Maître sourit.


- Qu’est-ce que vous lui avez fait?


- Moi? Rien du tout. C’est vous qui en avez fait une humaine. Ce n’est pas très résistant ces petites choses-là. Une bouffée de gaz et pfft! Dodo! Enfin, il me semble que c’est ce que j’ai programmé.


- Maître!


Et cette fois, le ton du Docteur vibrait de colère.


- Vous l’avez amenée, vous êtes responsable de ce qui lui arrive.


- Arrêtez maintenant!


- Ne vous inquiétez pas, j’ai exactement ce qu’il vous faut, dit le Maître en insérant un patch de Bliss dans un tiroir qu’il poussa à l’intérieur de la salle.


Après avoir bloqué les contrôles des deux premiers bras, immobilisant ainsi le Docteur, un troisième bras robotisé s’abaissa et se saisit délicatement du patch pour le poser, toujours aussi délicatement, sur la gorge du Seigneur du temps. L’effet fut quasi instantané.





  
  
* Émile Augier  
Citation:
Le Docteur sursauta, mais ne pu arracher le patch étant donné qu’il était maintenu par deux pinces métalliques. Et puis, les muscles de ses épaules se relâchèrent. Il expira profondément. Calmement. Soudain, tout semblait… ma foi… pas normal. Non, c’était tout de même le Maître qui lui avait collé… ce truc. Mais c’était… bof. Pas inquiétant. Pas dangereux. Tout allait bien. Mieux que bien, en fait. Il se sentait très calme, libéré de toutes les contraintes… Il sourit. Des contraintes? Quelles contraintes? Quels dangers? Quelle mission? Personne ne lui avait ordonné de sauver l’univers, d’être le plus-que-parfait-génial-Docteur en toute circonstances. Il n’avait pas signé de contrat… Personne ne le surveillait… Enfin, il y avait… comment s’appelait-il? Ah oui, le Maître. Mais le Maître n’était pas dangereux. Enfin si, peut-être un peu. Mais pour le moment, ça n’avait pas tellement d’importance. Cool, ma poule. Panique pas, tout ira.   
 

Il avait un peu mal aux pieds. Il avait trop couru. Pourquoi est-ce qu’il courait tout le temps? C’était fatigant, à la fin, de courir comme ça. Pourquoi est-ce que personne ne lui avait dit qu’il n’était pas obligé de piquer un sprint pour un oui ou pour un non? Son regard tomba sur Rose. Chère Rose. Elle avait l’air un peu pâle. Certainement l’éclairage. Ou bien c’était ce manteau qui…? Il était cool, ce manteau. Oh, oui, c’était SON manteau. Il était cool. Imper impec.   
 

Le Maître avait un sourire amusé. Il semblait décidément gentil, le Maître. Oh, il avait ses mauvais jours, comme tout le monde, mais aujourd’hui était probablement un bon jour. Oh, oui, il était enfermé dans un laboratoire. Mais ce n’était pas bien grave : il était avec Rose alors tout allait bien. Pourquoi vouloir sortir de cette pièce? Il y faisait chaud et Rose était là. Mais peut-être qu’elle aimerait un vrai lit? Elle semblait décidément un peu pâle. Ce n’était pas bien grave, mais…   
 

- Docteur?  
 

- Oui…?  
 

- Je vais être obligé de vous laissez. Je dois m’occuper d’Harriet.  
 

- Oh? C’est très bien. Dites-lui bonjours de ma part. Gentille fille. C’est un peu ma fille, vous savez.  
 

- Oui, je sais. Nouveau papa. Il faudra me dire comment vous avez fait, répondit distraitement le Maître.  
 

- Oh, mais je n’ai rien fait… En tout cas, pas pour Harriet.  
 

- Elle vous ressemble, dit le Maître qui tout à coup semblait très intéressé à écouter le Docteur.  
 

- Elle ressemble à son père, mais biologiquement parlant, c’est compliqué.  
 

Le Docteur semblait ennuyé. Tout ce qui était compliqué était terriblement… oh… ennuyant.  
 

- Alors vous n’êtes pas son père? Mais Rose Tyler est sa mère. D’où vient Harriet, Docteur?  
 

- Oh… d’une autre dimension. C’était… un autre Docteur. Docteur II, ajouta-t-il en gloussant doucement.  
 

Il avait été un temps où il avait été jaloux (autant penser la vérité, ça n’avait pas d’importance) de son clone.  
 

- Il fallait bien le mettre hors de danger et un demi Seigneur du temps ne peut pas partir en vadrouille dans l’univers comme ça. Je n’avais pas envie de m’en occuper, soupira-t-il. Qui veut d’un clone constamment sur son dos?  
 

Le Maître hocha la tête, de plus en plus intéressé.  
 

- Donc vous avez réussi à vous cloner? Vous vous sentiez tout seul?  
 

Le Maître avait un drôle d’air, comme s’il venait de faire une plaisanterie pour son seul bénéfice.  
 

- Nan, c’était un accident. Enfin… Donna a eu un accident.  
 

- Qui est Donna?  
 

- Oh… c’est compliqué. Métacrise.  
 

- Oh, Docteur II est né d’une métacrise? Mais il fallait un germe cellulaire de base…  
 

Le Docteur pointa joyeusement sa main.  
 

- Votre main!  
 

- Ma main, acquiesça le Docteur. Pouvait pas la jeter dans la poubelle quand même. Je l’ai gardée. Et puis… j’ai eu besoin d’un réceptacle biologique compatible lors de… Hum… il y avait ce Dalek.  
 

- Un Dalek?  
 

- Mouais. M’a tiré dessus. Presque tué. Mais pourquoi j’aurais changé? Je m’aime bien.  
 

- Oui, moi aussi, je vous aime bien.  
 

- C’est gentil de dire ça. Alors, j’ai laissé le surplus d’énergie aller dans la main. Coup de main de la main. Et puis il y a eu Donna et tout ça et… pouf! Abracadabricot… euh… c’est presque ça. Le mot magique?  
 

- Je ne le connais pas.  
 

- Merci! Le mot magique, c’est merci. Non, pas merci. Ça c’est pour être poli.  
 

- Ça n’a pas d’importance. Où est le Docteur II?  
 

- Mort.   
 

- Il ne s’est pas régénéré?  
 

- Pouvait pas. Un seul cœur. Moitié humain. L’avait laissé avec Rose. Z’ont eu le bébé ensemble.  
 

- Même un demi Seigneur du temps ne peut pas produire un Seigneur du temps complet. Et Rose n’a pas toujours été de notre race. Comment a-t-elle pu changer?  
 

- Oh, c’est compliqué…! Pourquoi vous posez toutes ses questions!  Demandez à Rose, c’est à son tour de répondre.  
 

- Oh… J’aurais dû faire plus attention, dit le Maître après un coup d’œil à Rose, qui n’avait toujours pas remué.  
 

- Oh, dit simplement le Docteur. C’est important?  
 

Par-dessus l’épaule du Maître, le Docteur aperçu Harriet. Il aimait bien Harriet. Elle ressemblait un peu à Jackie. Il n’était pas sûr d’aimer Jackie par contre. Enfin, il ne la détestait pas non plus. Mais c’était bien qu’elle soit dans une autre dimension. Pas envie d’être giflé par elle, encore. Et puis, c’était mieux comme ça avec Rose. Pas besoin de retourner à la maison. La maison, c’était le Tardis.  
 

Il fronça les sourcils. Quelque chose manquait.  
 

Ce n’était probablement pas très important, mais… Quelque chose manquait. Non, Rose était là. Et le Tardis n’était pas loin. Il n’avait pas besoin de… Il avait envie de voir Rose bouger un peu. Ah oui, qu’est-ce qu’il avait dit, le Maître? Rose ne pouvait pas bouger. Elle dormait. Non, ce n’est pas ce qu’il avait dit… Qu’est-ce qu’il avait dit? Oh, réfléchir, c’était fatiguant. Faire un effort pour se souvenir, c’était agaçant. Il n’avait généralement pas besoin de se souvenir, il mémorisait tout sans même y penser. Parce que c’était important, voilà. Mais non, ce n’était pas important. Rien n’était vraiment important maintenant, alors pourquoi faire un effort de mémorisation. Il n’avait jamais eu besoin et là… Bof. Pas important. Mais quelque chose manquait. Et ça n’avait rien de relatif. Enfin…   
 

Qui avait dit ça?  
 

Albert Einstein.  
 

Non, Albert Einstein n’avait pas dit ça. Tout est relatif. Oui, il avait dit ça.  
 

Pourtant le Maître était là. Le seul autre Seigneur du temps dans l’univers et l’histoire. C’était assez bien. Et il y avait Harriet. C’était aussi un enfant du temps, une Dame du temps. Et c’était bien aussi. Mais il manquait… quelque chose? Quelqu’un?  
 

Jackie ne lui manquait pas pourtant… alors pourquoi penser à elle? Jackie. Jackie… C’était… frustrant. Comme si le nom était sur le bout de sa langue. Jackie. Jacky Boy. Jack? Ah oui, il y avait Jack. Mais Jack allait bien. Il ne pouvait pas aller mal. Trouvait toujours le moyen de s’en sortir. Non, c’était quelqu’un d’autre.  
 

Rose. Le Maître. Harriet. Jack. Le Docteur. Non, pourtant tout le monde était là.  
 

- Val a disparu, dit Harriet d’un ton penaud.  
 

Ah oui, il y avait Val. Curieuse idée aussi de ne pas se montrer. Est-ce que Val lui manquait? Ben… peut-être un peu. Ce n’était pas bien grave. Mais ce n’était pas ça qui manquait pour vrai. Oh, il finirait bien par trouver.  
 

- Je t’avais dit de le tuer, grinça le Maître.  
 

- Ben… je voulais d’abord m’assurer que Jack ne risquait pas de s’enfuir. Je lui ai mis ce patch, vous savez… Mélancolie.  
 

- Et tu as laissé s’enfuir ton frère.  
 

- Je suis désolée.  
 

- Oh, relaxez… Ce n’est pas grave, dit le Docteur. Il va revenir.  
 

- Comment le savez-vous, dit le Maître l’air furieux.  
 

- Hey, c’est mon fils. Et depuis quand est-ce que je ne reviens pas pour essayer de sauver tout le monde? Nan… c’est dans les gênes. Il va revenir.  
 

- Là, c’est pas faux, dit Harriet.  
 

- Alors prépare le comité d’accueil, fit le Maître.  
 

- Oh, je peux contribuer?, demanda le Docteur avec espoir. J’adore les comités d’accueil! Surtout quand il y a ces petites bouchées, vous savez, des canapés et des mini sandwichs de toutes les couleurs! Rose aussi aimerait bien ça. Ah oui, c’est vrai, elle dort. Elle dort souvent ces temps-ci. Je me demande pourquoi. Bof, on verra tout ça plus tard. Je peux sortir?  
 

- Non.  
 

- Ooh!. Ce n’est pas gentil. Moi, je voulais seulement aider. Et avoir un ou deux canapés. Je commence à avoir faim. Et cet endroit serait définitivement plus chouette avec une salle de bain. Vous y avez pensé?  



  
 
Citation:
Les protestations de plus en plus bruyantes du Docteur firent enfin réagir Rose. En le voyant immobilisé par les pinces, elle rejeta le manteau et essaya de le libérer. Elle jeta un air furieux au Maître, qui renifla de dérision et libéra les commandes des bras robotisés. De toute façon, ils ne pouvaient pas aller bien loin.  
 

Rose s’arc-bouta et finit par briser la moitié d’une pince. Le Docteur ricana et se dandina pour se libérer complètement. Rose lui trouva l’air un peu bizarre et le tint par les épaules.   
 

- Rose! Enfin tu es réveillée! Est-ce que tu as le droit de sortir, toi?  
 

- Le droit? Euh… Je ne sais pas. La porte était verrouillée tantôt. Pourquoi est-ce que ça aurait changé? Tu as essayé d’ouvrir?  
 

- Oh, c’est une bonne question, dit le Docteur en hochant la tête avec enthousiasme. J’espère qu’il y a une salle de bain toute proche.  
 

Le Doctor poussa, tira, tordit, flatta et cracha (!) sur la porte sans qu’elle ne s’ouvre. Rose le regarda faire de plus en plus perplexe. Quand il se mit en devoir d’enlever une de ses espadrilles pour frapper sur la porte, elle le bouscula un peu et le fit asseoir.   
 

- Vous n’êtes pas dans votre état normal! Et remettez votre chaussure!  
 

- Oh, ce n’est pas important. Mes orteils avaient besoin de prendre l’air. La dernière fois, c’était sur la Lune. Je sais que j’ai l’air dingue avec une seule chaussure. Je ferais peut-être mieux d’enlever l’autre, hein?  
 

De plus en plus bizarre, décidément. Rose vit enfin le patch collé dans son cou et l’arracha. Le Docteur glapit (!) et se plaignit de la douleur, mais Rose tenait le petit morceau de plastique par un coin, faisant bien attention de ne pas mettre ses doigts en contact avec la surface transdermique.  
 

- Combien de temps est-ce que ces trucs agissent? Quelle genre de drogue…  
 

- Oh, je ne sais pas trop…Et vous m’avez arraché la moitié de la peau du cou. J’y tiens, à mon cou.  
 

- Docteur, c’est important : combien de temps?  
 

- Oh, le temps qu’on les a sur la peau. Dès qu’on les enlève : fini, kaput, over, bg’rell, fo mo to ka go, k’shel, nudiandir…  
 

- Ça va, j’ai compris.  
 

- Non, mais je n’ai pas fini! Il y a plus de cinq milliards de langues et…  
 

- Je sais vous les connaissez toutes, mais taisez-vous un instant d’accord?  
 

- Oh, vous ressemblez vraiment de plus en plus à votre mère. Elle m’a giflé, vous savez!  
 

Et il s’enferma dans une bouderie ridicule qui laissa Rose stupéfaite. D’accord, là, le Docteur avait un problème. Enfin, le Docteur ne semblait pas avoir de souci, mais Rose en avait, elle! Mais pourquoi est-ce qu’il agissait ainsi? Le patch indiquait Bliss. Le Docteur n’était pas serein, il avait l’air… de se ficher de tout. Est-ce que c’était sa façon à lui d’être serein?   
 

- Oh, arrêtez de vous en faire. J’ai une idée!  
 

Et, plein d’entrain, il se saisit du patch et le colla dans le cou de Rose : « Là… Avec ça, tout va bien aller. ».  
 

Rose arracha aussitôt le petit bout de plastique et guetta durant plusieurs secondes les possibles effets. Mais rien ne se passait.  
 

- Je ne me sens pas différente. Est-ce que vous auriez tout absorbé?  
 

- Encore des questions?! Relaxe! Profite du confort de cette pièce. Il va y avoir une fête tantôt et on n’aurait certainement pas droit aux cocktails si tu continues à poser autant de questions.   
 

- Quelle fête?  
 

La voix du Docteur baissa d’une octave et il cassa son sourire : « Ils vont faire sa fête à Val et à Jack. Il faut faire quelque chose. ».  
 

- Qu’est-ce que vous avez dit?  
 

Mais le Docteur cilla et la regarda, intrigué : « Est-ce que tu es allergique au saumon? Il va peut-être y en avoir sur les canapés. Oh, oui, il va y avoir une fête. J’aime bien les fêtes. Et toi? »  
 

- Est-ce que vous avez votre tournevis sonique?  
 

- Je sais pas…  
 

- Cherchez dans vos poches.  
 

Et comme il ne le faisait pas assez vite, elle se mit en devoir de le fouiller. Il gloussa, se plaignit qu’elle le chatouillait, protesta quand sa main glissa dans la poche de son pantalon et essaya de l’en retirer et finit par se laisser faire avec un soupir grognon.  
 

- Où avez-vous mis votre tournevis sonique?  
 

- C’est le Maître qui l’a pris.  
 

- Pourquoi ne l’avez-vous pas dit?   
 

- J’avais oublié. L’a vidé toutes mes poches. Vides…   
 

- Et combien de temps dure l’effet de ce patch déjà?, demanda Rose avec exaspération.  
 

- Oh… Cool, Rose. Je suis super… Je vais super… Tout est super… euh… Superbe. Superbement…  
 

- Taisez-vous!  
 

- Oh, il faudrait savoir à la fin : il faut que je réponde à vos questions ou que je me taise, mais pas les deux en même temps!  
 

- Taisez-vous!  
 

- D’accord.  
 

Il s’installa et se mit à fredonner Au clair de la lune en battant la mesure de son gros orteil. Rose essaya de garder son sérieux, tout en se promettant de lui rappeler cet instant quand il serait redevenu lui-même.  
 

La serrure de la porte joua et Rose, cherchant n’importe quoi pour se défendre, se saisit de l’espadrille rouge pompier. Jack passa la tête et Rose poussa un petit cri de joie, aussitôt arrêté par une mimique lui ordonnant le silence. Elle poussa le Docteur hors du laboratoire et l’obligea à remettre son soulier.   
 

Jack quêta une explication devant le comportement étrange du Docteur et Rose lui tendit le patch.   
 

- Harriet m’en a mis un, dit Jack.  
 

- Vous semblez normal.  
 

- Ça faisait longtemps que je ne l’avais pas entendu, celle-là, fit-il avec un sourire en coin. Mais ce n’était pas cette drogue. Une autre.  
 

- Mais… vous allez bien?  
 

- Oui. Mais… pas lui.  
 

- Il a dit que dès qu’on les enlevait, les patch n’agissaient plus.  
 

- C’est parce que le Maître a modifié celle-là, répondit calmement Harriet.  
 

Jack plaqua aussitôt la jeune rousse au sol tandis que Rose se planta devant le Docteur pour le protéger. Jack arracha un fil électrique de la plus proche machine et le mit sous le nez d’Harriet qui ne fit pas un geste pour se défendre malgré les étincelles qui crépitaient à quelques centimètres de son visage.  
 

- Je suis de votre côté, se contenta-t-elle de dire.  
 

- Oh, oui, bien sûr. C’est évident!  
 

- Je vais vous le prouver. Le Maître vous attendait et il avait modifié les composantes du Bliss.  Mais ce nouveau Bliss n’agit que sur les Seigneurs du temps.  
 

- Et c’est pour cela que Rose devait être…  
 

Harriet battit des paupières. Oui. Il fallait que Rose soit humaine au moment où ils se faisaient attraper. Jack hésita et rejeta le fil électrique.   
 

- Et maintenant, il serait temps de partager vos informations, ordonna-t-il.  
 

- Oui, je crois aussi, dit le Maître qui les observait, les bras croisés.   
 

Et Val se tenait à ses côtés, l’air un peu dans la lune.  
 

- Hello, fit joyeusement le Docteur. Est-ce que c’est l’heure de faire la fête?  


 
 
Citation:
Dès le début, le Maître savait qu’il y avait une très forte probabilité pour qu’Harriet soit en réalité un agent triple : faire croire qu’elle faisait tout en son pouvoir pour sauver tous ceux qu’elle aimait pendant qu’elle complotait avec le Maître tout en faisant de son mieux pour faire capoter ses plans. Mais la petite n’avait pas tenu compte d’une règle que le Maître avait appliqué depuis les toutes premières aventures avec (ou contre, c’était selon) le Docteur : ne jamais, jamais, jamais croire ce que disait le Docteur. On pouvait tenir compte de ce qu’il disait, mais la vérité se trouvait plutôt dans ce qu’il ne disait pas. On pouvait l’écouter, mais jamais tabler uniquement sur sa parole. Et Harriet qui arrivait en jurant sur tout ce qu’elle avait de plus précieux et qu’elle voulait aider le Maître avait fait sonner toutes les alarmes personnelles de ce cher Maître. On n’était pas la fille du Docteur pour rien. On n’est pas le grand ennemi du Docteur sans apprendre deux ou trois ficelles. 
 
 
Oh, elle avait respecté sa promesse : lui livrer toute sa famille (Jack était un bonus un peu agaçant, mais pas franchement inquiétant), mais elle avait omis de révéler que Rose serait humaine. Ce n’était pas très grave, il s’était attendu à une trahison dans ce contrat rudimentaire, et il en avait été averti avant tout le monde, en fait, simplement parce que le bébé qu’il avait enlevé avait perdu tous les dons qui en faisaient un Seigneur du temps. Il s’était demandé s’il préférait avoir le corps figé d’un Seigneur du temps ou un petit humain inutile et n’avait pas trouvé de réponse. L’un dans l’autre, c’était ennuyant. 
 
 
Il avait également perdu sa future compagne, étant donné qu’il n’était pas question de prendre un singe à parole comme assistante. Ça, c’était un peu plus embêtant. 
 
 
En même temps, si Rose était humaine… il n’aurait pas à affronter trois Seigneurs du temps. Il pourrait contrôler Harriet d’un claquement de doigt, se mettrait en appétit avec Rose et finirait par le morceau de choix, le Docteur. Il garderait peut-être Rose pour s’amuser avec elle. Il anticipait déjà la crise de nerf et les supplications du Docteur devant les jeux qu’il inventerait pour elle. C’était magnifique! Et il pourrait faire durer le tout TRÈS longtemps. Mais encore là, ça pouvait devenir lassant.  
 
 
Il n’avait même pas pu mettre la main sur un Tardis. La petite Harriet prenait bien soin d’atterrir loin des laboratoires et de mettre hors synchro sa machine. Le Maître n’avait même pas réussi à suivre Harriet quand elle retournait à son Tardis. Il en fulminait. C’aurait été si simple de partir avec un véhicule digne de ce nom! Elle avait avoué qu’elle et son frère avait un Tardis bien à eux depuis quelques années et le Maître imaginait déjà les merveilleuses courses-poursuites dans les étoiles entre lui et le Docteur.  
 
 
Mais il n’avait pas été capable de capturer un Tardis. Enrageant! 
 
 
Et puis, Harriet avait révélé sans le vouloir le vrai trésor : son frère. Le Tardis était passé au second rang. Le jeune Val, encore un peu naïf, plein d’entrain et d’espoir et bien plus manipulable que tout le reste de sa famille! Val. Le Maître avait enfin trouvé un disciple, ce qui était beaucoup mieux qu’une compagne! Il aurait pu jeter le bébé dans la première chute à déchet, mais s’était dit qu’il valait mieux garder un argument. Avec le Docteur, même les meilleurs plans se devaient d’avoir des plans d’urgence. D’où la présence du bébé dans les labos. S’il y avait un problème, il pourrait facilement les obliger à se concentrer sur cette petite larve humaine plutôt que sur lui. 
 
 
Dès que le Docteur et Rose avait été enfermés et même s’il savait Harriet incapable de faire vraiment du mal à son frère - c’était vraiment la fille du Docteur - il avait voulu s’en occuper lui-même. Et puis il avait appris d’où venait Harriet. Ça, c’était très intéressant et il raya définitivement la rouquine de sa liste : à demi humaine? Un quart humaine? Déjà qu’il avait la nausée simplement à cause du nom, savoir qu’elle portait quelques gênes de cette espèce minable… Il ne pouvait pas se balader dans l’univers avec ÇA! Mais il restait Val. Val, qui était un vrai Seigneur du temps, qui n’avait pas eu la formation de l’Académie, qui manquait un peu d’expérience, qui était un jeune chien joyeux et adorable… Les yeux du Maître brillaient quand il se retrouva seul avec le jeune homme. 
 
 
- J’ai bien connu votre père, vous savez, dit-il en guise d’introduction. 
 
 
- Je sais. 
 
 
- Je suis sûr qu’il ne vous a pas raconté dans quelles circonstances nous avons fait connaissance.  
 
 
- J’en sais suffisamment, répliqua Val. 
 
 
- Oh, les jeunes pensent toujours en savoir suffisamment! Voyons ce que vous savez réellement! 
 
 
Et il avait sorti un patch Honnêteté de sa poche. En cas d’urgence, ça fonctionnait exactement comme un sérum de vérité.  
 
 
- Je ne vous dirai rien, vous êtes le pire cinglé du monde, fut la réponse de Val. 
 
 
Le Maître rajouta deux timbres, hésita, puis en ajouta un troisième. Val se mordit les lèvres jusqu’au sang, mais il n’y avait pas moyen de se taire avec une telle dose de drogue dans le sang. 
 
 
- Et maintenant, nous allons avoir une discussion entres hommes, blagua le Maître. Où est le Tardis? 
 
 
- Je l’ignore.  
 
 
- Pardon? 
 
 
- Harriet devait… les mettre hors synchro d’une seconde pour vous empêcher d’y avoir accès.  
 
 
- C’est la procédure habituelle dans une zone peu sécuritaire, oui. 
 
 
- Mais les Tardis ne sont plus là. Je les ai sentir partir. Il manque… quelque chose… Je ne sais pas où et quand elle les a envoyés. Et puis… elle n’aurait pas pu faire disparaître le Tardis de… papa. 
 
 
- Question plus facile : où est la conscience de cette humaine blonde? Ta chère petite maman. Tu sais de quoi je parle, n’est-ce pas? Où la montre de gousset? 
 
 
- Je… l’ai laissée dans le Tardis. Le mien. 
 
 
- Quoi? Et s’il lui arrivait quelque chose? Si elle mourrait, tu perdrais définitivement ta mère? Pire, tu n’existerais pas puisque… 
 
 
- Vous ne pourrez pas tuer Rose Tyler. 
 
 
- Tu dis n’importe quoi, mon petit. Je peux très bien tous vous tuer. 
 
 
- Vous ne connaissez pas ma mère, dit Val. 
 
 
Un sourire très doux flottait sur ses lèvres. 
 
 
- Vous ne la connaissez pas du tout, répéta Val. 
 
 
- Mais toi, si.  
 
 
- Je n’ai jamais vu… le Grand méchant loup. J’en ai seulement entendu parler. 
 
 
- Qui est le Grand méchant loup? 
 
 
- Si vous aviez vu le Grand méchant loup, vous sauriez. 
 
 
- Dis-moi qui est le Grand méchant loup? 
 
 
- Même papa l’ignore.  
 
 
- Pourquoi parles-tu du Grand méchant loup? Qu’est-ce qu’il vient faire dans l’histoire? 
 
 
- Il vient apporter la mort. Et il arrive. 
 
 
Le Maître recula. Qu’est-ce que c’était comme idiotie?  
 
 
- Tu vas venir avec moi, mon petit. Nous allons avoir une discussion ailleurs. Laissons tonton Jack sauver tout le monde, Harriet trahir qui elle veut et Rose retrouver son nourrisson. Quant au Docteur… Il attendra un peu. 
 
 
- Il vous retrouvera où que vous soyez, dit Val. 
 
 
- J’ai une bulle de non-temps. M’étonnerait qu’il puisse faire quoi que ce soit contre ça. Si Harriet ou toi ne lui aviez pas dit où et quand je me trouvais, il serait encore à s’arracher les cheveux dans son Tardis. 
 
 
- Papa ne vous fera jamais rien. Maman, elle… Vous avez enlevé ma sœur après tout.  
 
 
- Ta mère ne risque pas de faire quoi que ce soit pour le moment, surtout que sa tête est perdue dans un Tardis par ta faute.  
 
 
- Maman… 
 
 
- Oui, ta maman, mon petit. Mais tout va s’arranger. Nous allons devenir les meilleurs amis du monde, toi et moi. 
 
 
- Ça ne marchera pas. Je… ne vous suivrai jamais. 
 
 
- Pas au début, non. Mais j’ai deux ou trois idées qui devraient te plaire. J’y vais un peu rudement pour le moment, mais dès que j’aurais un Tardis… En attendant, nous allons te mettre un autre joli timbre transdermique. Je crois que ça s’appelle Rêverie. Regarde la jolie étiquette mauve.  
 
 
Il vérifia sur le plus proche clavier que les mesures de sécurité du labo étaient prêtes à être activées, programma sa navette pour un départ imminent et vérifia sur le plus proche écran les images retransmises depuis la salle 533. Il vit sans surprise que Jack avait libéré le Docteur et Rose. Encore heureux qu’il lui ait pris son arme. Il sourit devant la maladresse du Docteur. Finalement, le Bliss marchait très bien! 
 
 
Il avait travaillé comme un damné sur la modification du composant chimique principal et ajouté quelques ingrédients qui promettaient bien du plaisir. Et le Docteur n’était pas prêt de retrouver assez de stabilité mentale pour se mettre à sa recherche! Oh oui, Bliss était parfait : le Maître était tout à fait serein vis-à-vis du Docteur. 
 
 
- Viens avec moi, Val, nous allons faire un tour. 
 
 
- Sans le Chaperon rouge, murmura Val. 
 
 
Le Maître préféra se taire. Décidément, les patch étaient défectueux dans cette installation. 
 
 
- Et où est-ce qu’on va? 
 
 
- Eh bien, puisque je n’ai plus besoin traîner un bébé, nous allons voyager un peu. J’ai un gentil manipulateur de vortex et nous allons voir du pays, mon petit! 
 
 
- Je pensais qu’on partait… avec la navette. Je vous ai vu faire les contrôles. 
 
 
- Oh, la navette va partir et avec un champ de non-temps activé, au cas où, mais nous prendrons un autre chemin. 
 
 
- Il ne nous retrouvera pas si vous faites ça. 
 
 
- Évidemment. 
 
 
Val broncha devant le mot. Ça lui rappelait la fois où il avait rencontré Jack… Mais il manquait quelque chose depuis la dernière fois. 
 
 
- Mais vous ne pourrez pas quitter cette planète. Maman vous en empêchera.  
 
 
- J’aimerais bien voir ça. 
 
 
- Oh, vous verrez, c’est sûr. 
 
 
Le Maître poussa Val dans la pièce suivante et railla Jack qui demandait des informations à Harriet. 
 
 
- Et maintenant, il serait temps de partager vos informations, crachait Jack Harkness. 
 
 
- Oui, je crois aussi, dit le Maître qui les vit sursauter avec grand plaisir. 

 
 
 
Citation:
Par réflexe, Jack poussa Rose et le Docteur derrière la fabrique de patch et chercha son holster, mais le Maître toussota et agita l’arme en souriant avant d’en menacer un Val complètement indifférent à la situation. Rose arracha une des longues manettes de contrôle et s’en fit une arme. Jack l’imita avec un sourire carnassier. 
 
 
- Bon, maintenant que je vous ai laissés sortir, parlons des vraies choses. Harriet, je regrette beaucoup que tu n’es pas réfléchi plus sérieusement à l’avenir. Tu sais ce qui va arriver, n’est-ce pas? 
 
 
- La ferme, s’exclama Rose qui faisait de son mieux pour garder le Docteur à l’abri. Non, ce n’est pas le temps de faire la fête, ajouta-t-elle au Docteur qui protestait et gesticulait. 
 
 
- Mais si, mais si, faisons la fête! Allez, Docteur, venez me rejoindre. 
 
 
Et comme le Seigneur du temps se levait d’un bond, Jack prit son élan… et le mit KO. Rose et Harriet grimacèrent devant le geste, mais Rose finit par hocher la tête. Au moins, il allait se tenir tranquille quelques instants. Et elle aurait probablement fini par l’assommer, alors il valait mieux que Jack s’en soit occupé. 
 
 
- Jack, ce n’est pas bien de faire ça, dit le Maître d’un ton paternaliste. 
 
 
- Allez vous faire voir! 
 
 
- Et c’est très impoli. Alors, Harriet, on ne change pas d’idée? 
 
 
Mais la jeune femme se blottit un peu plus derrière la machinerie et ne répondit pas. Le Maître hocha la tête avec un soupir.  
 
 
- D’accord. J’aurai essayé. Bye! 
 
 
Il guida Val vers le couloir en le prenant par le coude et activa une commande. Immédiatement, la pièce s’emplit d’une odeur chimique et peu agréable. Harriet avait réussi à pâlir de deux tons supplémentaires.  
 
 
- Qu’est-ce que c’est? 
 
 
- Il avait un plan de secours. Il avait tout prévu. Il me l’avait dit. 
 
 
- Oui, mais quel plan, dit Jack en la secouant.  
 
 
- Je suis désolée. Vraiment. Nous allons tous mourir. 
 
 
- C’est ça, oui! On ne vous a jamais rien appris à vous?, rugit Jack. 
 
 
Mais Harriet ne répondait pas. Rose examinait les gicleurs du plafond qui crachotaient des particules microscopiques qui scintillaient légèrement. C’était joli. Mais probablement pas très sain. Dans le labo où ils avaient été enfermés, il n’y avait pas de gicleurs. Elle obligea Jack à lâcher la jeune femme et à l’aider à tirer le Docteur jusque dans le labo. Harriet hésita avant de les suivre et referma la porte.  
 
 
- Revenus au point de départ. Ça valait bien la peine de sortir, grommela Jack. Le truc qui sort, là, au plafond, qu’est-ce que c’est? 
 
 
- Du calme, capitaine, ça n’avance à rien de crier comme ça, ordonna Rose en adossant le Docteur contre un mur. Vous avez une sacrée droite, vous savez.  
 
 
Jack inspira profondément et essaya de trouver un petit côté zen dans la colère qui l’habitait. Ses narines frémirent, puis il demanda d’un ton nettement plus courtois comment ils étaient supposés mourir. 
 
 
- Oh, nous sommes déjà en train de mourir. Et vous n’allez pas aimer ça non plus même si… 
 
 
Harriet glissa sur le fait que ce ne serait probablement pas permanent pour Jack. Ce dernier songea que, tout compte fait, il y avait peut-être un espoir, autrement la jeune femme n’aurait pas continué à protéger Rose de certaines vérités. À moins que ce ne soit une simple habitude? Jack décidé qu’il préférait l’espoir. Ils n’avaient pas beaucoup de possibilités actuellement, mais il préférait encore choisir celle qui avait un happy end.  
 
 
- Le Maître a simplement activé l’ultime contre-mesure des laboratoires : un neutralisant chimique qui est sensé détruire tous les produits qui se seraient déversés par accident. L’ennui, c’est que tous les savants travaillaient avec des combinaisons étanches et des masques. Nous n’en avions pas. Alors le neutralisant est tranquillement en train de bouffer toute notre structure cellulaire. 
 
 
- C’est ridicule. S’il y avait un accident, il devait certainement y avoir un moyen de contrer l’acide. Si jamais un masque avait flanché par exemple, dit Rose. 
 
 
- Oui, mais si le neutralisant a une durée de vie de plusieurs mois, son antidote, lui, n’est efficace que quelques jours, peut-être une semaine. Et ces installations sont abandonnées depuis trop longtemps pour qu’il en reste la moindre goutte dans les parages. 
 
 
- C’est ridicule, protesta Rose.  
 
 
- Ce n’est pas moi qui aie planifié cette organisation! 
 
 
- Non, en effet, gronda Jack.  
 
 
Rose jeta machinalement un œil vers le plafond et s’exclama que les gicleurs semblaient avoir vidé les réservoirs.  
 
 
- Le neutralisant est toujours en suspension dans l’air, contra Harriet. Il mettra des heures à se déposer complètement au sol. Et le moindre courant d’air le soulèvera. De toute façon, nous sommes… 
 
 
- Oh non! Pas question de dire ce mot-là! Il doit y avoir une solution! 
 
 
- Je vais sortir chercher des combinaisons, dit Jack. 
 
 
- Ne soyez pas absurde. Vous allez mourir deux fois plus vite si vous ressortez, dit Rose. 
 
 
- Et en attendant, nous perdons deux fois plus de temps. Surveillez-les, ordonna-t-il à Harriet. 
 
 
- Pourquoi est-ce que vous lui faites confiance à elle? C’est elle qui nous a trahis! On devrait l’attacher… 
 
 
- Avec quoi? 
 
 
- Ou l’assommer comme vous avez fait avec le Docteur. 
 
 
- Et ça nous ferait deux corps à porter au lieu d’un. Je vais revenir Rose. 
 
 
Il ouvrit aussi peu que possible la porte et se faufila au milieu d’un tourbillon de particules brillantes qui collèrent à son corps et à ses vêtements. Il sourit aux deux femmes un peu dépitées qui l’observaient de l’autre côté de la vitre - on aurait vraiment dit un bocal à poisson - et se mit à courir. 
 
 
- Il va revenir, dit Rose. Il va trouver un moyen de nous faire sortir. 
 
 
- Oh, c’est bien son genre. Mais il devrait se dépêcher. 
 
 
- C’est ce qu’il fait. 
 
 
- Non, je veux dire qu’il devrait vraiment se dépêcher. 
 
 
Et Harriet indiqua les traces rougeâtres sur leurs visages et leurs bras. Le neutralisant avait commencé son travail. 
 
 
- Et le Docteur? 
 
 
Rose s’agenouilla près du Seigneur du temps : à part un bleu qui devait se former sur sa mâchoire, il avait l'air tout à fait normal. Pourquoi est-ce qu’il n’était pas atteint? Oh, c’était tout aussi bien, quand on y songeait, que l’un d’entre eux puisse s’en sortir - encore mieux si c’était le Docteur! Mais il était resté aussi longtemps qu’elles sous cette poussière et… Il avait l’air normal… 
 
 
- Il a l’air normal, murmura Rose. C’est ça, il a l’air normal! 
 
 
- À part qu’il est KO. 
 
 
- C’est mécanique, pas chimique, répliqua Rose. Mais il n’avait pas l’air normal. 
 
 
- Je ne comprends rien à ce que vous dites : normal ou pas normal? 
 
 
- C’est le patch! Le patch. Le Docteur avait un patch, mais l’acide est supposé neutraliser les effets.  
 
 
- C’est le but. Mais… 
 
 
- Mais rien! S’il n’y a pas de drogue à neutraliser, le patch s’attaque immédiatement au reste du corps, c’est bien ça? 
 
 
Harriet commençait à voir un plan dans tout ça et sourit. 
 
 
- Il nous faut des patch, décida Rose. J’en ai touché une, mais la drogue était probablement entièrement passée dans l’organisme du Docteur. 
 
 
- Je vais en chercher. 
 
 
- Non, moi. 
 
 
- Jack m’a ordonné de veiller sur vous. C’est ce que je fais. 
 
 
- Jack dit n’importe quoi. 
 
 
Harriet eu un petit sourire : « Oui, souvent. Mais pas cette fois. » 
 
 
Elle bondit vers la porte avant que Rose puisse l’arrêter et plongea vers une pile de boîtes renversées. Elle revint à toute vitesse, les mains pleines de timbres de plastiques. Elle les jeta devant Rose et s’assit pour lire les étiquettes. 
 
 
- On n’a pas le temps d’en choisir une, s’exclama Rose. 
 
 
- Pas Mélancolie, il a dégénéré, dit Harriet en rejetant le premier timbre. La dernière chose que je veux, c’est bien d’une nouvelle crise de larmes. Dites-vous que les composants de ces machins sont vieux et que les effets sont multipliés ou légèrement modifiés. Patch dégénérés. 
 
 
- Cool 30? Un patch pour être cool? 
 
 
- Euh… non. Pour avoir froid. Très utile en plein canicule. Mais le patch dégénéré… on pourrait mourir de froid. 
 
 
- Mais pas tout de suite, dit Rose. C’est le moins pire du lot. Chagrin, Amnésie, Colère, Mélancolie, Mélancolie, Amnésie… Il n’y a rien d’autres! 
 
 
- D’accord. Sur la gorge ou le poignet : la drogue sera absorbée plus rapidement par le sang. 
 
 
Il ne fallut que quelques secondes à Rose et Harriet pour ressentir les effets, mais les marques rougeâtres ne disparaissaient pas. Pourquoi? Harriet soupira : « Nous ne faisons que retarder les choses. Pas de régression possible. Attendons Jack et les combinaisons et puis nous irons. Le Maître a probablement déclenché les gicleurs dans toute l’usine. Les corridors doivent être pleins de cet merde. Inutile d’en mettre une nouvelle couche. » 
 
 
- Et le bébé? 
 
 
Harriet essaya d’empêcher ses mains de trembler, autant de froid que d’inquiétude. Elle avait oublié le bébé. Pourquoi l’avoir oublié? C’était curieux. Elle avait oublié que si le bébé mourait… elle disparaîtrait.  
 
 
- Le Maître l’a probablement emporté avec lui. 
 
 
- Il pourrait l’avoir tué, s’effraya Rose. 
 
 
- Non. Le bébé est vivant. Il va bien. 
 
 
- Comment? 
 
 
- Une intuition, d’accord?, dit Harriet sur un ton qui interdisait toute autre question sur le sujet. 
 
 
Elle se mordit les lèvres, puis suggéra d’emporter d’autres timbres.  
 
 
- Nous risquons l’overdose, mais ça vaut mieux que de se dissoudre.  
 
 
- Et pour le Docteur? 
 
 
- Il va bien. On lui mettra une combinaison. 
 
 
- Ce n’est pas ce que je veux dire : on ne peut pas l’amener dans un hôpital. Même si NOUS savons qu’il va bien, on va vouloir lui faire des examens, prise de sang et tout le bazar. 
 
 
- Alors il faut le laisser ici. 
 
 
- Pas question! 
 
 
- Il est bourré de drogue! L’acide ne peut rien lui faire, c’est promis. Quand il se réveillera… Il… tout ira très bien. 
 
 
- Arrêtez de mentir! 
 
 
On frappa trois coups à la vitre et Jack montra les trois combinaisons qu’il tenait. Il en avait également enfilé une. Il cilla à la vue des tâches marbrant la peau de ses amies et pointa le Docteur qui testait l’articulation de sa mâchoire. 
 
 
- Il n’aurait plus manqué qu’elle soit déboîtée, grimaça-t-il. J’aurais été très embêté. 
 
 
- Docteur! Vous allez bien! 
 
 
- Biens sûr que je vais bien. Mais je crois qu’on m’a frappé. Si je le retrouve… Il y a un truc qui manque… Mais quoi? Ah oui : la fête! Faisons la fête, Rose Tyler! Oh! C’est un bal masqué? Il faut se déguiser? Tous ces points rouges, là, c’est un déguisement? Pourquoi on ne m’a pas dit que c’était un bal masqué? J’ADORE les bals masqués! 
 
 
Pourquoi est-ce que la drogue agissait encore? Pourquoi est-ce que le Docteur n’avait pas retrouvé sa personnalité habituelle? Rose réagit pourtant le plus vite et sourit largement : « Oui, c’est un bal masqué et voici nos costumes. Dépêchez-vous de le mettre! ». 
 
 
- Il n’est pas rayé, protesta-t-il. Ce n’est pas bien grave, mais j’aime bien les rayures. Et le orange ne ressemble pas du tout au bleu. J’aime bien le bleu. 
 
 
- Je sais, mais il faut mettre la combinaison orange, Docteur… 
 
 
- Ooh. On est obligés? 
 
 
- Sinon, on n’a pas droit aux prix de présence, ajouta Harriet en jouant le jeu. 
 
 
- Quels prix de présence? Des prix avec… des rayures? J’aime bien les rayures. Peut-être une nouvelle cravate? Ou une écharpe. Je crois que j’avais une écharpe rayée…  
 
 
- Oui, mais c’était il y a longtemps, dit Harriet en l’aidant à ajuste le casque. 
 
 
Il fixa soudainement Rose et dit d’un ton neutre : « Val a des ennuis. Il faut le retrouver. ». 
 
 
- Docteur? 
 
 
- Oui, oui, je la mets, la combinaison. N’empêche, j’aurais préféré des rayures. On pourrait faire un compromis et en trouver une orange et bleue? 
 

 
 
 
À suivre... 
 
 
 
 

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Dernière édition par Idontwanttogo_01 le Mar 26 Avr 2011 - 01:51; édité 6 fois
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MessagePosté le: Dim 20 Mar 2011 - 23:30    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Lun 21 Mar 2011 - 22:42    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

J'adore. Vivement la suite
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MessagePosté le: Mar 22 Mar 2011 - 20:25    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

C'est superbe j'adoooooore Mr. Green 
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MessagePosté le: Jeu 24 Mar 2011 - 18:34    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

"Valentin de Noël" disponible. 
Prochain chapitre : Mise en scène 
 

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MessagePosté le: Ven 25 Mar 2011 - 18:55    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

Ha j'adore, superbe chapitre! Mr. Green
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MessagePosté le: Lun 28 Mar 2011 - 19:01    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

"Mise en scène" disponible.
Bonne lecture!

Prochain arrivage : ...l'amour qui meurt le soleil et les autres étoiles (citation de Dante)

J'imagine que personne ne sera étonné de l'élément principal du prochain chapitre... hihi
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MessagePosté le: Mar 12 Avr 2011 - 17:54    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

Nouveau chapitre.
Désolée, c'était plus long que prévu. J'ai un peu de difficulté avec le chapitre en cours (Pas celui annoncé, le prochain... oui, oui, je sais, moi aussi je suis impatiente de le lire et c'est moi qui l'écris! Il y a de quoi devenir folle.) et il a des répercussions sur celui-ci.
Bonne lecture !

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MessagePosté le: Ven 15 Avr 2011 - 14:33    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

on attend toujours la suite avec impatience !!^^
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr 2011 - 01:31    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

2 nouveau chapitres!
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr 2011 - 09:45    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

Oi j'adore! hâte de lire la suite  Mr. Green
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MessagePosté le: Jeu 21 Avr 2011 - 12:06    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

J'adore!!!!
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MessagePosté le: Ven 22 Avr 2011 - 14:57    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

2 Nouveaux chapitres.    
3 jours de congé pour écrire tranquille... (joyeuses Pâques en passant). Ça sent le nouveau chapitre à plein nez!   
   

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MessagePosté le: Mar 26 Avr 2011 - 01:56    Sujet du message: Enfants du temps Répondre en citant

Et je n'avais pas menti : deux nouveaux chapitres. Mais... désolée, y'a pas (pour l'instant) de Mauvais feeling. Il arrive, mais il n'est pas encore assez "mûr". C'est ça ou bien c'est le Lapin de Pâques qui l'a mangé. À plus!  
 

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